HUITIÈME SIECLE
Tableau des affaires ecclésiastiques dans le huitième siècle. — Profonde ignorance du clergé. — Les papes autorisent un culte superstitieux et s'affranchissent de la dotninaiion des princes. — Ingratitude des papes pour les empereurs. — Élection de Jean VI. — Désordres en Italie. — État de l'£glise d'Angleterre. — Voyage de saint Wilfrid à Rome. — Le concile examine les accusations portées contre le saint évêque. — Wilfrid est justifié. — Le pape l'oblige à retourner en Angleterre. — Mort de Jean IV. F F e
Plus on avance dans l'histoire ecclésiastique et plus on est scandalisé de la conduite des pontifes de Rome, et de l'oubli où ils mettent les sages préceptes des apôtres et les maximes des premiers fidèles, pour adopter les coutumes du paganisme et une foule de pratiques superstitieuses opposées à la doctrine du Christ. Aussi le huitième siècle étonnera-t-il autant par l'infamie des princes qui gouvernaient les peuples que par l'orgueilleuse audace des papes qui siégeaient dans la ville sainte.
Les États de l'Occident sont ravagés par les Sarrasins, qui, après avoir conquis l'Asie et l'Afrique, subjuguent encore une partie de l'Europe ; des guerres désastreuses se succèdent entre les rois; tous les empires sont en révolution ; pour augmenter les calamités, le clergé allume les torches du fanatisme, pousse les hommes dans la pratique d'une superstition incroyable, et au milieu de la désolation générale, cherche à dominer le monde entier.
Les papes, au lieu de maintenir la discipline ecclésiastique et la pureté de la foi, autorisent par leur exemple les débauches des clercs et des moines; le saint-siége poursuit sa politique d'envahissement,
non pour faire cesser les malheurs des peuples, mais pour étendre sur les nations une tyrannie plus redoutable encore que celle des rois. Déjà les empereurs grecs sont obligés d'implorer l'appui des pontifes pour se maintenir dans l'Italie, et les rois des Lombards mendient la même protection pour conserver leurs conquêtes.
Après la mort de Sergius I", la chaire de saint Pierre resta vacante pendant cinquante jours, et fut ensuite occupée par Jean VI, prêtre d'origine grecque. L'empereur Apsimare envoya au nouveau pontife le patrice Théophylacte, exarque de Ravenne, pour l'engager à soutenir les intérêts de la cour de Gonstantinople contre le roi des Lombards. Mais l'arrivée de l'ambassadeur souleva parmi les Romains une sédition violente ; les soldats entourèrent sa demeure pour s'emparer de sa personne et le mettre à mort en haine de l'empereur. Jean VI se rendit au milieu du tumulte , adressa des exhortations à la foule, et parvint à suspendre les effets de la fureur du peuple. Théophylacte, profitant d'un instant de calme, s'embarqua aussitôt sur le Tibre et retourna honteusement à Gonstantinople.
Quelque temps après, le pontife, gagné par les ini'sents d'Apsimare, osa exprimer des sentiments I ivorables à l'empire; alors Gilulfe, duc de Béné- \ent, prit la résolution de le ramener par la crainte dans le parti des Lombards. Aussitôt il envahit la Gampanie, saccage les cités, ravage les champs, incendie les domaines du clergé, et emmène en captivité un grand nombre de citoyens. Le saint-père, ne pouvant réprimer ces violences, supplia le duc de lui accorder la paix ; les ambassadeurs étaient porteurs de sommes considérables qu'ils lui offrirent pour acheter son alliance et pour obtenir la liberté des citoyens qu'il avait arrachés à leurs foyers et à leurs familles.
L'année suivante, l'Église d'Angleterre fut encore trcdblée par saint Wilfrid, qui, dans son attachement pour la cour de Rome, refusait l'obédience au métropolitain de Cantorbéry, sous prétexte que son siège était indépendant en vertu d'un privilège ou d'une charte que lui avait octroyée le pontife Agathon. Wilfrid, condamné par une assemblée des prélats de la Grande-Bretagne, appela de leur décision au pape, passa la mer une seconde fois, suivi de quelques-uns de ses suffragants, et vint lui-même présenter sa requête à Jean VI, qui le reçut avec de grands honneurs. Pendant qu'on examinait la cause, les députés de Bertuald, archevêque de Cantorbéry, arrivèrent en Italie, et remirent également au saintsiége une accusation contre Wilfrid.
Un concile ayant été convoqué pour entendre les