‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 90 sur 125 · EUGÈNE II · texte numérisé non relu

EUGÈNE II

serment qui est présentement formulé par le pontife, actuellement régnant, Eugène II. »

Avenlin affirme que celte constitution rétablit la

tranquillité dans Rome et fit cesser les désordres qui

' étaient soulevés dans toute l'Italie « par l'ambition,

l'avarice, les fourberies et les cruautés des papes. »

A son retour en France, Lothaire trouva les ambassadeurs de l'empereur Michel, dit le Bègue, chargés de l'instruire de la nouvelle victoire qu'il avait remportée sur l'usurpateur Thomas, et de l'heureuse iin des guerres civiles qui avaient désolé l'empire. Les envoyés grecs remirent à Louis des lettres de leur cour relativement au culte des images, qui était toujours la grande question religieuse.

« Nous vous faisons savoir, écrivait Michel, qu'un grand nombre de prêtres et de moines, à l'instigation des évèques de Rome, s'écartent des traditions apostoliques et introduisent des nouveautés condamnables dans le culte chrétien. Ils enlèvent les croix des basiliques, et les remplacent par des images devant lesquelles ils allument des lampes et brûlent de l'encens. Les dévots et les simples entourent ces idoles de linges et les prennent comme marraines de leurs enfants ; ils leur offrent les premiers cheveux des nouveau-nés, ils se prosternent devant elles et chantent des cantiques en implorant leur secours.

Les prêtres, dans leur fanatisme, grattent les couleurs des tableaux, et mêlent ces matières profanes au vin de l'eucharistie qu'ils donnent aux fidèles; d'autres ecclésiastiques déposent le pain consacré entre les mains des statues de pierre, et le font prendre ensuite aux communiants sur les idoles mêmes ; plusieurs moines osent célébrer les divins mystères sur des planches barbouillées de figures de saints, et ils appellent ces autels, des tables privilégiées.

Pour remédier au scandale de ces abus, les empereurs orthodoxes et nos évèques avaient assemblé un concile pour décider que les images seraient placées dans les temples à une hauteur convenable, afin d'empêcher les fanatiques d'allumer des lampes en leur honneur et de leur ofl'rir de l'encens, ou de brûler leurs cheveux Mais les prêtres, que cette superstition condaranalile enrichissait, n'ont pas voulu reconnaître l'autorité de nos synodes, ils en ont appelé au siège de Rome; et les pontifes, par l'espoir de partager avec eux les offrandes des fidèles, se sont rangés de leur parti et ont calomnié l'Église grecque.

Nous dédaignons de réfuter les mensonges infâmes des évèques de Rome, et nous vous déclarons seulement notre foi (nihoiloxe. Nous confessons la Trinité d'un Dieu en tcdis jicrsonnes, l'inclination du Verbe, ses deux volontés et ses deux opérations. Nous demandons dans nos prières l'intercession de la sainte Vierge, mère de Dieu, et de tous les saints, et nous honorons leurs reliques; nous reconnaissons l'autorité des trailitions apostoliques et les ordonnances de six conciles u'cuméniques ; enfin, malgré notre juste indii,niation contre la cour de Rome, nous consentons à recnnnaître sa suprématie sur les autres Églises Ndus envoyons même au pape Eugène un Evangue, une patène, et un calice ornés d'or et de pierreries, pour être offerts à la ba-

silique de Saint-Pierre par nos ambassadeurs, que nous vous prions de faire accompagner à Rome. »

Louis le Débonnaire les fit conduire en Italie avec une escorte nombreuse, dans laquelle se trouvait Fortunat, patriarche de Grade, qui devait être jugé par le pontife, relativement aux débauches qui l'avaient fait chasser de son siège par les Vénitiens et par les Grecs.

Pendant le séjour des envoyés de Michel, les évê- ([ues français Fréculfe et Adgaire demandèrent au saint-père, au nom de Louis l'autorisation d'assembler un concile dans les Gaules pour examiner la question des images. Eugène n'ayant point osé leur refuser son consentement, ils s'empressèrent d'en instruire l'empereur, qui ordonna aux évèques de son royaume de se réunir à Paris le premier novembre de l'année suivante.

Dans cette assemblée on prit connaissance de la lettre du pape Adrien adressée au prince Constantin et à sa mère l'impératrice Irène ; les Pères blâmèrent le pontife d'avoir ordonné aux Grecs l'adoration des images ; ils rejetèrent le concile de Nicée et le synode des iconoclastes comme étant l'un et l'autre lies conciliabules sacrilèges. Ils approuvèrent les dogmes enseignés dans les livres Carolins, et appelèrent impies les réponses qu'Adrien avait adressées à Gharlemagne sur ces capitulaires.

Enfin, lorsque les discussions furent terminées, Amalarius et Halitgaire, évêque de Cambrai, furent chargés de porter à Louis, au nom de l'assemblée, la lettre suivante : « L'illustre empereur, votre père, s'étant fait lire les actes du synode de Nicée, y trouva beaucoup de choses condamnables; il en adressa des observations judicieuses au pape Adrien, afin que le pontife censurât par son autorité les erreurs de ses prédécesseurs; mais celui-ci,^'avorisant ceux qui soutenaient la superstition des images, loin d'obéir aux ordres du prince, protégea les iconolâtres.

Aussi, malgré le respect dû au saint-siége, nous sommes forcés de reconnaître que dans cette grave question il s'est entièrement trompé, et que les explications qu'il a données des livres sacrés sont opposées à la vérité et détruisent la pureté de la foi.

Nous savons combien vous souft'rirez de voir que les pontifes romains, ces puissances de la terre, se si>nt écartés des préceptes divins et sonf tombés dans l'erreur; cependant nous ne nous laisserons point arrêter par cette considération, parce qu'il s'agit du salut de nos frères.

Nous vous prions donc, ô prince! d'adresser des réprimandes sévères aux Églises de Rome et de Constantinople, afin de faire retomber sur elles le scandale de la double hérésie de l'adoration ou du mépris des images; car c'est en condamnant hautement les iconoclastes et les iconolâtres que vous ramènerez l'orthodoxie et que vous assurerez le salut des peuples. «

Ainsi les chrétiens de la Gaule non-seulement repoussaient ledogme de rinfaillilùlité des papes, puisque deux empereurs très-religieux , Charlemagne et Louis, et un grand nombre de prélats, reconnaissaient que le saint-siége s'était entièrement trompé dans la question des images ; mais encore ils refusaient de sq

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