ZACHARIE
poser qu'il y eût une autre science que celle de h religion ; qu'il existât d'autres mondes que ceux autorisés par les canons, approuvés par les Pères et prêches par les apôtres. Les souverains, plus ignorants encore que les ecclésiastiques, ne reconnaissaient d'autres vérités que celles enseignées par l'Église ; se soumettaient aveuglément aux décisions des pontifes, les consultaient dans leurs entreprises, et quelquefois même abandonnaient leurs couronnes pour siéger dans les conseils des papes, la crosse en main, la tête ornée d'une mitre ou les épaules couvertes d'un froc.
Ainsi le roi des Lombards, Ratchis, préféra aux grandeurs du trône une simple cellule au monastère du Mont-Cassin; le frère de Pépin, Garloman, renonça également au monde, vint en pèlerinage à la
ipres
avoir enrichi l'i
de Saint-
Pierre, il reçut des mains du pontife le froc de saint Benoît et s'enferma dans un couvent. Ce grand prince servait à la cuisine, prenait soin des étables et travaillait au jardin , afin d'humilier son orgueil , et pour sauver son âme des flammes de l'enfer. On lui doit la fondation de la fameuse abbaye de Fuldes, dont Boniface nous fait la description dans une lettre adressée au pontife : « Dans une vaste forêt, au milieu d'un site sauvage, nous avons élevé un monastère et nous y avons envoyé des religieux qui vivent selon la règle de saint Benoît, dans une sévère abstinence, se privant de chair, de vin et de bière ; ils sont sans serviteurs et toujours occupés de travaux manuels. Cette retraite a été fondée par nous avec les secours des âmes pieuses, et surtout avec l'aide du frère Carloman, jadis prince des Pranks. Nous nous proposons, sauf votre approbation, d'aller reposer notre vieillesse dans cette sainte demeure pour attendre l'heure de notre mort. »
Pépin, devenu maître absolu en France après la retraite de son fri're, s'occupa de mettre Rome dans ses intérêts ; le pi être Ardobane, porteur d'une autorisation des évèques, des abbés et des seigneurs de la Gaule, vint consulter le pape sur plusieurs points de discipline ecclésiastique qui se rapportaient à trois chefs principaux : l'ordre épiscopal. la pénitence des homicides et les unions illicites. L'ambas sadeur devait en même temps informer sa Sainteté que Mayence avait été choisie pour la mitiopole du royaume. Dans ses instructions secrètes, le maire du palais avait chargé Ardobane d'offrir de riclies présents au saint-père et de s'assurer des intentions de la cour de Rome à son sujet, pour le moment où il usurperait la couronne de France. Le pontife reçut le député des Français en audience solennelle ; il répondit aux lettres des prélats et des seigneurs en les engageant tous à faire leur devoir, les séculiers en combattant contre les infidèles, et les ecclésiastiques en les assistant de leurs prières et de leurs conseils. Ensuite il adressa des lettres particulières à Pépin pour encourager les projets de cetambitieux, l'autorisant au nom de la rehgion à déposer sans retard Chilpéric III et à s'emparer de la couronne. Le maire du palais, siîr de lappui du clergé, déclara la déchéance du faible monarque, le fit raser avec son fils Thierry, et les enferma, l'un au monastère de Sithien, et l'autre dans un couvent de Normandie.
Zacharie avait bien prévu que sa politique garantissait au saint-siége la protection d'une dynastie naissante, et qu'en échange de la sanction qu'il donnait à une usurpation, le nouveau prince l'aiderait à abaisser les Lombards et à s'affranchir entièrement de la domination des empereurs. En effet, les souverains de Constantinople furent bientôt réduits à implorer l'appui des papes ; et Constantin Copronyme, qui avait été chassé du trône par l'usurpateur Artabase, ne parvint à ressaisir la couronne que par les secours du saint-siége. Ce prince, dans sa reconnaissance, abandonna au pape plusieurs domaines de l'empire. L'exarque Eutychius, Jean, métropolitain de Ravenne, et les peuples de la Pentapole et de la province d'Emilie, réclamèrent à leur tour la protection puissante de Zacharie, afin d'arrêter les armes victorieuses des Lombards.
Sous prétexte de pouvoir mieux apprécier le sujet de leurs plaintes, le pontife se rendit à Ravenne, accompagné d'une cour nombreuse. A son arrivée, les citoyens et le clergé sortirent de la ville pour le recevoir, en criant : « Béni soit le pasteur qui a laissé son troupeau pour venir nous délivrer, nous qui allions périr! » Quelques jours après, Zacharie envoya des ambassadeurs afin de prévenir le prince lombard de son arrivée dans ses États. Luitprand envoya à sa rencontre une escorte composée des seigneurs de sa cour pour recevoir le saint-père avec tous les honneurs dus à sa dignité et à son rang.
Dans cette entrevue avec le roi, sa Sainteté réclama l'exécution des traités, la retraite des troupes qui occupaient la province de Ravenne, la restitution au saint-siége des villes dont ses généraux s'étaient emparés, et particulièrement la reddition de Gésène. Le monarque, craignant de s'attirer l'inimitié de Zaciiarie, accéda à ses prières, consentit à restituer la ville de Ravenne, les deux tiers du territoire de Césène, et ne garda pour la sûreté de ses troupes qu'une place fortifiée, qu'il promit même de rendre à l'exarque après le retour de ses ambassadeurs, qui étaient à Constantinople pour traiter de la paix avec l'empereur.
Après avoir élevé la chaire pontificale au plus haut degré de puissance pendant un règne de onze années, Zacharie mourut au mois de mara de l'an 752; il fut enterré dans la basilique de Saint-Pierre.
Le palais patriarchal de Latran fut presque entiè rement reconstruit par ce pontife; il l'agrandit de plusieurs salles immenses pavées en marbre, enrichies de peintures et de mosaïques. Les légendes racontent qu'en creusant les fondations de cet admirable édifice, les ouvriers trouvèrent une tète hu= maine enfoncée très-profondément dans la terre, et admirablement conservée; qu'elle fut portée au pape, qui affirma que c'était le chef du bienheureux saint Georges. Par ses ordres la précieuse relique fut déposée dans une châsse magnifique, sur laquelle on grava une inscription grecque; le peuple crédule, le clergé hypocrite, et les seigneurs de Rome, la portèrent ensuite processionnellement à la diaconio de Saint-Georges au Voile d'or, ou depuis elle accompUtde nombreux miracles !!!... Nouvelle source de revenus pour le clergé, qui a toujours battu monnaie pt spéculé sur la crédulité humaine I
Élection du ponlife. — Il meurt frappé d'uno apoplexie foufiroyanle après trois jours de règne et sans avoir été consacrj.
Après la mort du pape Zacliarie, les Romains élurent pour occuper le saint-siége un piètre nommé Etienne, qui prit aussitôt possession dujialais patriarcal de Latran.
Le surlendemain, à son réveil, au moment où le nouveau pape sortait de son lit pour donner quelques ordres, il perdit tout à coup la voix et la con naissance, et tomba raide mort 'aux pieds de ses diacres.
Plusieurs historiens refusent de compterÉtienne II au nombre des pontifes, parce qu'il n'avait pas été consacré ; mais Onuphre, Panvini, le cardinal Baronius et le Père Pétau, ont suivi une méthode différente, pensant que la consécration n'ajoute rien à la dignité d'un prêtre canoniquement élu, et qu'il est réellement pape dès que sa nomination a été faite par le peuple, par le clergé et par les seigneurs. Nous nous conformons à leur décision.
Telle était en effet la doctrine et l'usage de l'Église dans les premiers siècles. Le droit d'élection pour les ministres de la religion du Christ paraissait d'une importance si absolue, que les sous-diacres, les diacres, les prêtres et les évêques étaient tous nommés sans exception par l'assemblée des fidèles. Saint Cyprien augmente encore la latitude de ce pouvoir. « Non-seulement, dit-il, les fidèles ont de droit divin la faculté de choisir les ministre de l'É-
I glise, mais encore ils peuvent régulièrement déposer ceux qui se montreraient indignes de leur ministère après avoir été consacrés; ils y sont même obligés en conscience, car ceux qui toléreraient un ecclésias tique prévaricateur se rendraient coupables envers Dieu. » Le pape saint Léon lui-même soutient que l'élection seule confère la dignité d'évêque; il ajoute que les fidèles d'une même cité doivent tous concourir à la nomination de leur pasteur. Il reconnaît formellement le droit d'élection à tous les chrétiens; il veut que chacun l'exerce et le défende, et il lance l'anathème sur ceux qui essayeraient d'enlever ce privilège au peuple pour s'arroger la nomination aux différentes dignités de l'Eglise. Combien nous sommes éloignés, aujourd'ui, de ces règles d'élection populaire pour le clergé !
De ces considérations il ressort évidemment que la consécration des évêques alors n'était pas regardée comme indispens'able pour posséder la dignité épiscopale, et qu'il leur suffisait d'avoir obtenu régulièrement le suffrage des chrétiens d'un diocèse pour en être canoniquement le pasteur. Ainsi Etienne H, malgré la brièveté de son apparition sur le trône de saint Pierre, quoiqu'il n'ait pas été ordonné prélat, n'en a pas moins été réellement pape et comme tel, il doit occuper son rang dans la série chronologique des successeurs de l'Apôtre.
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Élection d'Eiienne III. — Sa naiss:ince et son éducatian. - Il envoie des légats au prince Astolphe. — Le roi des Lombards s'empare de Ravenne et met fin à la puissance des exarques en Italie. — A'tolphe fait la guerre aux Homains. — Ambassade du roi des Lombards à Constanlinople.— Concile des iconoclastes. — Dtcisions contre les images. — Les Romains sont réduits aux dernières extrémités. —Etienne demande du secours aux Français. — Pépin protège le pape. — Entrée du pontife en France — Son entrevue avec Pé|iin. — La guerre d'Italie est décidée dans l'assemblée des seigneurs français. — Pépin fait une donation nu saint-siége de pliisipurs villes et terriloires dont il s'engage à faire la conquête sur les Lombards. — Intrigues et machinations du pape. — Eti^niie se venge du moine Carloman, frère de Pépin, en persuadant à ce prince de le renfermer dans un cloîire ainsi que ses enfants. — Le pontife tombe malade. — Sa guérison miraculeuse. — Il consacre l'usurpateur Pépin et ses deux fils. — Guerre d'Italie. — Paix avec les Lombards. — Aslolphe recommence la guerre. — Le pape implore de n uveau le secours de Pépin. — Fourlieries du pontife. — Il adresse au monarque français des lettres écrites par saint Pierre, par la Vierge et par les sauts. — Pépin, dupe de celle jonglerie, rentre en Italie à la tête d'une armée. — Le pape est mis en po.îsession de l'exarchat de Ravenne.- Origine de la puissance temporelle des papes. — Didier roi des Lombards. — Mort d'Étienne 111.
Après la mort d'Étienne II, le peuple, les grands et le clergé s'assemblèrent dans la basilique de Sainte-Marie Majeure, et proclamèrent un pontife qui fut intronisé sous le nom d'Étienne III. Il était Romain d'origine, et orphelin depuis ses plus jeunes années. Les papes ses prédécesseurs avaient pris soin de son enfance, et l'avaient fait élever dans le palais de Latran; ensuite ils l'avaient fait passer par tous les ordres ecclésiastiques jusiju'au diaconat.
Dans ses différentes fonctions Etienne avait conslamment employé son crédit pour soulager les souffrances des pauvres ; aussiles Romains lui portaientils une si grande vénération, que le jour de son élection, des hommes du peuple relevèrent sur leurs épaules, et le portèrent en triomphe dans l'église de Saint-Pierre. Quelques auteurs rapportent que cette cérémonie était autorisée par une ancienne coutume; mais Polydore Virgile assure que ce fut le jireinier exemple d'une intronisation aussi contraire à l'hu • milité apostolique, aux coutumes du clergé, et hlAme sévèrement Etienne de l'avoir donné.
Etienne est également le premier yoi^tife qui ait
I scellé ses lettres avec du plomb, au lieu de la cire que les évoques de Rome employaient autrefois pour cet usage.
j Trois mois après son intronisation, le saint-père
' envoya des légats au roi des Lombards pour lui of-
[ frir de riches présents en échange d'un traité de paix entre ses peuples et le saint-siége. Astolphe prit d'abord les offrandes, et jura une trêve tle quatre ans; ensuite, s'apercevant que le petit nombre di's troupes grecques qui défendaient l'Italie lui présentait une occasion favorable d'enlever fe.xarchat à l'empire, il rompit la paix et marcha sur Ravenne.
j Eutycliius, qui commandait au nom de l'empereur.
' se défendit avec courage pendant plusieurs mois;
j enfin, accablé par le nombre de ses ennemis, il abandonna sa capitale, et s'enfuit à Gonstantinopli-.
j Ravenne succomba sous les armes des Lombards, cl sa ruine enlraina la chute des exarques, qui avaient
I régné environ cent quatre-vingts ans en qualité de
' vicaires impériaux.
.\stolphe, enorgueilli de sou premier succès, n
: solut de s'emparer de 1 Italie entière ; el sous pre-
texte que la possession de Ravenne lui conférait conséqueminent l'usaiiB des droits donnés par l'empire à ce gouvernement, il revendiqua la souveraineté de Rome, et menaça d'en entreprendre le siège pour la faire rentrer sous son autorité. Le pape envoya aussitôt les abbés de Saint- Vincem de Vulturne et de Saint-Benoît du Mont-Cassin, pour réclamer l'exécution des traités et la conservation de la paix. Mais Astolplie, plein de mépris pour ces ambassadeurs en froc, ne voulut pas même écouter leurs propositions ; il leur ordonna de rentrer dans leurs monastères, avec défense de retourneràRome pour rendre compte de leur ambassade.
Cependant la guerre fut un moment suspendue par la conversion d'.Anselme, beau-frère d'Astolphe, qui embrassa la vie religieuse, et obtint du roi, pour lui et pour ses moines, la terre de Nonantule, à deux lieux de Modène. Une abbaye et une église furent élevées par les soins du princeen l'honneur des apôtres; Sergius, métropolitain de Ravenne, en fit la dédicace dans une cérémonie imposante, et Astolplie confirma la fondation qa'il avait faite précédemment par une charte oi!i il oblige seulement les moines à lui fournir quarante brochets au grand Carême, et un nombre égal pour l'Avcnt. Ensuite il accompagna à Rome son beau-frère, et offrit cette donation au clergé en plaçant, selon l'usage, l'acte sur la Confession de saint Pierre.
Déjà les princes connaissaient la subtile distinction du saint-siége entre César et l'Église, puisque dans le même temps oii le monarque se préparait à faire une guerre terrible à Etienne III, il montrait, comme chrétien, une soumission absolue au prince des apôtres, et assistait an concile convoqué par le pape pour revêtir Anselme de l'habit monastique et lui donner le bâton pastoral.
Quelques jours après cette cérémonie, Jean, silentiaire de l'empereur, arriva dans la ville sainte, apportant des lettres pour le pontife et pour le roi des Lombards. Constantin pressait vivement le prince de lui rendre les forteresses et les places qu'il avait injustement eidevées à l'empire, au mépris des traités, et lui demandait les conditions qu'il voulait proposer, afin d'éviter le renouvellement des hostilités et une guerre qui devait être funeste aux deux peuples.
Astolphe désirant gagner du temps, afin de poursuivre ses conquêtes et consolider sa domination en Italie, refusa de donner une réponse décisive au si- Icntiaire ; il nomma un ambassadeur chargé d'accompagner Jean à la cour de Gonstantinople, pour traiter de la paix avec Constantin lui-même.
Etienne envoya également plusieurs députés à l'empereur, sous prétexte de lui faire porter ses lettres, mais en réalité afin d'engager le prince à descendre en Italie avec une armée pour délivrer Rome des Lombards. Constantin, occupé en Orient dans sa guerre contre les Arabes, et divisé d'ailleurs d'opinions avec le saint-père, au sujet du culte des images, méprisa les prières qui lui étaient adressées, abandonna Rome au roi Astolphe, et convoqua un concile œcuménique dans sa ville de Constantinople pour faire condamner l'adoration des images.
Trois cent trente-huit évêques assistèrent à cette assemblée: après un assez long préambule, les Pères
firent la déclaration suivante : « Jésus-Christ avait délivré les hommes de l'idolâtrie, et leur avait enseigné l'adoration en esprit et en vérité; mais le démon, jaloux de la puissance de l'Eglise, cherche maintenant à ramener le culte des idoles sous l'apparence du christianisme, en persuadant aux fidèles qu'ils doivent se prosterner devant les créatures. Aussi, pour combattre le prince des ténèbres, nous ordonnons aux prêtres de rejeter des temples toutes les images qui les souillent, et de détruire celles qui sont exposées à l'a'Joration dans les basiliques ou dans les demeures particulières; sous peine, pour les évêques, les prêtres e les diacres, de déposition; pour les moines et les laïques, d'anathème, et sans préjudice des peines corporelles infligées aux coupables par les lois impériales. «
Lorsque le synode fut terminé, Constantin se rendit en grande pompe sur la place publique, et lit publier les décrets de l'assemblée des évêques. Aussitôt les prêtres iconoclastes se précipitèrent dans les éghses; et sous prétexte de détruire les images et d'anéantir les ornements idolâtres, ils s'emparèrent des croix enrichies de pierreries, des vases sacrés, des riches vêtements, des voiles précieux, des châsses, des reHquaires, des statues, et des meubles d'or et d'argent destinés au service divin.
Le roi des Lombards voyant l'empereur trop occupé dans ses États des querelles religieuses pour songer à l'arrêter dans ses projets de conquête, entra sur le territoire de Rome, et malgré les supplications du pape, il fit sommer les habitants de le reconnaître comme souverain, s'ils ne voulaient pas être passés au fil de Fépee.
Etienne III ne pouvant opposer aux Lombards que des légions peu aguerries, se tint renfermé dans la vUle, exhortant le peuple à implorer la miséricorde de Dieu; il faisait porter en procession les ^elique^^ des apôtres, et lui-même, marchand nu-pieds, la tête couverte de cendres, portait sur ses épaules une image de Jésus- Christ, que les prêtres disaient avoir été envoyée par Dieu au saint-siége. Un évêque ouvrait la procession en agitant dans les airs la grande croix d'or, à laquelle on avait attaché d'un côté le traité de paix signé par le roi des Lombards, et de l'autre une bulle d'excommunication rendue contre le prince sacrilège.
Âlalgré la confiance que le pontife montrait dans le ciel, il comptait davantage sur l'efficacité des armées terrestres pour arrêter les troupes d'Astolphe; aussi n'espérant plus de secours du côté de l'empereur, résolut-il de s'adresser au roi Pépin pour lui faire connaître la désolation de son Église. Etienne écrivit en même temps à tous les ducs de France, et les supplia de venir au secours de saint Pierre, qu'il appelait leur protecteur, promettant au ; nom de l'apôtre la remise de tous les péchés qu'ils I avaient commis ou qu'ils pourraient commettre dans ' l'avenir, et leur garantissant un bonheur inaltérable
on ce monde et la vie éternelle dans l'autre. I Droctégand, premier abbé de Gorze, chef de son ambassade, quittait à peine les terres de l'Italie, lorsque le silentiaire Jean revint de Constantinople avec les légats. Constantin ordonnait au saint-père de se rendre à la cour d'Astolplie. afin d'obtenir la
ETIENNE III
remise de Raveune et des villes qui dépendaient de l'exarchat. Le pape était convaincu à l'avance de l'inutilité de cette négociation; il consentit néanmoins à l'entreprendre, dans le but de se rapprocher de la France et d'aller lui-même solliciter l'appui de Pépin. Il .envoya aussitôt des ambassadeurs à la cour de Pavie pour demander un sauf-conduit, que le roi lombard s'empressa de lui accoi-der, en lui garantissant en outre qu'il recevrait tous les honneurs dus à son rang, lui et ses compagnons.
Etienne sortit de Rome le 14 octobre 754, accompagné des ambassadeurs français, qui étaient revenus avec Droctégand dans l'intervalle des négociations. A son arrivée sur les terres de Pavie , Aslolplie le fit prévenir qu'il était inutile qu'il se présentât devant lui s'il voulait l'entretenir de la restitution de l'exarchat de Ravenne et des autres places de l'empire que lui ou ses prédécesseurs avaient conquises. Le pontife répondit qu'aucune crainte ne l'erapècherait d'accomplir la mission dont son prince l'avait chargé, et il poursuivit sa marche vers la capitale des Loml)ards.
Le lendemain, jour fixé pour la conférence, Etienne fut admis en présence du roi; il se prosterna à ses pieds et lui offrit de riclicsiin'suiils, le suppliant, au nom de Constantin, dr ir-iiinn' les provinces dont il s'était emparé; Asliil|ihc iieisi^ta dans son premier refus, et le silentiaire Jean, malgré ses promesses et ses menaces, ne put ébranler la résolution du chef lombard. Alors les ambassadeurs français lui déclarèrent, au nom de Pépin leur maître, qu'ils avaient ordre de conduire le pape dans les Gaules. Le roi comprit aussitôt les intentions perfides d'Êtienne ; mais il n'osa pas le faire arrêter, et fut contraint de subir les volontés des envoyés de la cour de France.
Après avoir franchi les Alpes; le pontife arriva au monastère de Saint-^Iaurice en Valais, oij des seigneurs français l'attendaient pour le conduire à Ponthion, château fort situé près de Langres , l'une des résidences de la famille royale. Charles, fils aîné de Pépin, était venu au-devant du saint-père à plus de cinquante lieues. Le roi, la reine et les jeunes prin ces le reçurent à une lieue de Ponthion. Anastase rapporte que le monarque français eut la lâcheté de marcher à pied, la tête découverte pendant deux heures, et tenant la bride du cheval d'Etienne !
Le jour suivant, les Romains vinrent rendre leurs respects au roi, et prièrent Dieu de le conserver à ses peuples; le lendemain ils lui offrirent de riches présents ainsi qu'aux seigneurs de sa cour; mais le troisième jour, les chants d'allégresse firent place aux lamentations ; Etienne parut avec tout son clergé, la tête couverte de cendres et vêtu d'un silice; tous se prosternèrent aux pieds du monarque, le conjurant, avec des cris lamentables, par la miséricorde de Dieu et par les mérites de saint Pierre et de saint Paul, de les délivrer de la domination des Lombards. Le saint-père demeura prosterné la face contre terre jusqu'à ce que Pépin lui eût tendu la main, exigeant que le roi lui-même le relevât de terre, en signe de la délivrance qu'il lui promettait.
En effet, la ruse du pontife obtint une entière réussite; le souverain consentit à envoyer des am-
bassadeurs au prince Astolphe pour le prier, au nom des saints apôtres, de ne point exercer d'hostilités contre Rome. Mais cette ambassade n'ayant amené aucun résultat, Pépm se laissa entraîner par l' amourpropre dans une guerre terrible oîi devaient périr ses meilleurs soldats pour soutenir l'ambition d'un prêtre hypocrite. Le prince convoqua dans la ville de Carisiac ou Quiercy les seigneurs de son royaume, et en leur présence il décida qu'on porterait la guerre en Italie pour délivrer la sainte Église ; et il fit même d'avance une donation à Saint-Pierre de plusieurs villes et territoires qui étaient encore sous la domination des Lombards. L'acte en fut solennellement dressé, et Pépin le signa en son nom et au nom de ses deux fils Charles et Carloman.
Astolphe ayant appris les préparatifs de guerre que la France faisait contre lui, se hâta d'envoyer à cette cour le moine Carloman, irère de Pépin, afin de détruire par son influence les machinations d'Etienne III, et pour détourner les seigneurs de la Gaule de leur entreprise contre l'Italie. Mézeray affirme que le religieux présenta la cause des Lombards avec tant d'éloquence au parlement de Quiercy, qu'il fut ordonné que des envoyés se rendruient à Pavie pour proposer un traité de paix entre le pape et le roi.
Les ambassadeurs furent reçus avec de grands honneurs par Astolphe ; le prince consentit à ne point revendiquer la souveraineté de Rome; mais il refusa de restituer à l'empereur l'exarchat de Ravenne, prétendant que cette affaire ne regardait ni le saint -père ni le monarque français, et que Constantin devait reconquérir par ses armes les villes et les provinces que la lâcheté de ses généraux avait fait perdre à l'empire.
Etienne III soutint alors que Ravenne et ses dépendances n'appartenaient pas à celui qui les avait conquises; qu'elles revenaient de droit divin au saint-siége, comme étant la dépouille d'un prince hérétique. Carloman voulut représenter au saintpère combien ses prétentions étaient injustes, et quel scandale il donnait aux fidèles en revendiquant les dépouilles d'un damné. Alors Etienne, pour se débarrasser d'un adversaire aussi clairvoyant, s'occupa de le" rendre suspect au soupçonneux Pépin ; il accusa Carloman de nourrii' des pensées ambitieuses, et il détermina le monarque à l'enfermer dans le monastère devienne et à faire raser ses jeunes neveux. Maître du terrain, il obtint facilement du prince la promesse d'employer les armées françaises à conquérir pour son compte l'exarchat de Ravenne ; et l'assemblée de Quiercy ayant terminé ses délibérations, Etienne vint à Saint-Denis pour attendre le moment de son départ.
Pendant son séjour en France, le pontife tomba malade, soit de la fatigue du voyage, soit de la rigueur de la saison; et en peu de jours son mal devint tellement grave, que les gens de <a. maison désespérèrent de sa vie. Cependant le saint-siége ne devait pas "encore perdre un chef qui en comprenait si bien les intérêts. Les chroniques rapportent ainsi sa guérison miraculeuse : « Le pape, presque mourant, se fit porter dans l'église de Saint-Denis pour adresser ses dernières prières à Dieu. Aussitôt qu'il fut en
insTOIRF. l)]-;s PAPK
oraison, les apôtres Pierre et Paul et le bienheureux saint Denis lui apparurent devant l'autel. Denis tenait un encensoir dans la main droite et une palme de martyr dans la main £;auche; il était accompagné (l'un prêtre et d'un diacre. 11 s'avança vers Etienne, et lui dit : « La paix soit avec vous, mon frère; ne craignez point, vous retournerez heureusement à votre Eglise : levez-vous, et consacrez cet autel à Dieu et aux saints apôtres Pierre et Paul. « La vision disparut : alors le pontife se levant plein de force et de santé, célébra une messe d'actions de grâces. Le roi, la reine, les seigneurs, le clergé, les moines
et le peuple, furent émerveillés de ce miracle. Le lendemain, le pontife dédia par une cérémonie imposante l'oratoire de Saint-Denis en l'honneur de Jésus-Christ et des apùtres, et déposa sur l'autel son pallium, qui fut depuis conservé comme relique dans l'ablaye.
Etienne consacra ensuite dans une fête solennelle Pépin, ses deux fils Charles et Carloman et sa femme Bertrade ; après leur avoir imposé les mains, il déclara au nom de Dieu, qu'il était défendu aux Franks et à leurs descendants, sous peine d'anathème et de damnation éternelle, de choisir des rois d'une autre race. Le saint-père créa les deux jjrintes patriccs
ETIENNE III
Passage des Alpes pui- ve
des Romains afin de les cngatrcr à protéger la ville sainte. Le Ceinte assure que le baptême de Gliarles et de Garloman avait été ditl'éré jusqu'à cette époque pour que le pape fût. leur parrain ; en efi'et, dans plusieurs de s°s lettres, Etienne les appelle ses fils spirituels et leur adresse de plates flatteries.
La guerre d'Italie ayant été résolue dans le parlement, le roi de France fit des préparatifs immenses pour assurer le succès de ses armes. Il franchit les .Vlpes à la tête de troupes nombreuses, et contraignit Astolphe à donner satisfaction entière au pontife. Le traité se fit en présence des ambassadeurs do Constantin , qui étaient venus réclamer l'exarchat
pour leur maître; leurs réclamations furent inutiles, et RavRiine fut adjugé au saint-siége. La paix étant signée, Pépin se retira avec son armée, emmenant les otages des Lombards; quant à Etienne, il rentra triomphant à Rome, accompagné du prince Jérôme, frère du roi de France.
Mais Astolphe, à peine délivré des troupes ennemies, rompit les traités qui lui avaient été arrachés, s'empara de nouveau de l'exarchat et marcha sni' Rome. Le pape écrivit aussitôt au monarque français : « Je vous conjure par le Seigneur notre Dieu, par sa glorieuse mère, par les vertus célestes et par le saint apôtre qui vous a sacré roi, de faire rendre
à noire siège la donation que vous lui avez offerte. N'ayez aucune confiance dans les paroles trompeuses des Lombards et des grands de cette nation. Les intéièts de l'Église sont remis actuellement entre vos mains, et vous rendrez compte à Dieu et à saint Pierre, au jour du jugement terrible, de la manière dont vous les aurez défendus.
« C'est à vous que Dieu avait réservé cette grande œuvre depuis tant de siècles! Vos pères n'ont pas reçu l'honneur d'une telle grâce, et Jésus-Christ, par sa prescience, vous avait choisi de toute éternilé )iour faire triompher son Église ; car ceux qu'il a prédestinés, il les a appelés; et ceux qu'il a appelés, il les a justifiés ! »
Astolphe était toujours sous les murs de Rome, dont il pressait le siège avec vigueur. Le pape.
doutant de tomber en
pouvoir
avant l'arrivée des
secours, envoya par mer de nouveaux ambassadeurs pour faire connaître au roi de France l'extrémité où il était réduit. L'évêque George, le comte Tomaric, et l'abbé Vernier, soldat intrépide qui pendant le siège endossait la cuirasse et combattait sur les murailles, étaient les légats du saint-siége ; ils se présentèrent devant l'assemblée des seigneurs franks et leur parlèrent en ces termes : « Illustres seigneurs, nous sommes accablés par une tristesse amère, et pressés d'une angoisse extrême. Nos malheurs nous iont répandre des larmes en .si grande abondance, q.<'il semble que nos pleurs seuls doivent raconter nos douleurs. Le Lombard, dans sa fureur de démon, ose commander à la ville sainte d'ouvrir ses portes ; il nous menace, si nous refusons d'obéir à ces ordres, de renverser pierre à pierre nos murailles, et de nous passer tous, hommes et femmes au fil de l'épée.
« Déjà ses soldats barbares ont incendié nos églises, ont brisé les images des saints, ont arraché des sanctuaires les offrandes pieuses, ont enlevé des autels les voiles et les vases sacrés. Déjà ils ont roué de coups les saints moines; ils se sont enivrés ■ dans les calices sacrés, ils ont pollué nos sanctuaires et ils ont violé nos jeunes religieuses. Plusieurs de ces filles de Dieu ont même poussé l'oubli de leurs devoirs, à l'instigation de ces barbares, jusqu'à se proclamer leurs femmes légitimes !
« Les domaines de Saint-Pierre sont devenus la proie des flammes; les bestiaux ont été emmenés, les vignes arrachées jusqu'à la racine, les moissons foulées aux pieds des chevaux, les serfs égorgés, et les enfants mêmes frappés du glaive sur le sein de leurs mères. »
Non-seulement le saint-père avait ordonné à ses ambassadeurs de faire des récits mensongers pour émouvoir les Franks; mais encore, excès d'audace et de fourberie 1 il inventa un artifice inou'i et dont aucun autre pape n'avait jamais osé se servir. Il adressa à Pépin plusieurs lettres écrites, disait-il, par la Vierge, par les anges, par les martyrs, par les saints et les apôtres, et qui étaient envoyées du ciel pour les Français. Celle du chef des apôtres commençait ainsi : « Moi, Pierre, appelé à l'apostolat par Jésus-Christ, fils du Dieu vivant, je vous conjure. Pépin, Cliarles, Carloman, et vous seigneurs, clercs et laïques du royaume de France, de ne point permettre que ma ville de Rome et que mon peuple soient plus longtemps déchii-és par les Lombards, si vous voulez
éviter que vos corps et vos âmes soient déchirés dans
le feu éternel par les fourches de Satan. <
« Je vous ordonne d'empêcher que les brebis du troupeau que le seigneur m'a confié soient dispersées, ,
si vous ne voulez point qu'il vous rejette et vous disperse comme les enfants d'Israël.
Ne vous abandonnez pas à une indifférence criminelle, et obéissez-moi promptement ; alors vous surmonterez tous vos ennemis dans ce monde ; vous vivrez de longues années, mangeant les biens de la . terre; et après votre mort vous posséderez la vie éternelle. Autrement, sachez que par l'autorité de la Trinité sainte, au nom de mon apostolat, vous serez privés À jamais du royaume de Dieu. »'
Cette épître de saint Pierre produisit une grande sensation sur l'esprit grossier des Français; les chefs réunirent aussitôt leurs troupes, franchirent les Alpes et s'avancèrent dans la Lombardie, pour secourir le saint-siége. Astolphe fut contraint de céder encore une fois à la puissance des armes de Pépin, et il rendit l'exarchat au pape.
Fulrad, conseiller du roi de France , se rendit dans la Pentapole et dans l'Êrnihe avec les mandataires du souverain lombard, pour faire reconnaître l'autorité du saint-siége : Havenne. Rimini, Pesaro, Sano, Césène, Sinigalia, Jesi, Forliinpojioli, Forli, Castrocaro, Monte-Feltro, Acerragio, Monte-Lucari, Serravale, Nocera, Sante-Marigni, Bobio, Urbin, Caglio, Luccoli, Eugubio, Comacchio et Narni, remirent leurs clefs à l'abbé Furald, qui les déposa avec la donation du roi Pépin sur la Confession de saint Pierre. Telle fut l'origine de la puissance temporelle de l'Eglise romaine.
Les Franks se retirèreot ensuite de l'Itahe : Astolphe ne survécut pas à la honte de ce traité; il mourut des suites d'une chute de cheval au commencement de l'année 756.
Didier, duc d'Istrie, conçut alors le projetdese faire déclarer roi des Lombards; mais Ratchis, qui avait régné sur cette nation avant de s'être fait moine dans le couvent du Mont-Cassin, fatigué de la vie religieuse, sortit de son monastère et revendiqua l'héritage d' Astolphe.- Comme il connaissait l'avidité de la cour de Rome, il songea d'abord à mettre le pape dans ses intérêts, et lui promit non-seulement de ne point le troubler dans la possession de Ravenne, mais encore d'enrichir le domaine Saint-Pierre de plusieurs provinces considérables.
Ses propositions avaient déjà été acceptées par le pontife, lorsque les commissaires de Pépin ordonnèrent à Etienne défaire rentrer Ratchis au Mont-Cassin, et de proclamer Didier roi des Lombards. Le saint-père, obligé de changer de parti, fit néanmoins acheter sa protection par le duc, qui fut contraint de céder à l'Église romaine la ville de Faenza, ses dépendances, le duché de Ferrare et deux autres places importantes, Les domaines du saint-siége se trouvèrent ainsi augmentés de presque toutes les provinces que l'empire possédait en Italie.
Etienne apprit alors que Constantin Copronym"" avait fait partir de Constantinople une ambassau^ solennelle pour la cour de France, afin de faire des propositions au roi Pépin pour le mariage de sa fille Giselle avec le fils aîné de l'empereur grec. Comme
ETIENNE ITT
il importait à la politique du souverain pontife que ces princes n'eussent pas de relations entre eux, il dépêcha à son tour un ambassadeur extraordinaire à la cour du roi frankpourle détourner d'une alliance avec la famille de Constantin Copronyme, sous prétexte que ce monarque était séparé de la communion romaine et entaché d'hérésie. L'envoyé de sa Sainteté sut prendreuntel ascendant sur l'esprit de l'imhécile Pépin, que celui-ci refusa en effet les propositions des Grecs; et quelques instances que firent les envoyés de Constantin pour connaître les motifs de sa répugnance à contracter un mariage aussi avantageux aux deux nations, ils- ne purent en tirer d'autre réponse que celle-ci : « qu'il ne voulait pas s'exposer à la damnation éternelle en autorisant le mariage de sa fdle chérie avec un hérétique. » Les ambassadeurs, indignés de voir tant de lâcheté dans un
prince q\\ï commandait à une si vaillante nation, prirent immédiatement congé de lui, retournèrent à Gonstantinople et rapportèrent à Constantin Copronyme la réponse ridicule de Pépin.
L'astucieux pontife triompha de l'empereur grec ; mais Dieu ne permit pas qu'il recueillît les fruits de son habileté ; deux mois après le départ des envoyés de Constantin, il mourut au palais de Latran, le 26 avril 757.
Nous pouvons nous écrier avec le Prophète : « Vanité, vanité des choses humaines ! » Ce pontife, qui avait abusé de la religion pour agrandir son autorité; qui avait employé une fourberie sacrilège et s'était servi des noms sacrés du Christ, de la Vierge et des saints, pour des intérêts méprisables, perdit avec la vie ses grandeurs, ses ricliesses, ses palais et ses provinces I
Élection de Paul I". — L'archevêque de Ravenue refuse de s'assujettir à la loi du célibat. — Zèle du pape Paul pour les reliriiies. — Si lil.ér.iliié p ur les moines et les églises. — Soumission de Paul aux ordres de Pépin. — Mort du pontife. —Si bienfaisauce envers les malheureux.
Pendant les derniers jours de la maladie d'Etienne, Rome s'était divisée en deux factions pour l'élection d'un nouveau pontife. Le parti le plus nombreux voulait nommer Paul frère d'Etienne III; l'autre ]iortait l'archidiacre Théophylacte au saint-siége. Mais Paul, plutôt philosophe que prêtre, refusa de se mêler au.\ intrigues de son parti, dédaigna de fortilier sa faction par des brigues simoniaques, et ne sortit pas même du palais de Latran, où il rendait à son frère les soins que réclamaient ses souffrances.
Néanmoins, après la mort d'Etienne, le parti de Théophylacte se dissipa de lui-même, et Paul fui ordonné pontife. Le nouveau pape écrivit aussitôt au roi Pépin afm de lui annoncer la douloureuse perte de son frère, et pour l'instruire de son élection, h promettait au monai'que français une fidélité iné- JjranluMe en son nom et au nom du peuple romain, pour le [uelil réclamait sa protection puissante.
Par le traité conclu avec Astolphe, et confirmé par Didier, l'évêché de Ravenne avait été reconnu ;ornme devant être soumis au saint-siége pour le temporel et pour le spirituel; le pape empressé de faire valoir ses nouveaux droits, déposa le prélat de cette Eglise, qui vivait publiquement avec sa femme légitime, et lui ordonna devenir à Rome pour rendre compte de sa conduite.
L'archevêque de Raven'ne obtint cependant sa réinstallalion en promettant de se séparer de sa
femme. En effet il la fit entrer dans un monastère de la ville; mais il continua avec elle ses relations coupables, et en eut plusieurs enfants; les religieuses tolérèrent cette infraction aux lois de l'Église.
Vers la fin de l'année la reine Bertrade accoucha d'une fille, qui fut nommée Giselle: cette heureuse nouvelle fut annoncéeau pontife par le roi de France, qui lui envoyait en même temps le voile dont la princesse avait été enveloppée le jour oi!i elle avait reçu le baptême. Paul comprit, en recevant ce présent, que le monarque voulait qu'il regardât Giselle comme sa fille spirituelle; aussitôt il assembla le peuple à la basili({iic de Sainte-Pétronille, et il consacra en l'honneur de Pé|)in un autel sur lequel fut déposé le voile précieux que les seigneurs français lui avaient apporté Dans la suite le saint-père désirant augmenter la vénération des fidèles pour cette église, fit transporter dans le sanctuaire les reliques de Pétronille, enlevées à l'oratoire de l'ancien cimetière qui portait le nom de cette sainte.
Du reste le pape montra un zèle outré et ridicule pour les reliques ; il fit creuser tous les cimetières situés hors de Rome, afin d'en retirer les cadavres et les ossements putréfiés. Les cadavres tirés de ceshorrii:ilescharniers furent déposés dans les temples et adorés comme les restes sacrés de glorieux martyrs. Paul fit exhumer de cette manière l^s restes de plus de trois cents personnages qui étaient morts ea odeur de
HISTOIKK DES PAPES
sainteté; il les porta lui-même solennellement dans les rues de Rome, renfermés dans des châsses précieuses rehaussées de lames d'argent et d'or, étincelantesde pierreries, et il les plaça dans les titres, dans les diaconies, dans les monastères et dans les églises. II leur construisit des oratoires jusque dans sa maison paternelle, où ilélevaenTlionncurdes papes Etienne, martyr, et saint Sylvestre, confesseur, un autel magnifique, dans lequel il ensevelit un grand nombre de ces ossements. Tous ces oratoires étaient confiés à des communautés qui y célébraient le service divin jour et nuit. Malheureusement le saint-père épuisa le trésor des pauvres afin d'assigner aux religieux d'immenses revenus.
Constantin Copronyme continuait en Orient ses persécutions contre les iconolâlres, et exerçait principalement ses rigueurs contre les solitaires et les moines, qu'il nommait « les abominables. » Les légendaires ecclésiastiques prétendent qu'il exerça contre ces infortunés tous les genres de supplices imaginables; qu'entre autres il fit rouer à coups de barre de fer un prêtre appelé André, jusqu'à ce que ses os eussent été broyés ; qu'ensuite il le fit enfermer dans un sac et jeter à la mer; qu'il fit écraser entre deux plaques d'airain un abbé nommé Paul; qu'il fit murer dans une chapelle quarante-huit moines qui moururent de rage et de faim dans cette infernale prison. Ils racontent également une anecdote fort singulière sur un religieux du mont Saint- Maxence, le vénérable Etienne, l'une des victimes del'erapereur gi-ec. Suivanteux, ce moine, qui jouissait d'une grande réputation de sainteté, habitait une grotte qui n'avait que deux coudées de long sur une de large, et à moitié découverte, afin que celui qui l'habitait fût constamment exposé aux injures des raisons. Ses vêtements consistaient en une simple tunique de peau, sous laquelle il portait une chaîne de fer croisée depuis les épaules jusqu'aux reins, et rivée parles extrémités à une ceinture également de fer, qui soutenait une seconde tunique de cuir. La légende rapporte que Constantin envoya au vénérable cénobite un officier de sa cour, chargé de riches présents, pour le corrompre et l'engager à briser les images ; mais que saint Etienne ayant refusé opiniâtrement d'obéir au prince, celui-ci le f^t accuser d'entretenir un commerce criminel avec une dame de qualité qui avait donné tous ses biens à un monastère ''".3 filles, situé près du mont Saint- Maxence, qu'il produisit de faux témoins qui déclarèrent avoir vu cette religieuse, appelée Anne, faire entrer de nuit Etienne dans sa celluUe, et avoir acquis la preuve par la vue en regardant à travers les jointures de la porte, qu'ils se livraient ensemble au péché de la chair. Qu'en conséquence de cette déclaration, l'infortunée Anne fut condamnée à être attachée toute nue à une croix grecque et frappée par le bourreau avec des lanières plombées sur le ventre et les seins jusqu'à ce qu'elle eût expiré ; qu'Etienne fut amené à Gonstantindple couvert de ses deux tuniques de cuir, attaché avec ses chaînes par les pieds et traîné par l'exécuteur et ses aides, la face contre terre, dans les rues fangeuses de la ville, jusqu'à ce que ses côtes fussent brisées et, ses membres dégarnis de chair ; qu'enfin on jeta son cadavTC dans un cloaque destiné aux suppliciés.
En Italie, l'Église était tranquille et puissante, grâce à la profection des Franks ; aussi, pendant toute la durée de son pontificat, Paul se montra-t-il constamment soumis au roi Pépin, et sacrifia-t-il même ses sentiments personnels aux désirs du monarque. On raconte qu'un prêtre de l'Église romaine, nommé Marin, attaché à la cour de France, avait donné à George, ambassadeur il.' l'LMiipercur Constantin, des conseils sages, ui i. - aux intérêts du saint-siége; et que i lyant été instruit, fit connaître tout sm: i.i au roi, et le pria de faire reléguer le piètie coupable dans une province éloignée, afin qu'il se repentit de son crime. Pépin, qui était satisfait des services de cet ecclésiastique, refusa de l'exiler, et réclama au contraire pour son protégé un évêché, et le titre de Saint Chrysogone. Alors le pape ne songea plus à punir Marin ; bien plus, il s'empressa de lui envoyer les marques de ses nouvelles dignités, exprimant qu'avant toutes choses il désirait être agréable à l'illustre monarque, des Français.
Dans l'afl'aire'de Remedius , frère de Pépin, il donna une nouvelle preuve de sa soumission au prince ; le métropolitain de Reims, appelé Remy ou Remedius, avait gardé dans son diocèse Siméon, chantre de l'Église romaine, pour faire apprendre le chant religieux aux clercs de son Eglise. Celui-ci ayant été rappelé à Rome avant d'avoir achevé l'édu- I cation des clercs, l'archevêque en témoigna son mécontentement au roi. Le prince écrivit aussitôt au pape, et se plaignit du peu d'égards qu'il avait montré I pour Remy. Paul se hâta de répondre au monarque I irrité : « Seigneur, soyez assuré que sans la mort de I George, le chef de nos chantres, nous n'eussions jaj mais retiré Siméon du service de votre frère ; mais le j besoin impérieux de notre Église nous a forcé d'agir ainsi. Pour réparer autant que possible notre faute, nous vous promettons de prendre uii soin extrême des moines que vous nous avez envoyés; nous les instruirons parfaitement dans le chant ecclésiastique, et nous leur remettrons tous nos livres de musique et de science ; l'Antiphonier, le Responsal, la Dialectique d'Aristote, les ouvrages de saint Denis l'Aréopagite ; des livres de géométrie, d'orthographe, et une grammaire latine. Nous ajouterons pour la reine votre femme une magnifique horloge nocturne.» Quelque temps après, le pape ayant eu l'imprudence, à la suite d'une cérémonie religieuse, de rester plusieurs heures exposé au soleil dans l'église de Saint-Paul, fut attaqué d'une fièvre violente, dont il mourut le 21 juin de l'année 767.
. Anastase représente le saint-père comme un homme d'un caractère doux et charitable; U affirme que pendant la nuit il se rendait, accompagné de quelques domestiques, dans les demeures des pauvres, pour distribuer des aumônes; qu'il visitait les malades , et leur donnait tous les secours qui leur étaient nécessaires; que les prisonniers avaient également part à ses bienfaits, qu'il payait souvent les dettes des ouvriers que des créanciers impitoyables retenaient dans les cachots ; enfin qu'il soulageait les veuves, les orphelins et tous ceux qui étaient dans le besoin. L'-Eglise a justement placé ce pontife au nombre des saints qu'elle révère.
CONSTANTIN il
INSTANÏIN
Cabales et violences pour l'élection d'un pape. — Un laïque est élevé sur le siège pontifical sousTe nom de Constantin ir. — Lettres du pontife à Pépin. — Le roi de France refuse de reconnaître Constantin. — Conspiration contre le pape. — Constantin est chassé du saint-siége. — Election frauduleuse du moine Philippe. — 11 est cliasaé par le diacre Etienne.— Élection violente d'Etienne IV.
Aussitôt que la nouvelle de Ja mort de Paul ce fut répandue, les ambitions se montrèrent au grand jour pour disputer la chaire de saint Pierre. Toton, duc de Nepi, ayant résolu de conquérir le trône pontifical pour sa famille, rassembla tous ses partisans, entra dans Rome par la porte de Saint-Pancrace, et conduisit ses troupes dans son palais. Cette démarche hardie épouvanta tous les concurrents, et son ii'dre Constantin fut déclaré pape, quoiqu'il n'eût pas même reçu les ordres sacrés.
Ensuite Toton le conduisit, les armes à la main, au palais de Latran, pour recevoir la tonsure cléricale des mains de George, évêque de Préneste. Le prélat résista d'abord aux ordres du seigneur de Nepi; il le conjura de renoncer à une entreprise aussi criminelle; enfin, cédant aux promesses et aux présents, il conféra au nouveau pontife les ordres ecclésiastiques jusqu'au diaconat ; et le dimanche suivant, assisté des évoques d'Albane et de Porto, il le consacra chef dii clergé de Rome.
Constantin, en possession de la chaire apostolique, écrivit au roi de France pour l'instruire de son élection, qu'il affirmait avoir été faite malgré lui, et pour obéir aux volontés de la Providence. N'ayant point reçu de réponse, il adressa une nouvelle lettre, suppliant Pépin de n'ajouter aucune croyance aux calomnies que les envieux pouvaient répandre contre lui; et pour lui montrer qu'il apportait un grand zèle aux intérêts de la religion, il ajoutait : « Nous vous donnons avis que le 12 du mois d'août dernier, \m
prêtre appelé Constantin nous a remis la lettie synodale de Théodore, patriarche de Jérusalem, adressée à notre prédécesseur Paul, et revêtue des signatures des évêques d'Alexandrie, d'Antioche , et de celles de plusieurs métropolitains d'Orient. Nous l'avons approuvée, et nous en avons fait la lecture sur l'ambon du temple, devant le peuple. Nous vous en envoyons la copie en latin et en grec, afin que vous vous réjouissiez avec nous devoir les chrétiens d'Orient revenir à notre obédience et montrer une sainte ;iideur pour le culte des images. »
Pépin, qui avait été instruit des violences employées par le duc de Népi et des événements scandaleux de l'élection de Constantin, ne répondit pas à sa seconde lettre, et refusa d'approuver son intrusion.
Christophe, primicier de l'Église romaine, et son fils Sergius, sacellaire ou trésorier, profitant de la mésintelligence des deux cours, résulurent d'élever un autre pape sur la chaire de saint Pierre et formèrent une conjuration contre le pontife. D'abord, ils songèrent à s'assurer l'appui du roi des Lombards, et pour exécuter plus facilement leur dessein, ils annoncèrent à leurs amis qu'ils se sentaient appelés par Dieu à la vie cénobitique, et voulaient terminer leurs jours dans un monastère; ensuite ils demandèrent au pontife la permission de quitter Rome et de se retirer dans le couvent de Saint-Sauveur, situé près dePavie.
Constantin avait déjà reçu quelques confidences sur les projets hostiles de ces deux prêtres ; toutefois rassuré par leurs protestations de dévouement, il se con-
HISTOIRE DP]S PAPES
tenta de leur faire jurer sur le Christ et sur l'Evangile qu'ils n'entreprendraient jamais rien contre son autorité. Ils prirent alors la route des états des Lombards; mais au lieu de se rendre au monastère, ils entrèrent dans Pavie, et supplièrent Didier de leur accorder du secours pour délivrer lÉj^lise de Rome, s'engageant à faire nommer un autre pontife qui restituerait au prince les villes qu'il avait été obligé d'abandonner au saint-siége.
Séduit par l'espoir de reconquérir les provinces qu'il avait perdues, Didier consentit à leur donner des troupes qui les accompagnèrent à Rieti. De son coté, Sergius se mit à la tête des soldats du duché de Spolette, prit les devants, et se dirigea vers Rome pendant la nuit.
A la pointe du jour, il se présenta à la porte de Saint-Pancrace, où l'attendaient déjà un grand nombre de parents et d'amis prévenus de sa marche. Dès que ceux-ci aperçurent les signaux, ils désarmèrent les sentinelles, ouvrirent les portes et montèrent sur les murailles, arborant un étendard pour avertir qu'on pouvait entrer dans la ville. Néanmoins les Lombards redoutant quelque piège, restèrent postés sur le mont Janicule, et refusèrent de pénétrer dans Rome; enfin, excités parles harangues de Sergius et de Racipert, un de leurs chefs, ils descendirent la colline.
Tofon, à la nouvelle de l'entrée des ennemis, rassembla quelques soldats à la hâte et marcha à la rencontre des Lombards; dans le trajet il fut rejoint par Démétrius, secondicier, et par le cartulaire Gratiosus, deux traîtres vendus à ses ennemis. Ceux-ci, sous prétexte de diriger ses pas, le firent tomber dans une embuscade au détour d'une rue ; à un signal donné, il fut entouré d'assassins, et Racipert lui porta dans les reins un coup de lance si violent qu'il retendit roide mort.
A l'instant Jes soldats lâchèrent pied, abandonnèrent le champ de bataille, et coururent au palais de Latran. L'effroi gagna tous les esprits; Constantin et son autre frère Passif, tremblant pour leur vie , s'enfermèrent dans l'oratoire de Saint-Césaire avec le vidarae Théodore, et attendirent avec anxiété la fin de cette terrible révolution. Lorsque le tumulte fut apaisé, les chefs de la milice romaine se rendirent auprès du pontife et le conduisirent dans un monastère, qui était regardé comme un asile inviolable
Ainsi la victoire était demeurée aux rebelles ; mais dès le lendemain la mésintelligence éclata entre eux; et le prêtre Waldipert, l'un des chefs de la révolte, r.soluf de faire nommer secrètement un pape, afin de prévenir les projets ambitieux de Sergius et de son père. Il assembla en secret les diacres et les prêtres de son parti, et après leur avoir fait approuver son dessein, ils se rendirent en troupe au couvent de Saint-Vil ou Vitus, et ils en tirèrent le moine Phihppe, qu'ils portèrent sur leurs épaules jusqu'à la basilique de Latran, en criant dans les rues de Rome : « Philippe est pape, saint Pierre lui-même l'a choisi. » Le nouveau pontife s'agenouilla, selon l'usage, devant un évêque pour recevoir la consécration; ensuite il se leva , donna sa bénédiction au peuple assemblé dans l'église, se rendit au palais pour prendre possession de la chaire de saint Pierre, et le mê-
me soir, il traita à sa table les principaux dignitairede l'Église et de la milice.
Christophe arriva le lendemain sous les murs de Rome. Dès qu'il eut connaissance de l'usurpation qui venait d'être accomplie, il entra en fureur, et protesta avec d'alïreux serments que les Lombards ne quitteraient point la ville avant que le pape élevé par Waldipert eût été chassé du palais patriarchal. Les prêtres, intimidés par les menaces de Christophe, déclarèrent l'élection de Philippe simoniaque et sacrilège, lui arrachèrent ses vêtements sacerdotaux, le frappèrent sur la joue, et le renvoyèrent honteusement dans son couvent.
Sergius et Christophe proclamèrent alors évêque de Rome l'exécrable Etienne 1\. Les soldats lombards, le glaive nu, répondirent par des acclamations, élevèrent le nouvel élu sur leurs bras, et le portèrent en triompiie au palais de Latran.
Tels étaient les procédés en usage au huitième siècle pour l'élection des papes, procédés barbares qui se sont perpétués pendant des siècles, le meurtre, le pillage, le viol, l'inCendie; et ces évêques exécrables, qui avaient ainsi conquis la tiare à la pointe des lances et ramassé les clefs de saint Pierre dans un ruisseau de sang, osaient s'intituler les représentants de Dieu sur la terre, pontifes infaillibles, dominateurs des rois et des peuples!
En Orient , les persécutions continuaient toujours contre les adorateurs d'images. L'empereur, dans son fanatisme sanguinaire, condamnait impitoyablement aux plus aft'reux supplices ses serviteurs, ses amis, et même ses parents. Le patriarche Constantin, qui avait baptisé ses deux enfants, ne put échapper à la mort, malgré cette espèce de Ken spirituel qui l'attachait au tyran. Furieux de n'avoir pu soumettre le prélat, ni par la perte de ses biens, ni par l'exil, ni par l'emprisonnement, l'empereur le fit comparaître devant une assemblée d'ecclésiastiques pour y être jugé. Préalablement il lui fit administrer une flagellation si cruelle, que les muscles de ses reins avant été coupés, il lui était devenu impossible de se tenir debout ou assis. On fut obligé de l'apporter dans l'église de Sainte-Sophie, où étaient réunis les Pères qui devaient prononcer sa sentence, et de l'étendre devant le sanctuaire, à un endroit appelé solea, pour assister au jugement. Lorsque le décret de condamnation eut été rendu, un secrétaire lut à haute voix la liste des crimes dont il était accusé; et à chaque chef d'accusation le bourreau souffleta le malheureux Constantin. Ensuite le patriarche Nicétas, du haut de son trône d'gr, au feu des cierges et au glas des cloches, l'anathématisa solennellement; puis tous les évêques passèrent devant Constantin, lui arrachèrent par lambeaux ses vêtements sacerdotaux et lui crachèrent au visage. Après cette cérémonie infamante, l'infortuné fut traîné jusque sur le seuil de la basihque, et les portes du temple furent fermées sur lui. Le lendemain, on le donna en spectacle dans l'hippodrome, on lui arracha les cheveux, la barbe et les sourcils, on le revêtit d'un fourreau de laine sans manches, on l'attacha sur un âne à rebours , et on lui fit faire trois fois le tour de la carrière, conduit par son jeune neveu, à qui on avait coupé le nez. Enfin l'empereur lui fit crever les yeux, couper les