‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 84 sur 125 · ZACHARIE · texte numérisé non relu

ZACHARIE

qu'ils n'ont point osé le demander parce qu'ils n'étaient pas assez riches pour le payer. Nous avons repoussé ces calomnies et condamné leur erreur ; et pour mieux les convaincre, nous vous prions d'accorder cette marque de dignité à notre frère Grimm, métropolitain de Rouen. »

Zacharie répondit à l'archevêque Boniface : «Nous ne permettrons pas , mon frère , que de votre vivant on éhse un évoque à votre place, ce qui serait une infraction aux canons. Priez Dieu pendant votre vie qu'il vous donne un digne successeur, et à l'heure de la mort vous pourrez le désigner en présence de tout le peuple, afin qu'il vienne à nous pour être ordonné. Nous accordons cette faveur à vous seul, pour récompenser le zèle que vous avez constamment manifesté pour le saint-siége.

« Vous nous avez soumis un cas d'union qu'on ne pourrait approuver sans violer les canons ; cependant, j'avoue à la honte de notre siège que nos prédécesseurs ont vendu de semblables permissions pour remplir l'épargne de Saint-Pierre , lorsqu'elle était épuisée par les guerres ou par les prodigalités des pontifes. Mais vous avez agi prudemment en repoussant l'accusation de simonie que des prêtres coupables portaient contre nons, et en disant anathème à ceux qui vendraient les dons du Saint-Esprit. »

A cette époque, le siège de Trêves était le plus ancien de l'Allemagne et le. plus considérable en étendue; aussi on l'avait nommé la seconde Rome.

Zacharie, jaloux de Timportance de cette Edise, et sous prétexte de récompenser le saint évêque Boniface, en détacha les villes de Mayence, de Cologne, de Liège, d'L'trecht, de Strasbourg, de Worms et de Spire, pour en former un archevêché dont il ètalilit le siège à Mayence. Par ce démembrement, la plus grande métropole de l'Allemagne en devint la plus petite pour la juridiction spirituelle.

Boniface prit aussitôt possession de son siège ; mais il "trouva le clergé de ces contrées plongé dans une ignorance si profonde, que les prêtres ne savaient pas môme le latin ; l'un deux appelé devant l'évèquo pour baptiser un enfant, se servit de cette formule : «Baptizo te in nomine Patria et Filia et Spiritua Sancta. » Le prélat, scandalisé de l'état d'abjection de ses nouveaux prêtres, écrivit au saint-père pour lui demander si l'on devait administrer un second baptême lorsque le premier paraissait irréguHer. Zacharie lui répondit : «Nous ne devons pas baptiser une seconde fois ceux qui ont déjà reçu l'eau sainte du baptême ; car une simple ignorance de la langue n'introduit pas une erreur religieuse dans les paroles ; il suffit pour rendre le sacrement régulier qu'il soit administré au nom de la Trinité sainte. Cependant, afin d'éviter le scandale que donne un clergé aussi grossier, vous assemblerez un concile qui décidera quelles sont les mesures à prendre pour ramener la discipline et la science dans votre Église. »

Le synode ayant été assemblé, Boniface s'empressa

d'en adresser les actes au pontife, et il l'instruisit en ces termes des dérèglements des prêtres de la Gaule : « Depuis trente ans je suis au service du saint-siége, et jamais je n'ai manqué de lui soumettre ce qui m'arrive d'agréable ou de fâcheux, afin d'être soutenu par ses conseils. Aussi je dois vous apprendre les persécutions dont j'ai été victime en présidant le concile des Franks, comme vous me l'aviez ordonné.

« Les faux évèques, les prêtres infâmes et sodomites, les clercs impudiques et assassins, abondent dans ce pays. L'un deux, le prélat Adalbert, prétend qu'un ange est venu de l'extrémité de la terre lui apporter des reliques merveilleuses en vertu desquelles il peut obtenir de Dieu tout ce qu'il lui demande; il ose affirmer avec d'exécrables serments qu'il reçoit souvent des lettres de Jésus-Christ; et par cette fourbeiie sacrilège, il a capté là confiance des familles, il a séduit des femmes et des filles, il a trompé les esprits crédules, et s'est fait donner des sommes d'argent qui auraient dû revenir aux évêques légitimes.

« Non-seulement Adalbert se déclare saint et prophète, mais encore dans son orgueil il a osé s'égaler aux apôtres et consacrer des églises en son honneur. Il a élevé des croix et des oratoires dans les champs, près des fontaines, dans les bois et sur les rochers, pour faire abandonner les anciennes basiliques, et détourner à son profit les offrandes des simples. Il vend aux fidèles ses ongles et ses cheveux comme de précieuses reliques qu'ils doivent adorer; et il blasphème notre sainte religion en méprisant le sacrement de la confession. Il dit aux hommes qui viennent se prosterner à ses pieds pour avouer leurs fautes : « Je connais vos péchés, il est inutile de les (I confesser ; vos plus secrètes pensées me sont révé- « lées; relevez-vous, allez en paix dans vos demeures; «je vous donne l'absolution. »

« Un autre prêtre hérétique, appelé Clément, rejette l'autorité des, canons, des conciles, des traités et des décisions des Pères; il appelle imposteurs saint Jérôme, saint Augustin, saint Grégoire ; il repousse leurs dogmes comme étant des erreurs grossières capables de corrompre les hommes , et opposées au véritable esprit de la morale de Jésus- Christ. Clément soutient qu'aucune puissance n'a le droit de le déposer de l'épiscopat , quoiqu'il vive en concubinage, ayant deux fils adultérins, et quoiqu'il ait souffert la circoncision ; enfin ce prêtre indigne introduit le judaïsme dans l'EgHse et permet aux fidèles d'épouser la fille d'un frère ou d'une sœur ; il enseigne que le Sauveur en descendant aux enfers a délivré tous les damnés qui s'y trouvaient, même les infidèles et les idolâtres, et cpi'au jugement dernier il en retirera tous ceux qui auront reçu l'Eucharistie, parce que, ajoute-t-il, le Christ ne peut pas laisser brûler éternellement dans la géhenne les âmes qu'il a rachetées au prix de son sang.

c Nous ne saurions tolérer par notre silence de tels scandales, et nous vous supplions, très-saint père, d' écrire au duc Carloman, pour que ces deux hérétiques soient mis en prison, appliqués aux tortures, et que personne ne leur parle et ne communique avec eux. »

Aussitôt que Zacharie eut reçu la lettre de l'archevêque Boniface, il s'empressa de convoquer un concile à Rome. Les faux prélats Adalbert et Clément furent excommuniés, et les actes du synode furent adressés au primat des Gaules. « Nous vous exhortons, mon frère, écrivait le pontife, à supporter avec courage les persécutions des mauvais prêtres et à persévérer dans votre conduite.

« Rome elle-même n'a-t-elle pas été remplie de scandales par son clergé? La chaire de saint Pierre n'a-t-elle pas été souillée par des pontifes coupables d'adultères, d'incestes, de sodomie, de meurtres et d'empoisonnements? Mais Dieu dans sa bonté, a daigné enfin nous accorder !a paix et nous consoler.

« Ordonnez des jeûnes et des processions, et nous joindrons nos prières aux vôtres, tout indigne que nous sommes, afin d'appeler sur vous la clémence de Jésus-Christ. Cependant, tout en mettant votre confiance en Dieu, n'abandonnez pas les secours de la puissance temporelle pour ramener les hérétiques et pour les persécuter s'ils repoussent la vérité.

« Nous approuvons toutes les décisions de votre concile ; nous déposons et anathématisons Adalbert et Clément. Suivant votre désir, nous avons écrit au duc Carloman, le priant de punir ces ecclésiastiques indignes, pour l'édification des Églises qui sont administrées par des évêques et des prêtres imposteurs.

«Nous savons que des hommes infâmes, des esclaves vagabonds, coupables d'homicides, de vols, d'adultères et d'autres crimes abominables, se transforment en ministres de Jésus-Christ , vivent sans reconnaître l'autorité de notre siège, et s'emparent des Eglises. Partout où vous trouverez ces suppôts de Satan, privez-les du sacerdoce et soumettez-les à la règle monastique, afin qu'ils terminent leur vie scandaleuse dans une sincère pénitence.

« Proscrivez surtout le philosophe Virgile, ce prêtre écossais qui ose soutenir qu'il existe un autre monde et d'autres hommes sur la terre , d'autres soleils et d'autres lunes dans les cieux ; qui affirme que pour être chrétien il suffit de suivre la morale de l'Évangile et de pratiquer les préceptes du Sauveur, sans avoir même reçu le baptême. Qu'il soit chassé de l'Eglise, dépouillé du sacerdoce et plongé dans les plus noirs cachots ; faites-lui subir enfin toutes les tortures inventées par les hommes; car on ne trouvera jamais une punition assez terrible pour châtier un infâme dont la doctrine sacrilège détruit la sainteté de notre religion. Nous avons déjà demandé au duc de Bavière de nous livrer cet apostat, pour le juger solennellement et le punir suivant la rigueur des canons; le prince ayant repoussé notre demande, nous avons écrit au prêtre une lettre menaçante pour lui défendre d'élever sa voix abominable en présence des fidèles dans la demeure de Dieu. »

Virgile fut en effet persécuté cruellement par les esclaves du saint-siége, qui appelaient une sacriléu'e idolâtrie la théorie du savant Écossais sur la terre, qu'il soutenait être ronde et habitée sur toute sa surface. Huit siècles plus tard, la doctrine des antipodes enseignée par ce prêtre philosophe fécondera le génie de Christophe Colomb, et ajoutera un continent nouveau à Tancien monde.

Mais Rome, dans son ignorance, ne pouvait sup-

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