SERGIUS II
les lils de Louis lu Debuniiaiie
corte, campés autour de la vîUe, avaient ordre de ravager la campagne, afin de punir les Romains d'avoir ordonné un pape sans attendre l'arrivée des commissaires de l'empereur. Les prélats et les seigneurs fran çais s'assemblèrent même pour examiner si l'élection de Sergius était régulière et si on devait chasser du trône pontifical l'audacieux archiprètre. Cette assemblée, composée de vingt-trois évéi|n.'s, d'un grand nombre d'abliés et de seigneurs, il.iil irllcuii'iit indignée des brigues et des machinatimis du saint-père, qu'Angilbert, métropolitain de Milan, accusa hautement Sergius d'avoir excité par son ambition tous les désordres qui désolaient la ville sainte, d'avoir sou-
doyé des bandes d'assassins pour se faire élire pape, et déclara qu'il se sépaiait de sa communion.
Viguier affirme également (jue sous le règne de Sergius les prêtres avaient toute licence; il ajoute : « Le pape avait un frère appelé Benoît, homme d'un caractère brutal, qui s'empara de l'administration ecclésiastique et politique de la ville de Rome. Par son avarice, il mit le désordre au dedans comme au dc'linrs, et accabla le peuple d'exactions. Il vendait Ijuliliqiiement les évêchés, et celui qui en donnait le plus haut prix obtenait la préférence. Enfin il rendit l'usage de la simonie si naturel au clergé italien, qu'il n'existait pas dans cette province corrompue un
HISTOIRE DES l'APES
sutil 1^0(1110 ou un pn'lrt", anime do loualilcs intentions, qui n'adiussàt des plaintes à l'empereur pour empêcher cet abominable trafic.
» Alors la divine Providence, lassée de ces abominations, envoya le fléau des païens, alln de se venger des crimes de la cour de Rome. Les Sarrasins, poussés par la main de Dieu, vinrent jusque sur les terres de l'Eglise, firent périr un grand nombre d'hommes et saccagèrent les villes et les châteaux. »
Telle était la position affreuse de Rome six mois après l'intronisation de Sergius. Néanmoins le jeune prince, séduit par les présents et par les adulations du pontife, confirma cette élection malgré l'avis de ses conseillers, et il exigea seulement que les citoyens de Rome renouvelassent leur serment de fidélité envers lui-même et envers son père. La cérémonie eut lieu dans la basilique de Saint -Pierre : les seigneurs italiens et français, le clergé, le peuple et le pontife jurèrent, devant le corps de l'apôtre, une entière soumission à l'empereur Lothaire et à son fils; après quoi Louis reçut la couronne et l'épée des mains de Sergius, qui le proclama roi des Lombards.
Drogon, évêque de Metz, qui avait favorisé le saintsiége dans cette affaire difficile, reçut en récompense de ses bons offices des sommes énormes et le titre de vicaire apostolique, avec pleine autorité sur les métropolitains des églises situées au-delà des Alpes, et le droit d'assembler des conciles généraux.
La discorde qui régnait parmi les enfants de Louis le Débonnaire ne s'était point éteinte depuis sa mort; et les haines éclatèrent enfin à l'occasion de l'enlèvement de la belle Ermengarde, fille de Lothaire, ravie par un seigneur nommé Gisalbert, vassal du roi Charles le Chauve. Lothaire accusa ses frères Charles et Louis le Germanique d'avoir autorisé le rapt de sa fille, et les menaça d'une guerre terrible. Louis se justifia de cette accusation par serment; Charles, au contraire, ayant répondu à son frère qu'il ne redoutait point les menaces, toute la colère de l'empereur se tourna contre lui.
Pour assurer sa vengeance, Lothaire entreprit d'abord de rétablir sur le siège de Reims le prélat Ebbon, qui autrefois avait été chassé de son diocèse à cause de ses crimes, et avait été remplacé par le célèbre Hincmar ; il fit promettre à Ebbon d'employer l'influence de la religion pour détacher les peuples de leur obéissance envers le roi de Neustrie; ensuite il s'occupa de faire prononcer par le pape la réhabilitation de l'indigne archevêque.
Sergius, docile aux ordres de l'empereur, écrivit au roi Charles qu'il avait cité les évoques Gondebaud, métropolitain de Rouen, et Hincmar, pour qu'ils eussent à comparaître dans la ville de Trêves, où devaient se rendre les légats du saint-siége, afin d'examiner dans un concile la cause du prélat déposé. Le prince s'opposa au départ de ses évêques, objectant qu'ils n'étaient pas en sûreté dans une contrée ennemie, et il indiqua la ville de Paris pour le lieu de réunion. Les légats ayant consenti à ce changement, le synode se rassembla pour juger les deux prélats : Ebbon ne comparut pas devant les évêques et n'en- Foya pas même des lettres pour motiver son absence. Alors les Pères déclarèrent qu'ils lui interdisaient, jusqu'au moment où il se présenterait devant eux, toute
prétention sur le diocèse de Reims, avec défense de tenter aucune entreprise contre son successeur.
Ebbon, intimidé par la sentence du synode, se détacha entièrement de la cause de Lothaire; malgré les sollicitations du souverain, il refusa d'en rappeler au saint-siége, et vécut encore cinq années dans la retraite et l'obscurité.
L'empereur ayant échoué dans ses projets contre l'archevêque de Reims, forma de nouvelles intrigues et encouragea la révolte de Noménoé , duc des Bretons. Ce seigneur ambitieux avait levé une armée contre Charles le Chauve et voulait se faire déclarer roi de Bretagne, malgré les évêques de la province, qui étaient dévoués au roi de Neustrie et refusaient de le sacrer. Dans ce siècle de superstitions et d'ignorance, les nations regardaient les prêtres comme 'les seuls dispensateurs des couronnes, et les princes n'étaient reconnus légitimes souverains qu'après avoir reçu le diadème de la main des évêques. Lothaire, connaissant l'avarice du saint-père, engagea le duc à faire partir pour Rome une brillante ambassade chargée d'offrir de magnifiques présents à Sergius, en échange du rétablissement de la royauté de Bretagne. En effet la démarche de Noménoé obtint une pleine réussite, le pontife déclara ses prétentions justes et légitimes, et ordonna aux évêques bretons de le consacrer roi, sous peine de déposition et d'anathème. Le dnc assembla alors les prélats de sa province, et par ses menaces il les força d'exécuter les ordres du pontife.
Ainsi la France était devenue une arène sanglante, où les descendants de Charlemagne se disputaient le premier rang et rivalisaient de crimes et d'attentats.
L'Italie, plus malheureuse encore sous la tyrannie des papes, se trouvait livrée sans défense à l'avarice des prêtres et à la cruauté des Sarrasins.
Les Maures après avoir remonté le Tibre vinrent assiéger Rome et se répandirent dans les campagnes ; les églises de Saint-Pierre et de Saint-Paul furent pillées, et le magnifique autel d'argent qui ornait le sépulcre de l'apôtre Pierre devint la proie de ces barbares; ils s'emparèrent de la petite ville deFondi, et après en avoir passé les habitants au fil de l'épée, ils la brûlèrent et emmenèrent les femmes en captivité. Lothaire ayant envoyé des troupes contre eux, ils établirent leur camp près de Gaëte, attendirent bravement les Français, et les mirent en déroute.
Cette victoire augmenta l'audace des Sarrasins; ils pénétrèrent plus avant en Italie, et se dirigèrent vers le couvent du Mont-Cassin, célèbre par les immenses richesses qu'il renfermait. Arrivés le soir en j vue du monastère, les Maures posèrent leurs tentes ' sur les rives d'un ruisseau qu'on pouvait facilement passer' à gué et qui les séparait du Mont-Cassin, remettant au lendemain le pillage de cette riche abbaye, afin que rien ne leur échappât.
Les moines, qui se trouvaient sans défense à la merci des Arabes, n'attendaient plus que la mort; dans leur désespoir, ils se rendirent nu-pieds, des cendres sur là tête, à l'éghse de Saint-Benoît, pour passer la nuit en prières et invoquer la protection de leur bienlieureux fondateur. Alors, par un miracle éclatant, au moment où ils entonnaient le chant des hymnes sacrées, le ciel se couvrit de nuages, et il