‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 75 sur 125 · EUGÈNE I · texte numérisé non relu

EUGÈNE I

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L'empereur fait élire le pontife Eugène. — Les yégats du pape communiquent avec les monothélites. — Fermeté de l'abbé saint llaiime.— Lettre sur la persécution dont il fut victime, — Moit du pontife Eugène. — L'orfôvre saint Éloi.

Eugène, Romain de naissance et fils de Rufinien, avait été élevé sur le saint-siége par ordre de l'empereur Constant, à l'époque où Martin était plongé dans les cachots de Gonstantinople. Le prince, désirant que l'élection du nouveau pontife pariit consacrée canoniquement, engagea Martin adonner sa démission de chef de l'Église apostolique ; sur son refus, il passa outre, et l'élection d'Eugène fut célébrée avec pompe dans la basilique de Saint-Pierre.

Quelques auteurs, pensant réhabiliter la mémoire de ce pape, ont supposé que Martin I" envoya de l'île de Naxos l'autorisation de consacrer à sa place l'évêque qui venait d'être élu ; mais plusieurs lettres du pontife orthodoxe viennent au contraire démentir cette opinion.

Après son ordination, Eugène envoya des légal s chargés d'instructions secrètes pour entrer en accommodements avec les monothélites de Gonstantinople.

Saint Maxime, l'illustre abbé de Ghrysople, opposait toujours une courageuse résistance au progrès de l'hérésie. Il fut alors arrêté par ordre du prince ; et après quelques mois d'une prison rigoureuse, il fut conduit devant les magistrats pour subir un interrogatoire. Le juge lui ayant ordonné d'expliquer quelle serait sa conduite dans le cas oîi les Romains se réuniraient aux Byzantins, il répondit : « Si vous ne confessez pas les deux volontés et les deux opérations du Clirist, les envoyés de la ville sainte ne communiqueront point avec vous; d'ailleurs, s'ils se rendaient

coupables d'une action sacrilège en participant à votre communion, la foi du siège apostolique conserverait sa pureté, parce cpi'ils ne seraient pas porteurs de lettres synodales. »

Les juges répliquèrent : « Vous êtc ; seul dans l'erreur et dans les ténèbres; les apocrisiaires du pontife Eugène sont depuis hier dans nos murs ; et demain, jour du Seigneur, en présence du peuple, ils communiqueront avec le chef de notre clergé ; et tous apprendront que vous seul pervertissiez autrefois les fidèles d'Occident, puisqu'ils communient avec nous lorsque vous n'êtes plus parmi eux.

« Revenez à des sentiments plus sages, et que l'exemple de Martin vous apprenne à redouter la justice de l'empereur 1 »

L'abbé Maxime répondit avec fermeté : « La règle que je veux suivre est celle du Saint-Esprit qui ana- ' thématise, parla bouche de l'Apôtre, les princes, les empereurs, les papes, les saints, les anges et les archanges mêmes, s'ils enseignent une autre foi cpie celle qui a été prêchée par Jésus-Christ. »

Son disciple Anastase, instruit de l'ordre que le pape avait donné d'excommunier son maître et de le iaire périr, s'il persistait à condamner l'erreur des monothéhtes, écrivit aux moines de Cagliari en Sardaigne : « Nos adversaires ont enfin résolu lie ne point suivre la doctrine des Pères; et, dans leur ignorance, ils flottent dans un océan de contradictions. Après avoir longtemps soutenu qu'il ne fallait

dire ni une ni deux opérations, aujourd'hui ils en reconnaissent deux et une, c'est-à-dire trois.

« Avant eux, aucun des anciens hérétiques n'avait osé détendre cette erreur grossière, que les Pères, les conciles et la simple raison proscrivent. Cependant ils l'ont fait approuver par les légats de l'indigne pontife Eugène , et ils persécutent en son nom les fidèles qui s'opposent à la destruction de la foi. »

Maxime il/:\'iat en effet la victime de son attachement à l'ouiiodoxie de l'Église; l'empereur, à l'instigation de l'évéque de Rome, jrdonna que le moine serait fouetté publiquement dans tous les carrefours de la ville; et après cette flagellation, il lui fit couper la langue et la main droite !

Les autres actions du pape sont restées entièrement inconnues; il mourut le 2 juin 658, et fut enterré dans la basilique de Saint-Pierre, où les prêtres affirment que son corps est conservé. Les moines portugais prétendent au contraire que depuis longtemps ses reliques ont été transportées dans leur province. Nons laisserons les tonsurés vider cette question fort peu intéressante. Du reste, ce n'est pas le seul cadavre dont les dévots se disputent la possession; et, de par le monde catholique, le même saint existe ou est censé exister, dans son entier, ou dans plusieurs de ses membres, dans les reliquaires de plusieurs églises, et exposé à la vénération de dévots imbéciles!

Les auteurs ecclésiastiques ont accordé de grands éloges à la haute piété d'Eugène et à sa libéralité envers les églises et envers les couvents. Aussi les réformateurs du Martyrologe lui ont-ds décerné les honneurs de la canonisation !

On place à la même époque la mort de saint Eloî, l'illustre évêque de Noyon. Ce vénérable prélat était de Cadillac, village situé à deux lieues de Limoges; comme dès son plus bas âge d avait manifesté un penchant décidé pour le dessin, son père l'avait fait entrer chez le préfet de la monnaie, dans la ville de Limoges, où il fit des choses si remarquables en orfèvrerie, qu'il attira l'attention de Robbon, trésorier de Clotaire II, qui voulut l'avoir près de lui et l'attacha à la vérification des monnaies. Le roi, à portée d'apprécier les talents de cet habde artiste, le nomma son monétaire.

Dagobert , qui succéda au roi Clotaire II , prit également saint Eloi en afl'ection ; il l'éleva à la dignité de trésorier, et le chargea de la direction de tous les travaux importants qui s'exécutaient en orfèvrerie, entre autres des sièges d'or enrichis de pierreries et des bas-reliefs qui devaient orner le tombeau de saint Germain. Alais bientôt Eloi, scandalisé des débordements de la cour, résolut de fuir le monde, et alla s'ensevelir dans un monastère, d'où il ne sortit que pour diriger l'évêché de Noyon. On s'accorde à reconnaître qu'il remplit les devoirs de sa dignité épiscopale avec la plus scrupuleuse exactitude, tout en se livrant à ses occupations artistiques : plusieurs de ses ouvrages existaient encore avant la révolution de 1789. C'était un vertueux prélat et un artiste philosophe.

A la suite d'un voyage qu'il avait entrepris dans le Brabant pour convertir les idolâtres, saint Eloi mourut dans la ville de Noyon, et fut enterré dans la cathédrale, où, suivant les légendaires, il accomplit bon nombre de miracles dont nous ne garantissons nullement l'autlienticité.

Invasion et pillage de Rome.

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ITVLIEN \|j«

Élection de Vitalien. — Il envoie ses légats à Constantinople. — Vitalien place des orgues dans les églises de Rome. — L'empereur Constant vient en Italie. — Il pille Rome. — Église d'Angleterre. — Lettre du pontife. — Affaire de Jean de Lappe. — Le pape envoie un archevêque en Angleterre. — L'évéque de Ravenne méprise les ordres du pontife. — Vitalien excommunie l'évêque de Ravenne. — Le prélat eicommunie le pape. — Mort de Vitalien. — Son nom est retranché des diptyques de Constantinople.

Le pontife Eugène étant mort, on élut, pour lui succéder, Vitalien, fils d'Anastase, né à Signia en Campanie. Après son exaltation, le nouveau pape envoya des légats à Constantinople pour remettre au prince sa profession de foi : le clergé adressa également une lettre synodale, pour supplier l'empereur de confirmer son élection.

Le P. Pagi affirme que Vitalien n'écrivit point au patriarche Pierre, alors chef du clergé de Byzance; Fleury est d'une opinion contraire; dans tous les cas, ces auteurs conviennent que les envoyés du saint-père approuvèrent le Type du prince et furent reçus avec honneur à la cour impériale. Constant, flatté de cette marque de condescendance, devint favorable à l'Église de Rome. Il fit cesser les persécutions contre les orthodo.\es, augmenta les privOéges des pontifes, et donna même à la basilique de Saint- Pierre un livre des Évangiles recouvert d or et orné de pierres précieuses. Le patriarche de Constantinople, monothélite zélé, témoigna aussi par des marques de munificence la joie qu'il éprouvait de son union avec le pape ; il lui envoya plusieurs navires chargés de grains et de bestiaux pour les pauvres de Rome; et dans une lettre qu'il lui écrivit, il cite différents passages des Pères qu'on avait altérés afin d'établir l'unité de volonté d'opération en Jésus-Christ.

En 660, le pontife introduisit dans les églises

l'usage des orgues pour augmenter l'éclat des cérémonies rehgieuses et y attirer davantage les fidèles.

Deux ans après, en 662, l'empereur Constant prit la résolution de passer en Italie, afin de mettre le siège du gouvernement hors des atteintes des ennemis de l'empire, qui poussaient leurs excursions jusque sous les murs de Byzance. Il se rendit à Tarente, ensuite à Naples ; mais ayant échoué dans sa tentative sur Bénévent, qui tenait pour les Lombards, il se replia sur la ville apostolique. Le pape, à la tête du clergé, \int à la rencontre du prince, qui présenta ses offrandes à Saint-Pierre, et resta douze jours dans l'ancienne capitale des Césars. Ensuite l'empereur Constant, en sa cpialité de chef de l'État, procéda régulièrement au pillage de Rome, afin de grossir ses trésors, qui étaient épuisés par les guerres. Il enleva des temples tous les ornements d'or et d'argent, les statues, les balustrades, et jusqu'à l'airain des portiques ; il enleva les trésors des couvents ; il arracha même la couverture de la basilique de Sainte-Marie des Martyrs. La plus grande partie de ces richesses fut dirigée vers la Sicile, oii le prince avait résolu d'étabhr sa résidence.

A la même époque, Egbert, roi de Kent, et Oswi, roi de Northumbre, envoyèrent des députés au saintsiége pour consulter le pape sur des points de discipline rebgieuse, et entre autres sur l'époque de la

VITALIEN

célébration de la fête de Pâques. Ils l'instruisaient également de la mort du métropolitain de Gantorbéry, et le priaient de leur envoyer un prélat pour remplir le siège vacant.

Les ambassadeurs étaient chargés de supplier le saint-père d'arrêter les dissensions soulevées par ses représentants, qui voulaient assujettir les églises d'Angleterre au rite romain. Wigard, chef de la députation, connaissant l'avarice du pontife, appuya ses réclamations de riches présents et de sommes considérables, renfermées dans des vases d'or et d'argent. Le pontife s'empressa de répondre au roi Oswi; mais, tout en louant son zèle pour la religion, il l'exhortait à se conformer aux traditions de l'Eglise apostolique, soit pour la célébration de la fête de Pâques, soit pour les autres cérémonies sacrées. « Nous vous envoyons, ajoutait-il, pour vous remercier de vos offrandes, des reliques des bienheureux saint Pierre et saint PauL; des martyrs saint Laurent, saint Jean, saint Grégoire et saint Pancrace; et nous faisons présenter à la reine, votre épouse, une croix en or et une clé que nous garantissons avoir été forgée avec le fer des chaînes de saint Pierre. « Une peste violente ravageait alors l'Italie ; Wigard et les autres députés des rois de Kent et de Northumbre ayant succombé au fléau, le pape fut obligé d'envoyer sa réponse par des légats.

Quelques années après ces événements, Jean, évêque de Lappe, dans l'île de Crète, vint à Rome pour conjurer Vitalien de lui faire rendre justice, en réformant une sentence rendue contre lui par son métropolitain Paul et par les autres prélats de la Crète pour de prétendus manquements à la discipline ecclésiastique.

Le saint-père convoqua un synode au palais de Latran, afin d'examiner la cause de l' évêque, ainsi que les actes du concile qui avait condamné Jean. L'assemblée déclara unanimement que le jugement était irrégulier; elle blâma les rigueurs dont le prévenu avait été victime, et accusa Paul de rébellion pour avoir refusé à son suffragant de se soumettre à l'appel de la cour de Rome. « Ce crime seul, ajoutaient les ecclésiastiques italiens, mérite l'anathème, et infirmerait l'autorité des. plus sages délibérations. »

Jean fut rétabli dans son siège; et le pontife ordonna à l'archevêque Paul d'effacer le scandale de cette injuste déposition, par une réparation éclatante envers le prélat de l'Église de Lappe. Celui-ci, déclaré solennellement innocent, fut réintégré dans ses honneurs, biens et dignités. A son départ de la ville sainte, Vitalien lui remit deux lettres, adressées, l'une à Vane, chambellan et cartulaire de Constantinople, et l'autre à Georges, évêque de Syracuse, afin cpie ces seigneurs le présentassent à l'empereur pendant son séjour en Sicile.

Vitalien s'occupa ensuite de la nomination d'un prélat pour le si.'ge de Cantorbéry, suivant la demande que lui en avait faite Egbert, roi de Kent. Il fit venir à Rome Adrien, abbé du couvent de Néridan, près de Naples, pour lui offrir le diocèse de Cantorbéry, parce que ce moine lui avait été désigné comme très-instruit dans les dogmes delà religion, connaissant tous les points de la discipline du clergé régulier ou séculier, et possédant parfaitement les langues grecque et latine. Adrien, plutôt philosophe

que moine, refusa cette importante dignité, et proposa pour le remplacer André, religieux de son couvent, homme vénérable par l'excellence de sa doctrine et par la gravité de son âge; celui-ci refusa en déclarant que ses infirmités corporelles l'empêchaient également d'accepter la mission du saint père.

Alors Adrien présenta un autre moine, appelîi Théodore, né à Tarse en Cihcie Ce bénédictin, par des études profondes, avait acquis un grand savoir dans les lettres divines et humaines ; il parlait avec pureté le grec et le latin, et joignait à des mœurs irréprochables des habitudes d'obéissance passive aux ordres de ses supérieurs. Théodore fut nommé archevêque de Cantorbéry, et l'abbé Adrien consentit à le suivre en Angleterre, pour catéchiser les peuples de cette île et pour achever de les soumettre à l'autorité de l'Éghse romaine.

Vitalien engagea saint Benoît Biscop, qui faisait son quatrième pèlerinage, à retourner dans sa patrie, afin d'y conduire le nouveau prélat Théodore et de lui servir d'interprète. Biscop obéit aux ordres de Vitalien-, et quitta la ville sainte le 27 mai 668, prenant la route d'Angleterre avec le métropolitain de Cantorbéry et l'abbé Adrien ; ils débarquèrent à Marseille, et se rendirent à Arles pour remettre à l'archevêque Jean les lettres que le pontife lui adressait. Le prélat accueillit favorablement les voyageurs, et les garda dans son diocèse jusqu'à ce qu'ils eussent reçu d'Ébroïn, maire du palais, la permission de traverser les Gaules.

Aussitôt que le roi de Kent eut appris que les envoyés du saint-père se dirigeaient vers son royaume, il députa un ambassadeur à la cour du monarque français, afin d'obtenir l'autorisation de les faire conduire au port de Quentavic, en Ponthieu, aujourd'hui Saint- Josse-sur-mer.

Théodore, malade des fatigues du voyage , fut obligé de rester quelques mois dans cette ville; il passa ensuite en Angleterre, où il prit possession du siège de Cantorbéry. Il gouverna cette Église l'espace de vingt et un ans. Ce prélat obtint dans la suite la suprématie de son siège sur les autres Églises, quoique l'archevêché d'York eût autrefois été déclaré indépendant par Grégoire I". Théodore termina les discordes religieuses du pays en faisant consentir les Anglais à recevoir le rite romain. Pendant la durée de son épiscopat, il domina les princes et les prêtres, leur fit comprendre les bienfaits de l'instruction, et fonda des écoles où il professait lui-même. La science, vulgarisée par ses efforts, grandit sous le ciel nébuleux de l'Angleterre, et prépara l'existence sociale de cette grande nation.

Une révolution contraire s'opérait en Orient; la thèologomanie s'était emparée de l'esprit des Grecs et les portait à de telles extravagances, qu'à- l'avènement de leur nouvel empereur Constantin Pogonat, ils avaient exigé impérieusement que ses deux frères fussent couronnés en même temps que lui ; cette triple onction sacrée et l'obéissance à trois princes à la fois étant, selon eux, une conséquence rigoureuse de leur croyance dans la sainte Trinité et de l'adoration des trois personnes divines. Constantin qui se voyait ainsi enlever une partie de l'autorité suprême par suite d'idées religieuses qu'il ne partageait pas,

IIISTOIUE DES PAPES

Introduction des orgues dans l'Église romaine

voulut ramener les Grecs à des croyances plus en rapport avec ses iiilérùU. En conséqnence il persécuta les monothélites, favorisa leurs adversaires; et Pierre, patriarche de Constantinople, étant mort, il nomma, pour le remplacer, Thomas, dùicre de Sainte-Sophie, qui était tout dévoué à la cour de Rome. Cependant les guerres et les invasions in-

cessantes des Sarrasins interrompant toute communication entre l'Église latine et l'Église grecque, le nouveau patriarche ne put envoyer au pape ni aux évèques latins sa lettre synodale.

Peu de temps après eut lieu la célèbre dispute entre le pontife de Rome et l'évèque Maure : Vitalien avait ordonné au métropoliuin de Ravenne de se

VITALIEN

rendre à la cour de Rome, afin d'y être examiné sur ses actions et sur sa foi ; mais le prélat, appuyé de la faveur de l'exarque, avait refusé de comparaître, et le pontife l'ayant déclaré déchu de ses honneurs et retranclié de la communion des fidèles, celui-ci à son tour, avait réuni son clergé et prononcé un ana- Ihème terrible contre le pape.

Vitahen, furieux de se voir excommunié par un ecclésiastique qu'il regardait comme son vassal, sou leva pour sa cause tous les évêques d'Italie, et dans un grand concile il fit déposer Maure des fonctions sacerdotales.

Le métropolitain ne voulut point recourir à la clémence pontificale; il opposa un dédain outrageant aux foudres de l'Église apostolique, et défendit à son clergé de se soumettre, ni directement ni indirectement, aux décrets de l'évèque de Rome. Il publia également une bulle d'excommunication, dans laquelle il accusait l'orgueilleux successeur de saint Pierre de vouloir anéantir les libertés de l'Eglise pour fonder une tyrannie coupable ; et où il annonçait même qu'il réunirait des troupes et emploierait la force temporelle pour s'opposer à l'ambition envahissante de l'évèque romain.

Vitalien se courba devant la fermeté du prélat de

Ravenne, et redoutant que l'esprit d'émancipation ne se propageât dans le clergé, il suspendit les effets de son ressentiment, et parut oublier la révolte de l'audacieux Maure.

Les bénédictins attribuent au pape une lettre apocryphe, et sans doute écrite par ces moines, afin de légitimer la possession des châteaux et des terres immenses qu'ils revendiquaient dans les provinces de Sicile. Voici le langage qu'ils font tenir à Vitalien: « Mes frères, j'ai appris avec une grande affliction que vos monastères et vos biens ont été ruinés jar les courses des Sarrasins, et que plusieurs d'entie vous sont tombés sous le glaive de ces peuples impics.

<c J'envoie, pour vous consoler, quelques religieux du Mont-Cassin; je vous exhorte à leur obéir, à travailler avec eux au rétablissement de vos abbayes, et à réparer les désordres de vos domaines — »

Ce pontife, orthodoxe et ambitieux, mourut en 672, après un règne de treize ans; il fut enterré à Saint-Pierre.

Jean, patriarche de Constantinople, avait rétabli le nom de l'évèque de Rome dans les sacrés diptyques; mais Thé( doie, qui lui succéda, obtint de Constantin Pogonat l'autorisation de retrancher Vitalien du catalogue sacré.

Origine du pontife. — Son éducation dans les cloîtres. — Élection de Déodat ou Dieu-donné. — Il accorde de grands privilèges a iabbaye de Saint-MarUn de Tou-s. — Caractère du pontife. — Mort du pape Déodat. — Il est enterré à Saint-Pierre.

Déodat, que différents auteurs nomment le pontife Adéodat, Deus-dedit ou Dieu-donné, était Romain de naissance, et fils de Jovien. Il fut placé très-jeune dans le monastère de Saint-Érasme, situé sur le mont Célius, où les religieux prirent soin de son éducation. Dans la suite, par reconnaissance pour les moines qui l'avaient élevé, il augmenta les bâtiments du couvent et organisa la communauté, qu'il" mit sous la conduite d'un abbé.

Après la mort de Vitalien, le Sénat, le clergé et le peuple le choisirent pour son successeur au trône de saint Pierre, l'empereur confirma l'élection, et il fut immédiatement ordonné évêque de la ville samte.

L'histoire garde le silence sur les actes de son pontificat; les chroniques rapportent seulement que, pendant son règne, saint Agiric, prêtre et abbé du monastère de Saint-Martin de Tours, accomplit un pèlerinage à Rome, pour présenter une charte que Ghrodobert ou Robert, métropolitain de son diocèse, avait octroyée au clergé régulier de S^int-3^artin, et dont il demandait la confirmation.

Déodat ne voulant pas enlever à l'autorité de,s évêques les couvents qui dépendaient de leurs Édises, repoussa d'abord la demande de saint Agiric; mais

le religieux lui aj-ant montré dans les archives de la cour apostolique plusieurs exemples de cet abus de pouvoir, il se rendit à ses prières, et approuva la charte de Robert.

Cette autorisation ne renferme pas les clauses qui étaient alors en usage pour assurer aux moines la liberté de vivre indépendants et selon leurs règles; aussi Lannoy a-t-il rejeté cette pièce comme apocryphe, appuyant cette opinion sur la formule rapportée par Marculfe, et usitée à cette époque pour les chartes religieuses; néanmoins le P. Lecointre, dont l'érudition et l'exactitude font autorité pour quelques-uns, n'a pas craint d'affirmer l'authenticité du p-ivilége de l'abbâye.

Déodat, selon le sentiment d'Anastase le bibliothécaire, était charitable envers les pauvres, accessible à tous les malheureiyt, d'un caractère calme et d'une bonté extrême.

Il consacra quatorze prêtres, deux diacres et quarante-six évè^jues, dans une seule ordination ; c'est tout ce qu'on sait des actes de son pontificat, qui dura en\-iron cinq années.

Il mourut en 676, et fut enterré dans la basilique de Saint-Pierre de Rome.

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Élection du pontife. — Son origine. — Le patriarche de Constantinople lui écrit en faveur du monothélisme. — Incertitudes sur la réponse du saint-père — L'évèque de Ravcnne se soumet au pape. — L'empereur Constantin entreprend de pacifier l'Église. — Il convoque un concile général. — Lettre du prince au pape. — Mort de Domnus.

Après la mort de Déodat, le saint-siége resta vacant plusieurs mois ; le clergé, le peuple et les seigneurs de Rome ayant été divisés par les rivalités des prêtres avides de l'autorité suprême. Enfin les suflrages se réunirent sur Domnus ; et lorsque son élection eut reçu la sanction impériale, il monta sur le trône de l'Église. Onuphre donne au pontife le nom de Dominus, et dit ([u'il était Romain d'origine et fils du prêtre Maurice.

Théodore, patriarche de Constantinople, qui s'était déclaré en faveur de l'hérésie des monothélites, n'adressa pas sa lettre synodale au nouveau pape pour le féliciter de son élection; il lui écrivit seulement pour lui demander quels étaient ses sentiments relativement à la réunion des Eglises d'Orient et d'Occident : la réponse de Domnus a été anéantie par les prêtres, ce qui doit faire présumer qu'elle n'était point orthodoxe.

Du reste, le pontife se montrait d'une indulgence extrême à l'égard des hérétiques ; à Rome même il accorda une faveur signalée aux moines syriens du monastère de Boèce, qui professaient ouvertement l'erreur des nestoriens; et son indécision sur le dogme était telle, qu'au rapport de plusieurs historiens ecclésiastiques, sa Sainteté déclarait qu'il lui était im- Fossible de se prononcer sur la question qui divisait Église, sans émettre des propositions contradictoires ou erronées; et l'écrivain Platine dit même que Domnus avouait naïvement aux prêtres qui composaient son conseil, qu'il ne pouvait comprendre

e Fils de Dieu pouvait avoir deux natures, deux volontés et deux opérations, parce qu'une semblable doctrine était complètement opposée à l'unité enseignée par l'Évangile, et qu'on avouait être en même temps l'essence de la divinité du Christ.

Vers le commencement de l'année 678, l'empereur ayant conclu la paix avec les Sarrasins, vou'ut faire cesser les désordres qui troublaient la chrétienté; mais prévoyant les obstacles que l'ignorance et l'opiniâtreté des évêques grecs et latins opposeraient à ses démarches conciliatrices, il s'entoura de sages conseillers afin de délibérer avec eux sur les mesures à prendre pour ramener le calme dans l'Eglise.

D'après leurs avis, il ordonna aux deux titulaires des premiers sièges de l'empire, à Théodore, chef du clergé de Byzance, et à Macaire, patriarche d'Antioche, de se rendre à la cour pour lui faire connaître les erreurs qui divisaient depuis si longtemps les ministres de la religion.

Les deux prélats, ramenés à des sentiments d'équité par la noble conduite du monarque, oubhërent leur rivalité et leurs disputes, et avouèrent au prince que l'esprit de controverse naturel aux Grecs lei avait jetés dans les conséquences outrées des dogmes ou des mystères de la religion, et leur avait fait adopter de fausses interprétations sur la doctrine 1 enseignée par les Pères. Ils affirmèrent que les termes sacramentels employés dans les discussions théologiques étaient les seuls prétextes dont se servaient les I prélats pour soulever les schismes qui séparaient les

HISTOIRP] DES PAPES

Églises, et qu'une assemblée œcuménique remédierait probablement à tous ces maux.

Constantin résolut alors de convoquer un concile général, et il écrivit au pape : « Nous vous prions, très-saint père, d'envoyer près de nous des hommes calmes et instruits ; ils devront apporter avec eux les ouvrages dont l'autorité sera nécessaire pour décider toutes les questions religieuses avec les patriarches Théodore et Macaire. Nous vous promclluns sûreté entière pour leur liberté et pour leur vie, (|iielles que soient les déterminations prises par Fiissemlilée que nous voulons présider.

« Nous espérons être justifié au jugement de Dieu, à cause de la sincérité de notre zèle pour la religion : nous mettons en lui toute notre confiance, et nous le prions de bénir tous les efforts que nous faisons, afin d'obtenir l'union parmi les chrétiens de notre empire ; cependant nous n'emploierons jamais que la puissance de la parole pour les convaincre, et nous condamnons ceux qui veulent user de violence pour soumettre la conscience des hommes.

« Le chef de notre clergé nous a demandé l'autorisation d'effacer des sacrés diptyques le nom du pontife Vitalien, et de conserver celui d'Honorius. Nous n'avons pas approuvé cette demande, désirant maintenir une égalité entière entre les ecclésiastiques d'Orient et d'Occident, et montrer que nous tenons

les uns et les autres comme orthodoxes, jusqu'au temps où les questions soulevées entre eux auront été décidées par l'autorité de notre synode.

« L'ordre a été donné par nous au patrice Théodore, exarque d'Italie, de défrayer de toutes leurs dépenses les prélats et les docteurs que vous enverrez à Gonstantinople, et de les faire escorter par des vaisseaux de guerre, si cette mesure est jugée nécessaire à la sûreté de leurs personnes. »

Cette lettre ne parvint point au pontife Domnus ; le saint-père était mort vers la lin de l'année 678, avant que les ambassadeurs du prince fussent arrivés à Rome.

Pendant son règne, le pape avait obtenu la soumission du nouvel archevêque de Ravenne, Réparât, qui, gagné secrètement par les présents du pontife, avait demandé à rentrer sous l'obéissance de la cour de Rome. En conséquence, le saint-père avait sollicité de l'empereur l'abrogation du décret qui rendait la métropole de Ravenne indépendante du saintsiége, ce qui n'avait souffert aucune opposition.

Domnus fit paver de marbre et entourer de colonnes la cour d'honneur qui était devant l'église de Saint Pierre. La basilique des Apôtres, située sur 'e chemin dOstie, et celle de Sainte-Euphémie, sur la voie Appienne, furent également réparées par ses soins et considérablement embellies.

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