ÉLIOGABALB» 17* PAPE. ALEXANDRE SÉVÈRE
empereur. empereur.
Etat de rËglise. — Le pape fait bAtir une église sur l'emplacement d'an lieu de débauche. — Cimetière de Calliste. — Entrepôt général des reliques de toute la chrétienté. — Indulgence du pape pour les prêtres souillés de crimes. — Mort de- Calliste.
Calliste ou Callixte était Romain et fîïs de Domitius : il fut élevé sur le saint-siége , et il appliqua tous ses soins à profiter du eakne dont le clergé jouissait sous le règne d'Héliogabale, prince entièrement occupé de ses débauches. La mort de cet empereur augmenta encore la tranquillité de l'Église^ et les fidèles commencèrent à jouir de l'exercice public de leur religion sous Alexandre Sévère. Ce prince favorisait ouvertement les chrétiens, aimait leur discipline, et se glorifiait de suivre la plupart de leurs maximes. Un auteur païen nous rend compte d'une contestation qui s'éleva entre les prêtres et les cabaretiers de la ville de Rome, au sujet d'un endroit dont ces derniers, voulaient faire un lieu de débauches, et que les chrétiens avaient choisi pour y tenir leurs assemblées religieuses. L'empereur l'adjugea aux prêtres^ quoiqu'ils l'eussent usurpé sur le bien public, et il permit à Calliste d'élever un temple dans ce même lieu. Les
m HUTOIBB DBS PAPI8. [WÊk.]
traditions ajoutent qu'il le dédia à la sainte Vierge ; ce qui n'est pas présumable, puisque Fusage des dédicaces religieuses n'était pas encore établi.
L'ouvrage le plus remarquable qu'on attribue au pontife est le fameux cimetière qui porte son nom , et dont il est si souvent parlé dans les Martyrologes et dans nos légendes : il est 9 sans contredit , le plus grand en étendue , et le plus renommé de tous les cimetières qui sont autour de Rome ; et les prêtres affirment qu'on y a enterré cent soixante-quatorze mille martyrs et quarante-six papes. Il subsistait avant le règne du saint-père, mais on lui a donné le nom de Galliste parce qu'il l'avait agrandi et qu'il y fut lui-même enterré. D'autres traditions disent au contraire qu'il fit mettre les corps des chrétiens avec ceux des païens , et elles affirment que l'Église n'eut de cimetières particuliers que vers le cinquième siècle.
Les actions de Galliste sont restées dans le plus profond oubli, et on lui attribue faussement le jeûne des Quatretemps, usage dont on ne trouve aucune trace avant le pontificat de Léon, qui vivait sur la fin du cinquième siècle.
Le saiût-père défendit de recevoir contre les ecclésiastiques des accusations portées par des gens décriés, suspects ou ennemis des accusés ; sage précaution, qui fiit cependant rejetée par l'odieux tribunal des inquisiteurs de la foi, lorsqu'ils poursuivai^t les malheureux protestants. Le pontife regardait comme hérétiques les fidèles qui prétendaient que les prêtres ne pouvaient jJus exercer les fonctions pastorales «près être lombes dans quelques crimes , et même après en VfW Mt péfiitenoe» G^ principes rigides fujmt repouiéi
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par Galliste , qui prévoyait que les ecclésiastiques de tous les siècles auraient besoiu de l'indulgence de TÉglise,
Les Actes des martyrs nous apprennent qu'après avoir été longtemps en prison » Galliste fut précipité par une fenêtre dans un puits très-profond , et que les fidèles obtinrent la permission d'enlever son corps, qui fut enterré dans le cimetière de Galepode, sur le chemin d'Aurèle.
On suppose, mais à tort, qu'il mourut en 2%, après avoir gouverné TËglise l'espace de cinq ans et un mois ; car rien n'est moins authentique que le martyre de ce pontife : il est prouvé au contraire qu'il n'y eut aucune persécution sous le règne de l'empereur Alexandre , et que ce monarque protégea Galliste et lui accorda l'autorisation de fonder la première église chrétienne qui fut élevée dans Rome.
Alexandre était Syrien de naissance, et le surnom injurieux d' Archisynagogue que lui donnaient les Romains atteste qu'il protégeait toutes les sectes juives et particulièrement les nazaréens. Origène affirme même queMammée, mère de l'empereur , était chrétienne , et qu'elle passait les journées à s'instruire des vérités annoncées par les Apôtres. Aussi les auteurs du Martyrologe ne pouvant établir d'une manière incontestable le martyre de Galliste , ont-ils prétendu que le préfet de Rome lavait persécuté à Finsu de l'empereur. Mais pour démontrer la fausseté de cette allégation , il suffît de rappeler que ce magistrat, nommé Ulpien, était un modèle d'équité; et que d'ailleurs une action de cette nature n'aurait pu être cachée longtemps, puisque Alexandre avait défendu par un édit aux gouverneurs des provinces et aux autres officiers de l'empire, d'esAfcer aucun acte de violence contre ses sujets pour cause
lae HISTOIRE DES PAPES. (SM.]
de rebgion ^ quels que fussent le rang , la fortune ou les croyances des accusés. Ainsi il est constant qu'il n*y eut aucun, martyr sous ce règne , et qu'au contraire les sectateurs de la religion nouvelle furent hautement protégés.
Déjà les idées chrétiennes , exprimées dans de nombreux écrits et répandues par le zèle infatigable des Pères ^ avaient pénétré dans la société païenne ; beaucoup de riches citoyens de l'empire admettaient quelques-uns des nouveaux dogmes, et avaient une grande vénération pour les ministres du culte. On cite particulièrement un seigneur nommé Âmbroise, de fiunille consulaire^ qui protégait publiquement à Alexandrie les lettres chrétiennes , et qui entretenait à ses frais un nombre considérable de scribes occupés à transcrire les ouvrages des ecclésiastiques. Pour Origène seul^ il avait sept notaires qui écrivaient sous sa dictée ; vingt libraires mettaient au net ses œuvres, et des filles calligraphes les transcrivaient ensuite pour les autres Églises.
On appelait notaires ceux qui possédaient Fart d'écrire en notes abrégées, chaque signe représentant un mot, afin qu'on pût suivre facilement la parole dans un discours animé; ils étaient chargés de rédiger les dépositions des témoins^ les procédures judiciaires , les délibérations du sénat; comme aujourd'hui les sténographes sont chargés de reproduire toutes les paroles prononcées dans un discours^ jusqu'aux acclamations et aux interruptions. On appelait libraires ou antiquaires ceux qui transcrivaient en caractères élégants et à la portée du vulgaire les notes et les discours cons^rés par les notaires.
IttC) HISTOIRE D'URBAIN I«. 137
URBAIN r,
ALEXAinOEE SÉYÈEE, 18* PAPE. ALEXAIO^RB SÉVÈRE ,
empereur. empereur.
Incertitude sur le pontificat d'Urbain. — Piété de l'empereur. — Il veut faire recevoir Jésus-Christ au nombre des dieux de l'empire.
— Le pape en signe de mépris crache sur la statue du dieu Mars.
— Mort d'Urbain. — On fait remonter à ce pontife l'usage des vases d'or dans les églises. — Il augmente les revenus du clergé.
— Richesses des évoques.
Urbain était Romain de naissance et fils d'un des premiers seigneurs de la ville ^ nommé Pontien. On ne connaît ni le conunencement , ni la fin, ni la durée de son pontificat.
Pendant qu'il gouverna l'Ëglise de Rome les chrétiens ne furent point persécutés : Alexandre Sévère, cpii régnait alors, loin de faire la guerre aux fidèles, les favorisait dans toutes les circonstances , et ne se conduisait que par les conseils de sa mère Mammée, qui était chrétienne. U plaça l'image du Christ dans son cabinet , au rang des grands hommes pour lesquels il avait de la vénération , et il eut même la pensét de le faire recevoir au nombre des dieux de Fempire. Urbain, profitant des bonnes dispositions de ce prince , fit un grand nombre de conversions^ et étendit le christianisme jusque dans la maison de l'empereur.
Cependant un autre Urbain, qui était alors préfet de Rome et ennemi juré du nom chrétien > fit comparaître le
laS HISTOIRE PES PAPES. [233.]
saint-père devant son tribunal , et lui ordonna d'offrir de lencens au dieu Mars : le poutife ayant été amené devant l'idole, il brisa l'encensoir en signe de mépris, et cracha sur le dieu. A l'instant même, le préfet condamna le saint é vaque à mourir dans les tourments : Urbain fut traîné en prison avec plusieurs fidèles » et ils souifrirent tous le martyre. Mais les actes d'après lesquels nous avons traduit la vie du saintpère sont accusés de fausseté^ et l'on rapporte sa mort à l'an 233 de Jésus^Christ > qui concourt avec le dixième de l'empire d'Alexandre Sévère. Il fut enterré dan^ le cimetière de Prétextât^ sur le chemin d'Appiua,
Les auteurs disent que cet évêque introduisit dans l'Ëglise l'usage des vases précieux : si ce fait est véritable, il met la conduite d'Urbain en grande opposition avec celte d'Alexandre Sévère^ qui ne voulait ni or ni argent dans les temples des idoles I et prétendait avec raison que u l'or ne pouvait » être d'aucune utilité dans la religion* d
On fait remonter à ce pontife l'origine du temporel des églises ; on ajoute qu'il aftecta aux besoins du clergé les fonds et les métairies que les chrétiens venaient lui oflVir, et qu'il divisa les revenus de manière à ce qu'ils fussent pro« portionnés aux travaux des ministres de la religion. Mais aujourd'hui les usages sont bien changés ! les prêtres qui s'acquittent de leur devoir avec le plus d'exactitude sont mal récompensés ; ceux qui sont chargés du soin d'une nombreuse paroisse reçoivent les plus modiques traitements, pendant que les évèques et l'es archevêques possèdent des biens iohnms/» qu'ils «ugQientent tous tes jours.
nu,] HIPIOIRE DE PONTUK.
PONTIEN,
ÀI.EXÀVDRB SÉYAu,
MAXIMM,
empereur.
empereurf
Naissance de Pontien. -** Il est eiilé en Sardaigne. -^ Son abdieation. -*» H meurt sous les coups de bâton. -« Conte ridicule d'une femme possédée du diable.
Les auteurs qui parlent de Pontien nous apprennent qu'il était Romain de naissance et fils de Galpurnius. Il gouverna son église pendant quelques n^ois avec tranquillité ; mais ensuite il fut troublé dans les fonctions de son ministère par les en*nemis du christianisme , qui le firent reléguer en Sardaigne. Cette contrée malsaine , couverte de marais ^ avait été choisie comme un lieu de bannissement où l'on envoyait ceux dont on voulait se défaire. Avant son départ, le saint-père ne voulut pas laisser son Église sans conducteur ; et afin que les fidèles de Rome fiissent en droit de choisir un autre évêque 9 il déclara solennellement qu'il abdiquait le pontificat.
L'empereur Alexandre Sévère avait condamné Pontien k 1 exil non pour cause de religion, car ce prince n'était point persécuteur, mais il s'était laissé surprendre par les artifices et les calonmies des ennemis de Pontien , qui l'accusaient de Youloir troubler l'empire. Cet évêque gouverna TËglise de Rome pendant quelques mois ; et lorsque Maximin suscita une nouvelle persécution contre les chrétiens , saint Pontien
itO HISTOIRE DES PAPES. [237.]
fîit ramené de Sardaigne pour recevoir la couronne du martyre , et il expira sous les coups de bâton vers l'an 237.
Les chroniques racontent une histoire merveilleuse recueillie par les historiens sacrés, et qui montre la fourbme des prêtres , même dans les premiers siècles du christianisme : d après eux , il existait en Gappadoce une femme possédée du diable » qui contrefaisait la prophétesse ; elle séduisit par de faux miracles plusieurs fidèles qui la regardaient comme une sainte. Un prêtre nommé Rustique et un diacre s'étaient même laissé surprendre à ses prestiges; elle avait la hardiesse d'administrer le baptême et Teucharistie avec les mêmes cérémonies qui s'observaient dans l'Église. Mais un homme d'une grande piété soutint publiquement que cette femme était possédée du diable^ et par ses prières il fit sortir de son corps le démon Âstaroth , qui s'échappa en vomissant des flammes sur le peuple assemblé.
On place à cette époque la mort du célèbre Tertullien , prêtre de Carthage et le digne émule d'Origène; il fut hérétique comme son contemporain, et devint l'un des propagateurs les plus ardents des doctrines de Montanus. Ses nombreux écrits attestent l'étendue de ses lumières et la profondeur de ses connaissances. Â ce sujet, nous ferons remarquer que les Pères de l'Église ont presque tous été hérétiques.
[Vn.] HISTOIRE D'ANTEROS. lU