‹ Histoire des papes (volume 3)Chapitre 33 sur 78 · GA&US · texte numérisé non relu

GA&US

Élection d'Eatychieo. — • Fables débitées sar le pape. — Hérésie de Hanès. — Histoire curieuse et querelles extravagantes. — Mort du pape.

Après la mort de Félix P% le clergé et le peuple fidèle de Rome élurent Eutychien pour gouverner l'église. La ville de Lune en Toscane était la patrie du pontife , et son père se nommait Marin : l'histoire n'apprend rien de positif sur les actions de sa vie; cependant nous formerions des volumes^ si nous traduisions les fables que Ion a racontées au sujet du saint-père, et dont tous les Pontificaux ne pourraient garantir l'authenticité.

Sous son règne s'éleva la fameuse hérésie de Manès : mais sans entrer dans les détails de la vie de cet impie, nous nous contenterons d'expliquer sa doctrine extravagante. 11 prétendait qu'il existait dans l'univers deux principes contraires et coéternels, Dieu et la matière, la lumière et les ténèbres ; l'un auteur du bien , l'autre du mal ; l'un auteur du Nouveau Testament , l'autre de la Bible : il rejetait les saints Évangiles^ et se disait le Paradet envoyé par Jésus- Christ; il affirmait que le Sauveur n'avait eu que les apparences de l'humanité et qu'il n'avait point souffert réellement. D'après lui, le bien et le malétaientdes substances : Manès re-

m HISTOIAB DES PAPES. («T.]

gardait la terre, la chair, les magistrats, les rois, et le péché, comme des créations du mauyais principe; il niait que les actions de l'homme fussent libres , défendait le mariage et blftmait les peuples qui faisaient la guerre. Enfin il ei^ageait ses disciples à ne point manger de chair ni d œufs, et à ne point boire de lait, ni du vin, qu'il appelait le fiel du démon«

Les manichéens administraient l'eucharistie sous une espèce, et la proËmaient d'une manière infâme en y mêlant de la semence humaine; ils prétendaient que Jésus-Christ était le soleil, et qu'il avait révélé sa divinité en plongeant la terre dans les ténèbres le jour de sa mort : ils regardaient la lune comme la demeure redoutable de la Trinité^ et l'air comme un fleuve sur lequel les &mes des morts étaient transportées à la lumière éternelle. Les manichéens ne croyaient point à la résurrection générale^ et prétendaient que les âmes de ceux qu'ils appelaient les auditeurs passaient dans les âmes des élus, et retournaient à Dieu après avoir été purifiées; que les &mes des méchants étaient renfermées dans les corps des bétes, dans les arbres, dans les plantes, et ils regardaient les laboureurs comme des homicides.

Cette doctrine s'étendit dans toutes les provinces de Tempire et dura plusieurs années; peut-être ne fit-elle de si grands progrès que par sa bizarrerie et son extravagance^ car la nature des hommes est de s'attacher aux choses les plus singulières et les moins raisonnables. Les sectateurs de Manès annonçaient qu'ils ne voulaient point imiter les catholiques^ qu'ils n'employaient pas la persécution, mais le simple raÎMonement» pour délivrer les hommes de Terreur et Im

fm.] mSTOIRB DEUTYCHIIN. 1»

amener à Dieu. Leurs docteurs étaîeut puissants dans la réfutation^ et par leurs manières douces et insinuantes ils attiraient insensiblement à leurs idées. Nous traduisons un de leurs dialogues, dans le style de l'époque : un catholique se plaignait des mouches, et disait à un manichéen qu'il ne pouvait souf&ir ces insectes, et que Dieu devrait les détruire. Le manichéen lui demanda : « Qui les avait faites? — Le catho- » lique dans sa colère n'osa pas répondre que ce fât Dieu. — » Le manichéen : Si ce n'est Dieu, qui donc les a faites ? — )) Je crois quec'estle démon. — Si le démon a fait les mouches, » comme le bon sens tous le fait avouer^ qui a fait l'abeille? » — L'autre n'osa dire que Dieu eût fait l'abeille plutôt que t) la mouche. — De l'abeille, le manichéen le conduisit à la )) sauterelle, à un lézard, à un oiseau, à un mouton, à un bœuf, » à un éléphant, eûQn à l'homme, et lui persuada que Dieu » n'avait pas fait l'homme. »

L'histoire ne nous apprend point quelles mesures £utychien prit pour combattre cette hérésie; le Martyrologe affirme seulement que le saint-père ordonna aux prêtres de consacrer sur l'autel, les fèves, les pommes et les raisins, aCn de renverser la doctrine de Manès, qui défendait de manger des fruits. Il ordonna également que les corps des martyrs seraient enveloppés de pourpre, et il rendit lui-même ce dernier devoir à trois cent quarante martyrs ; mais les hisf)riens sacrés laissent ignorer dans quelle persécution TËglise perdit un si grand nombre de fidèles.

Enfin le pontife Eutychien alla recueillir le fruit de ses travaux dans le séjour de la gloire. le 8 décembre de l'an 283.

Orose et Sozomène nous ont laissé un tableau déchirant de i malheurs de l'empire sous ces derniers pontificats. « Les ar- )> mées, disent-ils, disposaient à leur gré du pouvoir suprême, )) les chefs des troupes s'emparaient tour à tour de la puissance, » et l'infimie Gyriade» Perse de nation, fut le premier de ces » trente tyrans qui commandèrent au monde dans Fintervalle » de quelques années.

» Pendant leur exécrable règne, tous les maux fondirent à » la fois sur l'empire : la Brets^ne fut subjuguée par les » Calédoniens et les Saxons ; la Gaule par les Franks, les )) Allemands et les Bourguignons ; lltalie par les Allemands, » les Suèves , les Marcomaus et les Quades ; la Médie ^ la » Macédoine et la Thrace par les Goths, les Hérules et les » Sarmates ; les Perses vinrent faire des courses jusque sur » les côtes de la Syrie ; enfin la guerre civile, la famine , la )) peste, ruinaient les villes et anéantissaient les populationsqui » avaient échappé au fer des barbares; les cités furent ébran- )) lées par des ti^mblements de terre qui durèrent plusieurs )> jours; la mer sortit de son lit et inonda des provinces ») entières ; dans la Nubie , dans F Achaie et à Rome , la terre )) s'ouvrit et engloutit des champs et des maisons. »

Ainsi , ajoutent les auteurs ecclésiastiques , Dieu coomienrcait à faire éclater sa vengeance contre les persécuteurs de TEglise, qui grandissait fécondée par le sang de ses glorieux inart>'rs!

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