NEUVIÈME SIÈCLE
Réflexions sur l'histoire ecclésiastique du neuvième siècle. — Élection d'Etienne V. — Son voyage en France. — L'empereur
Louis reçoit le pape avec de grands honneurs.— Retour du pontife à Rome. — Mort d'Etienne V. I
Au commencement du neuvième siècle, le saintsiége se trouvait affranchi>Vlu joug des empereurs grecs, des exarques de Ravenne, et des rois lombards. En efiet, les papes, en couronnant Charlemagne empereur d'Occident, s'étaient ménagé dans ses successeurs des protecteurs puissants et intéressés, qui, pour maintenir leur tyrannie sur les peuples, obligèrent tous les évèques à se soumettre sans examen aux décisions de la cour de Rome.
Mais aussi on vit bientôt s'opérer dans la religion un changement étrange ; les saintes traditions turent méprisées,ja morale du Christ fut outragée; l'orthodoxie de l'Eglise ne consista plus que dans la souveraineté du pape, dans l'adoration des images et l'invocation des saints, dans le chant sacré, la solennité des messes et la pompe des cérémonies ; dans la consécration des temples, la splendeur des basibques, dans les vœux monastiques, dans les pèlerinages et dans la création de nouveaux ordres religieux.
Rome imposait son fanatisme et ses supertitions à toutes les autres Églises ; la morale, la foi et la véritable piété étaient remplacées par la cupidité, l'ambition et la luxure ; l'ignorance du clergé était si profonde, que l'on exigeait seulement des princes et
des dignitaires ecclésiastiques qu'ils sussent chanter l'oraison dominicale, le symbole, et les canons de la messe. La protection que Charlemagne avait accordée aux lettres fut impuissante pour changer les habitudes honteuses des prêtres, pour les faire sortir de l'abrutissement incroyable dans lequel ils étaient plongés; et les papes qui voulurent former des sujets capables furent obligés d'élever dans leurs palais les enfants qui montraient du goût pour l'étude et de l'aptitude pour les sciences.
Etienne V, qui était d'une famille des plus considérables de Rome, fut admis au palais patriarcal de Latran, suivant la coutume de l'époque, afin d'achever son éducation. Le pontife Léon l'ordonna sousdiacre, et plus tard lui conféra le diaconat, lorsqu'il eut reconnu que le jeune ecclésiastique était digne de sa protection par l'application constante qu'il apportait à ses études.
Après la mort du pape, Etienne réunit les suffrages unanimes du clergé, des grands et du peuple, et fut désigné pour lui succéder sur le trône de saint Pierre. Le premier soin du nouveau pontife fut d'envoyer ses légats auprès de l'empereur Louis pour lui demander une entrevue.
ETIENNE V
Cette démarche était nécessitée par les intérêts de son siège, qui était menacé par l'empereur d'Orient; et comme le danger était imminent, Etienne se détermina à se rendre en France, sans attendre le retour de ses envoyés ni même la réponse de Louis. Le monarque français ayant appris que le saintpère s'était mis en route pour ses états, dépêcha aussitôt des courriers extraordinaires à son neveu Bernard, roi d'Italie, avec ordre d'accompagner le pontife au delà des Alpes; en même temps il envoya des ambassadeurs et des gardes qui lui servirent d'escorte jusqu'à Reims.
A l'arrivée d'Etienne, l'empereur ordonna aux grands dignitaires de son royaume, à l'archichapelaiu Hildebald, à Théodulfe, évêque d'Orléans, à Jean, métropolitain d'Arles, et à plusieurs autres prélats, de se rendre au-devant du pape en grande cérémonie. Lui-même s'avança avec sa cour jusqu'au monastère de Saiut-Remi, et lorsqu'il aperçut le pontife, il descendit de cheval, et se prosterna dp.vant lui en disant : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. » Etienne le prit par la main en répondant : « Béni soit Dieu, qui nous a fait voir un se- « cond David. » Alors ils s'embrassèrent et se lendirent à la métropole, où l'on chanta un Te Deum L'un et l'autre prièrent longtemps en silence; enfin It pape se releva, et d'une voix éclatante il entonna des cantiques d'allégresse en l'honneur du roi de France
Le lendemain, il remit à la reine et aux grand'^ officiers de la cour les présents qu'il avait appoitis de Rome; et le dimanche suivant, avant de célébici le seivice divin, il sacra de nouveau l'empereur, lui posa sui la ttte une couionne d'or enrichie de pieirenes, et lui en piesenta une autre destinée à Irmcngaide, ([uil "(alua du nom dimptiatiiLC
Pendant son séjour à Reims, Etienne s'entretint tous les jours avec Louis le Débonnaire des aflaires de l'Éghse, et en obtint tout ce qu'il lui demanda; il fit même rendre la liberté aux meurtriers qui avaient attenté à la vie de Léon III.
On a tout lieu de croire que les règlements donnés alors par cet empereur pour la prétendue réforma des clercs ré.juliers, furent le fruit de ses conférences avec le saint-père; ces décrets avaient trait surtout aux abus qui s'étaient introduits dans l'Eglise relativement aux chanoines et aux chanoinesses. Depuis saint Chrodegang, le premier réformateur de cet ordre, les religieux et les religieuses qui en faisaient partie étaient tombés dans la plus étrange dépravation; hommes et femmes, tous vivaient dans les mêmes couvents, s'abandonnaient sans pudeur aux plus honteuses débauches, à la luxure, à l'ivrognerie, à la paresse, et avaient l'impudence d'élever sous leurs yeux, dans l'enceinte des- cloidcs, les enfants de
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Louis le Dcbonuaire aux genoux du pape Etienne V.
HISTOmE DES PAPES
leurs adultères et de leurs incestes. Louis le Débonnaire, toujours à l'instigation du pape, décréta qu'ils iiabitcraient des couvents séparés, et les autorisa seulement à garder des maisons à titre de propriétés communes où il leur permit de se réunir le jour et d'y recevoir les personnes qui leur étaient agréables. Il leur défendit d'entretenir des équipages de chasses, d'élever des chiens et des faucons, et il réglementa jusqu'au personnel des domestiques attachés aux monastères. Il fit en outre des prescriptions pour déterminer la quantité de viande et de vin qu'ils devaient consommer, pour mettre un terme à leur gloutonnerie. Il leur enjoignit
également de ne point porter l'habit monastique, et d'adopter pour insigne de leur dignité une sorte de camail noir, qui aujourd'hui encore sert à distinguer les chanoines et les chanoinesses. On voit, d'après ces documents, que la vie des chanoines consittiit à bien boire, manger fort et faire l'amour; et que l'existence des chanoinesses se passait en galanteries et en lascivetés.
Enfin le pontife revint en Italie comblé d'honneurs et de présents. Il ne jouit pas longtemps de la faveur du monarque français et de l'autorité pontificale. Il mourut le 22 janvier 817, ayant occupé le saint-siége l'espace de sept mois.
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Election de Pascal. — Louis adresse des remontrances aux Romains. — Nouvelles donations faites à l'Église. — Fable ridicule sur sainte Cécile. — Le pape fait crever les yeux et arracher la langue à deux p.-êtres romains qui étaient restés fidèles à la France. — Louis le Débonnaire ordonne une enquête à ce sujet. — Le pontife se justifie par serment des meurtres dont il est accusé. — Mort du pape Pascal.
Pascal, fils de Bonose, élevé, comme son prédécesseur, dans le palais patriarcal de Latran, avait reçu de Léon III le gouvernement du monastère de Saint-Étienne, situé près de l'église de Saint-Pierre. Il était chargé de distribuer des aumônes aux pauvres de Rome, et particulièrement aux pèlerins qui venaient des pays éloignés : ces fonctions lui rapportèrent des richesses considérables, qu'il employa plus tard en brigues pour arriver à la papauté.
Après la mort d'Etienne, le saint-siége resta vacant quelques jours; le peuple et le clergé s'étant assemblés, élurent le prêtre Pascal, qui se fît sacrer, sans attendre l'arrivée des commissaires de l'empereur. Le pape, connaissant la faiblesse du monarque <"i'ançais, ne prit pas même la peine de s'excuser de ce manque de procédés; il rejeta la faute sur les Romains, qui l'avaient obligé de se faire consacrer immédiatement, afin qu'il pût exercer les fonctions pontificales. Alors Louis notifia aux citoyens de Rome qu'ils prissent garde à l'avenir de blesser ainsi la majesté impériale, et qu'ils eussent à observer plus religieusement les usages de leurs ancêtres.
Mais ce prince débonnaire se repentit bientôt d'avoir fait écrire des paroles aussi sévères ; et pour racheter sa faute, il renouvela le traité d'alliance qui confirmait au saint-siége les donations de Pépin et de Gharlemagne, son aïeul et son père; il augmenta
même les domaines de l'Église, et reconnut la souveraineté absolue du pontife sur plusieurs patrimoines de la Campanie, de la Galabre, des campagnes de Naples et de Salerne; ainsi que la juridiction des papes sur la ville et le duché de Rome, sur les îles de Corse, de Sardaigne et de Sicile. Quant à cette dernière pronnce, on présume qu'elle a été ajoutée dans l'acte par une frauduleuse interpolation, car il est certain que la Sicile à cette époque n'appartenait pas aux princes français, et qu'elle faisait partie des états de l'empire d'Orient. Enfin Louis, renonçant aux privilèges de sa couronne, assura aux Romains le droit de libre élection, et leur accorda l'autorisation de n'envoyer des légats en France qu'après la consécration des papes.
La cour de Rome devint alors une puissance formidable: non-seulement les papes possédaient d'immenses revenus, mais encore tous les souverains d'Occident mettaient les armées sous leurs ordres, ruinaient les empires, exterminaient les peuples au nom de Saint-Pierre, et envoyaient les dépouilles des vaincus pour grossir les richesses du clergé romain, ■ et pour entretenir la paresse et les débauches des moines. Les pontifes ne se contentaient plus de traiter d'égal à égal avec les princes; ils refusaient de recevoir leurs envoyés et d'ouvrir leurs messages.
Ainsi l'empereur d'Orient, Léon V, et Théodore,