CI10.] HISTOIRE DE MELCHIÂDES
MELCHIADES,
HAXENGBj 33* PAPE. CONSTANTIN,
empereur. empereur.
Élection de Melchiades, — Débauches de Maxence. — Hypocrisie de Constantin. — Liberté des cultes. — Mort de Maxence. — Schisme des donatistes. — Condamnation de Donat. — Le pape est accusé d'avoir livré aux païens les livres saints, et d'avoir sacrifié aux idoles.
Nous entrons maintenant dans une vaste carrière moins obscurcie que celle des sièdes précédents ; et l'histoire éclairera de son sublime flambeau les crimes énormes et les débauches scandaleuses que nous trouverons sur le trône des empereurs ou sur la chaire des papes.
Mdchiades^ le nouveau pontife^ était Africain : sous son règne l'Église commença à jouir d'un peu de tranquillité. Maxence ne persécutait la religion que par intervalles , et seulement pour satis&ire ses passions déréglées ; alors il enlevait les filles et les femmes chrétiennes^ qu'il faisait servir à ses infâmes plaisirs. La conduite du tyran souleva Tindignation des fidèles ; et Melchiades , pour délivrer Rome de œ monstre d'impuretés^ écrivit à Constantin, qui s était avancé à Trêves , de venir combattre Maxence.
Constantin s'était préparé depuis longtemps les moyens de monter sur le trône; et sa politique lavait rendu favorable
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au christianisme : il accéda aux prières de Melchiades^ et son armée marcha vers Milan.
Le premier acte de sa puissance fut de rendre un édit en faveur de la religion : mais en môme temps il lais^t aux païens le libre exercice de leurs cérémonies , « parce que» » disait-il^ j'ai reconnu que les religions doivent être libres , » et qu'il faut laisser à chacun le droit de servir Dieu de la » manière qu'il juge à propos. » A cette époque, ceux qui faisaient profession de catholicisme ignoraient encore qu'il fût permis de forcer les hommes à rendre à la Divinité un culte contraire à leurs convictions : les papes sont les premiers qui aient mis en usage ces exécrables moyens et qui les employèrent dans les siècles suivants avec une odieuse tyrannie.
Constantin et Lioinius^ son icoliègue, s'approchèrent de Rome : Maxence, désespérant de les vaincre par la force, malgré les nombreuses troupes qu'il avait sous ses ordres, usa de stratagème; mais il tomba lui-même dans le piège qu'il leur avait tendu, et se noya dans le Tibre. Après la mort du tyran, Constantin entra triomphant dans la ville, et les chrétiens célébrèrent par des réjouissances publiques la victoire éclatante qu'il venait de remporter.
Pour augmenter son pouvoir, le prince feignit de s'occuper avec zèle des besoins, des intérêts de l'Église, et se mêla à toutes les querelles religieuses. Les donatistes commençaient alors leur fameuse dispute, dont l'origine est très-curieuse-: un prêtre, nommé Cécilien, avait été élu évêque de Carthage par les fidèles, mais un parti composé de diacres, qui avaient reçu en dépôt les vases de cette église pendant la persécit-
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tlon , s^opposèrent à son ordination : ces prêtres indignes espérant se partager ces dépouilles opimes^ avaient élevé antd contre autd.
Botnis et Galensius, irrités de n'atoir pas été choisis ponr oocaper le siège , se joignirent à eux , et entratnèrent dans leur parti une dame dune naissance illustre , nommée Lucilla. Les femmes donnent toujours une grande impulsion k tous les ôomplots qui se forment dans TËglise ou dans l'état : Lucilla était riche, belle, entourée de nombreux amis; depuis longtemps sa conduite avait jeté le scandale dans !'£-> glise; cette femme voulait. surtout se venger de Gécilien^ qui lui avait reproché en pleine assemblée sa légèreté et ses vices.
Les trois partis réunis formèrent une faction puissante, qui se déclara contre Cécilien^ et refusa de communiquer avec lui, . Soixante*et-dix évéques secondèrent leur coupable dessein : s'étant assemblés en concile à Garthage » ils condamnèrent Gélicien : parce qu'il avait refusé de comparattre devant eux pour se justifier ; parce qu'il avait été ordonné par des tra!* très; enfln pour avoir empêché les fidèles dé porter de la nourriture aux martyrs qui étaient en prison , pendant la dernière persécution.
Après cette décision, les pères regardant le siège de Garthage comme vacant^ procédèrent à une nouvdle élection^ et ordonnèrent un nommé Majorin, domestiquer de Lucilla , qui avait été lecteur dans la diaconie de Gécilien.
Telle fut l'origine du schisme des donatistes en Afrique ; on leur donna ce nom à cause de Donat des Gases-Noires^ et d'un autre Donat plus fameux^ qui succéda à Majorin dans le titre d*évéque de Garthage.
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Les donatistes portèrent leurs plaintes à Femperenr, et le prièrent de fiiire chasser Gécilien de Garthage : mais le prince voulant rendre une décision équitable^ ordonna à 1 evêque et à ses adversaires de comparaître devant un concile pour être jugés.
Cédlien se rendit à Rome avec dix évèques de son parti ; Donat des Cases-Noires avec un nombre ^al de prélats. Le synode s'assembla dans le palais de l'impératrice Fausta, nommé la maison de Latéran : les pères déclarèrent Gécilien innocent^ et approuvèrent son ordination. Donat des Gases- Noires fut seul condamné^ comme auteur de tout le scandale de cette accusation, et convaincu de grands crimes par sa propre confession. On permit aux autres évéques de retourner dans leurs sièges^ et ils furent confirmés dans leurs dignités, quoiqu'ils eussent été ordonnés jtor le schismatique Majorin.
Le pape et les autres évéques rendirent compte à Constantin du jugement que le concile de Rome avait porté sur 1 affaire des donatistes, en lui envoyant les actes de leurs assemblées.
Melchiades mourut^ trois mois après, dans le cours de
Tannée 314.
Malgré la condamnation qu'ils avaient encourue, les donatistes persévérèrent dans leur, schisme : Us eurent la hardiesse de se plaindre du concile de Rome^ prétendant que les juges s'étaient laissé corrompre par Gécilien; et même du temps de saint Augustin^ sous l'empereur Honorius^ ils accusèrent le pape Melchiades d'avoir livré les saintes Écritures aux païens et d'avoir offert de l'encens aux idoles.