‹ Histoire des papes (volume 3)Chapitre 31 sur 78 · SIXTE II · texte numérisé non relu

SIXTE II

TA2.ÉEIEN, 85* PAPËâ OALLIftir^

empereur. tniperiur.

Ëloge de SiitA. «^ S<m éleotioti. ~ Il termifiô lei querellés ridictilds nir le baptéitid'* -^ Hérésie d« Subëlliuâ. «-^ Iji perd^c^ution contimii. -^ Mort da pape*

Sikte, qtié pluâkui^ autenM tioiumetit Xystc, et qu'ils font par conséquent le seul de ce dernier nom, était Grec de nation et Athénien de naissaiiôe. Il avait exercé avec beaucoup de charité^ de z&lô et de fidélité, la eharge de diacre sous Etienne; et lorsque le pape ht arrêté, U demanda à le suivre dans sa prison : ensuite il devint le gardien et le dépositaire des vases, des meubles, de tout Targent de TËglise ; et après la mort d*Étienne il fut élevé à la dignité épiscopale.

La fatale question sur le baptême des hérétiques continuait à diviser les fidèles^ après avoir séparé d'une manière scandaleuse Gyprien et saint Etienne : mais Siite, moins violent ou moins ambitieux que son prédécesseur, termina celte querelle ridicule en accédant aux opinions des évéques d'Afrique. Aussi saint Ponce, diacre de Carthage, l'appelle dans ses ouvrages un bon et pacifique prélat.

Dans une lettre, Deuys d'Alexandrie donnait avis au pape Sixte d'une hérésie qui commençait alors à paraître ; il lui écrivait :

« Il s'est élevé à Ptolémalde, dans la Pentapole, im6 doo>

)) trine véritablement impie ^ contenant plusieurs blasphè^ )).mes contre Dieu le père : elle enseigne à ne point appeler » Jésus-Christ son fils unique^ le premier de toutes les créa- » tures, et à ne point reconnaître le Saint-Esprit »

Le chef de cette doctrine, nommé SabeUius , prétendait que les personnes de la Trinité étaient trois noms ; qu'il n'y avait qu'une seule personne en Dieu, appelée dans le ciel, Dieu le Père ; sur la terre, Jésus-Christ ; et dans les créatures, Esprit Saint; et que le père, sous la notion du fils, était né de la Vierge et avait souffert la mort.

Plusieurs évèques ayant partagé les sentiments de Sabellius, propagèrent ces opinions dans leurs diocèses. Cette hérésie était semblable à celle de Praxéas et des patropassiens, qui niaient la trinité et la distinction réelle des personnes divines : elle fut transmise à SabeUius par Noetus, son maître, et s*étendit ensuite dans toutes les provinces, à Rome même, et jusqu'en Mésopotamie, où elle trouva de nombreux partisans.

La violence de la persécution augmenta sous le consulat de Memmius Fuscus et de Pomponius , lorsque l'empereur Valérien, occupé en Orient de la guerre contre les Perses, eut abandonné le gouvernement de Rome à Macrien, ennemi déclaré de la religion. Celui-ci, en l'absence du souverain, donna l'ordre au sénat de poursuivre les chrétiens, et de condamner aux supplices les évêques, les prêtres, les diacres; de punir les sénateurs et les chevaliers romains en leur enlevant leurs dignités et leurs biens, et de les faire mourir s'ils persistaient à professer le christianisme. Il rendit en outre deux édlts : l'un contre les femmes de qualité, qu'il menaçait

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de Texil ; l'autre contre les césariens ou affranchis de César, qu'il déclarait confisqués comme esclaves du prince, s'ils ne revenaient à la religion de l'empire.

Le pape Sixte devint une des premières victimes de cette cruelle persécution ; il fut saisi avec une partie de son clergé, pendant qu'il faisait ses prières au cimetière de Galliste, et on le conduisit au supplice. Saint Laurent, le premier des diacres de l'Eglise roumaine, le suivait en pleurant, et lui disait : <( Où » allez-vous, mon père, sans votre fils? vous n'êtes pas accou- » tumé à offrir le sacrifice sans ministre. En quoi vous ai-Je » déplu? Éprouvez si je suis digne du choix que vous avez fait » de moi pour me confier la dispensation du sang de Notre » Seigneur ! » Sixte lui répondit : (( Ce n'est pas moi qui te )) laisse, mon* fils; un plus grand combat t'est réservé : tu me » suivras dans trois jours. »

On place sous le règhe de Valérien le martyre de saint Saturnin et de saint Denis. Saturnin, dit la légende, avait établi son église sur le Capitole à Toulouse, près d'un temple dédié à Jupiter et célèbre dans toutes les Gaules par ses oracles ; mais 'depuis l'amvée du saint les démons ayant cesse de parler, la réputation de l'idole en avait reçu une grave atteinte , et les offrandes avaient singulièrement diminué. D'abord les prêtres païens proposèrent à Saturnin de lui faire bâtir un temple magnifique hors de la ville ; sur son refus, ils prirent ensuite la résolution de se défaire du pieux évoque par la violence.

Dans un grand jour de fête, comme us avaient assemblé le peuple pour un sacrifice solennel , ils virent Saturnin traversant la place pour se rendre à son église. Voilà, s'écrièrent-ils,

leS HISTOIRE DES PAPES. [SSS.]

» l'enneini des dieux et le défenseur de cette religion nouvdle; )) voilà celui qui attire le courroux de Jupiter sur nous ; qu'il » sacrifie ou qu'il meure ! »

Aussitôt le peuple fanatique courut sur le saint évéque; on Tentraina dans le temple , on le força de s'agenouiller devant la statue du dieu, et on lui présenta de l'encens pour qu'il en brûlàtenl'honneur de Jupiter. Mais an lieu d'obéir, le martyr ayant craché sur l'idole, les prêtres païens se jetèrent sur lui et l'attachèrent par les pieds à la queue d'un taureau sauvage destiné au sacrifice; l'animal, excité par les* cris de la multitude, franchit d'un bond les degrés du Capitole*^ parcourut la ville et s'élança dans la campagne, emportant dans sa course le cadavre de Saturnin. Enfin les cordes venant à se rompre, quelques lambeaux sanglants restèrent sur le .sol et purent être recueillis par une pauvre femme, qui les ensevelit secrètement.

Les l^endes des saints sont remplies de faits si bizarres et si merveilleux, que la foi la plus robuste no peut réellement en admettre l'authenticité : les esprits sérieux regardent le martyre de Saturnin comme une fable inventée par les prêtres ; et nous placerons au même rang la décollation de saint Denis, qui, d'après notre Martyrologe, Ait décapité avec Ëleuthère et Rustique sur la montagne de Montmartre , ramassa sa tête après l'exécution et la porta^ pendant un trajet de plus d'une lieue, jusqu'à la chapelle qui porte aujourd'hui le nom de ce glorieux martyr î.

cm.] VACANCE OU SAINT-SISGE. 189

VACANCE DU SAINT-SIÈGE

Maftjra de siittt Lraral.

Après le martyre de Sixte II, le siège de Rome resta vacant l'espace d'une année : le glorieux martyre de saint Laurent est le seul événement remarquable de cet interrègne.

Le saint diacre^ le jour même de la mort du pontife^ distribua aux pauvres Targent de TÉglise, sans excepter les vases qui servaient à la communion^ qu'il vendit afin de sauver des richesses qui pouvaient tombei* entre les mains des païens. La nouvelle de ces grandes aumônes éveilla la cupi« dite de Cornélius Saecularis, préfet de Rome, qui supposa que les clirétiens avaient d'immenses trésors en réserve^ et pour s'en emparer il fît arrêter Laurent, qui en avait la garde comme diacre de FËglise romaine. Le saint prêtre Ait conduit devant le tribunal^ et Cornélius l'interrogea en ces termes : (( On assure que dans vos cérémonies ^ les ministres » offrent les Uhations avec des vases d'or, et reçoivent le 1) sang de la victime dans des coupes d'argent; que pour » éclairer vos sacrifices nocturnes, vous vous servez de chan- » deliers d'or dans lesquels vous placez des cierges Êiits avec » de la cire et des parfums : nous savons même que pour }> luurnir à ces offrandes^ les frères vendent leurs héritages^

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» et réduisent souvent leurs enfants à la pauvFeté. Mettez )) au jour ces trésors cachés, le prince en a besoin pour )) Tentreden de ses troupes^ et tous devez , selon votre doc- )) trine^ rendre à César ce qui appartient à César. Je ne sup- )) pose pas que votre Dieu fasse battre monnaie; il n'a pas » apporté d argent quand il est venu au monde; il n'a a[^- » porté que des paroles : rendez-nous donc l'argent, et soyez )) riches en paroles. »

Saint Laurent répondit au juge avec fermeté : « J'avoue » que notre église est riche, et l'empereur na pas de si » grands trésors : puisque vous l'exigez, je vous ferai voir ce )) qu'elle a déplus précieux; accordez-moi seulement quel- » ques jours pour mettre toutes choses en ordre, pour dres- » ser les états de nos richesses, et préparer les calculs. »

Le préfet , confiant dans cette promesse et espérant s'emparer des trésors de TégUse, lui accorda trois jours. Saint Laurent courut dans toute la ville, pour chercher dans chaque rue les pauvres que l'église nourrissait^ les boiteux, les infirmes, les estropiés ; il les rassembla, écrivit leurs noms, et^ le troisième jour, les ayant rangés devant le parvis de la basilique, il alla trouver le préfet: « Venez contempler les tré- » sors de notre Dieu; vous verrez une grande cour pleine de » vases d'orettoutesnosrichesseseiitasséessousles galeries. »

Lorsque Cornélius aperçut ces troupes de pauvres qui criaient en demandant laïunône, il se tourna vers Laurent avec des yeux menaçants : « Prêtre menteur , lui dit-il , tu » seras puni de ta témérité ! »

(i De quoi vous offensez-vous^ seigneur? répliqua le saint ; )) l'or que vous désirez si ardemment n'est qu'un vil métal

PB».] VACANCE DU SAINT-SIÈGE. 16B

» tiré de la terre , et qui excite à tous les crimes. Uov véri- » table est la lumière dont ces pauvi'es sont les disciples : » les grands du siècle sont les pauvres, vraiment misérables » et méprisables. Voilà les trésors que je vous ai promis : re- » gardez ces vierges et ces veuves, elles forment la couronne » de rÉglise. Profitez de ces richesses pour Rome , pour » l'empereur et pour vous-même. » Le prélët , dans l'excès de sa fureur, s écria : « Misérable ! tu oses mépriser les lois )) de l'empereur, parce que tu ne crains pas la mort, mais la » vengeance sera terrible ! »

Aussitôt il ordonna aux bourreaux d'apporter un lit de fer, sous lequel on étendit de la braise demi-éteinte, pour brûler le martyr plus lentement : on dépouilla Laurent de ses vêtements et on l'attacha sur le gril. La résignation et le courage qu'il fit paraître pendant cet horrible supplice opéra la conversion de plusieurs païens, et parmi eux se trouvaient des personnes de grande distinction. Le poète Prudence rapporte que les néophytes, c est-à-dire les chrétiens nouveaux baptisés, affirmaient que son visage était environné d'un éclat extraordinaire , et qu'une odeur suave s'exhalait de ses chairs consumées; il ajoute aussi que les infidèles et les impies n'aperçurent point cette lumière et ne sentirent pas cette odeur. Nous devons regarder cette particularité comme un ornement poétique. Quoi qu'il en soit, au milieu d'affireux tourments, le bienheureux martyr ne cessa* point de chanter les louanges du Très-Haut, et encourageait les fidèles à confesser avec lui la sainte doctrine de Jésus- Christ. Lorsqu'il fiit calciné d'un côté, il dit au préfet, pour se jouer de sa cruauté, conune il avait fait auparavant de

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son avarice : (( Suppôt de l'enfer, fais tourner mon corps sur )) Tautre côté. » Ce qui fut exécute : ensuite, il eut le stoîque courage de lui dire : « Maintenant je suis assez cuit, tu peux » me manger ! »

Après la mort de saint Laurent, la persécution augmenta et fît un grand nombre de martyrs dans toutes les provinces de Fempire romain : elle emporta saint Cyprien, évéque de Garthage, et plusieurs fidèles d'uhe grande distinction. Mais rhistoire ne nous apprend rien des combats que le clergé de Rome eut à soutenir pour la religion dans un temps si difficile , et Ton ignore même en quel état se trouvait alors la discipline ecclésiastique.

Cependant les légendes racontent longuement le martyre de douze chrétiens d'Utique qui furent jetés dans une fosse de chaux vive, et dont les fidèles recueillirent plus tard les reliques : comme les corps formaient une substance confondue avec la chaux, on renferma, dit l'historien, cette masse compacte dans un immense cercueil qui fut placé dans la principale église*

D'après les mêmes chroniques, Théogène , évéque d'Hippone, fut décapité hors des murs de la ville. A Tuberbe, trois femmes nobles, Maxima, Donatilla et Secunda, ayant refusé de sacrifier aux idoles^ furent violées par le bourreau et ^ensuite décapitées.

faS».] UlSTuiUJS DE DENIS. 167

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