‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 91 sur 125 · EUGÈNE II · texte numérisé non relu

EUGÈNE II

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soumettre aux décrets d'un synode universel qui cependant avait été approuvé par le pape et auquel avaient assisté ses légats.

Les protestants en tirent logiquement cette conséquence : « Si des princes, des évêques et des conciles ont pu rejeter le culte des images comme une pratique superstitieuse et idolâtre, sans être hérétiques et sans encourir l'excommunication, nous pouvons librement aujourd'hui suivre cet exemple; car ce qui est permis une fois par les dogmes religieux

doit l'être pour l'avenir ; les lois divines ne pouvant pas être réformées par le caprice des hommes comme les lois politiques. »

Les désordres et les débauches du clergé, dans ce siècle de ténèbres, avaient entièrement détruit la discipline ecclésiastique; la corruption des mœurs était effroyable, surtout dans les couvents de moines et de religieuses.

Eugène II entreprit de réformer les abus, et convoqua un synode de tous les préliils d'Italie : soixante

évêques, dix-huit prêtres, six diacres, et un grand nombre de clercs et de moines, se rendirent aux ordres du saint -père. Cette assemblée réunissait tous les prélats les plus capables de l'Italie ; cependant leur ignorance était si profonde, qu'ils furent obligés de copier la préface des actes d'un concile tenu sous Grégoire II, pour leur servir de discours d'introduction. Voici les décrets qu'ils rendirent : « Des écoles seront établies dans les évêchés, dans les paroisses, et dans les autres lieux où elles seront reconnues indispensables. On construira des cloîtres près des cathédrales, et il sera enjoint aux clercs d'y étudier et d'y vivre en commun sous la direction d'un supérieur nommé par l'évèque du diocèse.

« Les curés ne pourront être chargés de la conduite d'une paroisse qu'avec le consentement du peuple ; et les prêtres ne seront ordonnés que pour un seul titre, afin de n'être pas obligés de demeurer dans des maisons séculières, à l'abri de toute inspection de leurs chefs.

« Il est défendu aux ecclésiastiques de s'occuper d'usure, de chasse, ou des travaux de culture. Ils paraîtront toujours en public revêtus de leurs habits sacerdotaux, pour être constamment prêts à remplir les fonctions de leur ministère, et pour ne pas être exposés aux insultes des sécuhers, qui pourraient les méconnaître sous des habits de laïque.

« Il est expressément défendu aux prélats de détourner à leur profit les biens des paroisses, et de lever des impôts sur leurs diocésains; cependant il leur est permis d'accepter les offrandes des fidèles, afin d'augmenter les richesses de l'Église.

« Les ecclésiastiques seront exemptés de paraître devant la justice, à moins que leurs témoignages ne soient absolument nécessaires. Dans les procès où ils seront engagés, ils se feront remplacer par des avocats chargés de les défendre, excepté dans les accusations criminelles, oii ils sont autorisés à se présenter en personne, si l'intérêt de la cause l'exige. »

Eugène II mourut quelque temps après avoir présidé ce synode ; il fut enterré à Saint-Pierre le 27 août 827.

Des auteurs ecclésiastiques affirment que le pontife distribuait lui-même des secours aux malades, aux veuves et aux orphelins. En effet, le soin extrême qu'il prit, pendant les trois années de son règne, d'approvisionner Rome des blés de la Sicile, l'a fait surnommer le Père des pauvres, titre jusqu'alors dédaigné par ses orgueilleux prédécesseurs.

Les décrets ' rendus par le dernier concile, et qui étaient inspirés par un grand esprit de sagesse, n'eurent malheureusement pas la puissance de réformer les mœurs corrompues des prêtres, ni de les exciter à l'étude. Le clergé ne changea rien à ses habitudes

vicieuses, et resta plongé comme auparavant dans une si profonde ignorance, qu'on citait comme des hommes très -instruits ceux d'entre les évêques qui savaient baptiser selon les règles, qui pouvaient expliquer en langue vulgaire le Pater, le Credo, et qui possédaient la clé du calendrier de l'Église.

Quant aux autres ecclésiastiques, ils ne savaient même pas distinguer les noms des anges et des démons, et invoquaient solennellement dans les litanies, Uriel, Raguel, Tobiel, Inias, Tubinac, Sabaoc et Simiel, tous déclarés esprits des ténèbres par le pontife Zacharie.

Dans les églises, le jour de la fête de Noël, ils annonçaient aux fidèles que le Verbe était entré dans le monde par l'oreille de la Vierge sainte ; et au vendredi saint, qu'il s'en était allé au ciel par la porte dorée. Presque tous les prêtres étaient anthropomorphites, c'est-à-dire qu'ils croyaient Dieu corporel; ils ne connaissaient ni le Symbole des apôtres, ni celui de la messe, ni celui de saint Athanase, ni même l'Oraison dominicale.

Les sermons de cette époque devaient nécessairement se ressentir de l'igmrance et de la grossièreté du clergé. Nous nous contentons de traduire un passage d'un discours du prédicateur le plus en renom sous le règne de Louis le Débonnaire, qui est regardé comme un modèle d'éloquence par le chroniqueur qui nous l'a transmis. Il sera facile, d'après cet exemple, de juger ce que devaient être les sermons des prédicateurs ordinaires. « Mes frères, disait-il à ses ouailles, le diable avec ses pieds fourchus, son membre viril noir et pointu, ses grandes cornes, ne péchait autrefois qu'à la hgne; maintenant il pêche à pleins filets. Autrefois il y avait quelque honnêteté à vivre dans le mariage ; à présent c'est toute chiennerie. Autrefois les hommes de trente et même de quarante ans savaient à peine ce que c'était que l'acte de fornication; aujourd'hui, filles et garçons , dès l'âge de quinze ans et même de douze ans , s'amusent entre eux et en remontreraient à leurs parents. Partout le diable pêche en eau trouble, et ramasse dans sa chaudière' les forniqueurs, les larrons , les usuriers , les pipeurs , les maquerelles et les putains. Vous tous, gens de mauvaise vie qui m' écoutez, vous êtes les aides du grand Lucifer dans sa pêcherie. Sachez donc quelle récompense vous attend dans l'autre vie. Vous grincerez tous des dents quand les diables vous perceront de leurs verges de feu précisément dans la partie cjui aura péché; ainsi, femmes luxurieuses et jeunes gens sodomites qui m'écoutez , soyez avertis, et prenez vos précautions pour faire un rempart à vos parties honteuses... Il n'est qu'un moyen de vous garantir de l'enfer, c'est de donner de l'argent à l'Église!...»

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