QUATRIÈME SIÈCLE
VACANCE DU SAINT-SIÈGE
COirSTAKCG-CHLOREy COHSTAITCE'-GHtOftBy
Usages introduits dans les premiers siècles. — Assemblées des fidèles.
— Cérémonies de Teucharistie et da baptême, -r-^ Les jeûnes. — ^ Rigueur de la discipline. — Droits imaginaires des papes. — Concile de Cirthe, composé d'évèques souillés des plus grands crimes.
— Les débauches de saint Boniface. — Histoire fabuleuse de son martyre. *^ Courtoisie de Boniface après sa mort. — Fourberie des prêtres
Après U mort de M aroellin, le clergé de Rome gouTenia rËglise de cette ville l'espace de trois ans.
Pendant les trois premiers siècles, la religion^ opprimée par les païens^ faisait des progrès lents et difBciles ; les 0dèles étaient forcés de s assembler la nuit dans les maisons parti-* entières^ dans les cénacles , dans les bains, sous des portiqnes, dans les cimetières, et même dans les tombeaux , pour administra Feucharistié et faire les prières.
Mais les chrétiens, animés d un saint zèle^ se rendaient aux lieux des assemblées, sans redouter une mort honr
teuse et violence : les prêtres lisaient l'Ancien et le Nouvean Testament, œmme le pratiquent encore les protestants ; le peuple apportait le pain et le Tin pour la célébration de Teucharistie; la communion était distribuée sous les deux espèces à tous ceux qui étaient baptisés ; enfin les cérémonies se terminaient par des coUectes pour les pauvres de FËglise.
Dans le premier siècle, on se servait pour le baptême de l'eau des fontaines et des rivières : d'abord on administrait ce sacrement aux malades et aux enfants^ dans les maisons particulières et dans les prisons ; ensuite on s éloigna de cette simplicité apostolique : du temps de Tertullien, les en* fants étaient oints, on leur présentait du miel et du lait, en faisant plusieurs signes de croix, et les baptisés étaient revêtus d'un habit blanc.
La communion était donnée indifféremment , le matin à jeun ou le soir après souper; on portait reucbaristie, c'est-àdire le pain et le vin consacrés, aux malades et aux absents : quant aux jeûnes alors en usage, ils étaient libres, et per^ sonne n'était obligé de les observer.
Au deuxième siècle, les fidèles adoptèrent la coutume de prier pour les morts, et, suivant TertuUien, ils Élisaient précéder les prières de grands signes de croix : pour se distinguer des païens, ils s'abstenaient aussi de manger la chair des animaux étouffés.
Dans le troisième siècle, on différait d'administrer le baptême jusqu'à ce que les enfants fussent grands; et à la même époque on introduisit à Rome le jeûne du samedi, en mémoire de la sépulture de Jésus-Christ; mais cette coutume ne fut point approuvée des Orientaux.
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Le culte chrétien n'avait point encore d'autels; une simple table de marbre servait à la communion des fidèles y cependant la discipline était très-sévère pour ceux qui avaient conouoiis des homicides, des adultères, des incestes, ou qui' étaient convaincus d'apostasie. Dans les premiers temps on exigeait une confession publique; l 'Église grecque et orientale avait établi un prêtre pénitencier^ qui obligeait les coupables à se tenir hors des portes de la basilique, avec le sac et le cilice^ pleurant et à genoux : on leur imposait des jeûnes pour plusieurs années^ selon la gravité de leurs fautes.
On établit ensuite des sous-diacres dans les églises ; mais les historiens ne font aucune mention des patriarches^ des archevêques ou des métropolitains. Lesévêques des premiers sièges s'attribuèrent injustement la suprématie sur ceux de la même contrée^ et quelquefois sur plusieurs provinces qui dépendaient des grandes villes. Les papes, à leur tour^ ont fait valoir les mêmes prétentions, et la lâcheté des magistrats leur a donné les moyens de rendre très-réels des droits imaginaires de juridiction spiritueUe et temporeUe.
La persécution de Dioclétien commença à se ralentir en Italie^ après la mort du pape Marcellin^ et s'éteignit même bientôt en Afrique. Alors les évêques de Numidie s'assemblèrent à Cirthe pour donner un pasteur à cette ville, mais ces prélats étaient tous des apostats ; les uns avaient livré les livres saints aux païens^ les autres étaient souillés de grands crimes : ils furent bientôt d'accord, et ils élevèrent sur le siège de la capitale des Numides un évèque célèbre dans l'histoire ecdésias tique par ses débauches et par ses incestes.
Les auteurs sacrés rapportent à la même époque le martyre
de saint Boniface ; nous traduisons la légende : (( Une femme d'une naissance illustre^ nommée Aglaé, habitait Tltaiie^ où elle possédait des richesses tellement énormes, qu'elle avait donné trois fois des jeux publics au peuple romain : soixanteet-treize intendants étaient chargés de gouverner ses biens ; au-dessus de tous les autres ^ elle avait élevé un intendant général nommé Boniface, son favori. Celui-ci entretenait avec sa maîtresse un conmierce criminel , et se livrait à toutes sortes de débauches; mais là grâce divine descendit sur cette âme coupable et l'initia aux vérités de la religion chrétienne. Âglaé, touchée de repentir de ses erreurs passées, se jeta dans les pratiques les plus outrées de la dévotion, et comme ses fautes étaient grandes, elle voulut se ménager auprès de Dieu de puissantes protections. Alors elle chargea Boniface d'aller en Orient pour lui rapporter des reliques des martyrs étrangers, ne trouvant pas les martyrs de Rome assez illustres.
» Dès que Boniface fut arrivé à Tarse, en Cilicie, où la persécution continuait avec fureur, il s'empressa, suivant les ordres de sa maîtresse, de se rendre sur la place publique pour contempler les martyrs dans les tourments : les uns étaient pendus la tête en bas et brûlés à petit feu, les autres écartelés sur quatre pieux, scies par les bourreaux, déchirés avec des tenailles brûlantes : on leur coupait les mains, on leur arrachait la lai^gue : d'autres enfin étaient cloués à la terre par des pieux fichés dans la gorçc, et les bourreaux les frappaient à coups de bâtons. Boniface s'étant approché de ces martyrs , qui étaient au nombre de vingt, les exhortait à combattre en vrais athlètes de la foi, pour remporter une couronne immortelle : il hit ara ir à l'instant même et con-
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duit deyant le tribunal du gouverneur ; mais loin de se rétracter^ il eut le courage de l'appeler « infâme, serpent té- » nébreux, et homme vieilli dans le crime. » Un langage aussi énergique dans la bouche d'un nouveau chrétien devait attirer à cet étranger un affreux châtiment^ et Boniface fut condamné à avoir la tête tranchée par 1^ bourreau.
)) Le lendemain ses compagnons le cherchaient dans toute la villci et ne le trouvant point^ ils se disaient : « Notre în- )) tendant est au cabaret ou dans un lupanar à se réjouir^ )) tandis que nous nous tourmentons à le chercher. )> En discutant ainsi, ils rencontrèrent le frère du geôlier , et lui demandèrent où ils pourraient s*adresser pour avoir des renseignements sur un étranger venu de Rome. Cet homme leur répondit : « Hier, un Italien a été martyrisé pour Jésus-Christ, » et on lui a tranché la tête dans Tarène. — Celui que nous » cherchons est un homme épais/ blond, qui porte un man- » teau d'écarlate, un ivrogne et un débauché, qui n'a rien de n commun avec le martyre. » Ils le suivirent cependant, et le geôlier leur montra le cadavre de Boniface ; ensuite il prit la tète du martyr et la leur présenta : aussitôt la bouche du mort se mit à rire, par la vertu du Saint-Esprit. Alors ses amis pleurèrent amèrement sur sa fin malheureuse, et ils emportèrent le corps avec eux.
)) Le jour même, un ange était apparu à Âglaé, et lui avait dît : (( Celui qui était votre esdave est à présent notre firère ; » recevez-le comme votre seigneur, et le placez dignemaoït, » car tous vos péchés vous seront remis par son interces- » siout » Âglaé transforma aussitôt son palais en oratoire, et s 'enfermant avec de saints prêtres, elle se prépara , par des
prières» à recevoir le corps du martyr. Lorsque ses envoy^'^ furent près de la ville, elle se rendit pieds nus et en chemise au-devant des précieuses reliques, qu'dle déposa au milieu des fleurs et des parfums dans un magnifique tombeau qu'elle avait fait élever à cinquante stades de Rome. » La légende ajoute que le saint opérait de grands miracles, qu*il chassa il les démons et guérissait les malades !
Pendant cette vacance du saint-siége, on compte plusieurs autres exécutions de fidèles qui eurent lieu à Thessalonique ; entre autres le martyre de la jeune Irène, qui reçut la palme glorieuse sur une montagne âevée où elle Ait brûlée vive. Avant de subir ce terrible supplice, si nous en croyons les légendes, la jeune vierge opéra un singulier miracle que les vieux auteurs racontent naïvement dans les détails les plus cyniques.
« Irène ^ disent-ils^ ayant été amenée devant le gouverneur » comme chrétienne, celui-ci l'engagea à manger delà chair qui » avait été offerte aux idoles; ce qu'elle refusa avec indigna- )) tion : pour la punir, le juge la fit dépouiller de ses vêtements, » et ordonna au bourreau de la déflorer en sa présenoe; après » quoi on la conduisit dans un lieu de prostitution , où elle )) fut livrée aux païens, qui se livrèrent sur elle pendant un » mois entier aux excès de la dâ)auche la plus révoltante.
» Et cependant , ajoute le pieux légendaire , elle ne cessa » point d'être vierge, car un ange s'était prostitué à sa place et n lavait rendue invisible ! »
(aoe.) fflSTOIRE DE MARCEL I**. 9M
MARCEL r,
MAXBIICB» 31* PAPE. HAXENCE,
empereur. empereur.
Élection de Marcel. — Il se rend odieni aux fidèles. — Il excite des séditions dans Rome. — Le pape remplit les fonctions de palefrenier par ordre de Maxence. — Mort du pontife.
Après une vacance de trois ans , le clergé et le peuple fidèle de Rome se mirent sous la conduite d'un saint homme nommé Matcd^ et Romain de naissance.
Ce nouvel évèque voulut profiter du calme dont la religion jouissait au commencement de son pontificat, pour faire des règlements et rétablir dans l'Ëglise la discipline que les troubles avaient altérée : mais sa rigueur le rendit odieux au peuple, et mit la division parmi les fidèles ; la discorde dégèlera en séditions^ . et les querelles se terminèrent par des meurtres^
Maxence voyant que les chrétiens troublaient le repos de Rome, rejeta la cause des désordres sur le pape Marcel, et le eondanona à panser les chevaux de poste, dans une écurie sur le grand chemin. Le saint-père remplit l'espace de neuf mois les fonctions de palefrenier : ensuite les prêtres rayant enlevé pendant la nuit, il fut conduit dans la maison d'une dame romaine nonunée Lucille. Les fidèles s'assemblèrent en armes pour défendre le pontife, mais Fempereor fit mardier des troupes contre les rebelles^ dispersa leurs
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rassemblement ; et par ses ordres, la maison de Lucille fut changée en une écurie, où Marcel reprît son emploi de palefrenier. Le saint évêgue, accablé par les fatigues de cette misérable condition, mourut dans Fabjection après deux ans de pontificat, dans les premiers mois de Tannée 310.
On rapporte à la même époque la conversion d'un jeune seigneur d'Alexandrie, nommé Didyme, qui avait assisté à rinteiTOgatoîre de la vierge Théodora, condamnée par le juge Proculus à être exposée aux outrages des infidèles , dans un lieu de débauche. Gomme la beauté de la sainte avait éveillé dans son cœur les désirs de là chair, 11 acheta au bourreau le privilège de la posséder le premier; mais à peine eul-it assouvi
sa brutale passion, qu'il sentit l'Esprit de Dieu descendre dans son cœur : il se précipita aux pieds de Théodora, lui demanda
le pardon de son crime, puis la força de prendre ses habits et de s'enfuir. Elle était à peine sortie du lieu infAme, qu'un soldat ivre entra dans la chambre où Didyme était resté. Dans sa surprise mêlce d'eflroi, celui-ci appela ses camarades, qui attendaient dans une pièce voisine. (( Accourez, vous autres, » et regardez, balbutia-t-il , j'avais bien ouï dire que Jésus- » Christ changeait l'eau en vin; mais non qu'il changeait les )) filles en garçons. » Proculus, instruit de cette singulière circonstance, se fit amener Didyuie, reconnut la supercherie, et donna Tordre de trancher la lete au coupable. Théodora accourut alors pour sauver son généreux protecteur. « J'ai
» consenti à fuir l'infamie , lui dit-olle , mais je ne souffrirai » pas que votre dévouement aille plus loin et que \DUS péris- » siez à ma place. » Pour les nietlre d'accord, le juge fit décapiter Théodora et le jeune Didyme.
(MO.] HISTOIRE D'EUSÈBE. lOS