GALLUS ET VOLUSIEN^ 23"^ PAPE. ÉMILIEN
empereun. empereur.
Ëloge de Lucias. — Il est exilé. — Son retour à Rome. —
Incertitude sur son martyre.
Lucius, successeur de Corneille, était Romain, et fils de
Porphyre; il avait accompagné le pontife dans son exil, et
après sa mort, les fidèles le jugèrent le plus digne d'entre les
confesseurs et les prêtres de cette église, pour remplir la
place d'évêque. Mais le saint-père n'exerça pas longtemps les
fonctions de cette charge^ ayant été banni de Rome par les
persécuteurs, il fut ensuite rappelé de Texil^ et on lui permit
de revenir dans son église, qu'il gouverna l'espace de cinq
mois. On n'est pas assuré que Lucius ait souffert le martyre^
et les historiens sont dans le même doute sur la durée de son
pontificat; mais ils conviennent cependant qu'il mourut dans
l'année de son élection , c'est-à-dire en 253. Depuis quelques années seulement, Gyprien était parvenu
à l'évêché de Carthage , et ses écrits l'avaient déjà rendu une des colonnes de l'Ëglise d'Afrique. Ce pieux évéque avant de se convertir au christianisme avait enseigné publiquement les belles lettres et avait acquis de grandes richesses. Nonseulement il distribua aux pauvres tous ses biens, mais encore il fit à ses nouvelles croyances le sacrifice de sa vie entière. Saint Cyprien est Fauteur d'un traité de morale extrè-
mement rigoureux sur la discipline ecclésiastique, ce qui prouve que déjà le clergé était fort immoral à cette époque.
Un jour, Tévéque Eucratius layant consulté pour savoir s'il devait refuser la communion à un comédien qui continuait u se livrer à son art, quoiqu'il eût embrassé le christianisme. (( Chassez cet histrion du temple de Dieu, répondit le saint, )) la loi divine défend aux hommes de se couvrir de vêtements )) de femmes et d'imiter leurs gestes et leurs démarches. U faut » que cet impie renonce à jouer les rôles de courtisanes et de » reines impudiques sur le théâtre^ ou qu'il reste éloigné de )) la communion des fidèles. S'il allègue sa pauvreté pour )) excuse, l'Eglise lui accordera des secours comme elle fait )) pour ses autres enfants, pourvu qu'il se contente d'une » nourriture frugale, et qu'il ne prétende pas qu'on lui doive )) une récompense pour le retirer du péché, puisque c'est son » intérêt et non le nôtre. »
On cite sur Cyprien un autre épisode bien plus curieux : Un évéque nommé Pompone lui avait demandé, dans une lettre^ s'il devait donner la communion à de saintes filles qui ayant fait vœu de virginité, prétendaient s'exercer à vaincre l'esprit du mal en partageant la couche des jeunes prêtres et des diacres. Cyprien lui répondit que s*il était vrai qu'elles eussent conservé leur virginité, on ne devait point leur refuser la communion; mais qu'il était préférable qu'elles ne renouvelassent point d'aussi dangereuses épreuves, pour éviter le scandale*
[Ht.) msXOIBS VSIDBNNS I".
ETIENNE r.
TALimiiN, 24* PAPE. gallikit»
Naissance d'Etienne. — Fautes de ce pape.-^II protège injustement deux é?è<jues accusés de grands crimes. — Son ambition. — Saint Gyprien assemble un concile et condamne le pape. -^ Dureté d'Etienne. — Firmilien lui reproche publi({uement ses crimes. — Saint Gyprien forme contre le pontife des accusations atroces. — Querelles singulières entre les saints. — Fables sur le martyre d'£tieune. — Despotisme du pape.
Etienne était Romain de naissance et fils d'un prêtre nommé Jules : il fut élu évèque de Rome en récompense des services qu'il avait rendus à TËglise.
Vers le commencement de son pontificat^ il se laissa séduire par deux évoques d'Espagne^ qui , après avoir été légitimement déposés , étaient venus supplier le saint-père de les rétablir. Ges prélats^ nonmiés Basilide, évèque de Léon et d'Âstorga, et Martial^ évèque de Mérida^ étaient convaincus d'être libellatiques , c'est-à-dire de faire partie de ces lâches chrétiens qui n'avaient pas sacrifié aux idoles» mais qui avaient donné ou reçu des billets d'abjuration, afin de sauvef leur vie^ leur liberté et leurs biens. Basilide et Martial étaient en outre accusés de crimes énormes^ qui les rendaient ip-
dignes de l'épiscopat, et avaient obligé les évêques d'Espagne à leur donner des successeurs. .
Etienne accueillit favorablement leurs plaintes^ parce qu'elles favorisaient l'accroissement de son autorité ; et sans même approfondii* la vérité des faits ^ il rétablit ces deux prélats dans leurs églises. Le clergé d'Espagne, scandalisé de la conduite du pontife ^ envoya des députés vers les évoques d'Afrique^ pour implorer leur secours contre les désastres dont l'ambition du saint-père menaçait leurs provinces. Gyprien assembla aussitôt un concile de vingt-huit prélats, qui confirmèrent la déposition de Basilide et de Martial : ensuite il envoya à Rome deux prêtres pour instruire le pape des décisions de l'Église d'Afrique ; mais saint Etienne ne voulut ni leur parler ni les voir^ et défendit même aux fidèles de les recevoir et d'exercer envers eux les simples devoirs de l'hospitalité. Sa colère le porta encore à d'autres excès ; il retrancha de sa communion les évêques d' Aû*ique^ et il leur écrivit d'une manière si arrogante , que son orgueil souleva l'indignation des Orientaux.
Firmilien ^ évêque de Césarée , adressa à saint Gyprien une longue épitre^ où il lui témoigne une grande estime et une profonde affection ; en même temps , il fait éclater son ressentiment contre le pape, et il dit en parlant d'Etienne :
« Pourrait- on croire que cet homme ait une âme et un » corps? apparemment le corps est bien mal conduit, et cette )) âme est déréglée : Etienne ne craint pas de traiter son frère » Gyprien de faux Ghrist^ de faux apôtre^ d'ouvrier fraudu- )) leux; et pour ne pas l'entendre dire de lui-même, il a l'au- )) dace de le reprocher aux autres •••••••»
IHT*] HISTOIRE D'ETIENNE I*'. 15T
Cette lettre a paru violente à Pamelius, et il avoue qu'il ne Teût pas insérée dans son édition, si Morel et Tumebe ne lavaient rapportée avant lui. Fleury n a point osé la traduire ; il passe également sous silence les accusations atroces que saint Cyprien intenta au pontife, en lui reprochant « d'être )) arrogant» opiniâtre, ennemi des chrétiens^ de défendre la » cause des hérétiques contre TËglise de Dieu, et de préférer )) la tradition humaine à l'inspiration divine. » Âinsi^ même danâ les premiers siècles du christianisme, les saints mettaient dans leurs disputes ce fiel et cette aigreur que nous remarquons toujours dans les querelles religieuses; mais alors ^ les peuples abrutis embrassaient avec fureur les opinions de leurs évèques, et des milliers d'hommes étaient massacrés pour soutenir les erreurs de misérables prêtres !
Les différentes opinions des historiens sur la mort du pape Etienne ne font pas connaître la vérité : un ancien Pontifical rapporte qu'il fut condamné au bannissement , comme saint Cyprien et saint Denys d'Alexandrie; et qu'ensuite^ étant revenu à son église, il fîit arrêté et mis en prison avec deux autres évêques, neuf prêtres, et trois diacres; on ajoute qu'il obtint des magistrats la permission de réunir dans son cachot les principaux ecclésiastiques, et de leur consentement il remit tous les vases sacrés et le trésor de l'église entre les mains de son diacre Sixte, qu'il désigna pour son successeur : ensuite il fut décapité sur la place publique.
Les Actes des martyrs, selon Baillet, ont encore moins d'authenticité que le Pontifical; ils racontent que le saint-père fut pris le second jour du mois d'août et conduit à l'empereur Yalérien, qui le condamna à être dévoré par les bêtes
IW HISTOIRE DES PAPES. [SBTO
féroces dans le cirque ; mais là chute subite et miMiculébse d'un temple de Mars ayant &it fuir les gardes qui Tacoom* pagnaient) le pontife parvint à fuir dans un cimetière yoisin ; se croyant à labri de leurs poursuites^ il commençait à offrir le sacrifice divinf lorsque les soldats vi turent le chercher et lui tranchèrent la tète sur l'autel. Le Père Pagi a suivi ces Actes. Nous adopterons, comme plus vraisemblablei Topinion des savants, qui assurent que saint Etienne est mort dans la prison , après quatre ans de pontificat et au commencement de Tannée 357.
Sa doctrine sur le baptême est très^bizarre ; il affirmait que ce sacrement régénérateur embrasait Tàmd des néophytes, et entrait en eut sous deust formes, s^appuyant de ces paroles de saint Jeàn-^Baptistd : (( Celui qui viendra après moi vous baptisera au Saint-^Esprit et au feu. »
il cite encore comme une preuve irréfragable de l'orthodoxie de sa doctrine, Texemple du centenier Corneille^ qui reçut TËsprit saint avant Teau rémunératrice, et eelui des apôtres, qui furent au contraire baptisés par l'eau longtemps avant de recevoir le Saint-Esprit ; enfin il démontre par des passages de l'Evangile que ce Sacrement a une forme multiple, doctrine entièrement opposée aux décisions des conciles œcuméniques , et qui suffirait pour le faire regarder comme hérétique, si TEglisé ne l'avait canonisé.
ffm^ tmoîBÈ os SIXTE tt. m