‹ Histoire des papes (volume 3)Chapitre 37 sur 78 · DI. S.J GRIMES DES EMPEREURS. IW · texte numérisé non relu

DI. S.J GRIMES DES EMPEREURS. IW

et l'ayant surpris dans une embuscade^ il le poursuivit dans des marais^ où Décius périt , sans que jamais on ait pu retrouver son corps.

Vibius TrélxHiien Galius fit ensuite une alliance honteuse avec les Goths, et malgré sa lâcheté il fut salué empereur par une légion ; mais^ bientôt après^ les soldats regorgèrent avec son fils.

Les Scythes et les Perses continuaient toujours leurs irruptions dans les provinces romaines : le seul Julius Émilien osa s'opposer aux armées de ces barbares^ et remporta contre eux d'édatantes victoires. 11 fiit proclamé empereur par les soldats^ qui le massacrèrent trois mois après.

Licinius Valérien^ lipmme d'un mérite supérieur et d'une extrême bonté, fut élevé à la dignité impériale : ses qualités ' promettaient un règne de justice, de douceur et d'équité; malheureusement le prince se laissa corrompre par Macrien, célèbre magicien venu d'Egypte, <|ui lui fit commettre de grandes Êiutes et l'anima contre les chrétiens. Ce même Macrien paya ses bienfaits par la plus infâme trahison^ le fit tomber dans une embuscade et le livra entre les mains de Sapor, roi des Perses. L'empereur fut condamné au plus cruel esclavage : les historiens affirment que le monarque persan se servait du dos de Yalérien comme d'une escabelle, quand il voulait monter à cheval. Après plusieurs années de souffrances^ le malheureux prince fîit condamné à être écorché^ et enterré vivant dans une cuve de sel.

Licinius Gallien, après la mort de son père^ fiit élu empereur : prince d'un caractère cruel, lâche et luxurieux; il avait la prétention d'être savant, et faisait des harangues et des

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vers. Sous son règne, lempire romain était au pillage, et sa mauvaise conduite livra le gouvernement à un conseil de trente tyrans, qui conduisaient les affaires de Tétat suivant leurs caprices et leurs intérêts ; enfin il fiit surpris et massacré par Âureolus*

Flavius Claudius II ayant été déclaré empereur en 268, fit rendre les honneurs divins au célèbre Gallien. Les historiens donnent de grandes louanges à ce prince, et prétendent que s'il eût vécu plus longtemps il aurait surpassé les Camille et les Scîpion : il dompta les Goths, extermina trente-deux mille Allemands dans une bataille qui eut lieu en 2G9, battit Âureolus près de Milan, et vainquit Zénobie, qui avait subjugué l'Egypte.

Valère Aurclien, homme d'une naissance obscure, fat choisi pour empereur après la mort de Claude II. Dans ses guerres il fut aussi heureux que lui et se distingua également par ses vertus : les victoires qu'il remporta sur les ennemis de l'empire lui valurent un triomphe magnifique à Rome : il repassa ensuite en Esclavonie, dans la résolution d'aller soumettre les Perses, qu'il avait déjà vaincus. Comme il était en marche, Mnesthée, son secrétaire, qull avait menacé de sa colère sur quelques indices de trahison, contrefit son écriture, alla trouver plusieurs, officiers de ses amis, auxquels il présenta dans un faux mémoire les noms de ceux qu'Aurélien se proposait de faire mourir, et leur montra le sien même, qu'il avait inscrit pour rendre sa démarche plus vraisemblable : sur cet avis, ils résolurent de prévenir Tempereur, et ils l'assassinèrent dans son camp entre Byzance et Héraclée. Les historiens Àurelius Victor et Ëutrope disent

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qu^Âurclien était cruel ot sanguinaire, et ils Tacoisent de n'avoir gardé aucune mesure dans les châtiments qu'il infligeait.

Marc Âurèle ou Claude Tacite^ Ait choisi par le sénat, après une contestation de six mois, pour succéder à Aurélien. Ce prince, homme de lettres, se glorifiait d'avoir eu pour parent l'admirable Corneille Tacite l'historien; par ses ordres on faisait tous les ans dix copies des Annales de son ancêtre, qu*îl plaçait dans les archives. A de grandes qualités, il joignait encore la sobriété et la modestie. Avant son élévation au trône il possédait sept millions d'écus d'or, qu'il donna généreusement au peuple, et il paya tous les gens de guerre avec ses épargnes : cependant il fut assassiné par les soldats qui avaient tué son cousin et qui craignaient d'être punis pour ce crime.

Marcus Annius Florien, frère de Tacite, s'empara de l'em^ pire ; mais H ne le garda qu'un mois ou deux : il fut vaincu par Probus, près la ville de Tarse, et massacré par l'armée.

Aurelius Probus, fils d'vn jardinier ou d'un laboureur, fut élu empereur malgré lui; avant de se couvrir du manteau impérial, il rassenibla Içs . légions , et leur dit : « Soldats, » vous ne ^vez tous ce que vous faites; conune il m'est im- » possible de vous flatter, nous ne vivrons jamais bien ea- )) jsemble. f^ Mais l'^irmée l'ayant proclamé par trois fois le pins digne de la couronne, il couvrit ses gaules de la pourpre et reçut les serments des légions comme souverain de l'état. Dans le cours de son règne, il défit quatre cent mille Germains, s'empara de soixante-dix villes, et il eût poussé plus avant ses conquêtes, si neuf de leurs rois ne se AissûBt

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jetés à ses pieds pour lui demander la paix. Il subjugua ensuite l'Esdavonie, la Russie et la Pologne; passa en Thrace, où il remporta d'éclatantes victoires qui lui valurent ThoBneur du triomphe. Ce prince^ d une extrême sévérité, Qe laissait jamais ses soldats dans l'oisiveté^ il les occupait continuellement à des ouvrages utiles pour la sûreté^ pour l'ornement ou pour la commodité des provinces où il se trouvait ; aussi les légions, fatiguées de la discipline^ le massacrèrent après six ans et quatre mois de règne. On mit sur son tombeau cette glorieuse inscription : « Ici est placé l'empereur Probus^ » vainqueur des nations barbares, vainqueur des tyrans des » nations. »

Marc^Aurèle Garus mérita l'empire par ses qualités et par ses grandes actions : il avait deux fils, Numérien, estimé pour ses vertus, et Garinus, méprisé pour ses vices. Mais, pour le malheur des peuples, ce bon prince ne régna que deux ans : sa mort fit éprouver à Numérien un chagrin si violent, qu'on craignit qu'il ne perdit la vue par l'alxmdance des larmes qu'il répandait* Carinus, le plus jeune de ses fils, fîit tué en Dalmatie, dans une bataille contre Diodétien, et Ârrius Âper massacra Numérien, dans l'espérance de lui succéder; mais Dioclétien disputa le pouvoir au non* veau prétendant, et demeura seul maître de l'empire.

Âurèle Yalère Diodétien, fils d un afiranchi ou d'un secrétaire de sénateur, s'associa dans le gouvernement Marc- Âurèle Yalère Sfaximien, son ami intime. Pendant le cours de son règne, il montra les qualités d'un homme de guerre et d'un grand politique, en défendant avec succès l'empire €OBtre le» invasions des barbares; mais il était d'une avarice

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excessive ; il surchargeait les peuples d'impôts pour grossir ses trésors^ et feisait accuser les sénateurs de conspirations contre letat, afin de s emparer de leurs biens. Sa passion pour les bâtiments l'avait fait nonuner le maçon de l'empiret il obligeait même les provinces à fournir des ouvriers et des voitures pour construire ses'palais. Enfin^ abusant de la puissance souveraine, ce prince cruel, impudent, sans foi et sans honneur, &isait enlever de jeunes filles et de jeunes garçons pour ses débauches, et se livrait publiquement à toutes ses passions désordonnées.

Non seulement les peuples avaient à souffrir la tyrannie de l'exécrable Dioclétien , mais ils eurent encore à déplorer de plus grands malheurs lorsqu'il se fut associé le cruel Maximien et les deux césars Galère et Constance Chlore; au lieu d*un maître ils en reconnurent quatre qui avaient chacun leur cour, leur armée, ce qui quadruplait les dignités et les emplois , et par conséquent les charges publiques. Pour subvenir à ce surcroit effrayant de dépenses» les empereurs opprimaient, massacraient les citoyens, rançonnaient les provinces jusqu'à ce que les champs et les cultures fussent changés en solitudes : alors ils abandonnaient les territoires dévastés pour recommencer ailleurs les mêmes ravages.

Quanta Dioclétien, ce superbe parvenu, il si^eait orgueiliensemait sur un trône d'or massif, étincelant de pierreries, et se faisait adorer comme un dieu, ainsi que ses associés à l'empire. Dans le langage officiel du temps, les orateurs publics honoraient même leurs lettres et leurs décrets : tout ce qui se rapportait à eux prenait le caractère divin comme leurs personnes. Le fisc, par une dérision sacrilège, s'appelait I- 13

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les^ sacrées largesses ; rappartement où ils dormaient, la chambre sacrée.

Cette commnnauté de dignité amena un noiivean signe de révérence a$sez bizarre : aucun d'eux n'pgissant et n'ordonnant qu'au nom de tous, les demandes, les discours qu'on leur adressait et toutes les relations * publiques et privées avec chacun d'eux durent se conformer nécessairement à cette règle d'unité : on parlait à un seul comme représentant les trois autres; on ne distinguait plus les actions personnelles, et l'on observait rigoureusement la solidarité d'honneur qui les unis* sait par une louange indivise. L adulation s'empara de cette précaution poliùque, et Ion s'habitua bientôt à revêtir chaque prince individuellement de cette importance collective ; la grammaire fut même changée, et Ton enseigna dans les écoles à dire vous à un seul. Gomme les inférieurs cherchent toujours h se rehausser par l'imitation des grands , cette absurdité devint une formule générale de distinction et de bienséance, qui du latin est passée dans les langues modernes.

Dioclétien en corrompant jusqu'aux mœurs et aux habitudes qui sont les bases de tout gouvernement, prépara la décadence de l'empire romain, et apprit aux nations cette grande vérité, que les monarchies succombent sous leur propre poids, lorsque les lumières de la raison et de la philosophie viennent éclairer les peuples, et leur faire comprendre qu'ils ne sont pas destinés à être les esdaves des rois!

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