‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 89 sur 125 · PASCAL I · texte numérisé non relu

PASCAL I

patriarche de Constantinople, ayant adressé à Pascal des apocrisiaires chargés de le consulter sur le culte des images, le sainl-père refusa de les voir, et les fit chasser honteusement de Rome. Les ambassadeurs furent obligés de retourner àByzanee avec leurs dépèches.

Pascal, encouragé par les éloges de Théodore Studite, zélé adorateur des images, eut l'impudence, après cet excès d'audace, d'envoyer des légats à Gonstantinople pour ordonner à l'empereur et au patriarche de rétablir le culte des images, les mena- (^ant de sa colère s'ils persistaient dans leur hérésie. A son tour, le prince usa de représailles sur les envoyés du pontife; il les fit fouetter dans tous les carrefours de la ville, et pour se venger du saint-père, il mo;itra une extrême sévérité envers les iconolâtres.

Pascal désirant soutenir sa lutte contre l'empereur, fit publier que tous les chrétiens de Gonstantinople qui auraient souiïert pour la foi de l'Église seraient accueillis à Rome et nourris aux frais de Saint-Pierre ; à cet effet, il rétablit la basilique de Sainte-Praxède, et fonda pour les Orientaux un immense monastère, oîi l'on célébrait jour et nuit l'office divin en langue grecque; il affecta au couvent des revenus considérables en fonds de terre et en maisons ; il ornajplendidement l'intérieur de l'église, et plaça sur le maître-autel un tabernacle d'argent du poids de huit cents livres.

Toutes ces hbéralités épuisèrent ses trésors, et comme les fidèles montraient une grande tiédeur pour se dépouiller en faveur des étrangers, le pape imagina un singulier expédient pour faire affluer les aumônes dans son épargne. Il fit relever l'égUse de Sainte-Cécile, qui était tombée en ruines, et la fit orner avec une grande magnificence ; ensuite il plaça sur le maître-autel la châsse de la sainte, mais vide de ses reliques. Le dimanche suivant, il convoqua le peuple aux matines dans la cathédrale, et pendant qu'il était prosterné dans l'affliction de son âme, il feignit de succomber à un sommeil surnaturel.

A peine endormi sur son siège, sainte Cécile ellemême apparut au saint-père dans toute sa gloire, et lui parla ainsi: « Des prêtres impurs et des pontifes sacrilèges ont déjà cherché mes dépouilles mortelles; mais leurs yeux se sont ouverts dans l'obscurité, et leurs mains se sont égarées dans les ténèbres, car Dieu avait décidé qu'il serait réservé à vous seul de retrouver mon corps. » En achevant ces mots, elle lui désigna de la main un endroit du cimetière de Prétextât, et la vision disparut.

Pascal se réveilla au même instant, et instruisit les prêtres de cette vision miraculeuse; ensuite il se rendit avec son -clergé à la place indiquée; il pnt lui-même une bêche, creusa la terre, et découvrit le corps de la sainte revêtue d'une robe en tissu d'or ; à ses pieds étaient des linges fraîchement imprégnés de sang, et à ses côtés les ossements de Valérien, son époux. Le pape fit placer ces reliques miraculeuses dans une châsse étincelante de pierreries, et les fit transporter solennellement dans l'église qu'il avait fondée en l'honneur de sainte Cécile.

Depuis cette découverte merveilleuse, les offrandes des fidèles et les présents des pèlerins affluèrent dans la nouvelle église, et vinrent augmenter les richesses du saint-père.

Le même mirac\e renouvelé souvent par les sucirs du pontife a toujours rencontré des hommes simples et crédules !

« Ce premier succès, dit un ancien auteur, en- » gagea le saint-père à fabriquer des saints pour « vendre leurs ossements à toute la chrétienté, et ce « commerce lui rapporta de grandes sommes d'arec gent. » L'écrivain aurait dû ajouter que ce trafic abominable s'étendit promptement chez les moines, qui créèrent des milliers de saints et tinrent bouti- ((ue ouverte pour la vente des ossements des apôtres et des martyrs; pour la vente du bois de la vraie croix, des cheveux et des poils des parties honteuses de saint Joseph, de saint Jean-Baptiste, de la Vierge, etc.... Et devons-nous le dire, dans les siècles suivants, sous le règne de saint Louis, des prêtres eurent l'audace de vendre au duc d'Anjou, frère du roi, abomination et sacrilège ! 1 ! le prépuce de Jésus- Christ, et de l'exposer dans une église à l'adoration des fidèles.

Pendant que le souverain pontife s'occupait de grossir les trésors du saint-siége, les musulmans travaillaient à augmenter l'étendue de leur empire, et faisaient valoir comme preuve indubitable de l'excellence de leur foi sur celle des chrétiens , la rapidité de leurs conquêtes. L'empereur Léon s'imaginant que l'idolâtrie de ses sujets était la seule cause de leurs continuelles défaites, au lieu d'employer son énergie à combattre les Arabes, s'attacha exclusivement à faire la guerre aux images. Dans ce but, il s'adjoignit deux ennemis acharnés de l'iconolâtrie , Jean Hylas et le moine Antoine, qui s'occupèrent de compulser et de rassembler tous les livres traitant de la question des images. L'enquête terminée, les deux Pères vinrent déclarer au prince qu'il était incontestablement prouvé, que le prétendu prétexte qui obligeait les chrétiens à adorer les représentations des choses sacrées, ne se trouvait écrit nulle part. Léon fit appeler le patriarche Nicéphore, lui ordonna de se déclarer contre le culte des images ; et sur son refus d'obéir, il le menaça de faire briser toutes les statues qui ornaient les éghses, ainsi que les tableaux qui tapissaient les murailles des basiliques. Le prélat ayant persisté dans sa résistance, l'exécution suivit de près la menace; non-seulement Léon détruisit les statues et les peintures des éghses, mais encore il persécuta les fidèles qui étaient suspectés du crime d'iconolàtrie. Le patriarche Nicéphore lut conduit en exil et son siège fut donné à l'ignare Théodose, qui s'eft'orça de maintenir les ordonnances du souverain, en employant tour à tour les voies de corruption et d'intimidation. Théodose convoqua ensuite en concile les plus fougueux évêques iconoclastes et fulmina avec eux des anathèmes terribles contre leurs ennemis. Quelques-uns même ayant à juger plusieurs prélats qui par simplicité ou ignorance suivaient les errements de la cour de Rome, s'emportèrent jusqu'à les frapper en pleine assemblée avec les pieds et les mains, et même avec le bois de leurs crosses. La fureur du prosélytisme les poussa à décréter que tous les citoyens qui seraient seulement soupçonnés d'iconolàtrie auraient la langue coupée et les yeux arrachés. Les orthodoxes résistèrent aux persécutions, et attendirent

HISTUlRE LES PAPES

patiemment que la mort de Lùon V les mît à même d'user de représailles.

A cette époque, Lothaire, fils aîné de l'cmpereiir Louis, étant venu à Rome pour se faire sacrer par le pontife , fut scandalisé de tous les désordres qui existaient dans la ^^lle sainte, et particulièrement dans le palais du pape, qui ressemblait à un lupanar de ces villes maudites dévorées autrefois par le feu du ciel; il fit des remontrances sévères à Pascal, ol le menaça, au nom de Terapereur son père , de déférer l'examen de ses actions à l'autorité d'un concile. Le pontife promit de réformer ses mœurs; mais aussitôt que le jeune prince eut quitté l'Italie, il fit arrêter Théodore, primicierde l'Église romaine, et Léon le nomenclateur, deux prêtres vénérables, qu'il accusait de l'avoir desservi auprès de Lothaire; il les fit conduire dans le palais de Latran, et en sa présence il leur fit crever les yeux et arracher la langue ; ensuite il les livra aux mains du bourreau pour être décapités.

Louis le Débonnaire ayant été instruit de cette sanglante exécution, envoya l'abbé de Saint- Wast et Hurafroy, seigneur de Croire, pour faire une enquête contre le pape; mais le rusé Pascal avait expédié deux légats à la cour de France, pour supplier le monarque de n'accorder aucune croyance aux calomnies qui le représentaient comme l'auteur d'un crime auquel il n'avait pris aucune participation. Les explications des ambassadeurs ébranlèrent les convictions du prince; néanmoins Louis fit partir SCS deux commissaires pour Rome avec ses pleins pouvoirs.

feux-ci n'eurent pas même le temps de prendre des informations sur la conduite du pape; à leur ar-

rivée, Pascal se présenta à leur palais, entouré dé tout son clergé, et demanda à se justifier par serment, en plein concile et en leur présence. Le lendemam, il réunit dans le palais de Latran trente-quatre évoques vendus au saint-siége, ainsi qu'un grand nombre de prêtres, de diacres et de moines, et devant cette assemblée il jura qu'il était innocent de la mort du primicier et du nomenclateur. Alors les envoyés de France demandèrent que les meurtriers leur fussent livrés; le pontife repoussa leur réclamation sous prétexte que les coupables étaient de la famille de Saint-Pierre, et qu'il était de son devoir de les protéger contre tous les souverains du monde; d'ailleurs, ajouta-t-il, « Léon et Théodore ont jus- « tement été condamnés pour crime de lèse-ma- « jesté. »

Ensuite le saint-père envoya une nouvelle ambassade composée de Jean, évêquo, du bibliothécaire Sergius, et de Léon, maître de la mihce, afin de convaincre le monarque de la sincérité de ses protestations. L'empereur Louis ne jugea pas convenable, pour la dignité de l'Église, de pousser plus loin les investigations et les recherches, redoutant de se voir forcé, pour punir un crime, de livrer au bourreau la tête d'un pontife assassm

A leur retour à Rome les légats trouvèrent Pascal dangereusement malade, il mourut le 11 mai 82ii, après un règne de sept ans et trois mois.' Le pontife fut enterré dans le cimetière de Sainte Praxède, les Romains s' étant opposés à ce qu'on l'inhumât dans la cathédrale de Saint-Pierre.

Pascal a depuis été placé au rang des saints, et l'Église honore sa mémoire le 14 mai de chaque année !

IJûlalrie des images. — Sainte Anne.

IIISTOIKE DES PAPES

EFUENE

Élection d'Eugène II. — Voyage de Lothaire à Rome. — Il oblige le pape à restitner les richesses volées aui citoyens par ses prédécesseurs. — Constitution de Lothaire. — Il réprime l'avarice et l'ambition des pontifes. — Lettre de l'empereur Michel sur les superstitions des images. — Les évêques français a.ssemhlés en concile rejettent le culte des images et refusent de se soumettre à l'autorité du pape. — Désordres et ignorance profonde du clergé. — Concile de Rome. — Mort du pontife.

Après la mort de Pascal, les Romains se divisèrent en deux factions et pi-oclamèrent deux pontifes. Un prêtre nommé Zinzinus avait dans son ])arti les nobles, les magistrats et le clerfrr; Kul'^ii.'. ^mu compétiteur se présentait comme l'élu liii [i.;i|,i,.. Cette seconde faction étant la plus puix.nil.', Zinzinus fut contraint d'abdiquer la papauté, et de céder la place à Eugène, qui s'assit sur le trône de saint Pierre. Le nouveau pontife était Romain d'origine et fils de Boémond. Anastase le bibliothécaire dit formellement que la simplicité, l'iiumilité et les bonnes mœurs d'Eugène le rendaient très-recommandable.

Après son ordination, sa Sainteté informa Louis le Débonnaire de la sédition qui s'était élevée à Rome à l'occasion de son élection, en le priant de faire punir les coupables. L'empereur envoya Lothaire pour se faire rendre un compte exact de toute cette aflaire, et fit accompagner son fils du vénérable Hilduin, abbé de Saint-Denis et archichapelain.

A son arrivée dans la ville sainte, le prince ayant fait annoncer qu'il entendrait toutes les plaintes des citoyens, des familles entières vinrent se jeter à ses pieds, réclamant justice contre le saint-siége; et Lothaire put juger par lui-même combien les indignes prédécesseurs d'Eugène avaient rendu de condamnations injustes dans le seul but de s'emparer des richesses du peuple. Il ordonna au saint-père de restituer aux familles les terres et les domaines qui avaient été confisqués injustement ; et pour prévenir

de nouveaux abus, il fit publier la constitution suivante, devant le peuple assemblé dans la cathédrale de Saint-Pierre.

« Défense, sous peine de la vie, d'offenser ceux qui sont placés sous la protection spéciale de l'empereur.

Les pontifes, les ducs et les juges, devront rendre au peuple une justice équitable. Aucun homme libre ou serf n'empêchera l'exercice du droit d'élection des chefs de l'Église, quiappartient aux Romains, d'après l'anciemie concession qui leur en a été faite par nos pères.

Nous voulons que des commissaires soient établis par le pape, afin de nous signaler chaque année de quelle manière la justice a été rendue aux citoyens et comment la présente constitution aura été observée. Nous voulons aussi que l'on demande aux Romains sous quelle loi ils veulent vivre, afin qu'ils soient jugés d'après la loi qu'ils auront adoptée, ce qui leur sera accordé par notre autorité impériale.

Enfin, nous ordonnons à tous les dignitaires de l'Etat de se rendre en notre présence, et de nous prêter serment de fidélité en ces termes : « Je jure d'être fidèle aux empereurs Louis et Lothaire, malgré )a foi que j'ai promise au saint-s-iége ; et je m'engage à ne point permettre qu'on élise de pape non canoniquement, ni qu'il soit consacré avant d'avoir renouvelé devant les commissaires des souverains le

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