‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 72 sur 125 · MARTIN · texte numérisé non relu

MARTIN

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Sainte-Mane Majeure

elle est simple; le Père ia possède aussi ; et s'il la possède, il sera comme le Christ, Dieu et liomme. En admettant cette opération composée, nous déclarons le Fils d'une autre substance que celle du Père, car le Père ne saurait comprendre une opération composée. Si nous la disons naturelle, nous déclarons la chair consubstantielle au Verbe, puisqu'elle exécute la même opération ; ainsi, au lieu de la trinité nous proclamerions la quaternité. Lorsque nous admettons l'opération théandrique comme étant personnelle, nous séparons au contraire le Fils et le Père, puisqu'ils sont distingués par les opérations personnelles.

«Enfin, les hérétiques prétendent que l'union de la nature divine et humaine ramène l'opération théandrique à l'unité ; en d'autres termes, ils avouent que le Verbe avant son union avec la chair possédait deux opérations, et qu'après son hypostase il n'en accomplit qu'une; par conséquent ils retranchent l'une do ses opérations en les confondant ensemble. Ces contradictions prouvent que saint Denis, par le mot composé dont il s'est servi, a voulu désigner l'union des deux opérations dans la même personne, et qu'il a pu dire sagement que Jésus-Christ n'accompht ni les actions divines en Dieu, ni les actions humaines en homme, mais qu'il nous montre l'union parfaite des opérations et des natures. Le sublime de cette union est de faire exécuter humainement les actions divines, et divinement les actions humaines ; car la chair du Christ, animée dune âme raisonnable et unie à lui personnellement, opérait les miracles qui ont frappé les peuples, et par sa vertu toute-puissante il se soumettait volontairement aux souffrances qui nous ont donné la vie du ciel. Amsi il iiossedait ce

qui nous est naturel d'une manièi-e surhumaine ; et nous dirons comme saint Léon, que chaque nature opérait dans le Christ ce qu'elle a de particulier, mais avec la participation de l'autre. »

Cette explication singulière de l'opération théandrique fut approuvée sans opposition par l'assemblée. On lut ensuite l'Ecthèse d'Héraclius, et l'on déclara faux et mensongers les extraits des deux conciles de Constantinople, tenus par les patriarches Sergius et Pyrrhus, qui affirmaient que i'Ecthèse avait été approuvée par le pontife Severin.

La quatrième séancedu synode fut tenue le 19 octobre. Martin releva lescontradictions qui résultaient des pièces qu'on avait lues dans la session précédente, et expliqua les articles dans lesquels Cyrus anathématise les hommes qui ne disent pas avec lui que Jésus- Christ agit par une seule opération. » Sergius et Pyrrhus approuvent cette doctrine, ajoutait-il, et cependant ces prélats schismatiques adhèrent à l'Ecthèse, qui défend de prononcer les termes de une ou deux opérations. Ainsi ils se repoussent eux-mêmeâ du sein de l'Église, puisqu'il est contradictoire de dire une opération et de défendre de le prononcer. »

Le souverain pontife tombait dans une grave erreur, car il attribuait à l'Ecthèse une défense qui se trouvait dans le Type, et soit par ignorance delà question, soit par une ruse oratoire, il plaçait les hérétiques en contradiction avec eux-mêmes, tandis que ledit d'Héraclius appuyait le menothélisme, et que ces prélats avaient pu l'approuver sans se contredire et sans s'anathématiser eux-mêmes.

Enfin dans la dernière session, le pontife ayant fait apporteras livres des Pères, fit hre les passages opposés à l'hérésie, et après cette lecture il prit la

parole : «Mes frères, il faut faire connaître à toute la terre que less novateurs calomnient les Pères et les conciles q'ji ont enseigné deux volontés, deux opérations et deux natures en Jésus-Christ ; les Pères ne l'ont pas seulement décidé, ils l'ont encore prouvé parle nombre, par les noms, par les pronoms, par Jes qualités, par les propriétés, par tous les moyens possibles. Nous approuvons donc cette doctrine sans y rien ajouter ni retrancher. »

Afin de rendre plus sensible la conformité des sentiments des novateurs avec les hérétiques, le pape compara les paroles des uns et des autres ; et il conclut en disant que les premiers étaient plus coupables que les seconds, puisqu'ils voulaient persuader aux esprits simples qu'ils suivaient les écrits des saints Pères, tandis que les hérétiques déclaraient ouvertement qu'ils les combattaient. Il -appuya ses conclusions de l'autorité de saint Cyrille et de Grégoire de Naziance, et démontra que le Christ avait pris par son incarnation la nature humaine tout entière, et par conséquent la volonté qui est essentielle à l'âme raisonnable.

Après une longue délibération, le concile rendit son jugement en vingt canons; il condamna tous ceux qui ne confessaient pas la Trinité et l'incarnation du Verbe; lui refusaient de reconnaître Marie comme mère de Dieu, et le Christ comme consubstantiel à son Père et à la Vierge sa mère. Les Pères décidèrent que Jésus-Christ était lui-même une nature du Verbe incarné; que les deux natures subsistaient distinctes en lui, qu'elles étaient unies lypostatiquement et conservaient leurs propriétés ; 3t qu'il exécutait deux volontés et deux opérations, Tune divine, l'autre humaine ; enfin ils condamnèrent ceux qui repousseraient ces dogmes ou qui ne prononceraient pas analhème contre les hérétiques qui attaquaient la Trinité et l'incarnation.

Sabellius, Arius, Origène, Didyme, Êvagre, Théodore de Pharan, Cyrus d'Alexandrie, Sergius de Gonstantinople et ses «successeurs Pyrrhus et Paul, fuient excommuniés. On lança les plus terribles anathèmes contre ceux qui acceptaient l'Ecthèse d'Héraclius ou le Type de Constant; contre les prêtres qui se soumettaient aux dispositions prononcées par les impies entachés de monothélisme ; et contre les hérétiques qui soutiendraient que leur doctrine était semblable à celle des Pères, ou qui exposeraient de nouvelles formules sur l'incarnation. La souscription de l'arrêt est conçue en ces termes : « Moi,Martin, par la grâce de Dieu évêque de la sainte Éghse catholique et apostolique de la ville de Rome, j'ai souscrit comme juge à cette définition qui confirme la foi orthodoxe, ainsi qu'à la condamnatioa de Théodore, prélat de Pharan, de Cyrus d'Alexandrie, de Sergius de Constantinople, des patriarches Pyrrhus et Paul, ses successeurs, de leurs écrits hérétiques, de l'Ecthèse et du Type impie qu'ils ont publié à Byzance. »

Les actes du concile furent écrits en latin et en grec, à la demande des moines de Palestine, et le pontife les envoya aux Églises d'Orient et d'Occident, avec plusieurs lettres synodales. Il adressa des circulaires à tous les fidèles de la chrétienté, pour les instruire de l'erreur des monothéhtes, et de la né-

cessité d'assembler un concile pour condamner cette hérésie. « Nous envoyons, écrit-il, les actes du synode à tous les chrétiens, afin de justifier notre conduite devant Dieu, et de rendre inexcusables ceux qui nous refuseront l'obéissance qu'ils nous doivent. N'écoutez point les novateurs, et ne redoutez pas la puissance de ces hommes couronnés dont la vie passe comme l'herbe qui se fane, et dont aucun n'a été crucifié pour nous. »

Il informa ensuite l'empereur des décisions du concile, en lui disant : « Nos adversaires , seigneur, ont osé écrire aux évoques d'Afrique que vous aviez publié le Type afin d'arrêter la violence de nos discussions théologiques, et pour laisser à la vérité le temps de s'établir. Le malheur de ces discordes doit retomber sur eu.x-mêmes, qui se sont écartés des préceptes de l'Église ; car les Pères affir ment que le moindre changement dans l'exposition des vérités divines est condamnable aux yeux de Dieu. Nous vous adressons les actes de notre concile avec lear traduction en grec, et nous vous prions de les lire attentivement, afin que vos pieuses lois proscrivent les hérétiques, et fassent triompher les doctrines des saints Pères et des conciles. .'>

A cette époque, le nouvel évêque de Thessalonique, Paul, envoya ses lettres synodales à la cour de Rome : le pontife les jugea monothélites; cependant, à la demande de ses députés, il consentit à suspendre les effets de l'excommunication que ce prélat avait encourue; il releva seulement l'erreur dans laquelle il était tombé, et lui adressa par ses légats la profession de foi qu'il devait suivre. Paul, craignant que la soumission au saint-père ne lui attirât l'inimitié des évêques de l'Orient, trompa les mandataires de Martin et leur remit une exposition de ses croyances dans laquelle, en parlant de la volonté et de l'opération du Clirist, il avait retranché le mot « naturelle, » ainsi que la formule d'anathème prononcée contre les hérétiques.

Les légats de la cour de Rome, séduits par les artifices et par les flatteries de l' évêque de Thessalonique, acceptèrent cet écrit, qu'ils rapportèrent au pontife. Martin ayant reconnu la fourberie, s'emporta contre ses envoyés, les appela traîtres, sacrilèges, infâmes, et les fit renfermer dans un monastère où ils firent pénitence, revêtus d'un sac, et la tête couverte de cendres. -Ensuite il écrivit à Paul cette lettre menaçante :

« Sachez , évêque fourbe et imposteur, que vous êtes déposé de toute dignité sacerdotale, jusqu'au jour où vous confirmerez, par écrit, sans aucune restriction ni omission, ce que nous avons décidé en notre concile, et où vous aurez anathématisé les nouveaux hérétiques, leur Ecthèse sacilége et leur Type odieux.

« Si vous désirez rentrer dans notre communion, vous devez à l'instant même réparer la faute que vous avez commise contre les canons, en ne vous reconnaissant pas, dans vos lettres, pour sujet et vicaire du saint-siége. » Martin adressa en même temps un ordre au clergé de Thessalonique, pour défendre toute communication avec Paul s'il persistait dans .l'hérésie, et pour nommer un autre évêque.

Amandus ou saint Amand, prélat de Maëstricht,

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