‹ Histoire des papes (volume 3)Chapitre 35 sur 78 · MARCELLIN · texte numérisé non relu

MARCELLIN

mOCLBTlBN, 30' PAPE. MAXIMIEN,

cmpereor. empereur.

Élection de Marcellin. — Persécution de Dioclétien. — Réflexions sur les prêtres du dix-neuvième siècle. — Horrible peinture des tourments et des supplices des martyrs . — Le pape abjure la religion dirétienne et sacrifie aux faux dieux. — Sa mort.

Marcellin était Romain et fils de Projectus : il l'ut élu pour succéder, à Caïus, sous le règne de Dioclétien. Quelques années après son exaltation, l'empereur excita con* tre les chrétiens la plus horrible et la plus cruelle persécution que TËglise eût éprouvée depuis les apôtres : elle fut déclarée vers Tan 305, et toutes les provinces de l'empire romain furent inondées du sang des martyrs.

Nous rapportons un passage d'Eusèbe pour faire connaître l'état de l'Ëglise avant cette persécution : <( La doctrine » du Christ était en grande estime et réputation parmi les » Grecs et les barbares^ écrivait le saint évêque^ l'Ëglise )) jouissait du libre exercice de son culte, les empereurs por- » taient aux chrétiens une vive affection^ et leur donnaient » le gouvernement des provinces, sans les obliger à sacrifier » aux idoles; beaucoup «même étaient répandus dans les y> cours des princes, et il leur était permis de s'acquitter » avec leurs fenunes » leurs enfants et leurs esclaves , des de- I) voirs de la religion. »

HISTOIRB DES PAPES [303.]

)) Dorothée, Tun des plus célèbres d'entre les chrétiens, » avait même été honoré de l'amitié du souverain ; magistrat » éclairé et habile administrateur d'une province , il avait » donné aux empereurs de grandes marques de sa fidélité et » de son zèle : l'illustre Gorgone , et avec lui tous ceux qui )) avaient imité leur zèle pour la religion , partageaient sa )) puissance et son crédit. Les évèques étaient honorés et » chéris par les peuples et par les gouverneurs des provinces. )) Une multitude de païens venaient chaque jour faire pro- )) fession de la foi ; on élevait des églises dans toutes les villes; » les peuples rendaient à Dieu des actions de grâces solen- » nelles , et les temples n'étaient plus assez vastes pour con- » tenir les fidèles. »

)) Mais la trop grande liberté entraîna le relâchement de la » disciphne^ et l'on commença la guerre avec des paroles ou- ») trageantes : les évèques, animés }es uns contre les autres, » excitèrent des querelles , des désordres ; enfin , lorsque la r) méchanceté, la fourberie furentportées aux dëiiiiers excès, M la justice divine leva le bras pour punir , et permit que les )) fidèles qui faisaient profession des armes fussent persécutés » les premiers. Cependant on demeura dans une coupable )) insensibilité; au lieu d'apaiser la colère de Dieu, Ion ajouta )) crimes sur crimes : les prêtres, méprisant les règles saintes )) de la piété , eurent entre eux des contestations, des querelles^ )) fomentèrent des inimitiés et des haines^ disputèrent pour )) le premier rang comme pour une dignité séculière »

Telle était la corruption des ecclésiastiques vers la fin du troisième siècle! Depuis cette époque, les dérèglements du dei^ ont encore augmenté : les prêtres se montreront

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toujours les mêmes; toujours avares, ambitieux, débauchés, superbes, vindicatifs, brouillous; toujours emiemis du repos et de la véritable piété^ toujours fourbes et dissimulés. C'est du moins la pensée de Platine ; et ce que nous voyons dans notre siècle doit nous convaincre de la vérité de se6 accusations.

Cependant il se trouva encore de saintes âmes qui imitèrent le courage héroïque des soldats thébéens ; plusieurs fidèles glorifièrent le nom de Jésus-Christ, et terminèrent leur vie par un douloureux martyre. Dioclétien le persécuteur déclarait dans ses édits, qu'il était permis aux bourreaux d'inventer de nouvelles tortures contre les chrétiens : on se servait pour les frapper de gros bâtons, de baguettes pliantes, de

fouets , de lanières et de cordes : ils étaient liés par les mains,

attachés à des poteaux ou écartelés par des machines; ensuite on les déchirait avec des ongles de fer, et outleur enlevait* les chairs des cuisses, du ventre et des joues. Les uns étaient pendus par une main, les autres étaient liés à des colonnes, sans que leurs pieds portassent à terre , afin que le poids du corps tirât leurs liens et augmentât leurs souffrances : en cet état ils subissaient les interrogatoires du gouverneur, et demeuraient à la question des journées entières. Quand le juge passait à d'autres patients, il laissait des officiers pour observer ceux qui, cédant à la force des tourments, consentaient à renier Jésus-Christ; et lorsqu'ils étaient trompés dans leur attente, les bourreaux serraient les liens sans miséricorde jusqu a ce que les martyrs frissent prêts à rendre l'âme, alors on les détachait des poteaux et on les traînait par terre pour les faire revenir à la vie par de nouveaux supplices.

m mSÎOlRË DES PAPË9. [804.]

Le pape Marcelliû, pendant ces époques malheureuses, abjura solenndiement la religion chrétienne : les auteurs af- Grment, d'après les témoignages les plus authentiques , que le saint-père, effrayé des suppliœs que souffî^aient les chré^ tiens et dont U était menacé lui-même, offrit de Tencens aux idoles dans le temple dlsis et de Vesta, en présence de plusieurs fidèles, afin de les obliger à imiter l'exemple de lâcheté qu*îl leur donnait : ils ajoutent que dans la suite un concile assemblé à Sinuesse pour juger le pape n'osa pas le condamner. Les évèques qui se trouvèrent au synode lui dirent : » Condamnez-vous par votre propre bouche ; mais vous ne )) serez pas excommunié par notre jugement. » Sfarcellin mom*ut le %i octobre 304» après avoir tenu le saint-*siége pendant huit ans et trois mois : il fut enterré dans le cimetière de Priscille.

(10. d.] GRIHES DES ËMPERËUES. IM

HISTOIRE POLITIQUE

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