‹ Histoire des papes (volume 3)Chapitre 34 sur 78 · CABUS · texte numérisé non relu

CABUS

NUHÉRICN,

CAftIHUS,

DIOCLÉTIETf,

empereurs.

empereur!.

Élection de Caîus. — Cruauté de Sbximien. — Martyre de la légion Thébéenne. — Remontrances des soldats au césar. — Ils sont e%terminés. — Le pape s'enfuit honteusement. — Règlements extravagants. -—Mort de Caïus.

Si Ton en croit les anciens Pontificaux, Caïus était de Dalmatie et parent de Fempereiûr Dioclétien. Pendant les premières années de son règne l'Église jouissait d'une tranquillité apparente, et les empereurs ne donnaient aucun ordre formel de persécuter les chrétiens ; il y eut cependant des condamnations, et le pontificat de Caïus fut illustré par le martyre de saint Maurice et de la célèbre légion Thébéenne.

Maximien^ à qui l'empereur avait donné le titre de césar^ était passé dans les Gaulées pour combattre les factions d'Âmand^ d'Elien et des Bagaudes. Après avoir vaincu ses ennemis, le césar fit venir d'Orient une légion nommée la Thébéenne, composée de chrétiens, qu'il voulait employer, ainsi que ses autres soldats, pour persécuter les fidèles ; mais la légion refusa de marcher, et forma son camp près delà ville d'Agaune, au pied de la montagne que Ion nomme à présent (e grand Saint-Bernard. Maximien^ irrité de cette désobéissance, fît demander des troupes à l'empereur pour soumettra I. 19

1*78 HtStOIRË DES PAPES. [ttl J

les rebelles : Dioclétien envoya des renforts au césar, en lui ordonnant de faire décimer led soldats^ et de réitérer ses ordres pour les contraindre à persécuter les chrétiens. Les Thébéens déclarèrent qu'ils persévéraient dans leur résolution : alors Maximien ordonna qu'on les décimât une seconde fois et que l'on fît obéir les autres ; cette deuxième exécution ne put ébranler leur courage.

Ces soldats du Christ étaient commandés par trois officiers généraux, Maurice, Exupère et Candide, qui les exhortaient à mourir pour la religion, et leur rappelaient l'exemple de leurs compagnons que le martyre avait déjà conduits au cieL Cependant ils voulurent essayer de fléchir la colère du tyran, et lui adressèrent des remontrances pleines de noblesse et de fermeté :

n Nous sommes vos soldats, seigneur, mais nous sommes » également les serviteurs de Dieu, nous leconfessons libre- » ment : nous devons au prince le service de guerre ; à Dieu » notre innocence; nous recevons de vous la paye; il naos a » donné la vie : nous ne pouvonsdpnc vous obéir en renonçant » à Dieu, notre créateur, notre -maître et le vôtre. Si vous ne » demandez rien qui Toffense^ nous suivrons vos ordres » comme nous avons kit jusqu'à présent, autrement nous » lui obéirons plutôt qu'à vous. Nous offrons le service de noi » armes contre vos ennemis; mais nous ne croyons pas qu'il » soit permis de les tremper dans le sang des innocents. Nous )) avons fait serment à Dieu avant de vous le faire, et vous ne » devez point vous fier au second si nous violons le premier. » Vous nous commandez de chercher des chrétiens pour les }) punir ; vûus n'avez pas besoin d'en cherdier d'autres,

(M*] HISTOIRE DE CAIU& 17»

» voici : nous confessons Dieu le Père, auteur de toutes cho* I) ses, et son Fils Jésus-Christ. Nous avons vu égorger nos )) compagnons sans les plaindre, et nous nous sommes réjouis » de l'honneur qu'ils ont eu de souffrir pour leur Dieu. Le y) désespoir ne nous a point portés à la révolte : nous avons )) les armes à la main, nous ne résistons pas, parce que nous » aimons mieux mourir innocents que vivre coupables. »

Maximien ne pouvant vaincre un courage aussi héroïque, ordonna à ses officiers de les faire tous mourir : on Gt marcher des troupes pour les environner et les tailler en pièces, mais loin de faire la moindre résistance, ces malheureux soldats mettaient les armes bas et présentaient le cou aux persécuteurs. La terre fut inondée sous des ruisseaux de sang : six mille hommes, nombre ordinaire des légions, furent égorgés par les ordres du tyran.

Pendant la persécution ({ua Dioclétien fit ensuite souffrira l'Église, lepcmtifeGaius eut la prudence de veiller à sa conservation par la fuite.

Quelques auteurs lui attribuent des règlements extravagants; selon eux, il ordonna qu'un païen ou un hérétique n'aurait pas le droit d'accuser un chrétien; mais un pareil décret eût été un signal de révolte contre l'autorité séculière, et nous ne pouvons pas admettre que Gaïus eût la témérité de vouloir s'élever contre l'autorité légitime des magistrats païens, ou qu'il ait établi un règlement qu'il n'était pas en son pouvoir de faire observer.

Le pape Caïus mourut le 21 avril de l'an 296, après avoir oceupé le siège épiscopal l'espace de douze ans. Il fut enterré daos le cimetière de Calliste.

Les Actes des martyrs rapportent également la fin glorieuse de saint Victor dans la ville de Marseille, (c Ce courageux » soldat du Christ, dit la légende, ayant été placé sur le che- )) valet par ordre du préfet Astérius, fut tourmenté cruelle- » ment pendant trois heures : les bourreaux lui avaient déjà » rompu les jambes, et son corps ne présentait plus qu'une » masse informe de chairs pantelantes ou calcinées, lorsqu'au » milieu de ses terribles souffrances le Christ lui apparut, et » Fayant touché avec sa croix, ses blessures se fermèrent. » Le préfet, surpris de ce prodige, fit cesser au£(^itôt le sup- » plice , et ordonna aux gardes de reconduire Victor dans sa ») prison. Cette nouvelle fat transmise dès le lendemain » à l'empereur, qui, n'ajoutant pas foi aux miracles du saint » martyr, le fit amener en sa présence, et lui ordonna de » brûler de l'encens en Thonneur des dieux. Mais Victor, au » lieu d'obéir, s'approcha de l'autel et renversa l'idole avec » le pied. Le prince, furieux de cette marque de miépris, » donna l'ordre de lui couper la jambe. prodige ! il ne )) sortit pas de sang de la blessure ; il fit porter le s^t sous )) la meule d'un moulin , et au premier tour , les roues qui » devaient lui broyer les os se rompirent en éclats; alors » l'empereur commanda de trancher la tête au martyr , ce » qui fut exécuté ; et l'on entendit d'en haut une voix céleste » qui criait : « Tu as vaincu , bienheureux Victor, tu as » vaincu ! »

11 n'est pas inutile d'observer que dans les actes des martyrs, les supplices se terminent presque tous par le glaive, lorsque les différents instruments de tortures ont été insufiisants pour l'aire mourir les Y>atients au gré des légendaired

(SM.] HISTOUtE D£ IIARCËLUN. iftl

Page 1