VA LENT IN
Origine de Valentin. — Son éducation.
Il est protégé par Eugène II. — Opinion des historiens sur l'élection du pontife. Éloge de Valentin. — Sa mort.
Valentin, Romain de naissance, était fils d'un citoyen nommé Pierre. Il avait été élevé dans le palais patriarcal de Latran; et le pontife Pascal I"', pour récompenser le jeune ecclésiastique de son assiduité à l'étude, l'avait ordonné sous-diacre. Eugène II l'attacha ensuite à sa personne, et lui porta une affection si vive, que les Romains affirmaient que le pontife était le véritable père de Valentin ; il le consacra archi-diacre , lui donna une autorité absolue sur tous les ecclésiastiques de sa cour, et le combla de faveurs et de richesses. Les évêques, jaloux de la puissance du favori, répandirent des bruits infâmes sur Valentin, qu'ils accusaient d'entretenir des relations criminelles avec le pape.
Cependant l'influence de Valentin était si grande, qu'après la mort de son protecteur il fut élevé sur le saint-siége par les suffrages du clergé, des grands et du peuple.
Plusieurs auteurs affirment que son élection ne fut pas exempte des brigues employées de tout temps par les ecclésiastiques qui convoitaient la tiare; ils citent à l'appui de leur assertion que les prêtres qui avaient nommé Valentin chef de l'Eglise, redoutaient tellement qu'un autre pape ne fiit proclamé par ceux de la faction opposée, qu'ils s'empressèrent de l'in-
troniser avant même de l'avoir consacré, action contraire à toutes les coutumes de l'Église ; que même ils conférèrent l'épiscopat au diacre avant de l'avoir ordonné prêtre. D'autres soutiennent, au contraire, que le nouveau pontife s'opposa de tout son pouvoir à son élection, et qu'on fut obligé de l'enlever de force de l'église Saint-Gôme et Saint-Damien, où il s'était caché pour ne pas accepter la haute dignité à laquelle il venait d'être promu.
Anastase le bibliothécaire s'exprime ainsi sur ce pontife : «Sa jeunesse ne ressembla point à celle des autres prêtres ; loin de rechercher les plaisirs et les jeux, il fuyait la dissipation et se retirait dans la solitude, afin de se livrer entièrement à l'étude de la sagesse et de la religion. Aussi il était devenu le modèle que les mères de famille proposaient à leurs enfants, et il acquit une réputation de sainteté parmi les fidèles de Rome.
« Élevé sur la chaire de l'apôtre, où il n'apparut qu'un instant, Valentin montra aux fidèles les vertus admirables du christianisme unies à l'esprit de tolérance ; mais la mort, qui ne respecte ni le mérite, ni les dignités, ni les grandeurs, le frappa bientôt, et l'Église perdit l'un de ses meilleurs pontifes le 10 octobre 627, après un règne de cinq semaines. »
Ëlcction de Grégoire IV. — Translation des reliques de saint Grégoire et de saint Tiburcc. — Disputes violentes entre le pape et les moines du couvent de Farse. — Les commissairei de Louis condamnent le pontife à restituer les terres usurpées par le saint-siége. — Révolte des enfanLs d; l'empereur Louis le Di';ljonnaire. — Grégoire trahit le prince. — Louis est déposé et en'erraé dans un monastère. — Générosité du roi anvcrs l'Église romaine. — Mort de Grégoire IV.
Grégoire était Romain d'origine, fils d'un patricien nommé Jean ; le pontife Pascal lui avait conféré le sous-diaconat et la prêtrise.
Platine rapporte qu'après la mort de Valentin, le diacre Grégoire, élevé au trône de saint-Pierre par les suffrages unanimes du clergé et du peuple, refusa d'abord cette haute dignité. Papeliroch affirme au contraire que Grégoire, d'un caractère lâche et perfide, fut soupçonné d'avoir hâté la mort de son prédécesseur, et qu'il n'obtint le saint-siége que par ses brigues et par la violence. « Les Romains, dit cet historien, ne voulurent pas consentir à son ordination, dans la crainte de s'exposer au ressentiment de Louis le Débonnaire; et ils envoyèrent des ambassadeurs au monarque pour le prier de nommer des commissaires qui seraient chargés d'examiner la validité de l'élection. Lorsque les envoyés français se furent rendus dans la ville sainte, le politique Grégoire les combla de présents, acheta leur amitié, et il obtint la confirmation de son titre de pape. Il fut consacré en leur présence, la veille de l'Epiphanie, dans l'église de Saint-Pierre. Cependant, quelque temps après, l'empereur, éclairé par les rapports de ses ministres sur la conduite dupontife, lui écrivit une lettre sévère, et menaça de le faire déposer, s'il ne réparait le scandale de son élection, surtout s'il ne changeait complètement de genre de vie, s'il ne renonçait à ses liaisons adultères, à ses débauches, et s'il ne menait une conduite plus exemplaire que par le passé. »
Dès lors Grégoire voua au prince une haine implacable, dont nous verrons les effets dans les dernières années de son règne.
D'abord il s'occupa de faire réparer les églises de Rome qui tombaient en ruines ; il éleva de nombreux monastères, qu'il dota d'immenses richesses arrachées aux peuples par le glaive des rois ou nar la fourberie des prêtres. Ensuite il fit transporter dans une des galeries de la basilique de Saint-Pierre le corps de Grégoire le Grand ; il le fit placer sous l'autel d'un oratoire dédié à ce saint, et dont l'abside était de mosaïque sur fond d'or. On célébrait tous les ans dans cette chapelle la fête de ce pontife, et pendant la cérémonie les fidèles baisaient le pallium, le reliquaire et la ceinture avec Lesquels il avait été enseveli. Les corps de saint Sébastien et de saint Tiburce furent déjjosés dans le même oratoire.
Grégoire IV rebâtit l'église de Saint-Marc, qui avait été son titre, et la décora magnifiquement; il fit poser sur le maître-autel un tabernacle d'argent du poids de mille livres, et fit transporter dans le sanctuaire le corps de saint Hermès; avant l'inhumation du martyr, il lui coupa un doigt, qu'il envoya en présent à Éginhard, l'ancien secrétaire de Gharlemagne. Néanmoins les soins qu'il prenait de reconstruire les temples en ruines ne l'empêchaient pas d'étendre sa solhcitude sur les affaires temporelles ; il fit relever les murs d'Ostie, et fortifia le port, qui avait été démantelé par les Sarrasins, dans leurs
GRÉGOIRE IV
i- champ ilu .
eïcursions sur les îles ou sur les côtes voisines de l'em- Louchure du Tibre , cette ville fut entourée de hautes murailles, défendues par des bastions garnis de fossés profonds; il la ferma avec d'immenses portes gainies de herses, et fit placer sur les murs des espèces de catapultes pour lancer des pierres, et des machines formidables destinées à repousser les attaques des ennemis. La nouvelle cité fut nommée Grégoriopolis.
Pendant le séjour que les commissaires de l'empereur firent à Rome, Ingoalde, abbé de Farse, leur apporta une lettre de Louis, qui leur commandait d'examiner avec impartialité les plaintes portées contre les papes Adrien et Léon, qui étaient accusés par l'abbé du monastère de Sainte-Marie de s'être empart's de cinq domaines d'une grande étendue, appartenant à son couvent. Ingoalde fit valoir auprès des ambassadeurs les démarches qu'il avait déjà faites sous les pontificats d'Etienne, de Pascal et d'Eugène, et leur représenta que n'ayant pu obtenir justice, il s'était enfin adressé à l'empereur.
Les commissaires instruisirent le pape des ordres qu'ils avaient reçus, et le sommèrent de se faire représenter devant leur tribunal; un avocat fut aussitôt envoyé de Rome pour présenter la défense du saintsiège, celui-ci repoussa la réclamation d'Ingoalde comme attentatoire à la dignité du pape, et affirma
solennellement, au nom de Grégoire, que les domaines en litige n'avaient jamais appartenu au monastère de Sainte-Marie. L'abbé se levant alors de son^ siège, appela sacrilèges et menteurs le pontife et son défenseur; il montra les titres des donations qui avaient été faites à son couvent par le roi Didier, et confirmées par l'empereur Gharlemagne.
Sur des preuves aussi authentiques, les commissaires furent obligés de condamner la cour de Rome à restitueras biens dont elle s'était emparée injustement; mais l'avocat refusa de se soumettre à leur décision, et le pape approuvant cette résistance, déclara qu'il se rendrait lui-même en France pour l'aire casser le jugement des commissaires. Malgré la déclaration de Grégoire, le prince ordonna qu'on exécuterait sans retard le jugement prononcé contre le saint- siège ; Ingoalde fut mis en possession de ses domaines, et l'acte qui les lui conférait fut déposé dans les cartulaires de Farse pour la conservation des droits du monastère.
Déjà Grégoire avait juré une haine implacable à Louis le Débonnaire à l'occasion des menaces qu'il lui avait adressées lors de son élection; cette dernière affaire le transporta de fureur, et il ne garda plus de mesure dans sa conduite envers le monarque, D'abord il excita les enfants contre le père; ensuite,
lorsque Lothaire se fut déclaré en pleine révolte, le Baint-père vint en France pour appuyer la cause du prince et assurer le succès de la réhellion en plaçant ces fils coupables sous la protection de l'Église.
La Chronique de Saint-Denis, en parlant de. ces événements, prétend « que les démons de l'enfer animèrent tous les fils de Louis le Débonnaire, et que Satan lui-même fit venir l'évèque de Rome, sous un prétexte charitable, comme s'il voulait rétablir la paix entre l'empereur et ses enfants, mais en réalité afin d'accroître les mécontentements réciproques, et pour excommunier le monarque et les évoques qui s'opposeraient aux volontés exécrables de ses fils dénaturés. »
Aussitôt que Grégoire eut franchi les Alpes, les prélats restés fidèles à l'infortuné Louis écrivirent au pape pour l'obliger à sortir de France; ils lui rappelèrent les serments qu'il avait faits au monarque, lui reprochèrent la trahison dont il se rendait coupable envers son prince en venant troubler son royaume, et en s'immisçant dans les affaires de l'État, qui n'étaient point de sa compétence, et lui déclarèrent que s'il entreprenait de les frapper d'interdit, ils retourneraient contre lui-même les excommunications et lesanathèmes, et le déposeraient solennellement des fonctions sacrées.
Le pontife, effrayé de cette opposition formidable, résolut de quitter la France ; et déjà il se préparait à retourner à Rome, lorsque deux moines, les créatures de Lothaire, pour le rassurer, lui mirent sous les yeux les passages des pères et les canons des conciles italiens qui le déclaraient juge suprême de tous les chrétiens. Alors l'orgueil triompha de la crainte, et son audace n'eut plus de bornes. Grégoire osa écrire aux évêques du parti de l'empereur une lettre dans laquelle il élève le pouvoir du saint-siége audessus des trônes, et soutient que ceux qui ont reçu le baptême, quel que soit leur rang, lui doivent une entière obéissance. « Si j'ai juré fidélité au roi, ditil, je ne peux mieux remplir mon serment qu'en ramenant la paix dans l'État ; et vous ne devez point nj'accuser de parjure, vous qui êtes coupables de ce crime envers moi. »
De son côté, Lothaire répandait des proclamations contre son père, mais en termes moins véhéments que ceux du souverain pontife ; il voulait seulement, assurait-il, punir les mauvais conseillers dont son père était entouré et empêcher que la tranquillité du royaume ne fût compromise par leurs avis insensés. Grégoire se rendit dans le camp de Louis le Débon naire, sous prétextede désigner àl'empereur les hommes qu'il devait exiler de la cour, et pour rétablir la concorde, selon les maximes de l'Evangile, entre le père et les enfants. Il demeura plusieurs jours auprès de l'empereur, et tout en lui faisant des protestations d'un dévouement inaltérable, il s'assura de la défection des troupes et de la trahison des chefs, par des présents, par des promesses ou par des menaces ; et la nuit même de son départ, tous les soldats passèrent dans le camp de Lothaire.
Le lendemain, Louis, ayant été instruit de cette odieuse trahison, comprit qu'il ne pouvait plus résister aux projets criminels de ses fils; il congédia les serviteurs fidèles qui étaient restés près de sa personne, se rendit au camp des princes, et se livra
lui-même entre leurs mains. La plaine od ces événements se passèrent est située entre Bàle et Strasbourg; depuis elle fut nommée « le Champ du Mensonge, » en souvenir de l'infamie du pontife.
Louis' fut reçu par ses enfants avec de grandes démonstrations de respect; bientôt après ils le séparèrent de Judith son épouse, dont ils confièrent la garde à Louis, roi de Bavière ; ensuite, à l'instigation de Grégoire IV, ils le déclarèrent prisonnier et déchu de la dignité impériale. On le dépouilla de ses ornements royaux ; on le revêtit des habits destinés aux pénitents publics, et il fut contraint, en présence d'une multitude innombrable, de confesser à haute voix des crimes vrais ou imaginaires dont il était accusé par ses enfants. Lothaire le fit enfermer dans le monastère de Saint-Médard à Soissons, s'empara de l'autorité souveraine, et se fit prêter serment par le clergé, par les seigneurs et par l'armée, comme empereur d'Occident et comme roi de France.
Après avoir dirigé et consacré cette infâme usurpation, le pape retourna triomphant en Italie, Néanmoins, l'autorité des enfants de Louis le Débonnaire ne fut pas de longue durée; les peuples, indignés de la conduite de Lothaire, se révoltèrent contre lui et rétablirent l'empereur sur le trône. A son tour Louis résolut de se venger du pontife, et il envoya aussitôt à Rome saint Anscaire, métropolitain de Hambourg, accompagné des prélats de Soissons et de Strasbourg et du comte Gérold, afin d'interroger le saint-père sur la part qu'il avait prise dans la conjuration des princes français.
Grégoire protesta par serment de la pureté de ses intentions, renouvela les assurances de son dévouement à la personne du roi, s'engagea à le servir contre ses fils, et combla de présents les envoyés de France. Le faible I^ouis consentit à oublier le passé; il pardonna à ses enfants, et poussa l'mdulgence jusqu'à interposer son autorité pour protéger le saintsiége contre Lothaire son fils, qui, furieux de la nouvelle trahison du pape, avait ordonné à ses officiers de traiter avec une grande dureté les prêtres de l'Éghse romaine et le saint-père lui-même.
Louis le Débonnaire écrivait ainsi à son fils: « Souvenez-vous, prince, qu'en vous donnant le royaume d'Italie, je vous ai recommajidé d'avoir le plus grand respect pour la sainte Église romaine, et que vous avez juré de la défendre contre ses ennemis, et de ne point la laisser exposée aux outrages des étrangers. Faites donc cesser les violences de vos soldats contre le clergé de Rome. Je vous commande de faire préparer des vivres et des logements pour ma suite et pour moi, car je veux me rendre en pèlerinage aux tombeaux des apôtres; et j'espère, à mon arrivée dans la ville sainte, que toutes les plaintes auront cessé contre vos troupes. »
La noble et généreuse conduite de Louis le Débonnaire dans cette circonstance suffirait pour flétrir à jamais la mémoire de l'exécrable pontife, qui s'était servi du voile de la religion pour armer les enfants contre leur père !
Ce prêtre, lâche, fourbe, perfide, sacrilège, sans principes et sans foi, occupa la chaire de saint Pierre pendant seize ans; enfin il mourut au commencement de l'année 844.
SEHGIUS II
Histoire de Sergius, surnommé Groin de cochon. — Troubles causés par rilection de Sergius. — Voyage du roi Louis à Roms. — Audace du ponlife. — L'élection du pape est confirmée. — Sergius et son frère vendent publiquement les charges de l'Église. — Le peuple romain prête serment de fidélité à l'empereur. — Louis est couronné roi des Lombards. — Enlèvement de la belle Ermengardc, fille de Lothaire. — Division entre l'empereur et ses frères. — Concile de Paris. — Noménoé i'empare de la souveraineté de Bretagne. — Incursions des Sarrasins en Italie. — Le miracle du Mont-Cassin. — Mort de Sergius.
Sergius était Romain de naissance ; il avait perdu son père dans un âge très-tendre, et sa mère avait pris un soin extrême de son éducation; malheureusement elle lui fut enlevéeà la suite d'une épidémie, et le jeune Sergius demeura orphelin.
Le pape Léon III le fit admettre dans l'école des chantres, où il se distingua par des progrès rapides et par une grande aptitude au travail Son protecteur l'ayant pris en affection, le fit acolyte; Etienne IV le nomma ensuite sous-diacre; et Pascal I" l'ordonna prêtre du titre de Saint-Sylvestre; enfin Grégoire IV le fit archiprêtre du titre de Saint-Martin.
A la mort de ce pontife, les seigneurs et le peuple s'assemblèrent pour lui donner un successeur. Mais le nombre des ambitieux était si considérable, ([ue les partis flottaient dans l'indécision et ne se prononçaient pour aucun des compétiteurs. Le frère de Sergius, profitant habilement de la disposition des esprits, fit répandre le nom de l'archiprêtre dans le peuple ; et ses partisans proclamèrent que Sergius était seul digne de la tiare ; les suffrages ainsi enlevés à l'entraînement et à la surprise, se portèrent aussitôt sur l'heureux archiprêtre.
Un diacre nommé Jean briguait également la chaire de Saint Pierre; furieux d'avoir échoué dans ses projets il se mit à la tète des soldats et enfonça les portes
du palais de Latran afin de procéder à une nouvelle élection. Les prélats et le peuple se précipitèrent à la suite des factieux dans la demeure patriarcale; on arracha le diacre de l'église oîi il s'était réfugié; on chassa ses partisans ; enfin, lorsque le tumulte fut apaisé, les citoyens de Rome se rendirent à la basilique de Saint -Martin, qui était le titre de Sergius ; il fut conduit avec de grands honneurs au palais de Latran; une foule immense de prêtres et de moines le suivit en chantant des hymnes sacrées ; et le même jour il fut consacré solennellement et intronisé en présence du peuple.
Anastase rapporte que pendant la nuit qui suivit cette imposante cérémonie, « il tomba une si grande quantité de neige, que la ville sainte semblait le lendemain s'être revêtue d'une robe sans tache, en signe de réjouissance et de présage favorable pour le nouveau règne. "
Avant son élection, le pape se nommait Os porci, Groin de cochon ; après la consécration, il changea ce nom ridicule et prit celui de Sergius. On attribue à cette circonstance l'origine de l'usage qui s'est conservé depuis pour les papes, de choisir un nouveau nom en montant sur le saint-siége.
Le diacre Jean, en punition de sa révolte, avait été renfermé dans une étroite prison ; les magistrats
HIt>TOII\E DES PAPEb
Le diacre Jean fait enfoncer les portes du palais de Lilran
chargés de son jiigemfiit voulaient le condamner à l'exil; les ecclésiastiques, toujours plus féroces i[ue les autres hommes,' trouvaient le châtiment trop doux, et demandaient qu'on lui arrachât les yeux et la langue. Sergius s'op|)osa à toutes ces mesures cruelles, fit rendre la liberté au prisonnier, et le rétablit dans son diaconat.
Au milieu de ces désordres, le nouveau pontife, pressé de recevoir la consécration, n'avait pu attendre le consentement de Lothaire pour se faire ordonner : l'empereur, irrité de cet acte de désobéissance, résolut d'envoyer à Rome son fds aine Louis, accompagné de son oncle Drogon, évèque de Metz, afin de témoigner son mécontentement au saint siège, et pour défendre qu'à l'avenir on osât consacrer les papss sans son autorisation.
Avant son départ, le jeune Louis fut déclaré roi ^d'Italie, et Lothaire lui donna une suite magnifique pour l'accompagner dans son royaume Aussitôt que Sergius eut reçu la nouvelle de l'arrivée du prince, il envoya à sa rencontre les magistrats de Rome, les élèves des écoles, les compagnies de la milice avec leurs chefs; tous entonnant des cantuiues en l'honneur du jeune souverain, et portant les croLx et les bannières en tête du cortège, comme on le pratiquait à la réception des empereurs. Louis traversa la ville sainte au milieu d'un cortège immense et s'avança
vers le parvis du Saint-Pierre, où se tenait le pontife Sergius^ entouré de son clergé, revêtu d'ornements étincclants d'or et de pierreries.
Lorsque le roi eut monté les degrés du temple, les deux souverains s'embrassèrent, et ils entrèrent tous deux dans la cour d'honneur, en se tenant par la main. A un signal du saint-père, les portes intérieures, qui étaient d'argent massif, se fermèrent comme d'elles-mêmes; alors Sergius se tournant vers le prince, lui dit : « Seigneur, si vous venez ici avec la volonté sincère de contribuer de tous vos efforts au salut de l'iitat et de l'Eglise, je vous ferai ouvrir les portes sacrées ; sinon, vous n'entrerez pas dans le temple de l'apôtre. »
Le prince ayant affirmé que ses intentions n'étaient point hostiles au saint-siége, les portes s'ouvTirent aussitôt devant eux, et ils entrèrent dans l'enceinte de la basihque, aumiheu des bénédictions du peuple, qui faisait retentir les voûtes de ses cris d'allégresse; et les prêtres entonnèrent le cantique . « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur I » Ensuite tous deux se prosternèrent devant la Confession de Saint Pierre. Lorsque les prières furent achevées, Sergius accompagna Louis jusqu'au porche du temple, où ils se séparèrent.
Cependant, malgré les assurances pacifiques données par le jeune monarque, les soldats de son es-