BENOIT II
isc Saiiit-Ouen, à Rouen
trône apostolique dix mois entiers, et mourut au commencement de l'année 685; son corps fut inhumé dans l'église de Saint-Pierre.
Anastase le bibliothécaire rapporte que Benoît II affectait une grande humilité ; qu'il était doux, pa tient et libéral, qu'il répara les basiliques de Saint- Pierre et de Saint-Laurent de Lucine; qu'il fit de grands embellissements dans celles de Saint- Valentin et de Sainte-Marie-aux-Martyrs, et qu'il laissa trente li\Tes d'or au clergé et aux monastères de Rome. Le Martyrologe le place au nombre des saints dont l'Église célèbre la mémoire.
A cette époque eut lieu la conversion éclatante de saint Ansbert et sa retraite dans le monastère de Fontenelle. Ce saint homme, suivant la version que nous en ont laissée les Bollandistes, était né à Chaussy , village du \'exin. Ses qualités personnelles et l'influence de sa famille, qui était de la première noblesse , lui ouvrirent une brillante carrière , et le chancelier Robert fut si charmé de son mérite qu'il voulut lui faire épouser sa fille Angadrème. Cette jeune fille, qui ne partageait pas les mêmes idéel ([ue son père, et qui désirait se consacrer à Dieu, passa plusieurs nuits en prières et obtint du cies
il" avoir le visage couvert de lèpre. On conçoit qu'Ansbert refusa de la prendre pour femme ; alors elle put entrer dans le couvent de l'Oratoire, où elle reçut le voile des mains de saint Ouen.
Quant à Ansbert, il continua à fréquenter les jeunes seigneurs et les belles dames de la cour, qui obtinrent pour lui la survivance de Robert au poste de la chancellerie ; puis il songea de nouveau à se marier, et demanda la main de la fille d'un riche sei gneur. Mais à peine était-il fiancé que le visage de cette belle personne se couvrit d'une lèpre horrible ; le miracle qui s'était produit une première fois lors de ses projets de mariage avec la fille du chevalier Robert se manifesta de nouveau; le jeune chancelier, frappé d'épouvante, quitta brusquement la cour et alla s'enfermer dans l'abbaye de Fontanelle, avec
la résolution inébranlable de se consacrer à Dieu; il vendit ses biens immenses et les employa à fonder des monastères et des hôpitaux.
Bientôt sa réputation de sainteté s'étendit dans toutes les provinces du royaume, et l'Église épiscopale de Rouen étant venue à vaquer, les habitants de cette ville le demandèrent pour leur évêque. Ansbert, promu à ce siège, se voua entièrement à la prédication de l'Évangile et au soulagement des pauvres, et condamna d'une voix éloquente les prodigahtés et les débordements de la cour. Pépin d'Héristal, maire du palais, mécontent de la sévérité de ce saint prélat, le fit arracher de son église par ses satellites, qui le conduisirent dans un monastère du Hainaut, où, par ordre du prince, les moines lui firent subir des traitements si cruels qu'il en mourut quelques mois après son arrivée.
JEAN V
Origine de Jeaa V. — KUction et ordination du pontife. — Son caractère. — Ses souffrances l'obligent i. garder le lit pendant toute la durée de son pontificat. — Les Églises de Sardaigne rentrent sous la dépendance du saint-siége. — 11 ordonne treize évêques. — Mort du pontife.
Jean V, fils de Cyriaque, était né en Syrie dans la province d'Antioche. Pendant le règne du pontife Agathon, ses lumières, sa fermeté et sa modération l'avaient fait nommer légat du saint-siége pour assister au synode œcuménique de Constantinople. Après la mort de Benoît II, il fut élu pape et ordonné par les évêques d'Ostie, de Porto et de Vélitre.
Ses infirmités et une maladie chronique l'obligèrent à garder le lit pendant toute la durée de son pontificat; dans les fêtes solennelles il pouvait à peine se faire porter aux offices. Il montra néanmoins beaucoup d'énergie et une grande activité pour gouverner l'Eglise, et s'opposa avec vigueur aux prétentions des évêcpies de Gagliari, qui avaient usurpé le droit de conférer les évêchés vacants et confirmer les élections des prélats de Sardaigne.
Le métropolitain Citonat ayant ordonné Novellus comme évêque de l'Église des Terres, sans en avoir obtenu l'autorisation de Rome, Jean V exhuma des archives du palais de Latran un décret du pape saint Martin qui interdisait aux évoques de Gagliari de nommer leurs suffragants ; et il assembla un concile qiii contraignit Novellus à se placer sous l'obéissance f'm saint-siége, par un acte authentique.
Malgré ses grandes souffrances, il se tenait debout pour faire les ordinations ; et pendant une année que dura son règne il consacra treize évêques.
Il entretenait également des relations actives avec les Églises d'Orient et d'Occident; et les auteurs rapportent qu'il adressa plusieurs lettres aux principaux évêques de France qui, depuis la mort de saint Ouen, le glorieux disciple et fidèle compagnon de saint Éloi, étaient en dissidence. Il répondit aussi à saint Juhen de Tolède, qui lui avait adressé les actes d'un nouveau concile tenu dans cette ville, et qui lui avait fait remettre son Traité des pronostics ou Considérations des choses à venir.
Cet ouvrage, qui est parvenu jusqu'à nos jours, est une dissertation bizarre et ridicule sur l'origine, la nature et les effets des flammes du purgatoire. C'est l'œuvre d'une imagination en délire. Néanmoins ce livre fut regardé comme très-orthodoxe par Jean V, qui voulait même en ordonner l'étude dans les écoles ecclésiastiques. Enfin l'intensité du mal qui affligeait le pontife ayant redoublé, il tomba dans un état d'affaissement moral qui ne lui permit plus de s'occuper ni de l'EgHse, ni des choses de ce monde. Il mourut en 686, et fut enterré dans la basilique de Saint-Pierre.
HltJTÛIUi: DEb l'Ai'Ea
^"Xv^
Le cierge et l'armée se disputent dans Rome l'élection d'un poniife. — Le — Lettre de l'empereur Jiislinien II au nouieaupape. — Faiblese du sair du missionnaire contre la famille du ducGosbeit. — Mort du papeConon.
•iliard Conon est ijlevé sur le Irône de saint Pierre. père. — Pèlerinage de saint Kihen. — 'Vengeance
L'empereur Constantin, en rendant au siège de Rome la liberté de choisir son chef, voulait assurer la tranquillité de l'Êghse et empêcher les schismes scandaleux qui étaient causés par les brigues honteuses des prêtres ; son édit produisit un résultat bien différent ; il donna au contraire un nouvel aliment à l'ambition des ecclésiastiques , et multiplia les désordres et les disputes.
Après la mort de Jean V, deux prêtres, Pierre et Théodore, prodiguèrent l'or aux factions, et excitèrent de violentes séditions, pour parvenir au trône pontifical. Pierre réunit les chefs de l'armée dans la basilique de Saint-Etienne, envoya des soldats qui chassèrent son compétiteur de l'éghse de Latran, et fermèrent les portes; celui-ci rassembla tous ses partisans, et voulut que le clergé procédât à son élection sous le porche mèaie du temple.
Une collision paraissant imminente, les évêques des deux partis convinrent d'entrer au palais épiscopal, et pour éviter toute contestation entre les concurrents, ils réunirent leurs suffrages sur Conon, vieillard vénérable, d'un esprit simple et paisible, et le proclamèrent pontife. Dès que le nouveau pape fut connu, les magistrats et les principaux citoyens vinrent le saluer de leurs acclamations; l'armée seule différa encore d'approuver son élection; mais voyant que le clergé et le peuple l'avaient sanctionnée, les soldats abandonnèrent les intérêts de Théodore, et confirmèrent le choix qui avait été fait de Conon.
Le pontife, né en Sicile, était d'une famille origi-
naire de Thrace; il avait constamment rempli les emplois subalternes de l'Église; et son intelligence, toujours occupée par les détails des pratiques religieuses, le rendait incapable de comprendre les maximes politiques d'un gouvernement aussi machiavéhque que celui du siège de Rome. Néanmoins il sut gagner les bonnes grâces de l'empereur; et Justinien II, à sa sollicitation, rendit successivement plusieurs décrets en faveur de l'Église; il renonça d'abord à la capitation que lui payaient les patrimoines de Brutium et de Lucanie; ensuite il ordonna à la milice de restituer les fiefs et les domaines d'Italie et de Sicile, dont les chefs s'étaient emparés comme gages des services qu'ils avaient rendu à la cour de Rome. Enfin le prince poussa la déférence envers le saint-père jusqu'à lui écrire la lettre suivante : « Ayant appris que les actes du sixième concile étaient entre les mains des officiers de notre couronne, et ne croyant pas que la garde de pièces aussi sacrées doive être confiée à des magistrats, nous les leur avons retirées.
« Nous avons convoqué les patriarches, le légat de votre béatitude, le sénat, les métropolitains, les évêques, les officiers du palais, nos gardes, les chels des différentes armes, qui se sont trouvés dans Constantinople, et nous avons fait lire en leur présence les décisions du synode œcuménique ; ces actes ont été scellés devant eux, et nous les conservons dans notre demeure impériale, afin qu'ils ne puissent plus être altérés par les hérétiques. Nous
Ancienne ibb 15 e de A\ itzbour^ fondte pir le duc Gosbert
avertissons votre Sainteté des mesures que nous avons jugé nécessaire de prendre pour assurer le maintien de l'orthodoxie dans l'Eglise d'Orient »
Quelques mois après la réception de ces lettres, Gonon nomma pour recteur du patrimoine de Sicile Constantin, diacre de Syracuse. Cet ecclésiastique par ses exactions scandaleuses excita l'indignation du peuple, qui se souleva contre lui. Le gouverneur de la province, pour apaiser les habitants et prévenir une révolte générale, fut obhgé de faire jeter dans les cachots le prêtre coupable de simonie, d'adultères, de vols à main armée, et de porter ses plaintes à la cour impériale, non-seulement contic le recteur, mais encore contre le chef de l'Église l'omaine.
On place vers la même époque le pèlerinage de Kilien à la ville sainte. Le pape ayant éprouvé la foi et la doctrine de l'évêque irlandais, lui donna, au nom de saint Pierre, le pouvoir d'instmii-e et de convertir les nations infidèles. Kilien retourna ensuite à Wirtzbourg, où' il catéchisa le duc Gosbert, lui fit abandonner le culte de ses ancêtres, et malgré sa famille lui donna le baptême. La duchesse Géilane de Gosbert, alarmée des prodigalités de son mari, qui dissipait tout l'héritage de ses enfants en fondations pieuses ou en présents aux monastères, adressa de violents reproches à ce sujet au saintmissionnaire. Gelui-ci, pour se venger de la princesse et pour se mettre à l'abri de sa colère , voulut la faire répudier par son mari, usa de l'empire iju'il
exerçait sur l'esprit du duc, et pour l'amener à consentir à un divorce, il lui persuada que son union avec Géilane était incestueuse d'après les lois de l'Église, attendu que cette femme se trouvait être sa parente au sixième degré. Le nouveau converti, dominé par le prêtre irlandais, promit d'obéir, et demanda seulement à n'accomplir ce pénible sacrifice qu'à son retour d'une expédilion ([u'il devait faire contre les peuples situés au delà du Mein. Mais pendant l'absence de son mari, Géilane mit le temps à profit, ordonna au missionnaire de sortir de ses états, et sur son refus elle le fit décapiter. La chronique ajoute que Dieu permit, pour venger la mort de saint Ivilien, ((ue cette femme coupable fût tout à coup frappée d'un mal étrange, qui lui causait des douleurs tellement effroyables qu'elle se dévorait les mains dans des accès de rage; qu'en outre, le duc Gosbert, à son retour, fut massacré par ses domestiques; (ju'Hétan, son fils aîné, fut chassé de ses états par les Franks orientaux; que ses autres enfants furent massacrés, et qu'ainsi il ne resta aucun descendant de celte race ci 1minelle. Tous ces désastres pouvaient être imputés phis justement à l'influence funeste du prêtre Kilien. L:i sailli' lie Gonon, (li'jà chancelante, s'alfaiblissait de jtiur en jour depuis son élection. Il succomba bientôt sous le fardeau des fonctions épiscopales, et mourut au commencement de raum'^e ('87, après un règne de onze mois et trois jours; il l'ut l'iilt rrédans la basilique de Saint-Pierre.
Schisme dans l'Eglise romaine. — Sédition pour l'éleclion d'un ponlife. — Trois papes sont proclamés à la fois dans la ville sainte. — Sergius achète le pontificat et met en gage les couronnes d'or de Saint-Pierre. — Origine et éducation du pontife. — Il se venge de Paschal son compétiteur. — Saint Wilfrid est persécuté en Angleterre. — Baptême et mort du roi Cedwalla — Concile de Tolède. — Les évêques espagnols accusent d'ignoranoî le pape et le clergé de Rome. — ■ Le fameux concile « in TruUo • rend plusieurs décrets conire l'ambition des pontifes. — Le mariage des prêtres est maintenu par le concile. — Juridiction des évêques. — Décrets sur les moines, sur les mariages, et sur les parures. — Les évêques du synode défendent aux fidèles d'épouser leur mère ou leurs sœurs. — Sergius re.etie le concile. — L'empereur veut faire enlever Sergius de Rome. — L'armée de Ravenne protège le pontife. — Conversion des peuples de la Frise. — Le pape est accusé d'adultère. — Miracle raconté dan:, la légende de saint Adhelme. — Vitiza. roi d'Espagne, refuse de reconaallre la souveraineté du siège de Rome. — Mort de Sergius.
Pendant la dernière maladie de Conon, l'archidiacre Paschal s'étant emparé des richesses que le pape avait léguées au clergé et aux monastères, offrit de les abandonner à Jean, exarque de Ravenne , s'il voulait appuyer sou élection. Celui-ci se laissa facilement séduire par l'appât de l'or, et envoya aussitôt des troupes à Rome pour cerner la ville et favoriser les projets ambitieux de l'archidiacre.
iS'éanmoins, après la mort du saint-père, le peuple se divisa en plusieurs factions. L'archiprêtre Théodore, à la tête de quelques séditieux, pénétra dans le palais de Lalran, et se fit élire poutife; de son côté, Paschal se fit proclamer successeur de Conon au trône de saint Pierre. Chaque parti se rassembla en armes, prêt à soutenir par la force l'évêque qu'il avait nommé; le massacre avait même commencé SUT le parvis de la basihque de JuHe, lorsque les principaux magistrats, la plus grande partie du clergé, la milice et les cit .yens honorables, résolurent d'agir de la même manière qu'on avait fait à la mort de Jean V; ils se rendirent au palais impérial, et proclamèrent souverain pontife un j)rètre nommé Sergius, qui était étranger aux deux factions. Ser-
gius s'empara de ses deux compétiteurs, Paschal et Théodore, les fit mettre dans un cachot, et après quelques jours de jeiîne rigoureux il les contraignit à lui jurer obéissance.
Bientôt il fut chassé lui-même de la ville sainte par les amis de Théodore, et obligé de se réfugier à Ravenne. Jean Platyn, alors exarque, proposa au saint-père de le rétablir sur le trône pontifical, s'il consentait à lui donner les trésors qui lui avaient été promis par son compétiteur Paschal. Sergius, avide du pouvoir comme le sont habituellement tous les prêtres, consentit au marché, et fut ramené triomphant dans la ville de Rome, au milieu des troupes de l'e.xarque;
Pour acquitter ses promesses, sa Sainteté dépouilla les églises de leurs ornements, vendit une grande partie des vases, des chandeliers, des ciboires, et mit en gage, entre les mains des juils, jusqu'aux couronnes d'or qui étaient suspendues sur l'autel de saint Pierre. Ensuite Sergius chercha à se défaire de ses anciens rivaux; l'archidiacre Théodore étant le plus redoutable, il l'accusa de maléfices, d'enchantements, de sortilèges, de relations avec le