‹ Histoire des papes (volume 3)Chapitre 28 sur 78 · GORDIEN · texte numérisé non relu

GORDIEN

empereurs.

Élection miraculeuse dé Fabien. — Nouvelle fable du Saint-Esprit soas la forme d*un pigeon blanc. — Le saint chrême rafraîchi. — Condamnation de Privât. — Les Actes des martyrs sont remplis de faussetés et d'erreurs grossières. — < Septième persécution de rÊglise. — Mort de Fabien.

Quelques jours après la mort de saint Anteros» Fabien» que l'on croit être Romain ou Italien de naissance i fils de Fabius, fut âtt pape d'une manière miraculeuse, s'il est permis de s'en rapporter à Eudèbe et aux auteurs qui l'ont Âuivi. Us racontent que Fabien avait quitte là campagne et s'était rendu à Home pour assister à l'élévation d'un nouveau pontife : les fidèles étaient assemblés dans l'église pour l'élection et proposaient plusieurs personnes très-considémbies, sans songer h Fabien^ quoiqu'il fût présent. Tout à coup un pigeon blanc, volant d'en haut, vint s'arrêter sur sa tête; alors les fidèles, se rappelant que le Saint-Esprit s'était manifesté sous une forme semblable dans le baptême de Jésus-Christ^ s'écrièrent que Dieu leur marquait sa volonté : aussitôt Fabien fut proclamé évêque, et porté sur le siège épiscopal , sans autre formalité que celle de l'impo^ siiioii des mains.

A cciio rpoque , on n'avait pas encore adopté la èoutume de

Ikk HISTOIRE 1)£S PAPES. [KO.)

se prosterner devant le pontife de Rome immédiatement après son élection, ni de lui baiser les pieds.

D'après quelques traditions , le saint-père introduisit Tusage de rafraîchir le saint chrême tous les ans le jeudi saint, et de brûler dans Féglise celui de Tannée précédente; mais l'antiquité ne nous a rien conservé d'important ni de certain sur les actions de Fabien , ou sur les règlements qu'il fit dans Tadministration de sa charge. Il excommunia Privât, évêque de Lambèse , homme d'une conduite scandaleuse et d'une doctrine pernicieuse , qui avait déjà été condamnée en Afrique , dans un concile de quatre-vingt-dix évèques. Nous ne savons quels dogmes enseignait l'hérésie de Privât, qui fut éteinte avec lui ; et il serait à désirer que Ton ignorât de même la plupart des schismes qui ont bouleversé les Églises.

Suivant Thistoire d'Eusèbe, Tempereur Philippe et son fds étaient chrétiens , et les actes du martyre de saint Pontien affirment que Tévêque Fabien baptisa ces deux princes; mais il n'est pas vraisemblable que les soldats, les grands et les peuples eussent souffert la domination de Philippe s'il avait embrassé le christianisme; et d'ailleurs le sénat, composé d'ennemis jurés de la nouvelle religion , n'aurait pas mis Tempereur au nombre des dieux de l'empire.

Après la mort de ces deux princes, Décius, qui leur succéda , vint troubler l'Église par une furieuse persécution que Ton compte pour la septième : plusieurs fidèles et le pontife à leur tète reçurent la couronne du martyre , et d'autres ^ en très-grand nombre, apostasièrent. Les auteurs indiquent la mort de Fabien en 255, mais des chronologies plus exactes la rapportent à Tan 250.

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VACANCE DU SAINT-SIÈGE

Lft persécution continue. — Le grand Gyprien, évèque de Carthage, s'enfuit honteusement. — Saint Grégoire Thaumaturge abandonne son troupeau. — Miracle chrétien imité du paganisme. <— Un saint éyèque et son diacre changés en arbres.

Platine s'est trompé dans sa chronol(^6 en indiquant que le siège épiscopal de Rome ne resta vacant que six jours après le martyre de saint Fabien. Les historiens conviennent qu'avant d'élire un autre pontife on attendit que la rigueur de la persécution fut apaisée, et ce sentiment est d'autant mieux fondé, qu'une partie des ecclésiastiques de Rome et des évêques voisins étaient prisonniers , dispersés ou cachés : ainsi, le saint-siége ne fîit pas occupé pendant plusieurs années, et le clergé prit soin du gouvernement de l'Église.

La persécution continuant toqours à faire de grands ravages dans l'Église d'Orient et dans celle d'Occident, le grand Gyprien^ évèque de Garthage^ fut obligé^ par ordre de Dieu^ d'abandonner son diocèse^ comme il le témoigne dans ses lettres : il fut proscrit et ses biens confisqués. Saint Grégoire Thaumaturge^ évêque de Néocésarée, dans le Pont, prit également la fuite et se retira avec son diacre sur une colline déserte : les persécuteurs poursuivirent les

deux prêtres , et ayant découvert le lieu de leur retraite^ ils I. 10

IM tnBTOmi DES PAPB8. [IBO.]

cernèrent la montagne : les uns gardaient le passage de la vallée, et les autres cherchaient dans toutes les cavernes. Grégoire dît à son diacre de se mettre en prière avec lui, et d'avoir confiance en Dieu : il commença lui-même à prier, se tenant debout^ les mains étendues et regardant le ciel fixement. Les païens après avoir visité toutes les roches et les endroits les plus çachësi revinrent dans le vallon, assurant qu'ils n'avaient trouvé que deux arbres près l'un de l'autre.

Cette étonnante métamoi'phoâè frappa d'épouvante le bei^er qui avait servi de guide aux ennemis de Grégoire : pendant la nuit il retourna sur la montagne^ et il aperçut Tévéque et son diacre immobiles, en oraison dans le même endroit où les persécuteurs avaient vu ces deux arbreâ : alors il se prosterna à leurs pieds et demanda le baptême.

La légende rapporte également qu'un jour, pendant que le pieux évéque s'entretenait sous un des portiques d'Alexandrie avec d'autres prélats, une courtisane vint effrontément lui réclamer le prix d'une nuit de débauche qu'elle av.iit passée avec lui, et qu'il avait refusé de lui payer. Ceux qui connaissaient la vertu de Grégoire se levèrent indignés pour chasser cette femme ; mais lui, sans s'émouvoir^ dit à Tun d'eux : « Donnez, je vous prie, à celte fille la somme qu'elle demande, )) À peine l'argent eut-il touché la main de la courtisane^ qu'elle fut saisie de l'esprit des ténèbres ; elle tomba 3ur la poussière, se roula avec d'horribles contorsions, déchira ses vêtements et poussa des hurlements^ qui paraissaient sortir de l'enfer. Grégoire pria alors sur elle, et aussitôt la terre trembla sous leurs pas, une odeur sulfureuse infecta l'gir, et la courtisane fut délivrée du démon !

[m.] mSTOlRK DE BAINT CORNEILLE I". IVT

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