CONSTANTIN I
avec de grands honneurs par le saint-père, ainsi que les nouveaux officiers qui venaient au nom du prince prendre possession du gonverneraent de l'Italie. Ils avaient ordre de protéger en toutes circonstances le saint-siége, et le pape, de maintenir l'intégrité de la foi et d'assurer l'intégrité de la ville et de l'Eglise de Rome.
Quelques mois après, l'ancien métropolitain de Ravenne, qui avait été mutilé cruellement et déposé de son siège au commencement de ce pontificat, se réconcilia avec Constantin et fut rappelé de son exil. Félix donna au trésor de Saint-Pierre une somme énorme pour son tvvdination, et il obtint d'être rétabli
dans son archevêché, au mépris des canons qui défendaient de conserver dans les ordres les prélats privés de la vue et de la langue.
Benoit, archevêque de Milan, vint également en pèlerinage à Rome, et disputa au saint-siége le droit de consacrer les chefs du clergé de Pavie. Malgré l'équité de ses réclamations et la modération de ses remontrances, il fut condamné par le pape, qui se déclara juge et partie dans sa propre cause.
Constantin mourut bientôt après, et fut enterré au commencement de l'année 715 dans la cathédrale de Saint-Pierre. Ce fut lui qui le premier assembla un concile pour autoriser l'idolâtrie des images.
histoirî: des papes
Histoire de Grégoire, avant son pontificat. — Les Lombards s'emparent de la ville de Cumes. — Le pape achète la trahison du duc Jean. — L'Eglise de Bavière. — Voyage de saint Corbinien à Rome. — Grégoire II fonde un grand nombre de monastères.— Il épuise les trésors de l'Église et dissipe les biens des pauvres pour enrichir les moines. — Voyage de Winfrid à Rome. — Lettres du pape. — Concile du pape. — On veut assassiner le pontife. — Grégoire excite une révolte générale en Italie. — Idolâtrie des images.— Hypocrisie du pape. — Atlentats du pape contre l'empereur. — Nouvelle révolte en Italie. — Fureur des Romains. — Disputes entre les évèques. — Insolence du pontife. — Mort de Grégoire. — Miracle des trois éponges; fourberies sacerdotales.
Grégoire était fils du patricien Marcel, et Romain de naissance. Élevé dans la demeure patriarcale de Latran, sous les yeiLx du pontife Sergius I'"', il se livra dès sa jeunesse à l'étude des saintes Écritures et de l'éloquence sacrée et profane. Il parlait avec une élégance et une facilité remarquables, et son talent oratoire lui fit donner le surnom de Dialogue. A Byzance, il avait excité l'admiration des évèques, des grands et du prince, par la sagesse de ses discours et par la pureté de ses mœurs.
En récompense des services qu'il avait rendus à l'Église, il fut élevé successivement aux grades de sous-diacre , de sacellaire et de bibliothécaire ; enfin, quarante jours après la mort de. Constantin, le clergé le choisit comme le plus digne d'occuper la chaire de saint Pierre.
Grégoire entreprit de relever les murs de Rome ; mais il fut bientôt obligé d'abandonner ce projet utile pour songer à la défense de l'Italie. A cette époque les empereurs d'Orient ne s'occupaient des provinces de l'Italie que pour faire lever des contri butions; et quand ils les avaient ruinées, ils les laissaient exposées presque sans défense aux incursions des Lombards. Ces peuples, au commencement du pontificat de Grégoire, s'emparèrent de la ville de Cumes et s'établirent dans la province ; le saintpère leur ayant adressé des ambassadeurs pour ré-
clamer la reddition d'une ^^lle qui appartenait à l'empire, offrit même des sommes considérables pour les indemniser des frais de la guerre; mais ceux-ci repoussèrent ses offres et chassèrent les ambassadeurs.
Toutes les négociations étant inutiles, il les menaça de la colère de Dieu et fulmina contre eux une excommunication terrible. Les anathèmes, les menaces des feux éternels, comme les prières, ne purent changer la détermination des Lombards.
Grégoire mit alors enjeu les ressources de la politique et de la trahison ; il écrivit au duc Jean, gouverneur de Naples et allié des Lombards, lui offrant trente livres d'or pour tenter un coup de mains sur Cumes. Jean exécuta immédiatement les ordres du pape; il introduisit des troupes dans la ville pendant la nuit, égorgea les sentinelles, chassa les Lombards, et resta maître de la cité.
Cette action hardie augmenta l'influence de Grégoire, et lui permit d'étiiblir sur des bases soUdes l'édifice du despotisme papal. Il envoya de nombreux espions dans les cours de Constantinople, de France et d'Angleterre, et remplit tous les sièges étrangers de prêtres de son Église.
Par ses soins, le christianisme fit de grands progrès dans la Germanie; et deux de ses favoris, George et Dorothée, diacres de Saint-Pierre, furent chargés de se rendre en Bavière, avec de longues
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instructions pour les chrétiens de cette province. Les capitulaires du pontife étaient ainsi conçus : « Après avoir rendu vos lettres au duc souverain du pays, vous vous consulterez avec lui afin de réunir en assemblée les prêtres, les magistrats et les principaux de la nation. Ensuite vous examinerez les ecclésiastiques, et vous donnerez, en notre nom, le pouvoir de célébrer le saint office, de servir ou de chanter la messe, à ceux dont vous trouverez l'ordination canonique et la foi pure, en leur enseignant toutefois les rites et les traditions de Ffiglise romaine, et en leur faisant promettre une olséissance complète à nos ordres.
I Vous défendrez d'exercer aucune fonction du culte à ceux que vous jugerez indignes du sacerdoce, et vous leur nommerez des successeurs. Ayez soin de donner à chaque église un clergé assez nombreux pour qu'on puisse y célébrer dignement la messe, les offices du jour et de la nuit, et faire la lecture des saints livres.
« Lorsque vous établirez des évêchés, vous réglerez les dépenses de chaque siège , et vous aurez égard à la distance des lieux et à la juridiction des seigneurs. Si vous créez trois évêchés, ou un plus grand nombre, vous réserverez le siège principal pour un métropoHtain que nous enverrons de Rome.
« Vous consacrerez les nouveaux prélats par l'autorité de saint Pierre, et vous leur recommanderez de ne pas faire d'ordinations illicites, de conserver les biens de leurs diocèses et de les diviser en quatre parts qu'ils emploieront comme les canons le déterminent. Ils administreront le baptême à Pâques ou à la Pentecôte, et non dans un autre temps, hors les cas de nécessité. Ils ne condamneront pas le mariage sous prétexte d'incontinence, et n'autoriseront pas la débauche sous prétexte de mariage.
a Ils défendront le divorce , la polygamie , les unions incestueuses ; ils enseigneront que l'état monastique est préférable à l'état séculier, et la continence plus méritoire aux yeux de Dieu que la plus chaste union. Ils n'appelleront point immondes les viandes nécessaires à la nourriture de l'homme, excepté celles qui auraient été immolées aux idoles. Us proscriront les enchantements, les maléfices, les augures et les observations des jours fastes et néfastes, qui sont des réminiscences du paganisme.
« Vous catéchiserez les prélats et les principaux ecclésiastiques, pour qu'ils puissent enseigner aux fidèles les dogmes de la résurrection des corps et de l'éternité des peines de l'enfer; enfin vous leur ordonnerez de combattre les fausses doctrines répandues dans leurs contrées sur les démons, qui, suivant les croyances populaii-es, doivent reprendre leur dignité primitive d'archanges de Dieu, après une longue suite de siècles. »
Les légats suivirent exactement leurs instructions, et soumirent à la domination du saint-siége les nouvelles Églises de la Germanie.
Saint-Corbinien, de Chartres, entreprit le voyage d« Rome dans la même année 716, pour confesser au pape ses peines intérieures et sa crainte que les offrandes et les visites des jeunes filles ne fussent cause de sa damnation éternelle, en éveillant dans son cœur les désirs de la chair. Grégoire s'empressa
de rassurer cette conscience timorée, et montra au religieux que lui-même recevait dans ses appartements toutes les belles dames de la ville.
Il fit passer le saint moine par tous les degrés delà cléricature, l'ordonna évèque, lui donna le pallium, et lui permit de prêcher l'Evangile partout le monde.
Gorbinien se soumit aux devoirs de sa nouvelle dignité ; et après avoir prêté serment d'obédience au saint-siége, il revint en France afin de propager la parole de Dieu, et surtout pour réformer les mœurs des moines, qui étaient arrivées au dernier degré de corruption et d'infamie.
Grégoire II essaya d'introduire les mêmes réformes dans les couvents italiens ; il releva le monastère du Mont-Cassin , ruiné par les Lombards depuis plus d'un siècle, et résolut de rétablir dans cette retraite la sévérité de la règle de saint Benoît, alin de former des religieux qu'il pût donner en exemple aux autres moines. Pétronax et plusieurs autres frères du couvent de Latran furent désignés pour habiter le nouveau monastère ; ils s'adjoignirent ensuite quelques solitaires qui vivaient dans une grande simplicité. Pétronax fut nommé supérieur, et devint le sixième abbé de cette communauté depuis la mort de saint Benoît, son fondateur. Il fit reconstruire entièrement l'abbaye, agrandit l'ancienne basilique de Saint-Martin, et consacra un autel en l'honneur de la Vierge et des saints martyrs Faustin et Jovite.
Dans son zèle, le pape rétablit également les monastères voisins de l'église de Saint-Paul, dont les bâtiments étaient abandonnés depuis un grand nom- I bre d'années ; il les remplit de moines « pour chan- I ter les louanges de Dieu pendant le jour et pendant I la nuit. » Il transforma en couvent l'hôpital des vieillards situé derrière la basihque de Sainte-Marie- Majeure, et releva le cloître de Saint-André de Barbara, dont les murs étaient en ruines. Son fanatisme pour les couvents était poussé à un tel excès, qu'après la mort d'Honesta, sa mère, il changea sa demeure en un monastère qu'il dédia à sainte Agathe; il donna pour cette église des revenus considérables, un grand nombre de maisons dans la ville, plusieurs domaines, beaucoup de terres éloignées, des ornements, des vases sacrés d'or et d'argent, et un tabernacle d'argent du poids de sept cent vingt livres.
Toutes ces libérables étaient faites aux dépens des peuples, et n'aboutissaient qu'à entretenir dans l'oisiveté monacale les adultères, les voleurs et les meurtriers qui voulaient échapper à la justice humaine en se dévouant au saint-siége 1
Le zèle que le pontife montra pour la réforme du clergé régulier ne changea pas les mœurs des couvents; au contraire, la faveur qu'il accordait aux communautés religieuses multiplia à l'infini le nombre des moines et des religieuses, et augmenta les débauches et les scandales.
En 720, Winfrid, prêtre anglais, vint à Rome et demanda au pontife le pouvoir de travailler à la conversion des nations païennes. Grégoire ordonna qu'il fût reçu avec distinction dans sa maison d'hospitalité ; et l'ayant fait venir à Saint-Pierre, il passa un jour entier en conférence avec lui pour disputer sur les matières de religion et sur les moyens d'assujettir les infidèles. Après quoi il consentit à le nommer
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L;i transfiguration.
Idolatiie des iiuayes. AssoDiplion de la Vierge.
évêque des peuples chez lesquels il devait prêcher l'Évangile. Le 30 novembre, le saint moine lut ordonné solennellement sous le nom de Boniface, et prêta un serment par lequel il s'engageait à défendre la pureté de la foi et l'unité de 1 Eglise contre tous les ennemis de la religion; à rester toujours soumis au saint-siége ; à concourir à l'agrandissement de l'autorité pontificale, et à ne pas communiquer avec les prélats qui étaient en opposition avec Rome.
Grégoire lui remit un gros volume de canons ecclésiastiques ou de règles pour sa conduite , et lui confia des lettres qui devaient lui assurer la protection des évoques et des princes français. Dans la première, qui était adressée à Charles Martel, le saint-père demandait l'appui de ce conquérant, afin de rendre profitable la mission courageuse de VVinfrid, qui devait convertir les infidèles de la partie orientale du Rhin. Dans une autre lettre, il exhortait les évêques, les prêtres, les diacres, les ducs, les comtes, et tous les chrétiens, à traiter avec honneur Boniface et les ecclésiastiques de sa suite; à leur donner de l'argent, des vivres, et tous les s cours nécessaires pour accomplir leur pieuse entreprise, menaçant d'anathèmes ceux qui refuseraient de concourir de tous leurs moyens à cette œuvre méritoire. Une troisième lettre était destinée aux fidèles de la Thuringe, et particulièrement à leurs princes. Le pape les félicitait d'avoir résisté aux païens, qui voulaient les ramener à l'idolâtrie; il leur recommandait la persévérance dans la foi, l'attachement à l'Église romaine, et l'obéissance envers Boniface. Enfin la dernière était écrite pour les idolâtres ; Grégoire leur représentait l'excellence de la religion chrétienne, les exhortant à renverser les temples du paganisme et à se convertir à l'Evangile.
Quelque temps après l'ordination de Boniface, le pontife Convoqua dans l'église de Saint-Pierre un concile composé de vingt-deux évêques et de tout le clergé de Rome. Les Pères condamnèrent les mariages illicites, et surtout ceux des prêtres avec des religieuses consacrées à Dieu, ou avec des veuves d'ecclésiastiques. Le pape prononça anathème contre les fidèles qui épouseraient uneévêchesse, une prêtresse, une diaconesse, une reliL'ieuse, une commère, la femme de leur frère, de leur père ou de leur fils ; une nièce, une cousine, une parente, ou une alliée. Il excommunia particuHèrement Adrien et une diaconesse appe.ée Epiphane, qui s'étaient mariés au mépris de leurs sermenis de chasteté et des lois de l'Église. Le saint-père condamna les chrétiens qui consultaient les auspices, les devins, les enchanteurs; il défendit aux clercs de laisser croître leurs cheveux, et il déclara excommuniés les seigneurs qui usurpaient les terres du saint-siége.
Sous le pontificat de Grégoire, les guerres des images recommencèrent avec une nouvelle fureur. Ces querelles ridicules avaient d'abord été excitées parPhihppique Bardanès, zélé raonothélite, qui avait fait enlever des basiliques le tableau du sixième concile ; ensuite par le pape Constantin, qui av.iit anathématisé l'empereur et rétabli le culte des images dans les éghses, pour obéir, disait-il, aux ordres qu'un saint évêque anglais avait reçus de Dieu même dans une vision. Bardanès ayant été renversé du trône par Anas-
tase, la politique du nouveau maître de rcmpir* changea la croyance des fidèles et favorisa l'orthodoxie. Pour être agréable à Constantin, le prince permit à ses sujets de rendre les honneurs divins à de; peintures, à des statues ; et sous son règne, l'idolâtrie des images envahit l'Orient et l'Occident.
Léon risaurien, à son avènement au trône, fut scandalisé de voir les peuples crédules se prosterner devant les images qui remphssaient les basiliques, et entreprit de détruire ce culte sacrilège. Grégoire condamna hautement les ordres du monarque, lui adressa des reproches insultants, et annonça qu'il combattrait de tout son pouvoir la persécution soulevée contre le christianisme. Léon essaya de ramener le pontife à des sentiments plus charitables, et lui adressa des ambassadeurs ; le pape refusa de recevoir les lettres du prince, et chassa ses envoyés.
Irrité de l'insolei.ce de Grégoire, l'empereur donna ordre à Jourdain, on cartulaire, à Jean, sous-diacre, et à Basile, capitaine de ses gardes, de partir pour Rome et de s'emparer du pontife mort ou vif. Arrivés dans la ville sainte, les officiers de Léon montrèrent leurs ordres à Marin, gouverneur de Rome, et se concertèrent avec lui pour enlever le pontife, ou pour le faire assassiner; mais, au moment de l'exécution. Marin, qui déjà était souffrant, fut frap^jé d'une paralysie. Cette tentative avortée fitquelque bruitdans ia ville; le pontife, prévenu par ses. espions, se tint sur ses gardes, organisa une révolte, et quand toutes les mesures furent prises, les prêtres s'emparèrent de Jean et de Jourdain, auxquels ils tranchèrent la tête. Basile ne put échapper à leur fureur qu'en se réfugiant dans un monastère où il prit l'habit religieux.
Pour venger le meurtre de ses officiers, le prince fit partir en Itahe , comme exarque , le patrice Paul à la tête d'une armée formidable. Celui-ci avait ordre d'investir Rome, de déposer Grégoire, de s'emparer de sa personne et de l'envoyer à Constantinople. Mais le pape fit prêcher la rébeUion dans toute la péninsule par ses bandes de moines, prodigua l'or aux milices, souleva les Vénitiens, les Napohtains, s'adressa même au roi des Lombards et à leurs ducs, implorant la protection de leurs armes.
Les prédications des m lines produisirent des merveilles sur les peuples sjperstitieux et ignorants; à Rome, on chassa les magistrats, on égorgea les gardes du préfet, on déchira les enseignes de l'empire; à Naples, le gouverneur, son fils , les officiers et les soldats furent massacrés ; à Ravenne, l'exarque Paul, sa femme et ses filles furent décapités; enfin, l'Italie entière, excit^'e par le pontife, résolut de s'affranchir de la domination des empereurs grecs.
Sous le prétexte d'un grand zèle pour l'adoration des images, les Lombards profitèrent de ces troubles et s'emparèrent des terres de l'empereur, comme appartenant à un excommunié. Léon leur offrit des sommes considérables, acheta leur alliance, et il obtint d'eux non-seulement qu'ils se retireraient des provinces envahies, mais encore qu'ils se joindraient , à ses troupes pour faire le siège de la vide sainte.
A son tour, Grégoire II envoya de riches présents à Luitprand, roi des Lombards, et le détacha de la cause de Léon. Le monarque arien proposa alors d'être arbitre entre l'empereur et le pape ; par son
GUEiiOIRE II
entremise le saint-siége obtint la paix à des conditions favorables, et une tranquillité apparente succéda pour quelques instants aux violence» déplorables qui avaient bouleversé l'Italie.
Bientôt après la guerre recommença avec plus de fureur que jamais. Léon prétendait que l'adoration rendue à des peintures et à des statues était la plus coupable des idolâtries, et il voulait assujettir les fidèles à proscrire un culte condamné par le clergé, par les grands et par le peuple même de Constantinople. Le patriarche Germain, esclave du saint-siége, osa seul résister aux ordres du prince, et dans l'emportement d'un zèle fanatique, il afficha aux portes de son église une lettre pastorale dans laquelle il décla-ait que le culte des images ayant toujours été en usage dans l'Église, il était prêt à souffrir le martyre pour le défendre. Ensuite Û envoya des ambassadeurs à Rome afin d'instruire le pape de la résistance qu'il opposait aux volontés du tyran hérétique, et de lui de[nander ses conseils.
Le pontife répondit en ces termes : « La vigueur avec laquelle vous avez confessé la foi devant l'iconoclaste Tjéon trouvera sa récompense dans un monde meilleur. Néanmoins, mon frère, n'oubliez pas que pour assurer noire domination sur les peuples, nous devons éviter de combattre trop ouvertement les croyances établies; ainsi vous direz aux fidèles que l'hommage rendu aux représentations placées dans les temples chrétiens n'a rien de commun avec les pratiques du paganisme qu'on nous accuse d'imiter; vous chercherez à leur faire comprendre que dans notre culte il faut considérer l'intention et non l'action. D'ailleurs il n'existe aucune ressemblance entre les statues des païens et nos peintures; on appelle idoles les images d'un être qui n'est pas, qui n'a jamais été, ou qui ne se trouve que dans les fables et dans les inventions des mythologues.
a Mais l'existence de Dieu peut elle être niée? La Vierge n'a t-elle pas vécu parmi les hommes? et Jésus ne s'est-il pas incarné dans son sein ? n'a-t-il pas fait des miracles, souffert le supplice de la croix? ses apôtres ne l'ont ils pas vu après sa résurrection? Plût à Dieu que le ciel la terre les mers, les animaux et les plantes, pussent raconter ces merveilles par la parole, par lécriture, et par la peinture et par la sculpture ! Si des impies accusent l'EgHse d'idolâtrie parce qu'elle vénère les images, qu'ils soient regardés comme des chiens dont les aboiements frappent en vain l'oreille du maître; et disons-leur comme aux Juifs : «Israël, tu n'as pas profité des choses sensibles que Dieu t'avait données pour te mener à lui ; tu as préféré la vache de Samarie, la verge d'Aaron , la pierre dont l'eau était sortie, Baal, Béelphégor et Astarté, au saint tabernacle de Dieu ; enfin tu as adoré la créature comme Jéhovah. »
Grégoire tint un nouveau concile à Rome, et en présence d'un grand nombre d'évêques , pour la deuxième fois il anathématisa l'empereur, défendit à tous les peuples de payer aucun tribut, les releva du serment de fidélité, leur commanda au nom de la religion , de prendre les armes, et de chasser du trône Léon l'hérétique, comme étant déposé de la puissance souveraine par la volonté de Dieu.
Aux imprécations du souverain pontife, l'Italie
répondit en se levant en armes ; les Vénitiens brisèrent les portraits du prince, brûlèrent ses ordonnances, jetèrent ses officiers à la mer; et tous jurèrent qu'ils mourraient pour la défense de la religion et du pape. A Rome, les hommes, les femmes, les enfants, firent serment sur la croix de mourir pour les images ; dans la Gampanie, on massacra le nouveau duc de Naples et son fils, qui s étaient déclarés en faveur du prince ; dans les cinq villes de la Pentapole, les officiers de l'empire furent égorgés par les prêtres mêmes ; dans toutes les cités Ton arbora sur les murailles l'étendard de la révolte.
Au milieu de ces massacres , l'hypocrite G-régoire répandait des aumônes, ordonnait des processions à son clergé, marchait pieds nus dans les rues de la ville sainte, baisait la poussière, et récitait de longue^*priè^es devant les basiliques, pour demander à Dieu la fin des hostilités; en même temps, il glorifiait ses partisans, les exhortait à conserver la foi, et cachait sous le masque de l'humilité religieuse l'ambition qui le dévorait, et la haine qu'il portait à tous les partis. Ses légats engageaient le roi Luitprand et les ducs lombards à marcher avec leurs troupes contre Ravenne, où s'était renfermé le patrice Eutychius, et au même instant d'autres ambassadeurs partaient secrètement de Rome pour soulever contre les Lombards le patriarche de Grade, le duc Marcel, et les peuples de la Vénétie et de l'Istrie.
Enfin le saint-siége triomphait. Léon, menacé de la fureur des adorateurs d images, qui avaient déjà tenté de l'assassiner jusque dans son palais, et redoutant de voir la péninsule romaine se détacher de l'empire, adressa des lettres au pontife pour lui faire connaître qu'il se soumettrait aux décisions d'un concile, et qu'il le priait de le convoquer. Grégoire ne permit pas aux envoyés de l'empereur d'entrer dans Rome; il ne voulut même pas toucher la lettre qu'ils apportaient, et la fit lire par un diacre. Voici sa réponse au monarque : « Le chef universel de l'EgUse, le successeur des ;,pôtres, le vicaire du Christ, prie Dieu le Père d'envoyer Satan sur la terre pour arracher du trône l'odieux iconoclaste qui persécute la foi ! »
Le pape mourut bientôt après ce^ événements : il fut enterré à Saint-Pierre de Rome le 13 février 731.
Depuis, il s'est trouvé des prêtres assez audacieux pour placer au rang des saints un pontife qui, pour établir l'idolâtrie des images, avait rempli l'Italie de carnage et de meurtres !
Le Père Pagi raconte un miracle qui, d'après son opinion, suffirait seul pour élever Grégoire dans le ciel au même degré que les apôtres. « Le duc Eudes, écrit le moine, sollicitait depuis longtemps la cour de Rome pour en obtenir des rehques ; le saint-père se rendit à ses prières, et lui envoya trois éponges qui serva ent à laver les tables du palais de Latran. Grégoire avait obtenu de Dieu que ces éponges rendraient invulnérables les troupes qui combattraient dans la guerre contre les Sarrasins ! En effet, ajoute le vénérable moine, lorsque les éponges arrivèrent au camp, on les coupa en petits morceaux, on les distribua aux soldats, et de tous ceux qui en mangèrent, pas un seul ne fut ni blessé ni tué !!!... >> Et il s'est trouvé des hommes assez simples pour ajouter foi à ces contes catholiques. à ces fourberies sacerdotales!
TUIUE DES PAPE.-
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t.eotion et caractère deGrésoire III.— Sesleltres audacieuses à l'empereur Léon III. — Concile de Rome contre les iconoclastes. — L'empereur arme contre le pape; mais sa flotte est dispersée par les tempêtes. — Révolte dans l'Italie. — Le pape est attaqué par les Lombards. — Grégoire implore le secours de Charles Martel et lui envoie de riches présents. — Le prince français refuse de secourir le pape. — Succfs des missions de Boniface dans la Germanie. — Lettre que lui adresse Grégoire. — Voyage de Boniface à Rome. — Mort de Grégoire III. — Libéralité du pontife envers les églises.
Le saint-siégc resta vacant pendant trente-cinq jours, qui furent employés à célébrer les funérailles de Grégoire II. Après les cérémonies, le peuple de Rome, entraîné comme par une inspiration divine, enleva du milieu de la foule le prêtre Grégoire, et l'élut pontife parce quil portait le même nom que son prédécesseur.
Le nouveau pape était Syrien de nation ; et d'après le jugement d'Anastase il passait pour être très-régulier dans ses mœurs et très -instruit dans les saintes Ecritures; il connaissait les langues grecque et latine, et s'exprimait avec élégance.
Quelques auteurs anciens le nomment Grégoire le Jeune; d'autres historiens le prennent quelijuefois pour son prédécesseur, parce qu'il suivit la même politique et se livra aux mêmes excès pour défendre la même idulàtrie, le culte scandaleux des images, contre l'empereur Léon.
Au commencement de son pontificat, le prince lui ayant adressé une lettre pour le féliciter de son avènement au trône dp saint Pierre, Grégoire répondit en ces termes . « l>ous avons trouvé dans nos archives des lettres scellées de votre sceau impérial et souscrites de votre main avec le cinabre; vous conlessiez alors notre sainte foi dans toute sa pureté, analhémalisant ceux qui oseraient s'opposer 'ux dé-
cisions des Pères, quel que fût leur rang. Pourquoi donc aujourd'hui vos pensées sont-elles différentes? Qui vous oblige à retourner eu arrière après avoir maiclié dix ans dans la bonne voie ?
« Jusqu'aux dernières années du pontificat de Grégoire II vous n'aviez rien entrepris contre le culte des images; maintenant vous affirmez qu'elles tiennent la place des idoles du paganisme dans le temple du Christ, et vous appelez idolâtres ceux qui les adorent. Vous ordonnez de briser les statues des saints, d'en jeter les débris hors de la maison do Dieu, et vous ne redoutez pas le juste châtiment de votre conduite, qui scandalis; non-seulement les chrétiens, mais encore les peuples infidèles !
« Pourquoi ne remplissez-vous pas les devoirs de votre dignité, et n'interrogez-vous pas, comme empereur, les hommes savants et pleins d'expérience ? Ils vous cpprdndraient de quelle manière on doit interpréter le commandement fait par Dieu, de refuser notre adoration aux ouvrages des hommes. Les Pères de l'Église et les six conciles nous ont laissé de saintes traditions; pourquoi refusez- vous de suivre leurs enseignements? pourquoi ne recevez-vous pas leur témoignage et persistez-vous au contraire dans l'erreur, dans l'ignorance et dans la présomption
« Nous vous" conjurons d'abandonner les inspira-
lions de l'orgueil, et d'écouter humblement les discours rem|ilis de sens que nous adressons à votre esprit simple et grossier.
« Dieu a défendu de rendre un culte aux ouvrages de l'homme, parce que les habitants idolâtres de la terre promise adoraient des animaux d'or, d'argent, de bois, et toutes sortes de créatures, disant : «Voilà nos divinités. » Mais il existe des choses que Dieu lui-même a désignées à notre vénération; les tables de la loi, l'arche sainte et les chérubins étaient adorés par les Juifs, quoiqu'ils fussent 1 œuvre de l'artisan. De même les représentations matérielles de nos mystères doivent être honorées par les fidèles, et l'on ne doit point condamner ceux qui les exécutent ou ceux qui les vénèrent.
« Lorsque le Verbe s'est incarné, lorsqu'il a fait son entrée triomphante dans Jérusalem, les hommes l'ont vu, l'ont touché, et ils ontdùle représenter tel qu'il s'est manifesté en leur présence. Il en est de même pour saint Jacques, pour saint Etienne et pour les autres martyrs ; leurs images répandues par tout le monde ont chassé les idoles du démon.
« Nous ne représentons pas Dieu le Père, parce qu'il est impossible de peindre la nature divine, que nous ne pouvons pas connaître ; si nous la connaissions nous la représenterions dans nos tableaux. Vous nous reprochez de rendre hommage à des planches, à des pierres et à des murailles; mais le culte que nous leur rendons n'est point servile ; ce n'est point une véritable latrie, c'est un culte de dulie, il n'est pas absolu, il est relatif. Si la matière est changée en image et qu'elle représente le Sauveur, nous lui disons : «Fils de Dieu, secourez -nous, sauvez-nous ! » si c'est une image de la Vierge, nous lui disons : « Sainte Marie, priez votre Fils qu'il sauve nos drr:es ! » enfin, si, c'est un martyr, nous ajoutons : « Saint Etienne, qui avez répandu votre sang pour Jésus-Christ , intercédez pour nous ! » Nous ne mettons pas notre espérance dans ces images, dans les statues, dans les bas-reliefs, nous ne les regardons pas comme des divinités; elles servent seulement à frapper l'attention dis esprits.
« Vous êtes donc livré à l'erreur lorsque vous condamnez les représentations exposées dans les églises à la vénération des fidèles ; et les chrétiens sont autorisés par votre conduite à vous appeler hérétique, iconoclaste et persécuteur.
« Nous ne cesserons de vous répéter que les empereurs doivent s'abstenir des affaires ecclésiastiques, et s'appliquer seulement à celles du gouvernement; car l'union des princes et des évèques assure la puissance de l'Église et des rois, soumet les peuples à cette double et irréfragable autorité , et maintient notre domination sur la crédulité des hommes. Néanmoins nous ne devons pas acheter l union des trônes de César et de saint Pierre par la destruction de la doctrine évangélique ; et puisque vous persécutez les images, il ne saurait y avoir de paix entre nous.
« Vous nous avez écrit de convoquer un concile Œcuménique pour examiner les questions qui nous divisent; mais supposez qu'il soit assemblé;. où est l'empereur qui présidera la séance, selon l'usage, pour récompenser ceux qui parlent sagement, et poursuivre ceux qui s'écartent de la vérité? Vous-
même êtes le coupable qu'il faudrait condamner! Ne voyez-vous pas que votre entreprise contre les images n'est que présomption, ignorance, barbarie? Vous ne devez accuser que vous seul du scandale, des désordres, des séditions, des meurtres et des guerres civiles qui out désolé l'Italie! Il n'est plus besoin de synode pour juger vos crimes; tout l'Occident s'est retiré de votre obéissance; vos statues et vos portraits ont été brisés et foulés aux pieds, vos décrets lacérés sur la place publique, et vos officiers égorgés ou chassés de l'Italie.
« Les Lombards, les Sarmates, et les autres peuples du Nord ont ravagé la Décapole; Ravenne est restée en leur puissance, après avoir été pillée ; vos places les plus fortes ont été prises d'assaut, sans que vos ordonnances et vos armes impuissantes aient pu les défendre.
« Cependant vous croyez encore nous éj juvanter par vos menaces, en disant : «J'enverrai m s gardes à Rome briser les images de la cathédrale ; je ferai charger de chaînes le pape Grégoire, et je le châtierai comme notre prédécesseur Gon-tantii a châtié le pontife Martin.
« Prince, sachez que nous ne redoutons point vos violences; nous sommes en sûreté dans l'Italie; abaissez donc l'orgueil de votre colère devant notre autorité, et comprenez enfin que les successeurs de saint Pierre sont bs médiateurs, les arbitres souverains de la paix entre l'Orient et 1 Occident. »
Léon adressa de nouvelles lettres au saint-père, en lui faisant des propositions pleines de sagesse. Grégoire répondit au prince : « Vous affirmez que vous possédez le pouvoir temporel et spirituel, parce que vos ancêtres réunissaient en leur personne la double autoi-ité de l'empire et du sacerdoce?... Ils pouvaient pai-ler ainsi, eux qui ont fondé et enrichi les Eglises et qui les ont protégées; néanmoins, sous leurs règnes, elles ont toujours été soumises à la direction des évêques. Mais vous qui les avez dépouillées, qui en avez brisé les ornements, comment osez-vous réclamer le droit de les gouverner? Le démon qui s'est emparé de votre intelligence obscurcit toutes vos pensées, et son orgueil parle par votre bouche.
« Apprenez donc, vous dont l'ignorance et la vanité sont si grandes, que Jésus-Christ n'est venu sur la terre que pour séparer le sacerdoce et l'empire, l'esprit et la chair. Dieu et César, le pape et l'empereur? Il n'est pas permis à l'évêque de regarder dans le palais des rois; de même il est défendu au prince d envoyer des soldats grossiers dans le sanctuaire de l'Eglise.
« Les élections du clergé, les ordinations des prélats, l'administration des sacrements, la distribution des biens des pauvres, la juridiction ecclésiastique, appartiennent aux prêtres; le droit de gouverner les provinces, de lever des impôts, d'enrichir les courtisans, de faire égorger les peuples, est ce qui constitue la puissance des rois, et nous ne revendiquons aucune de ces prérogaties
« Que chacun de nous conserve la puissance que Dieu lui a donnée, et ne cherche pas à usurper celle quM lui refuse. Cessez donc de renverser les images placées dans nos temples, en voulant réformer notre culte et en nous accusant d'adorer la matière. Nos
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basiliques elles-mêmes, que sont-elles ? des pierres, du bois et de la chaux, que la main de l'homme a consacrés à Dieu Pourquoi ne les détruisez-vous pas, comme vous brisez la pierre, le bois de nos statues ei le ciment de nos peintures? Parce qu'il faut des églises aux chrétiens pour venir se prosterner devant l'autel du Christ.
« Laissez donc les fidèles employer les richesses qu'ils enlèvent à Satan pour orner la demeure de Dieu ; "e privez pas les pères et les mères de la douce ■ satisfaction de montrer à leurs enfants nouvellement baptisés les images édifiantes des saints, des martyrs, de la Vierge et de Jésus-Christ; et ne détournez pas les simples de la vénération qu'ils portent aux représentations des saintes histoires, pour les plonger dans l'oisiveté et dans la débauche. La crédu- Uté des peuples fait votre force comme la nôtre. »
Grégoire, après avoir adressé ces lettres à Léon, convoqua un concile afin de condamner canoniquement les destructeurs d'images. Les métropolitains de Grade el de Ravenne, quatre-vingt-douze évêc{U8s , tout le clergé de Rome , les sénateurs , les consuls et le peuple , assistèrent à cette assemblée, dans la basilique de Saint Pierre. Après de longues délibérations, le synode ordonna que ceux qui mépriseraient les images, ou qui profaneraient les ornements sacrés du culte, seraient anathématisés et séparés de la communion des fidèles. Le décret fut souscrit solennellement par tous les membres du concile. Ensuite les membres du clergé des provinces de l'Italie adressèrent des requêtes à l'empereur pour réclamer le rétabhssement des tableaux et des statues dans les temples.
Léon, irrité de l'audace et de l'insolence du pape, exaspéré contre les prélats et le peuple de la péninsule romaine, résolut de punir ces prêtres rebelles et de tirer d'eux une vengeance terrible. Il arma une flotte nombreuse et la dirigea sur l'Italie ; malheureusement, dans la traversée, ses vaisseaux, assaillis par des tempêtes violentes, échouèrent sur les côtes, ou furent obligés de regagner Constantinople. Le saint-père, à la nouvelle de ce désastre, ordonna des prières publiques, et rendit grâces à Dieu du miracle éclatant qui venait de sauver son Église des fureurs de l'iconoclaste.
L'empereur s'occupa aussitôt de réorganiser une armée et d'équiper une flotte nouvelle. Kn attendant, pour commencer le châtiment des rebelles, il doubla la capitation de la Calabre, de la Sicile et confisqua, dans toutes les provinces soumises à son obéissance, les terres du patrimoine de Saint-Pierre, dont le revenu s'élevait à deux cent vingt-quatre mille livres d'or. En Orient, le prince condamna au bannissement les prêtres séditieux, et fit emprisonner plusieurs évêques; mais aucun d'eux ne fut exécuté, quoique l'Eglise indique l'énergumène Jean de Damas comme victime de sa cruauté, et qu'elle l'ait placé dans le martyrologe. Cependant Léon, ébranlé sur son trône par les révoltes des pontifes, perdit peu à peu les plus belles provinces de ses états, et devint en exécration à ses peuples, qui le désignaient sous le nom d'Antéchrist.
Grégoire ne fut pas longtemps à se repentir d'avoir perdu l'appui de l'em^iire; les Lombards n'ayant
plus à redouter les troupes grecques, résolurent d'asservir toute l'Italie à leur domination et firent entrer des troupes nombreuses dans la Campanie. Pour arrêter cet envahissement, le pape n'eut d'autre ressource que celle de jeter la discorde parmi ses ennemis, et de faire révolter Thrasimond, duc de Spolette, contre Luitprand, roi des Lombards.
Au premier signal de la rébellion, Luitprand marcha avec son armée contre le duc de Spolette et défit entièrement ses troupes; celui-ci, poursui\i par son ennemi, se réfugia auprès du saint-père, qui lui donna asile et l'accueillit avec une grande distinction. Le roi lombard, furieux contre le pape, le fit sommer de lui livrer le rebelle, menaçant de déclarer immédiatement la guerre aux R.omains. Sa demande fut repoussée, sous prétexte que la charité chrétienne ordonnait de soutî'rir les persécutions les plus violentes, plutôt que de violer les devoirs de l'hospitalité; alors celui-ci, irrité de la trahison du saintpère , entra à la tête de ses troupes victorieuses sur le territoire de l'Eglise, et vint mettre le siège devant la ville de Rome.
Dans cette extrémité, Grégoire n'osa pas s'adresser à l'empereur pour en obtenir des secours ; il envoya des députés à Charles Martel, réclamant au nom de Jésus-Christ l'appui des Franks contre les Lombards, qui avaient juré de saccager la ville sainte, de massacrer le pontife, de piller les couvents, de violer les religieuses, et d'exterminer tout le clergé. Les ambassadeurs étaient chargés de remettre au duc des des Français de riches présents, de précieuses reliques, et les clefs du sépulcre de l'Apôtre.
Cette légation fut la première qui entra dans le royaume de France. « Et plût à Dieu, pour le bonheur des peuples, ajoute un auteur protestant, que les ultiaraontains n'y fussent jamais venus, ou qu'on eût fait pendre les premiersjqui se présentaient, en menaçant d'un accueil semblable tous ceux qui dans la suite auraient voulu courir les risques d'une telle ambassade ! » Néanmoins Charles se montra peu disposé à secourir la ville sainte ; alors le pontife lui écrivit cette deuxième lettre : «Nous sommes dans une affliction extrême, mon fils, car les épargnes qui nous restaient l'année passée pour la nourriture des pauvres et le luminaire des églises, sont maintenant devenues la proie de Luitprand et d'Hildebrand , princes des Lombards. Ils ont détruit toutes les métairies de Saint-Pierre, et ont enlevé tout le bétail qui s y trouvait Nous avons eu recours à votre puissance, et nous nous sommes adressés à votre religion; cependant jusqu'à ce jour nous n'avons reçu de vous aucune consolation. Nous craignons que vous n'ajoutiez foi aux calomnies que ces rois coupables ont répandues contre nous, qu'ils ont représentés comme des gens avides et aspirant à la domination universelle ; car ils paraissent assurés que vous nous refuserez tout secours ; et pour augmenter nos maux et noire humiliation, ils bravent votre puissance et flétrissent votre courage.
ce Vous avez eu recours, disent ils, à Charles Martel pour vous défendre ! Qu'il vienne donc maintenant avec ses Franks ; et qu'il essaye de vous arracher de nos mains, s'il veut que les champs de l'Italie s'engraissent du sang de ses hordes farouches
a Prince, ne ressentirez-vous donc point, les insultes qu'on vous adresse ? Les enfants de 1 Eglise des Gaules ne feront ils aucun effort pour défendre leur mère spirituelle? voudront-ils se réunir à nos ennemis pour raiLer le prince des apitres, en nous disant que saint Pierre doit défendre lui-même sa maison et son peuple, et se venger de ses ennemis, sans recourir aux armes des princes?
« Il est vrai, mon cher fds, que TApôtre pourrait anéantir de son glaive terrible les barbares qui désolent sa ville; mais son bras est arrêté par Dieu, qui veut éprouver le cœur des fidèles, et il vous réserve la gloire incomparable de nous préserver de la désolaticn (jui nous menace.
« Nous vous conjurons donc, par les douleurs de la Vierge, par les souffrances du Christ, par la juslice redoutable de Dieu au jugement dernier, par les fourches de Satan, et par votre salut, de ne pas nous laisser périr, en préférant l'amitié du roi des Lombards à celle du prince des apôtres ! »
Charles Martel ne se laissa pas émouvoir par les supplications du pontife; il envoya seulement une faible somme d'argent pour soulager la misère du peuple de Rome, qui subissait les conséquences de la perfidie de Grégoire envers le prince lombard. A la même époque, le moine anglais appelé Winfrid, ordonné évêque sous le pontificat précédent, et . qui avait été envoyé dans la Germanie, écrivit à Rome pour avertir le saint-père du succès de sa mission, et lui demander des conseils. Le pape lui répondit ainsi : « Nous avons rendu grâces à Dieu, mon frère, en apprenant par vos lettres que vous aviez converti plus de cent mille âmes à la foi chrétienne, soit par votre éloquence, soit par le secours des armes de Charles, prince des Franks. Nous vous accordons notre amitié, et en outre, pour récompenser le zèle que vous avez fait paraître dans vos travaux apostoliques, nous vous donnons le pallium et le titre d'archevêque.
X Ne ralentissez pas votre ardeur, mon cher frère, et malgré votre grand âge, continuez l'œuvre sainte que vous avez entreprise. Vous devez prêcher l'Evangile partout où Dieu vous ouvrira le chemin ; car l'apôtre est comme la lumière qui éclaire le monde et passe sans pouvoir s'arrêter.
« Continuez de soumettre au Christ et à l'autorité de notre siège tous les peuples de la Germanie ! Et par la puissance que nous avons reçue de saint Pierre, nous vous donnons le pouvoir de consacrer des évêques qui travailleront sans relâche avec vous î l'instruction des peuples devenus chrétiens.
« Vous commanderez à vos prêtres d'administrer un second baptême, sous l'invocation de la sainte Trinité, à ceux qui auront été baptisés par les 1 ïques païens ou par un prêtre idolâtre qui sacrifie à .lupiter et mange des viandes immolées.
« Dans les mariages, vous ferez observer aux fidèles les degrés de parenté jusqu'à la septième génération, et vous leur défendrez d'épouser une troisième femme. — Les prêtres refuseront la sainte communion aux parricides et aux incestueux, et ils leur recommanderont de s'abstenir pendant toute leur vie de chair et de vin ; ils leur feront observer un jeûne rigoureux les lundis, mardis et vendredis ; ils
leur enjoindront de faire des donations aux églises (fi. aux couvents ; enfin, ils ne leur donneront l'absolution que dans un danger de mort.
« Les maîtres qui vendent leurs esclaves aux païens pour les sacrifices humains seront soumis à la péuitence infligée aux parricides. Les évêques empêcheront les nouveaux chrétiens de manger de la chair de cheval et de chien; enfin, ils proscriront les devins, les sorciers; ils défendront les augures, les enchantements, ainsi que les sacrifices célébrés en l'honneur des morts ou pour la sanctification des bois et des fontaines.
« Nous vous accordons le droit de juridiction sur tout le clergé que vous aurez établi, et nous désirons que vous avanciez l'époque du voyage que vous devez faire en Italie, pour recevoir notre bénédiction et pour conférer avec nous sur les intérêts de la naissante Eglise de Germanie. »
Boniface se rendit aux désirs du saint-père et vint à Rome, où il fut comblé d'honneurs par Grégoire, qui le fit siéger à sa droite, en présence des grands et des évêques. Cependant, ajoute un historien, les faveurs du pontife ne doivent pas être considérées comme larécompense du zèle que le saint vieillard avait montré pour la religion, mais seulement comme le prix du dévouement qu'il avait manifesté pour le saint-siége, et comme le salaire des maximes d'obéissance qu'il avait propagées chez les barbares.
Déjà la cour de Rome songeait à établir le principe de la souveraineté et de l'infaillibihté du pape : Grégoire osa dire en plein concile que son siège était au-dessus des trônes de la terre, et que les pontifes pouvaient conduire toutes les nations au prince de la géhenne sans que nul homme vivant eût le droit de les accuser de péché, parce qu'ils n'étaient point soumis au jugement des mortels!
Le moine anglais , après avoir visité les tombeaux des saints martyrs, prit congé du pontife, et quitta Rome chargé de présents et de reliques.
Grégoire III , d'après le titliothécaire Anastase, fit un grand nombre d'actions pieuses : « Il rejjara, dit cet aut ur. toutes les églises de la ville apostolique, particulièrement celle de Saint-Pierre ; ii plaça autour du sanctuaire six colonnrïs précieuses que l'exarque Eutychius lui avait données; il les fit couronner d'architraves revêtues d'argent et ornées des figures de Jésus, de ses apôtres et de sa sainte Mère, au milieu des vierges ; de distance en distance le sanctuaire était garni de fleurs de fis d'or, de candélabres d'argent et de riches cassolettes. L'oratoire consacré aux Saints avait été orné de peintures admirables ; et de la voûte, qui était d argent et surmontée d'une couronne d'or, tombait une croix enrichie de diamants qui restait suspendue sur l'autel. Entre deux colonnes de porphyre on avait placé une statue de la Vierge Marie , une patène , un calice et deux vases d'une grandeur colossale ; tous ces ornements étaient d'or et rehaussés de pierreries.
« La basilique de Sainte Marie-Majeure renfermait une image de la Vierge Marie tenant 1 enfant Jésus, également d'or massif; enfin l'église de Saint-André avait reçu des libéralités du pontife une statue plus précieuse encore que les précédentes. Le poids de l'or de ces différentes offrandes s'élevait n plus de
GREGOIRE ni
cent soixante-treize li\Tes, et celui de l'argent à plus de cinq cent trente livres.
« Grégoire releva plusieurs monastères en ruines, en bâtit de nouveaux, les dota de nombreux domaines, et dégagea les biens qui avaient été aliénés par des moines débauchés; il établit des abbés et des religieux dans plusieurs oratoires, pour faire jour et nuit des prières, et il ordonna qu'à l'avenir le sousdiacre oblationnaire de Saint-Pierre fournirait aux nouvelles églises le luminaire et les oblations, c'està-dire le pain, le vin et les cierges, pour célébrer l'office divin. Il rebâtit une grande partie des murailUes de Rome, et paya de son épargne cette dépense énorme. Enfin il donna des sommes considérables aux ducs de Bénévent et de Spolette pour racheter un château fortifié qui défendait une position importante des états du saint siège. »
Grégoire mourut vers la fin de l'année 741, après un règne de dix ans, et avant d'avoir conclu la paix avec Luitprand, roi des Lombards. Il fut enterré dans la basilique de Saint-Pierre. Comme son prédécesseur, les prêtres l'ont placé dans le catalogue des saints.
Plusieurs historiens ecclésiastiques prétendent que sous le pontificat de Grégoire III, les musulmans exercèrent de violentes persécutions contre les chrétiens d'Asie, d'Afrique et d'Espagne, e\ firent un grand nombre de martyrs. Ces accusations sont de la plus évidente fausseté, puisqu'il est prouvé par les témoignages des auteurs contemporains que les kalifes rétablirent les patriarches d'Antioche, d'Alexandrie, et donnèrent même des évèques aux Nubiens, qui professaient le christianisme; qu'en Espagne surtout, les Arabes protégeaient hautement les couvents d'hommes, ainsi que l'atteste d'une manière irrécusable la sauvegarde accordée par deux chefs musulmans aux habitants de la ville de Coïmbre. Voici cette pièce remarquable :
« Les chrétiens payeront une capitation double de celle des Arabes; chaque église donnera un tribut annuel de vingt-cinq livres d'argent ; celui des monastères sera de cinquante, et les cathédrales payeront le double. Les chrétiens auront un comte de leur nation à Coïmbre et à Goadatha, pour l'administration de la justice; seulement ils ne pourront
faire exi'PnIfM- la poinc de mort sur un coupable sans l'autorisation du schcik ou alcade arabe. — Si un chrétien tue un mahométan ou lui fait injure, il sera jugé équitablement selon la loi arabe. — S'il abuse d'une fdle arabe , il embrassera l'islamisme et il épousera celle qu'il aura séduite, ou il sera mis à mort. — S'il abuse d'une femme nsariée, il subira le supplice réservé aux adultères. — Les évêques chrétiens ne maudiront point les chefs musulmans dans l'.'urs temples ni dans leurs prières, et ils ne célébreront le sacrifice de la messe qu'à portes fermées, sous peine d'une amende de dix livres d'argent.
« Le monastère de Raban ne sera soumis à aucun
impôt, parce que les moines nous indiquent le gibier quand nous chassons sur leurs terres, et parce qu'ils reçoivent cordialement les adorateurs du prophète. Nous voulons qu'ils possèdent leur bien en paix , qu'ils viennent en liberté à Coïmbre, qu'il ne soit exigé d'eux aucun droit sur les marchandises qu'ils vendront où achèteront, afin de témoigner aux chrétiens notre indulgence pour ceux qui ne se montrent pas rebelles à notre paternelle domination. « Après la lecture d'un semblable document, dont l'authenticité est irrécusable, il est réellement impossible d'ajouter foi aux récits absurdes de persécutions exercées par les musulmans.
ZAGHAKIE
Élection de Zacharie. — Position fâcheuse du saint-siége. — Paix avec les Lombards. — Entrevue de Zacharie et de Luitprand. — Le pape donne au roi un somptueux festin — Première époque de la grandeur papale. — Église de Germanie. — Lettre de Zicharie aux évoques français. — Plaintes contre le pape. — Le pontife démembre par jalousie l'évêché de Trêves.
— Décision sur le baptême. — Désordres du clergé dans Ins provinces françaises. — Imposteurs en Germanie. — Concile de Rome. — Persécution contre le prêtre Virgile. — Le roi des Lombards, séduit par le (.ape, abandonne le manteau royal pour le froc monacal. — Carloiuan, frère de Pépin, se fait moine pour éviter la damnation éternelle. — Fondation de la célèbre abbaye de Fuldes. — Pépin le Bref, maire du palais, demande à Zacharie l'autorisation d'usurper le trône des Mérovingiens.
— Childéric II est déposé et enfermé dans un monastère, — Pépin Usurpe la couronne de France. — L'empereur accorde plusieurs domaines de l'empire à l'Eglise romaine. — Seconde entrevue de Zacharie et de Luitprand. — Mort de Zacharie.
On élut pour succéder à Grégoire III le prêtre Zacharie, Grec de nation, qui reçut l'ordination le 28 novembre 741, en qualité de souverain pontife.
L'histoire a laissé ignorer par quelles intrigues Zacharie parvint au trône apostolique; eUe rapporte seulement que le saint-siége, menacé par des ennemis puissants, était exposé aux plus grands dangers, et que le saint-père fut obligé de déployer toutes les ressources de sa politique pour sauver l'Église de la colère des Lombards et de la haine de l'empereur. D'un côté, Constantin dit Gopronyme, fils de Léon l'Iconoclaste, avait hérité des riches domaines que son père avait enlevés aux papes, et continuait la guerre contre les rebelles d'Italie et contre le culte des images; de l'autre côté, les Français, consultant moins le fanatisme des prêtres que l'intérêt de la nation, refusaient de prendre part à ces guerres déplorables, et laissaient Luitprand ravager l'Italie et assiéger la ville de Rome.
Ainsi le suint-siége, qui avait voulu s'affranchir de l'autorité impériale, était puni de sa rébeUion par les suites mêmes de la victoire, et allait tomber inévitablement sous le joug terrible des Lombards.
Zacharie, pour sortir de cette position difficile, eut recûUL's aux ruses, aux négociations, et enfin il se
détermina à une infâme trahison envers Thrasimond, duc de Spolette, le même que son prédécesseur avait poussé à la révolte ; il envoya des ambassadeurs au roi Luitprand, chargé de lui offrir en son nom de riches présents et de lui faire le serment de livrer Thrasimond à la vengeance des Lombards. A cette condition, le prince promit d'accéder à un traité d'alliance et de faire la restitution de quatre villes importantes que le saint-siége avait perdues dans la guerre. Zacharie réunit alors ses troupes à celles de Luitprand, et marcha contre le malheureux duc de Spolette.
Thrasimond comprit trop tard la faute qu'il avait commise en accordant sa confiance à un prêtre ; se voyant trahi par la cour de Rome, il fit aussitôt sa soumission au roi et entra dans un monastère.
Le prince n'ayant plus à redouter son ennemi, différa d'accomphr la promesse qu'il avait faite à Zacharie, et retint au contraire en son pouvoir les vUles dont il s'était emparé. Toutes les réclamations de la cour de Rome restant sans effet, le pape, accompagné d'un grand nombre d'évêques, de prêtres, de diacres, se rendit à Suterrama, ville située à douze milles de Spolette, pour conférer avec Luitprand et demander l'exécution de leurs traités. Il fut reçu par le monarque dans l'église do Saint- Valentin. L'onc-
tion des ses prières et ses protestations d'un dévouement sans bornes changèrent les intentions du souverain, qui non-seulement restitua quatre villes importantes, mais encore donna au saint- siège les patrimoines de Sabine, de Narni, d'Ossimo, d'Ancône, et plusieurs autres; il confirma la paix pour vingt ans avec le duché de Rome, et rendit tous les captifs. Dans la journée suivante, le pontife consacra un évêque dans l'église de Saint-Valentin ; et après la cérémonie il invita Luitprand au repas du soir. Les tables furent couvertes de mets recherchés, de ]ioissons des deux mers, d'animaux rares et précieux, de fruits d'Europe et d'Asie; enfin les historiens racontèrent que le saint-père surpassa dans ce repas les festins somptueux de Vitellius et de Lucullus.
Zacharie retourna ensuite à Rome, assembla le peuple et ordonna des prières publiques pour rendre grâces à Dieu du succès de ses trahisons; et pendant plusieurs jours le clergé et les citoyens se rendirent processionnellement de l'ancien Panthéon à la basilique de Saint-Pierre, en faisant retentir les rues de chants d'allégresse en l'honneur du Christ et de son infâme vicaire.
Nous entrons maintenant dans l'époque la plus remarquable de la grandeur papale ; et l'histoire nous montrera les évoques de Rome abandonnant les principes de l'Evangile, foulant aux pieds les préceptes et la morale de Jésus -Christ, se plongeant dans tous les excès de la dépravation, arrachant le diadème du front des rois, écrasant enfin les malheureux peuples sous leur exécrable tyrannie.
En Itahe, l'Eglise était triomphante ; en Orient, la querelle entre les iconoclastes et les iconolàtres continuait de troubler l'empùre. Constantin Copronyme, qui, selon les auteurs chrétiens, était un monstre né de l'accouplement de deux bêtes féroces, ne sortait du laboratoire de ses magiciens ou de la tour de ses astrologues que pour ordonner des persécutions contre ses sujets, qui rendaient des honneurs aux peintures ou aux statues. Ce tyran, qui n'était ni chrétien, ni juif, ni païen, toujours suivant les écrivains catholiques, n'avait foi qu'aux prestiges de la sorcellerie, et passait ses jours entiers à consulter les entrailles des victimes et à évoquer les mânes de ses ancêtres..
En Germanie, le missionnaire Boniface, malgré son grand âge, continuait à faire de nombreuses conversions. Après la mort de Grégoire, le saint archevêque avait écrit au pontife pour renouveler son serment d'obédience et la promesse qu'il avait faite au saint siège de consacrer les derniers jours de sa vie à lui soumettre les nombreux prosélytes de la Germanie. Il instruisait Zacharie de la création de plusieurs évêchés, et le priait de confirmer ces établissements et de l'autoriser à convoquer en synode son nouveau clergé. « Apprenez, saint-père, ajoutaitil, que le duc des Français Carloman m'a prié d'assembler un concile dans la partie du royaume qui est sous sa puissance, et m'a promis de travailler au rétablissement de la disciphne ecclésiastique. Ce. prince juge qne, pour réformer les mœurs du clergé gaulois, il est nécessaire d'ordonner de fréquentes réunions de ses -chefs et des seigneurs ; car depuis quatrevingts ans les Franks n'ont pas tenu de conciles, ni
nommé de métropolitains. Les sièges épiscopaux sont abandonnés à des laïques avares, à des clercs débauchés, ou à des fermiers publics, comme des biens profanes. Néanmoins , avant d'entreprendre cette réforme, je désire avoir vos instructions et connaître les canons qui règlent l'administration des biens de l'Eglise et les mœurs des ecclésiastiques. »
Zacharie, dans sa réponse, approuve l'établissement des nouveaux évêchés et autorise la tenue d'un synode en France. Il recommande à Boniface d'interdire les fonctions sacerdotales aux évêques, aux prêtres et aux diacres qui auraient épousé plusieurs femmes, ou qui seraient tombés dans le péché de la chair avec des vierges consacrées à Dieu.
Par ordre de Carloman , le concile se réunit en Germanie le 21 avril 742; et toutes les décisions furent soumises à l'approbation du pontife romain Zacharie répondit par une lettre synodade adressée aux évêques français, pour les glorifier des mesures énergiques qu'ils avaient prises, en chassant de leurs sièges les prélats schismatiques, concubinaires, sodomites et meurtriers. « Quelles victoires, ajoute le pape, un peuple peut-il espérer, lorsque le Dieu des armées est imploré par des prêtres sacrilèges, dont les mains impures, après avoir été souillées dans la luxure et dans la débauche, profanent le coi-ps divin de Jésus-Christ? Et comment ces mêmes hommes osent-ils se présenter comme les ministres d'un Dieu de paix, lorsqu'ils portent sur leurs vêtements les traces sanglantes des fidèles qu'ils ont égorgés !
'.' Mais si vous avez des prêtres purs, exempts de crimes; et surtout si vous obéissez à Boniface, qui vous instruit en notre nom, toutes les nations infidèles tomberont sous vos glaives. »
Quelques années après, l'apôtre anglais écrivit de nouveau à Zacharie pour le consulter sur des faits fort singuliers. Nous donnons fidèlement la traduction de cette lettre, cpii reproduit les mœurs de l'époque : « Grégoire III nous avait autorisé à désigner pour notre successeur un prêtre que nous lui avions présenté; mais depuis la mort de votre glorieux prédécesseur, le frère de ce prêtre, à la suite d'une orgie, a tué l'oncle du duc des Français; et selon la loi des Franks, la vengeance est permise à tous les parents du mort sur le meurtrier comme sur les membres de sa famille. Ainsi celui que nous avions désigné pour nous succéder étant forcé de s'enfuir, quel parti dois-je prendre, très-saint père.
« Je soumets une nouvelle difficulté à votre décision : un homme d'une naissance illustre s'est présenté à nous, affirmant avec serment qu'il avait acheté de Grégoire III l'autorisation d'épouser sa parente au troisième degré, quoiqu'elle eût fait vœu de chasteté. Il nous a demandé la bénédiction nuptiale sous prétexte que sa conscience n'était pas tranquille, et il offre de nous payer une permission de mariage. Dans son pays, l'union qu'il a contractée passe pour un inceste abominable aux yeux du peuple grossier; aussi j'attribue son retour à la pénitence à la crainte d'une réprobation générale.
tt Quelques prélats se sont plaints également de l'avarice de la cour de Rome ; ils prétendent que dans la ville sainte toutes les charges sont à l'encan ; et malgré leur désir d'obtenir le paUium, ils déclarent