‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 76 sur 125 · AGATHON · texte numérisé non relu

AGATHON

Origine d'Agathon. — Son éducation. — Élection du pontife. — Désordres de l'Église d'Angleterre. — Wilfrid, évêque d'York, est chassé de son Église. — Son voyage à Kome. — Un concile examine la cause du prélat. — Wilfrid est réhabilité par le synode. — Wilfrid retourne en Angleterre. — Privilège accordé à saint Benoît Biscop. — Agathon reçoit la lettre adressée à Domnus I" par l'empereur Constantin — Réponse du saint père au prince et à ses frères HéracUus et Tibère. — Lettre du concile de Rome sur l'ignorance du clergé. — Arrivée des légats en Orient. — Concile de Constantinople. — Excommunication lancée par le concile contre la mémoire du pontife Honorius I".— Histoire remarquable des di.vhuit sessions. — L'empereur diminue l'impôt queles papes payaient pour leur ordination. — Mort d'Agathon. — Réflexions sur ce pape.

Agathon le Napolitain avait été élevé dans les monastères, regardés alors comme les écoles où l'étude des pratiques pieuses et la science des dogmes de la religion chrétienne étaient le mieux enseignées. Les sénateurs, le clergé et le peuple romain portèrent leurs suffrages sur Agathon; et, dans la suite, il justifia pleinement par son habileté la préférence qu'ils lui avaient accordée.

Après son exaltation, le nouveau pape donna ses yoins à l'Église d'Angleterre, troublée par l'ambition tt par les désordres des prêtres, qui étaient même parvenus à faire chasser de son siège Wilfrid, prélat d'York. L'illustre persécuté prit la résolution de demander justice au saint-père contre ses suffragants, et entreprit le voyage de Rome. Les fatigues de son pèlerinage furent adoucies par les soins généreux d'Algise, roi des peuples de la Frise, et de Berchter, souverain des Lombards, qui lui donnèrent des escortes pour le garantir des pièges et des dangers dont il aurait pu devenir la victime. Le pontife, déjà instruit de la condamnation injuste de l'évêque anglais, accueillit favorablement ses plaintes, et convoqua un concile de cinquante prélats, afin d'examiner le jugement, et pour consolider en même temps par un acte de vigueur la domination que le saint-siège commençait à exercer sur tous les évêchés et les égHses de La Grande-Bretagne.

André d'Ostie et Jean de Porto furent chargés d'examiner avec d'autres ecclésiastiques les pièces du procès de saint Wilfrid ; lorsque leur travail fut terminé, ils en donnèrent connaissance à l'assemblée et s'exprimèrent en ces termes : « Mes frères, nous ne trouvons Wilfrid coupable d'aucun crime qui mérite le châtiment qu'il a subi par sentence royale, et nous admirons au contraire la conduite sage qu'il a tenue envers son souverain. Il n'a point cherché à exciter de sédition pour se maintenir dans son évêché, et s'est contenté défaire appel à la cour de Rome, où Jésus-Christ a étabh la primauté du sacerdoce, et un tribunal suprême pour tous les membres du clergé, comme pour les laïques de tous les rangs. Du moins c'est la doctrine qu'il faut enseigner aux peuples. »

Le pape ordonna qu'on instroduisît Wilfrid dans la salle du synode, pour entendre ses plaintes. Celui ci, après avoir lu sa requête, où il prenait le titre d'évèque de Saxe, s'éleva avec force contre la sentence royale qui l'avait déclaré dépossédé de son siège : « Je n'accuserai point, dit-il, le métropolitain Théodore d'avoir ajouté foi trop légèrement à des rapports mensongers, parce qu'il a été envoyé dans nos provinces par le saint-siège, et parce que je regarde comme infaillibles ceux que le saint-père a choisis dans son troupeau. Aussi,. mes Pères, j'en prends devant vous l'engagement solennel, si votre assem-

blée reconnaît que ma déposition est équitable, je me soumettrai humblement à ses volontés ; si la condamnation portée contre moi est jugée contraire aux sacrés canons, je vous prierai de chasser de mon diocèse les imposteurs qui le gouvernent, et d'ordonner que les suffragants d'un >ir'j,c an hiépiscopal soient élus à l'avenir parmi les pnliii(|ii,s <\r la même Eglise dévoués aveuglément au ^aiiii pnniile. »

Le concile répondit par acclamation qu'il serait rétabli dans sou évèché, et que les prélats chargés de supporter avec lui le pénible fardeau des fonctions sacerdotales seraient nommés dans un synode formé par son clergé et consacrés par Théodore. On prononça en même temps anathème contre les clercs et les laïques, les moines et les religieuses, quelle que fût leur dignité, même contre les rois et les reines qui s'opposeraient à l'exécution de ce jugement.

Wiiirid retourna dans sa province, emportant un grand nombre de vieux ossements et de reliques des saintes, des apôtres et des martyrs, pour l'édification des dévots imbéciles et des fidèles de la Grande-Bretagne.

Saint Benoît Biscop, l'année suivante, fit son cinquième pèlerinage à Rome, pour obtenir du pontife un privilège qui assurât l'indépendance de son monastère, et lui donnât l'autorisation de faire apprendre le chant grégorien à ses moines et de célébrer la messe avec les cérémonies italiennes. Jean, premier chantre de l'église de Saint-Pierre et abbé de Saint- Martin, fut chargé d'accompagner Biscop pour enseigner la musique sacrée aux moines anglais, et pour s'assurer en même temps de l'orthodoxie des ËgUses du royaume. Ils quittèrent la ville sainte, emportant, comme Wilfrid, une quantité prodigieuse de reliques, de bibelots cathoKques, de bvies pieux et d'images, qu'ils devaient exposer à l'adoration des fidèles dans la nouvelle basilicpie que l'infatigable pèlerin avait consacrée au bienheureux apôtre Pierre.

La lettre que Constantin, l'année précédente, envoyait à Domnus I" fut remise au pontife par Êpiphane, secrétaire du prince. Le saint-père réunit aussitôt un concile afin de répondre à l'empereur. Il ne reste que deux lettres des actes de cette assemblée : l'une est d'Agathon ; la seconde est écrite au nom du synode, et toutes deux sont adressées à Constantin et à ses frères Héraclius et Tibère, qui portaient le titre d'augustes. « Nous avons reçu, écrivait le saint-père, les dépêches que vous adressiez à notre prédécesseur pour l'exhorter à examiner l'orthodoxie de la foi. Dans notre désir de résoudre cette importante question, nous avons cherché des ecclésiastiques capables de prononcer avec sagesse sur le dogme de l'incarnation ; mais il ne s'est rencontré dans toute l'Italie que des hommes grossiers tels que le malheur des temps permet de les trouver.

« Ayant donc pris conseil de tous nos frères, nous nous sommes déterminé à vous envoyer, comme les plus instruits de notre Église, les vénérables évèques Abundantius et Jean ; nos chers fils Théodore et George, piètres; Jean, diacre, et Constantin, sous-diacre ; Théodore, prêlre et légat du siège de Ravenne, et plusieurs moines, serviteurs de Dieu, qui assisteront au synode général que vous avez convoqué dans votre ville impériale. Nous ne chercherons pas à vous les présenter comme des lumières

de l'Église , car on ne saurait trouver les connaissances exactes des saintes Écritures chez ceux qui vivent au milieu des nations barbares, et qui achètent le pain de chaque jour par le travail de leurs mains. « Mais , si nous ignorons la science des textes sacrés, par compensation nous gardons avec une religieuse simplicité la foi primitive que nos prédécesseurs nous ont laissée, en demandant à Dieu, pour toute lumière, de conserver dans nos cœurs le souvenir de leurs paroles et de leurs décisions. Nous avons marqué à nos députés quelques passages des saints Pères, dans les hvres mêmes, afin qu'ils vous soient présentés lorsque vous l'ordonnerez. Ainsi, la religion de cette Église apostolique, votre mère spirituelle, vous sera expliquée, non avec cette éloquence profane que nos envoyés ne connaissent point, mais avec la sincérité et la conviction des croyances

I que nous avons professées dès le berceau. Nous vous

! saluons en Jésus-Christ. »

Le pontife exprime ensuite sa foi sur la Trinité et sur l'incarnation; il affirme que les trois personnes

I divines ont une seule nature et une seule volonté, et que le Verbe ayant revêtu la forme humaine sous le nom de Jésus, possède deux natures, deux volontés et deux opérations. Il cite plusieurs passages de l'Écriture commentés par les Pères, et rapporte les définitions du concile de Chalcédoine, et celle de la cinquième assemblée œcuménique ; il assure que le saint-siége n'a jamais soutenu l'hérésie, qu'il ne s'est jamais écarté du chemin de la vérité chrétienne, et qu'on a toujours reçu ses décisions comme la parole divine de saint Pierre. Enfin il termine cette longue lettre en exhortant l'empereur à se servir de sapuis-

I sance pour soutenir l'intégrité de la foi catholique, et pour délivrer l'ÉgUse de ses ennemis. « Si l'évêque de Constantinople , ajoute-t-il, enseigne notre doctrine, il n'y aura plus de division parmi les fidè-

1 les; s'il embrasse au contraire le mouothébsme, il en rendra compte au jugement de Dieu. »

I Dans leur lettre synodale, les prélats qui composaient l'assemblée s'adressent aux princes, et leur

j parlent ainsi : <v Seigneurs, vous nous avez ordonné d'envoyer à Byzance des ecclésiastiques dont les mœurs soient exemplaires, et dont l'intelligence soit nourrie par la lecture des textes sacrés.

>c Quelque édifiantes que paraissent les actions extérieures des prêtres, nous ne pouvons pas répondre de la pureté de leur vie privée ; cependant nous espérons que la conduite de nos députés sera conforme à la morale chrétienne. Quant à leur science, elle se réduit aux pratiques de la religion ; car dans notre siècle, les ténèbres de l'ignorance couvrent le monde, et nos provinces sont continuellement dévastées par la fureur d'S nations. Au milieu des invasions, des combats et des brigandages des peuples barbares, nous ne pouvons pas même apprendre à lire aux jeunes clercs. Nos jours sont remplis d'angoisses, et nous cultivons une terre rougie du sang de l'homme ; enfin il ne nous reste que la foi en Jésus-Christ pour tout bien et pour toute lumière. »

Les légats du pontife étant arrivés à Byzance, Constantin les reçut dans l'oratoire de Saint-Pierre, au palais impérial. Ils présentèrent au prince les lettres de la cour de Rome, et la surprise du mr

A.GATHON

narque fut extrême lorsqu'il eut reconnu par un premier examen la grossière ignorance des prêtres de l'Église latine. Néanmoins, il les exhorta, conformément aux instructions qu'ils avaient reçues du pape, à préparer les questions que le concile allait examiner, et à discuter avec calme d'après les règles de la justice. Il leur assigna le palais de Placidie pour demeure, et donna l'ordre au sacellaire de fournir aux légats les sommes qui leur seraient nécessaires pour soutenir leur dignité.

Quelques jours après, ils furent invités à se rendre à la basilique de Notre-Dame de Blaquernes ; et le , prince désirant montrer toute sa déférence pour le saint-siége, leur envoya des chevaux richement harnachés et un nombreux cortège. Le synode se réunit ensuite au palais du souverain, dans la salle du Dôme. Treize des principaux officiers de la cewonne entouraient l'empereur, qui présidait lui-même l'assemblée ecclésiastique.

Un des légats de la cour de Rome porta le premier la parole, et s'exprima en ces termes : « La moitié d'un siècle s'est déjà écoulée, mes frères, depuis que ' Sergius, patriarche de cette ville, a introduit dans le \ langage de la religion des expressions nouvelles qui altèrent la pureté de la foi. Son erreur a été condamnée par le saint-siége, et les pontifes ont sans cesse exhorté les prélats qui la professaient à la rejeter comme impie et sacrilège. Cependant, malgré les anathèmes des papes, l'hérésie s'est propagée jusqu'à nos jours dans î'ÉgHse grecque.

« Maintenant nous espérons qu'elle cessera de troubler la chrétienté, et nous supplions notre magnifique empereur d'ordonner au clergé de Constantinople de formuler ses croyances sur l'incarnation du Verbe, afin que nous puissions les combattre. » Les évêques de Byzance et d'Antioche dévelo{>pèrent la proposition, et donnèrent lecture des actes du concile d'iliphèse en faveur de leurs conclusions.

Dans la seconde cession, l'assemblée prit connaissance des décisions du concile de Chalcédoine, qui, selon la remarque des légats, étaient entièrement contraires au monothélisme. Dans la troisième, on reconnut pour apocryphe une épître de Menas adressée au pape Vigile, et dont les hérétiques s'étaient ' emparés, alin de prouver par l'autorité de cet ancien patriarche de Gonstantinople, qu'il n'existait réellement qu'une volonté en Jésus-Christ.

Dans les séances suivantes, on lut les lettres du pape Agathon ; mais l'évêque d'.4ntioche opposa vie- ] torieusement aux argumentations du pontife deux volumes des passages extraits des Pères. Le diacre de Ravenne s'étant levé de son banc, s'adressa à l'empereur : « Remarquez, seigneur, que dans tou- , tes ces citations, Macaire , Etienne, son disciple, Pierre, évêque de Nicomédie, et Salomon de Glanée, 1 n'ont rapporté aucun texte qui établisse la volonté 1 unique de la Trinité et du Christ; ils ont même altéré ou retranché les pas.sages qui condamnaient les monothéhtes. Nous vous supplions donc de faire apporter du palais patriarcal de cette ville les livres originaux, et nous montrerons à l'assemblée, en collationnant les extraits produits devant elle, qu'ils gnt été tronqués et interpolés.

A notre tour, nous cùerons les ouvrages des Pères,

et nous prouverons clairement qu'ils affirment les deux volontés et les deux opérations du Verbe après son union hypostatique avec la nature humaine. »

Les patriarches George et Macaire demandèrent, dans la septième session, copie des lettres du pape Agathon, pour vérifier les textes sur lesquels il fondait ses conclusions ; ensuite on soumit au synode deux discours attribués au pontife Vigile, et adressés à l'empereur Justinien et à l'impératrice Théodora; ils renferînaient ces paroles : « Nous anathématisons Théodora de Mopsueste, qui refuse de reconnaître Jésus-Christ comme une hypostase, une personne, et exécutant une seule opération. » Etienne, moine et prêtre de Rome, s'étant levé, s'écria : « Ces écrits sont une imposture; car si Vigile avait enseigné l'unité de volition, et que le concile l'eût approuvé, on aurait employé le terme de « une opération» dans la définition du synode. »

Dans la réunion suivante, le chef du clergé de Gonstantinople donna également son opinion : «J'ai collationné avec les ouvrages qui sont dans mes archives les décisions du pape Agathon et des prélats d'Occident, et je dois dire que les témoignages des Pères y sont rapportés avec une religieuse exactitude. J'avoue donc hautement que je fais profession de croire sans restriction tout ce qu'elles contiennent. >■>

L'assemblée exprima son adhésion à ces sentiments par de liruyantes acclamations. On examina ensuite la doctrine générale des hérétiques, et le concile rendit ce jugement : « Apvès avoir examiné avec une profonde attention les lettres dogmatiques de Sergius de Byzance à Gyrus d'Alexandrie, et les réponses du pontife Honorius I" à Sergius, nous déclarons les avoir trouvées en contradiction avec la doctrine des apôtres, les décrets des assemblées œcuméniques, les sentiments des Pères de l'Église, et conforme en tous points à la fausse science professée par les hérétiques.

« Nous les condamnons donc comme étant capables de corrompre les âmes des fidèles ; et, en repoussant ces dogmes impies, nous anathématisons leurs auteurs, Sergius, Gyrus, Pyrrhus, Paul, Pierre, Théodoie, et le pontife Honoiius I", comme hérétiques, impies et sacrUéges !.,.. »

Cette condamnation d'fiûuûrius a été la pierre d'achoppement de l'infaillibilité pontilicale. Aussi les partisans de la papauté, ne pouvant nier la régularité et l'autiienticité d'une sentence confirmée par la cour de Home et lendue sous la piésidence des légats (lu saint-siége par un synode orthodoxe, ontils fait leurs efforts pour établir que ce pape n'avait point erré. « En admettant même comme patente la condamnation d'Honorius, dit l'un de ces historiens, il est toujours vrai de dire qu'il ne fut pas l'inventeur de l'hérésie, qu'il n'en fit point une définition, et qu'il ne la proposa jamais comme enseignement à l'Église universelle. La gloire du siège apostolique est spécialement dans le privilège accordé à saint Pierre et à ses successeurs, d'agir avec une prudente habileté qui les porte à ne rien définir dans la crainte d'émettre des décisions contraires à la foi. » En effet, c'est la tactique que les papes on' toujours employée depuis Honorius pour ménager leur autorité et pour conserver leur orthodoxie.

Cérémonies reli

Dans la quatorzième session, on découvrit que les actes du cinquième concile étaient remplis d'altérations et d'interpolations. Enfin on prononça l'anathème contre le monothélite Polychrone, qui avait eu l'impudence de proposer de justifier sa foi par la résurrection d'un mort.

Constantin, prêlre du diocèse d'Apamée, ayant voulu émettre son opinion sur la tolérance religieuse, fut accusé de manichéisme et chassé de l'assemblée.

La définitiou de la foi du synode fut publiée dans

eu Angleterre

la dernière réunion, en présence de l'empereur et des principaux officiers de sa cour. 11 fut dec are qu'on adhérait aux cinq concUes précédents, et Ion rapporta les symboles de Nicée et de Constantinople Les lettres du pape Agathon furent approuvées comme étant conformes aux décisions de l'assemblée œcuménique de Ghalcédoine, et à la doctnne de saint Léon et de saint Cyrille. Le mystère de l'incarnation fut expliqué par les Pères, qui démontrèrent existence en Jésus-Christ de deux volontés naturelles et

AGATIION

Mort d'Agathon le Thaumaturge

de deux opérations ; et l'on défendit d'enseigner une autre doctrine, sous peine d'interdiction ,et d'excommunication pour les clercs, et d'anathème, de prison et d'exil pour les laïques.

Ainsi se terminèrent les discussions du concile açrès dix-neuf sessions. Constantin, pour assurer l'exécution de ces décrets, rendit une ordonnance conçue en ces termes : « Celui qui contreviendra à la présente constitution, s'il est évêque, clerc ou moine, sera déposé ; s'il est dans les dignités, il en sera privé et ses biens seront confisqués; s'il est simple citoyen^ il sera banni de Constanlinople et de toutes les villes de notre empire. >>

Plusieurs auteurs ecclésiastiques affirment que ce prince a mérité les honneurs de la canonisation en soutenant la foi du saint-siége, et en donnant aux prêtres orthodoxes le pouvoir d'exercer une rigueur salutaire contre les hérétiques. Ils le louent également

d'avoir accordé aux légats du pontife un rescrit qui diminuait la somme que les papes payaient aux monarques grecs à l'époque des ordinations.

Quelques mois après ce triomphe, Agathon fut attaqué d'une maladie cruelle, dont il mourut le l" décembre 681. Il avait régné environ quatre années; son corps fut inhumé dans la basilique de Saint- Pierre.

Les légendaires parlent avec une grande vénération de la pureté de ses mœurs, de son humilité, de sa charité extraordinaire, et surtout de l'inestimable don des miracles dont le saint-père était doué. Ils l'appellent Agathon le Thaumaturge, et racontent que pendant une peste violente qui ravagea l'Italie, lorsqu'il était trésorier de l'éparfinede Saint-Pierre, il guérit, par la simple imposition des mains, une n.u'.litude de pestiférés, et ressuscita un grand nombre de morts 1 Croie qui voujra à ces sornettes catholiques 1

iSi

IIISTÛIHE DES PAPES

Origine de Léon. — Son éducation. — Élection du pontife. — Il reçoit les légats à leur retour de Constantinople. — Lettre de l'empereur Constantin. — Léon fait emprisonner les monothélites conduits à Rome par ordre de l'empereur. — Le pape en-

vo'ie les actes du concile de Byzance aux Églises d'Espagne.— Léon anathematise son prédécesseur le pontife Honorius. — Lettre du pontife à l'empereur. — 11 obtient pour son siège le droit de confirmer les élections de l'évêché de Ravenne. — Mort de Léon IL

Léon était né à Gédelle, petite ville de l'Abruzze ultérieure, dans un canton du Val-de-Sicile ; son père se nommait Paul, et exerçait la profession de médecin. Destiné dès sa jeunesse à l'état ecclésiastique, Léon s'occupa de la lecture des textes sacrés, et, par une application assidue, acquit une connaissance approfondie des saintes Écritures, surtout pour le siècle d'ignorance où il vivait.

Après la mort d'Agathon, le clergé, le peuple et les grands de Rome le portèrent au tiône de saint Pierre, comme le seul prêtre capable de remplir dignement la chaire pontificale. Le premier usage qu'il fit de son autorité fut d'assembler un synode, afin de recevoir et d'approuver les décisions du concile général de Constantinople, qui lui étaient apportées par les légats du saint-siége.

Les lettres de l'empereur se terminaient par ces paroles : Nous avons fait lire publiquement les écrits de votre prédéce.^seur; ils ont été jugés conformes aux saintes Écritures, aux décrets des conciles et aux ouvrages des Pères.

« Alors nous avons reçu sa parole comme celle de l'Apôtre lui-même, et notre assemblée a été unanime pour l'acclamer. Cependant Macaire, patriarche d'Antioche, a opiniAtrément refusé de se soumettre à l'autorité des décisions du pape Agathon, et nous a obligé de le déposséder de son siège ; mais lui et ses adhérents nous ont prié de les envover à votre cour, afin d'en rappeler à votre sagesse et à

vos lumières du jugement prononcé contre eux. Nous leur avons accordé leur demande, et nous laissons à votre justice paternelle le:Soin de punir les coupables ou de récompenser les fidèles. »

Au lieu d écouter les réclamations des monothélites, Léon les fit renfermer dans les cachots des monastères et les fit appliquer à la question. Anastase, prêtre, et Léonce, diacre de Byzance, vaincus par les tourments, consentirent à anathématiser ceux qui avaient partagé leurs croyances; et le jour de l'Epiphanie ils reçurent solennellement la communion du pontife, après lui avoir remis à genoux une profession de foi écrite de leur main. Il n'en fut point ainsi du patriarche Macaire; ce courageux ecclésiastique fut inébranlable, et au milieu des plus cruelles tortures, il maudit le pape et refusa constamment d'abjurer ses croyances.

Des envoyés du clergé espagnol vinrent à la même époque présenter à la cour de Rome les actes du douzième concile de Tolède, et demander au pape qu'il vouliJt bien approuver les grands changements qui avaient eu lieu dans leur pays. Voici ce qui s'était passé : Wamba, roi des Visigoths, à la suite de convulsions terribles produites par un breuvage empoisonné que lui avait adminisiré son fils Errige, était devenu fou et avait été renfermé dans un monastère dépendant du siège de Tolède. Comme depuis il avait recouvré la raison et qu'il était à cnàndre qu'il ne lui prit fantaisie de revendiquer le trône, les am-

liassadeurs venaient supplier sa Sainteté de confir- ]iier l'abdication qui lui avait été arrachée dans son ital de démence, et de déclarer sainte et légitime l'usurpation d'Ervige, son assassin et son successeur.

Eu retour de cet acte de complaisance, les ambassadeurs étaient chargés d'offrir à Léon une forte somme d'argent. Comme on le voit, le clergé de cette l'poque, de même que les prêtres de notre siècle, (lait accessible aux offres d'argent, et le pape, en tète, l'tait prêt à vendre la religion et sa conscience pour Je l'or. Sa Sainteté adhéra à tout ce qu'on lui demanda, et comme marque de sa communion, elle fiivuya au nouveau roi et à son clergé plusieurs lettres pour les instruire des décisions rendues par le concile de Gonstantinople. « Cette assemblée générale, écrivait Léon, a justement condamné la mémoire des hérétiques Sergius, Théodore, Pyrrhus, Gyrus, Pierre, et particuhèrement celle de l'infâme pape Honorius I", mon prédécesseur, qui, au lieu d'éteindre dans sa naissance la flamme de l'hérésie, ainsi que le commandait la dignité du siège apostolique, l'a excitée par son apostasie.

« Nous ne vous envoyons point les actes du synode, parce qu'ils ne sont pas encore traduits complètement du grec en latin ; néanmoins, nous vous faisons remettre la définition du concile et ledit de promulgation rendu par le prince Constantin. Nous vous prions de les faire connaître aux prélats et aux peuples de votre province, de les faire approuver par

les évèques, et de donner à notre légat vos souscriptions, pour les déposer près delà confession du Lienheureux saint Pierre. »

Constantin, sous-diacre régionnaire du saint-siége, qui avait assisté au sixième concile, fut envoyé à la cour de Gonstantinople pour exercer la charge d'apocrisiaire. La lettre qu'il était chargé de présenter à l'empereur renfermait ce passage remarquable : « Prince, nous avons eu pour très-agréable l'édit rendu par votre grandeur; il donne une grande puissance aux décisions de l'assemblée œcuménique, et forme comme un glaive à deux tranchants pour exterminer les hérétiques. »

Léon II mourut quelque temps après, pendant qu'il s'occupait à traduire les actes du synode général de Byzance ; il fut enterré dans l'église de Saint- Pierre.

Les historiens Anastase et Platine placent l'époque de sa mort vers la fin de l'année 683.

Badlet, dans son ouvrage de la Vie des Saints, assure que ce pontife était rempli de piété; il loue également la fermeté qu'il montra en défendant aux habitants de Ravenne de célébrer l'anniversaire de Maure, l'ancien métropolitain, qui autrefois s'était affranchi de l'autorité de l'Église romaine ; et il affirme que Léon obligea même les successeurs de ce prélat à rendre au saint-siége l'ordonnance qu'ils avaient obtenue de l'empereur, et qui assurait leur indépendance.

HISTÛIHE DES PAPES

origine du pontife. — Son élection. — L'empereur accorde à I.éon II un privilège qui assure l'indépendance des papes. — Concile de Tolède. — L'etnpereur envoie au poniife des cheveux de ses fils Héraclius et Justlnien. — Ces princes sont plads sous la protection de saint Pierre. — Le patriarche Macaire persévère dans l'hérésie. — Mort du pontife. — Conversion miraculeuse du jeune Ansbert.

Le successeur de Léon II était Romain de naissance et fils d'un citoyen appelé Jean. Attaché à 1 Eglise dès son enfance, le jeune Benoît dirigea ses études vers les sciences profanes, mais sans négliger les Écritures sacrées et le chant religieux. Il fut élu évèque de Rome par l'assemblée des ecclésiastiques, des grands et du peuple ; il ne put cependant exercer les fonctions pontificales que onze mois après sa nomination, parce que la cour de Constantinople n"ayait pas encore confirmé son élection.

Benoît écrivit à l'empereur pour lui adresser les plaintes du clergé sur les retards qu'éprouvait la confirmation des évêques, lorsque les barbares interceptaient les communications entre les deux villes. Le prince, séduit par les louanges et par les flatteries du saint-père, qui le nommait « lumière éclatante du monde, régénérateur de la foi » accéda

à ses prières, et rendit un édit qui permettait au clergé, aux citoyens et à l'armée, de consacrer les papes sans attendre l'approbation des empereurs.

Aussitôt que le pontife vit son autorité établie en Orient, il écrivit en Espagne à son légat, lui ordonnant d'assembler un concile à Tolède, pour faire approuver par les prélats de cette contrée les décisions du synode œcuménique de Constantin-Pogonat. Les dix-sept évêques de la province carthaginoise s'étant rendus à l'assemblée, on examina les actes de la réunion générale de Constantinople; les Pères donnèrent leur approbation aux décrets du

concile, et envoyèrent à Benoît II une lettre synodale qui expliquait leurs croyances. Le saint-père ayant remarqué dans cette profession de foi les expressions : « La volonté engendre la volonté, » et il y a trois substances en Jésus-Christ, » adressa des représentations à son légat pour faire rétracter ces erreurs; mais les prélats répondirent qu'ils ne les modifieraient point, parce que telles étaient leurs opinions, et que les observations du pape ne c :jigeraient pas leurs convictions.

L'année suivante, l'empereur, pour manifester son amitié au pape, fit porter à là cour de Rome des cheveux de ses fils Héraclius et Justinien. Le pon- , tife reçut favorablement le présent du monarque au nom de saint Pierre, et se regarda dès lors comme le père adoptif des jeunes princes, d'après l'usage de ces temps anciens.

Benoit II, à la sollicitation des envoyés de Constantin, entreprit la conversion de Macaire, patriarche d'Antioche, qui persévérait dans le schisme, malgré les persécutions et les tortures qu'on lui avait fait subir. Il le rappela de son exil, et pendant six semaines il le fit sortir chaque jour de son cachot pour entrer en controverse avec saint Boniface, qui s'était engagé à lui faire abjurer son hérésie. Le prélat, opposant une résistance opiniâtre aux promesses et aux menaces, repoussa toutes les avances du saintsiége, et fit le serment de défendre toute sa vie les croyances du monothéhsme. Le pontife occupa le

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