CONSTANTIN H
f^'^mfïïW'''^'-£fM
uiciemie église de Sainle-Sopliie cliangce en mosqu
lèvres et la langue, et le voyant expirant, il donna I niema exposée à la vue du peuple. Le corps fut ordre qu'on lui tranchât la tète et qu'on la pendit traîné par un pied jusqu'au cloaque où Ton jetait les car les oreiUca dans la ijlace du Mille, oii elle de- I suppliciés.
HISTUIUE DES PAPES
ETIENNE IV
Origine d'Etienne IV. — Cruautés exercées par Etienne contre l'infortuné Constantin. — On crève les yeux et on arrache la langue aux amis et aux parents de l'ancien pape.— Le prêtre "Waldipert meurt dans les supplices.— Etienne récompense les ministres de ses vengeances. — Légation en France. —Concile de Rome. — Constantin est condamné à recevoir mille coups sur la tète et à avoir la langue arrachée. — Décrets sur l'élection des papes. — Usurpation du siège de Ravenne. — Le pontife détourne les princes français d'une alliance avec les Lombards. — Paul Asiarte, chambellan d'Etienne IV, se lie avec Didier, roi des Lombards. — Le pape abandonne ses amis. — Christophe et Sergius sont 'condamnés à avoir les yeux arrachés devant la porte de Rome, — Justice éclatante de Dieu. — Ingratitude das princes. — Lâcheté du pape. — Mort d'Etienne.
Etienne, fils d'Olivius, était Sicilien d'origine. Dans sa jeunesse, il avait quitté sa patrie pour se rendre auprès d'un ami de son père qui le présenta à Grégoire III. Placé par les ordres du pontife dans le monastère de Saint-Chrysostome, Etienne s'instruisit dans le chant ecclésiastique et reçut quelques notions des saintes Ecritures. A la mort de son protecteur, le pontife Zacharie le retira du couvent, le plaça à )a chambre du palais, et l'ordonna ensuite prêtre du titre de Sainte-Cécile. Les papes Etienne III et Paul I'"'' l'attachèrent également à leiu- personne.
A la mort de Paul il s'était retiré dans la basilique de Sainte-Cécile et avait conspiré pour se faire élever à la suprême dignité de l'Église ; mais l'élection de Constantin II avait traversé ses projets. Enfin la dernière révolution lui avait acquis cette tiare pontificale, le but de toutes ses intrigues, la récompense de toutes ses machinations. Il se fit consacrer sous le nom d'Elienne IV, dans l'église de Saint-Pierre, en présence du clergé, des grands et du peuple. On lut à haute voix, sur l'ambon de la basilique, une confession des Romains, qui s'accusaient de n'avoir pu empêcher l'intrusion de Constantin, imploraient le pardon de leur crime, et demandaient la punition des coupables.
Aussitôt le nouveau pontife ordonna au bourreau de crever les yeux et de couper la langue à l'évêque Théodore, vidame, l'ami du pape dépossédé. Après son supplice le malheureux mutilé fut traîné au couvent du mont Scaurus et jeté dans un cachot, où les moines le laissèrent mourir de faim.
Etienne livra ensuite à ses soldats l'infortuné Passif, qui n'était coupable d'aucun crime, si ce n'est d'appartenir à la famille de Constantin; les séides du tyran l'accablèrent d'outrages, le dépouillèrent de ses vêtements, le frappèrent de verges, lui arrachèrent les yeux, et le plongèrent tout sanglant dans les cachots du monastère de Saint-Sylvestre.
Toutes ces exécutions ne calmèrent point la fureur d'Etienne ; et semblable à un tigre dont la rage s'accroît au milieu du carnage, le saint-père assista aux supplices de ses ennemis, commanda les massacres et désigna chaque jour de nouvelles victimes !
A la tête de ses lévites, le pontife pénétra dans l'abbaye où Constantin avait été conduit par les magistrats de Rome, et le poursuivit jusque dans le sanctuaire. Par ses ordres, on l'arracha de l'autel qu'il tenait embrassé, on l'attacha sur un cheval, avec des poids énormes suspendus aux pieds, on le promena dans les rues de la ville et on le conduisit
ETIENNE IV
sur la place publique, où le bourreau lui creva les yeux avec un fer rouge. Après le supplice, Goustautin fut jeté dans la boue, foulé aux pieds des exécuteurs, et demeura pendant vingt-quatre heures exposé à des souifrances épouvantables et sans secours, Êlienne ayant fait défense aux citoyens de lui donner le moindre soulagement et même d'approcher du moribond, sous peine de la potence.
Enfin le deuxième jour, comme le patient vivait encore, les murmures du peuple obligèrent les prêtres à enlever la malheureuse victime, qui fut portée dans un monastère.
Etienne tourna ensuite sa vengeance contre le prêtre Waldipert ; il l'accusa d'avoir voulu assassiner Christophe le primicier; et cft ecclésiastique, qui en réalité n'était coupahlr i|n<' iluviiir fait élire un autre pape, fut promené dans les rues de Rome, attaché à rebours sur un âne, et la queue entre les mains en guise de rênes. Après cette humiliation, il fut livré au bourreau, qui lui arracha les ongles des pieds et des mains, le tenailla avec des pinces ardentes, lui creva les yeux et lui arracha la langue. Le malheureux prêtre ne put supporter la violence des tourments, et mourut entre les mains des exécuteurs; néanmoins la justice du pape eut son cours, le supplice s'acheva sur le cadavre, qui ensuite fut jeté dans les cloaques hors des murailles.
Le nouveau pontife s'étant ainsi assuré la tranquille possession du trône de Saint-Pierre, songea à récompenser les "exécralDles ministres de ses vengeances. Les soldats, bourreaux dociles de tous les tyrans, oppresseurs stupides de la liberté des peuples, furent gorgés d'or et devin, et reçurent la permission de retourner dans leur pays chargés des dépouilles des Romains. Gratiosus, de simple cartulaire qu'il était précédemment, fut élevé à la dignité de duc de Rome; Sergius obtint la légation de France, et partit aussitôt à la tête d'une ambassade pour remettre des lettres adressées au roi Pépin et aux princes ses lils.
Etienne désirant voiler le scandale de son usurpation, priait le monarque d'envoyer des évêques français au concile qu'il avait convoqué pour condamner l'intrusion du taux ponlife Constantin. Pendant son voyage, Sergius apprit la mort de Pépin et le couronnement de Charles et de Carloman ; il continua néanmoins sa route, et remit aux nouveaux souverains les lettres destinées à leur père. La demande d'Etienne ayant été accordée par les princes, douze prélats français se rendirent à Rome pour assister au synode.
Étrange concile réuni non pour juger mais pour condamner! On apporta le malheureux Constantin dans la basilique de Saint- Sauveur, au palais de Latran, où se tenait l'assemblée; et quand il fut en présence de ses juges, Etienne lui adressa les questions suivantes : « Pourquoi, homme -infâme, étant simple lak[ue, as-tu osé t'élever à la dignité d'évêque ; par une intrusion abominable? » L'infortuné put à
l peine faire entendre sa réponse au milieu des lar-
' mes et des sanglots : « Je n'ai rien fait, mes frères,
i qui ne puisse être excusé par des exemples récents ;
j Sergius, laïque comme moi, s'est fait sacrer métro-
politain de Ravénne ; le laïque Etienne a de même
été ordonné évêque de Naples... » Les prélais d'Italie, confondus parlajustesse de ses raisons, et redoutant la censure des évêques français, l'interrompirent brusquement, se récriant contre son insolence et son audace. Le pontife commanda au bourreau de lui donner, mille coups sur la tête et de lui arracher la langue : l'exécution eut lieu dans le synode même, en présence des prélats !
Après le supplice, ce corps horriblement mutilé et presque sans vie fut emporté de l'assemblée et jeté dans les cachots des moines, où il fut appliqué à de nouvelles tortures!
On examina tout ce qui avait été fait pendant le pontificat de Constantin, et les actes du concile qui avait confirmé son élection furent brûlés au milieu du sanctuaire. Ensuite, le pape se leva de son siège, se jeta à terre en poussant des gémissements et criant « Kyrie eleison; » les prêtres, les soldats et le peuple se prosternèrent également, s'accusant avec Etienne d'avoir péché contre Dieu en recevant la communion des mains de l'abominable Constantin. Cette comédie terminée, les Pères proclamèrent que le clergé, le peuple et le pontife romain étaient absous de tous péchés, comme ayant été contraints de céder à la violence et que Dieu les recevait à merci.
En outre de cette décision, Etienne IV fit rendre un décret par lequel il était défendu sous peine d'anathème, à aucun laïque, soit de la milice, soit d'un autre corps, de se mêler de l'élection des papes, qui était réservée aux évêques et au clergé, sauf la ratification des citoyens.
On défendit aux évêques de promouvoir à l'épiscopat aucun laïque ni aucun clerc qui ne fût monté canonicpiement au rang de diacre ou de prêtre cardinal; on interdit l'entrée de Rome, pendant les élections, aux habitants des châteaux de Toscane ou de Campanie ; et l'on défendit sous des peines sévères aux citoyens de la ville sainte de porter des armes ou des bâtons.
Le concile statua également sur les ordinations faites par Constantin, et rendit à ce sujet un décret conçu en ces termes : « Nous ordonnons que les évêques consacrés par le faux pape redescendent au rang qu'ils occupaient dans l'Église, et se présentent devant le saint-père pour recevoir une nouvelle investiture ili' l'iiis ilidcèses. Nous voulons que toute.s li's li'ie:; ■ ; qui ont été exercées par l'usur-
jciteur xiiM ! in; /l's, excepté le baptême et l'onction du saint chrême. Quant aux prêtres et aux diacres qui ont été ordonnés dans l'Eglise romaine, nous décidons qu'ils retourneront au rang de sous-diacres, et qu'il sera facultatif au pape de les ordonner de nouveau ou de les laisser dans leur rang primitif. Enfin, nous exigeons que les laïcjues tonsurés et gradués par Constantin soient enfermés dans un monastère, ou fassent pénitence dans leurs propres demeures, ou payent une forte amende selon leur fortune. »
Lorsque le synode eut condamné tout ce qui était relatif à la cause de Constantin, les Pères s'occupèrent d'approuver la lettre synodale que Théodore, patriai-che de Jérusalem, avait adressée à Paul I-''; ensuite ils traitèrent la question des images. Ils ordonnèrent que les reKques et les représentations des saints seraient honorés d'après les anciennes tradi-
lions de l'Église ; et que le concile des Grecs, qui blâmait le culte des images, serait anathématisé.
Enfin les travaux de l'assemblée étant terminés, Etienne IV, à la tête de son clergé, se rendit processionnellement, pieds nus et en chantant des hymnes religieux, à la basilique de Saint-Pierre ; Léonce, le scriniaire, monta sur l'ambon, lut les actes du synode à haute voix, et trois évêques italiens prononcèrent anathème contre les transgresseurs des décrets qui venaient d'être rendus. Le pape, redoutant la puissance des ducs et des seigneurs laïques ([ui ambitionnaient les charges d'évêques pour euxmêmes ou pour leur famiUe, maintint dans la suite avec beaucoup de fermeté les décisions que l'assemblée avait décrétées, et s'opposa vigoureusement aux nominations des la'iques.
A la mort de Sergius, archevêque de Ravenne.
Alichel, scriniaire de TEglise, ayant osé s'emparer du palais épiscopal et se faire reconnaître comme métropolitain, quoiqu'il ne fût pas même dans les ordres ecclésiastiques, le saint- père le déclara excommunié, et nomma pour le remplacer l'archidiacre Léon. Pendant plusieurs mois les deux compétiteurs fe disputèrent le siège épiscopal avec un acharnement déplorable. Le duc Maurice ayant pris parti pour Michel, les troupes des Lombards vinrent soutenir l'usurpateur, s'emparèrent de Léon, et l'enfermèrent dans une étroite prison à Rimini. Maurice envoya des ambassadeurs à Etienne IV pour le prier de consacrer Michel, lui offrant de riches présents pour prix de sa condescendance. ÎMais le pape avait compris qu'en ordonnant un seigneur protégé par les Lombards il pouvait favoriser leurs prétentions sur Ravenne ; la politique triompha mèoie de son ava-
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ricc, il envoya auprès des insurgés plusieurs évèques, en qualité de nonces du saint-siège et les ambassadeurs du roi Charles, qui agirent si puissamment sur l'esprit des Ravenois, que ceux-ci revenant sur leur précédente résolution, chassèrent Michel de son palais, et le conduisirent à Rome chargé de chaînes. L'archidiacre Léon fut tiré de sa prison de Ri mini, ramené au milieu des acclamations de la n:u'titude, et porté en triomphe par les soldats jusqu'au palais épiscopal.
Didier trompé dans ses espérances de ressaisir l'exarchat de Ravenne, résolut de former une alliance avec les Franks et d'abaisser la pu'ssancc des papes.
Ses ambassadeurs se rendirent secrètement à la cour des rois de France, munis de ses pleins pouvoirs et chargés d'offrir à la reine Rerthe la main de la jeune princesse Ermengarde pour l'un de ses fils.
Etienne, instruit par ses émissaires de cette négociation, écrivit aussitôt aux souverains Charles et Garloman pour les détourner de cette union; il leur représenta que la nation entière des Lombards étant d'un sang dégénéré, ne produisait que des lépreux et des infirmes, et se trouvait indigne de s'allier avec l'illustre nation des Franks. Il ajoutait : « Rappelezvous, princes, que vous êtes déjà engagés par la volonté de Dieu dans des mariages légitimes avec des
femmes de votre royaume, et qu'il ne vous est pas permis de les répudier pour en épouser d'autres.
D'ailleurs le roi Didier étant l'ennemi secret du saint-siége, son alliance vous est interdite. Souvenezvous que le roi votre père a promis en votre nom que vous demeureriez fidèles à la sainte Eglise, obéissants et soumis aux papes; et que vous ne vous uniriez point à ceu.\ qui ne seraient pas dévoués à la chaire de saint Pierre. N'oubliez pas que vous-mêmes avez renouvelé ces promesses depuis votre avènement au trône. Je vous conjure donc, au nom de l'apôtre, par le jugement de Dieu et par tout ce qu'il y a de plus saint, de ne point accomplir ce mariage, appelant l'anathème le plus terrible sur vos États et sur vos personnes si vous résistez à ma prière. »
Charles épris des charmes de la princesse, ne tint aucun compte des menaces du saint-père, et il épousa Ermengarde; mais les infirmités de la jeune fille l'empêchant d'être mère, il fut obligé de la répudier après un an de mariage. Didier n'osait encore rien entreprendre sur les possessions delà cour de Rome; cependant il ne se pressait point de rendre les villes dont il avait promis la restitution.
Alors Sergius et Christophe, les mêmes qui étaient venus mendier l'appui du roi lombard contre le malheureux Constantin, réclamèrent au nom du pape l'exécution des traités, et menacèrent le prince de la tolère des Français. Didier, irrité de ces réclamations continuelles et de l'ingratitude de ces prêtres indignes, résolut d'employer à son tour les armes de la perfidie. Ses émissaires gagnèrent à leur cause le chambellan Paul Asiarte, qui, envieux de la faveur de Sergius et de Christophe, entra avec joie dans un complot qui devait perdre ses ennemis : celui-ci les ac-
cusa auprès du saint-père d'avoir formé une conjuration pour s'emparer du palais de Latran et de l'autorité souveraine.
Etienne effrayé de cette révélation s'abandonna aux conseils de Paul Asiarte, et réclama le secours des Lombards ; Didier arriva secrètement à Rome le jour même où le prétendu complot devait éclater; par ses soins, des accusations furent habilement répandues parmi le peuple contre Christophe et Sergius, que la voix publique désigna bientôt comme les fauteurs d'une abominable conspiration. Ceux-ci, connaissant le caractère implacable d'Etienne, voulurent sortir de Rome pour échapper à la vengeance du pontife. Mais toutes les portes étaient déjà gardées par les soldats lombards; ils furent arrêtés dans la nuit même et conduits au saint-père. Etienne leur fit arracher les yeux en sa présence par le même bourreau qui autrefois avait torturé le malheureux Constantin. L'opération fut tellement douloureuse, que la tête de Christophe enfla prodigieusement, et causa une hémorrhagie dont il mourut le troisième jour, dans les cachots du monastère de Sainte-Agathe, oii il avait été enfermé.
Sergius, plus vigoureux que son père; ne succomba pas à cette terrible exécution; il fut condamné à rester prisonnier dans le cellier du palais de Latran ; mais quelques jours après Paul Asiarte le fit étrangler secrètement. Ainsi périrent les deux auteurs de l'élévation de l'infâme Etienne IV ! Nouvel exemple de l'ingi-atitude des princes envers ceux qui les servent 1
Le Pontife pendant quatre ans de règne souilla de ses crimes le trône de saint Pierre, et mourut le 1" février 772, laissant une mémoire vouée à l'exécration des hommes !
Éducation d'Adrien. — Il est élevé au saint-siége. — Il fait sortir de prison les malheureuses victimes des cruautés de son prédécesseur. — Fourberie du roi Didier. — Nouvelle guerre des Lombards. — On informe contre les assassins de Scrgius.
— Mort de Paul Asiarte. — Ambassade du pape auprès du roi Charlemagne. — Didier marche sur Rome. — Charlemagne passe les Alpes et assiège Pavie. — Le roi de France fait son entrée à Rome. ^ Donations au saint-siége. — Présents du pontife à Ciiarlemagne. — Didier, roi des Lombards, est fait prisonnier et relégué dans un monastère. — Deuxième voyage de Charlemagne à Rome. — Schisme entre les moines. — Les iconoclastes. — Irène travaille au rétablissement des images.
— Deuxième concile de Nicée- — Nouvelles donations de Charlemagne au saint-siége. — Livres attribués à Charlemagne contre les images. — Nouvelle hérésie en Espagne. — Concile de Francfort contre les images. — Le pape repousse les livres Caroiins
— Mort du souveram pontife.
Adrien était romain de naissance, fils d'un citoyen nommé Théodore, et d'une très-noble famille. Dès sa plus tendrejeunepse il avait donné des marques de sa vocation chrétienne, priant jour et nuit dans l'égHse de Saint-Marc, mortifiant son corps par le jeiine, portant un rudecilice, et faisant de grandes aumônes. Le pape Paul I", d'après les rapports avantageu.x qu'on lui rendait du jeune Adrien, consentit à le recevoir dans le clergé ; il le nomma d'abord notaire régionnaire, ensuite sous-diacre. Etienne R' l'ordonna plus tard diacre, et, en cette nouvelle ([ualité, il fut chargé d'expliquer aux fidèles la doctrine de l'Evangile. L'estime générale qu'il s'était acquise dans lus différentes dignités ecclésiastiques le fit élever au pontificat après la mort de son prédécesseur.
Le jour même de son élection, Adrien rappela de l'exil les magistrats et les prêtres que Paul Asiarte et ses partisans avaient chassés de Rome, et délivra ceux qui languissaient dans les cachots. Après les cérémonies de sa consécration, il s'occupa de ramener dans Rome le calme et la tranquillilé, qui avaient été troublés par les dernières révolutions, et menaça de punir avec la plus grande sévérité ceux c{ui entreprendraient d'exciter de nouveaux désordres.
Didier, instruit par le chambellan Asiarte du caractère énergique que montrait le nouveau pontife, résolut d'employer la ruse pour rétablir sa domination en Italie. Ses ambassadeurs vinrent féliciter le saint-père de son exaltation et l'assurer de son amitié; en même temps il le faisait prévenir de son dessein de conduire à Rome ses petits-fils, enfants du prince Carloman, pour les faire sacrer.
Adrien pénétra les intentions perfides du Lombard, et comprit qu'il voulait l'entraîner dans une démarche qui exciterait contre l'Êghse la colère de la cour de France. Le pontife, usant à son tour de dissimulation, répondit aux ambassadeurs de Didier : » Je désire la paix avec tous les chrétiens, et je conserverai fidèlement les traités faits entre les Romains, les Français et les Lombards. Cependant je n'ose point me confier aveuglément à votre parole ; car Didier a manqué à tout ce qu'il avait promis sur le corps de saint Pierre ; il a fait périr par un artifice abominable, Christophe et Sergius, les serviteurs dévoués de notre prédécesseur, l'a menacé lui-même plusieurs fois de l'épée du moine Carloman. »
Les envoyés du prince affirmèrent, par des serments solennels, que leur maître accomplirait tout ce
qui avait ('t('' prorais à Etienne III. Alors le pape parut pleinement convaincu de la sincérité de leurs pr.) testalions, et il envoya ses légats à la cour de Pavic afin de réclamer l'exécution des traités. Mais ceux-ci rencontrèrent sur leur route des ambassadeurs que les habitants de Ravenne envoyaient au saint-père pour le prévenir que Didier s'était emparé de plusieurs villes de l'exarchat ; que leur ville était bloquée, et que les troupes ennemies ravageaient tout le pays des environs. Ils annonçaient ((u'ils étaient réduits aux dernières extrémités, et qu'ils allaient immanquablement être forcés de capituler s'ils ne recevaient de prompts secours en vivres et en soldats.
Paul Asiarte, clief de la légation, qui était la créature des Lombards, ordonna aux députés de retourner à Ravenne et leur promit de faire parvenir sans retard leurs dépèches au pontife ; le traître intercepta les lettres, et se contenta d'instruire Adrien du progrès des armes de Didier, le prévenant que le monarque refusait de rendre les places qu'il avait prises, avant que ses petits-fils fussent couronnés dans Pavie. Le pontife soupçonnant la perfidie de son légat, fit donner des ordres secrets à l'archevêque di Ravenne pour faire arrêter Paul, à son retour de la Lombardie, comme coupable de haute trahison En même temps il fit revivre l'ancienne accusation intentée contre lui pour l'assassinat du malheureux Sergius, qui avait été étranglé le jour de la mort d'Etienne IV, et dont le cadavre avait été trouvé couvert de blessures, et ayant encore au cou la ceinture du chambellan.
Asiarte ayant terminé sa mission diplomatique, prépara son retour pour Rome et quitta la Lombardie ; mais à son passage à Ravenne il fut arrêté par les ordres de l'archevêque; on procéda à son jugement, et il fut condamné à être décapité sur la place publique. Néanmoins le supplice du principal agent du roi Didier ne put arrêter les progrès de ses armes, ni l'empêcher de poursuivre son dessein de réunir l'exarchat à son royaume. Adrien ne pouvant résister à ses troupes se décida à envoyer des légats à Charlemagne pour lui faire connaître la cause de l'agression des Lombards et son refus de couronner les fils de Garloman ; il le supplia d'avoir pitié de l'Italie, et de délivrer l'Église romaine des ennemis ([ui la punissaient de sa fidélité envers la France. L'ambitieux Charlemagne, qui songeait déjà à fonder le puissant empire d'Occident, accueillit favorablement les plaintes des Romains, et s'engagea à franchir les Alpes avec ses soldats, pour reprendre aux Lombards les provinces et les villes que Pépin avait données à Saint-Pierre.
Didier ayant compris l'impossibilité de faire tomber le pape dans ses pièges, sortit enfin de Pavie avec les princes ses petits-fils ; et sous prétexte de vouloir conférer sur l'exécution des traités, il se dirigea avec une nombreuse escorte vers la ville sainte Didier était déterminé à s'emparer de vive force ae la personne d'Adrien; mais celui-ci prévenu des desseins de ce prince par des espions, rassembla aussitôt des troupes pour défendre Rome, fit transporter au palais de Latran les ornements et les trésors des églises situées au delà des murs, et ordonna que les portes fussent fermées et barricadées.
Adrien écrivit au roi, le conjurant par les divins mystères de ne point s'avancer sur les terres de l'Eglise, et le menaçant des foudres de Saint-Pierre. Didier voyant Rome en état de défense, n'osa pas entreprendre un siège régulier ; il se contenta de ravager les campagnes des environs, et retourna dans ses États. Ensuite, sur le bruit des jiréparatifs de guerre de Charlemagne, il s'empressa de le prévenir qu'il était disposé à donner pleine et entière satisfaction au saint-siége.
Les ambassadeurs qui étaient à la cour de Rome, .•\.lbin, George et Vulfard, abbé de Saint-Martin de Tours, engagèrent Charlemagne à repousser les propositions du roilombard, et sans même attendre la réponse du monarque, ils déclarèrent solennellement la guerre à Didier. Aussitôt l'armée française passa en Italie, et vint bloquer Pavie. Les peuples lombards de Rieti, de Spolète,d'Ossimo, d'Ancône et de FoHgni, etfrayés de cette invasion formidable, résolurent tle se soustraire aux horreurs de la guerre, et consentirent à passer sousla domination de la courde Rome. Le^ députés chargés de prêter serment en leur nom se rendirent dans la ville sainte, et jurèrent fidélité au pontife Adrien et à ses successeurs ; ils s'engagèrent à se couper la barbe et les cheveux à la manière romaine, pour montrer qu'ils étaient sujets de l'Église : après la cérémonie, le pape nomma duc de la province un des ambassadeurs nommé Hildebrand. Pendant la durée du siège de Pavie, Charlemagne lit un voyage à Rome pour assister à la célébration Je la fête de Pâques et pour conférer avec le pape. .\drien, prévenu de son arrivée, le reçut avec de grands honneurs ; les magistrats de la ville, les compagnies (le la milice, le clergé revêtu des ornements ecclésiastiques, et les enfants des écoles, portant des rameaux de buis et d'olivier, s'avancèrent en chantant des hymnes au-devant du monarque français.
Dès qu'il aperçut les croix et les bannières, Charlemagne descendit de cheval avec les seigneurs qui formaient son nombreux cortège, et tous s'avancèrent àpied jusqu'à la basilique de Saint-Pierre. L'orgueilleux pontife debout, 'entouré d'évêques, de prêtres et de diacres, attendait le monarque sur le seuil du temple. Celui-ci s'inclina profondément, baisa même les degrés de la basilique; ensuite il embrassa le pontife, et l'ayant pris par la main, ils entrèrent ensemble dans l'église, et se prosternèrent devant le tombeau de l'apôtre. La conférence commença après les prières; les deux alliés se jurèrent une amitié et une paix inviolables, et en présence d'une immense assemblée, ils confirmèrent leurs traités par des serments solennels.
Charlemagne renouvela la donation qui avait été faite à Etienne 111, par lui-même, par son frère Carloman, et par Pépin leur père; son chapelain et son notaire en dressèrent une copie qu'il signa de sa main ; les évèques et les seigneurs la souscridrent également ; alors elle fut déposée sur l'autel de saint Pierre, et tous jurèrent de la maintenir. Par cet acte, les pontifes devenaient possesseurs de l'île de Corse, des villes de Bardi, de Reggio, de Mantoue, de l'exarchat de Ravenne, des provinces de ^'énélie et d'Istrie, et des duchés de Spolète et de Bénévent. Avant le départ du roi, Adrien lui fit présent du
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