‹ Histoire des papes (volume 3)Chapitre 45 sur 78 · PS8.] HISTOIRE DE LIBÈRE · texte numérisé non relu

PS8.] HISTOIRE DE LIBÈRE

ariens. Libère, affligé de cette faiblesse^ écrivit au célèbre Osius de Gordoue pour lui exprimer sa douleur, et protesta qu'il préférait mourir pour la défende de la vérité plutôt que de se rendre le délateur de saint Âthanase ; mais il ne persévéra pas longtemps dans cette généreuse résolution^ et sa chute honteuse répandit le scandale et la désolation dans l'ÊgUse. La conduite de Vincent avait mis le pape dans un grand embarras relativement à la condamnation des ariens^ but constant des efforts du saint-siége. Le pontife avant de s'engager dans une voie qui pouvait être dangereuse, se détermina à' prendre les conseils de Lucifer^ évéque de Cagliari: ce prélat méprisait le monde^ vertu bien rare dans les personnes de ce rang; il était très-instruit^ chose extraordinaire parmi les évêques ; il était d'une vie pure et ne manquait pas de fermeté ; en outre il connaissait parfaitement les controverses religieuses, et ne doutait pas que les Orientaux n eussent le dessein d'attaquer la foi : son avis fut que le saint-père devait envoyer des députés auprès de l'empereur, pour obtenir que l'on pût traiter dans un concile général tous les articles de la foi, offrant d'être lui-même un des ambassadeurs.

Libère accepta avec empressement cette proposition : alors Lucifer^ un prêtre nommé Pancrace , et le diacre Hilaire , furent chargés de remettre à l'empereur une lettre respectueuse et pleine de fermeté. Constance, sollicité par les catholiques et les ariens, se rendit aux instances des deux partis ; et d'après ses ordres^ un concile général fut assemblé à Milan. Saint Âthanase fut encore condamné sur les accusations de ses ennemis , que le prince appuyait de toute son I. 16

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Autorité, et les prélats orthodoxes qui refusèrent de se soumettre à la volonté de l'empereur furent exilés en Chalcédoine.

Constance , irrité de voir que ses dispositions pacifiques, loin d apaiser la fureur des orthodoxes, augmentaient encore leur orgueil, et que ses états continuaient à être troublés par les querelles religieuses que suscitait lobstination du pape^ écrivit à Léonce, gouverneur de Rome, de surprendre Libère avec adresse et de l'envoyer à la cour; ou d'employer la violence, s'il était nécessaire, afin d'arracher à son troupeau ce prêtre de discordes.

Léonce fit arrêter le pape pendant la nuit, et le conduisit à Milan, auprès de l'empereur, qui interrogea le saint-père au sujet des disputes de TËglise : mais Libère fut intraitable sur toutes les propositions. Le prince, dans un transport de colère, s'écria : « Ëtes-vous donc la quatrième partie du » monde chrétien , pour vouloir protéger seul un impie et » troubler la paix de l'univers ? » Le pape répondit : (( Quand » je serais seul, la cause de la foi n'en serait pas moins bonne, » et je m'opposerais à vos ordres. Autrefois , il se trouva y> trois personnes généreuses pour résister au commande- )) ment injuste de Nabuchodonosor : et j'imiterai ces coura* » geux Israélites. » Deux jours après cette conférence, sur son refus formel de souscrire à la condamnation d'Âthanase, il fut exilé à Bérée en Thrace ; et Constance, que les ultramontains regardent comme un persécuteur^ lui fit remettre cinq cents écus d'or pour sa dépense.

Les ariens élevèrent alors Félix sur le siège papal; mais deux ans après. Constance étant venu à Rome, plusieurs dames de naissance illustre engagèrent leurs maris à supplier

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rempereur de rendre le pasteur à son troupeau^ les mena* çant de les quitter eux*mémes pour aller chercher leur évé« que* Les sénateurs, craignant d'exciter la colère du prince, n'osèrent point tenter une démarche aussi audacieuse, et pennirait à leurs femmes de demander elles-mêmes la grâce de Libère : les dames romaines se présentèrent devant lempereur, parées de leurs plus riches vêtements et couvertes de pierreries^ afin que le prince^ jugeant de leur qualité par leur magnificence^ eût plus de considération pour elles. ' Arrivées au pied du trône^ elles se prosternèrent devant Constance, le supplièrent d'avoir pitié de cette grande ville, privée de son pasteur et exposée aux insultes des loups. D se laissa fléchir : après avoir délibéré avec les évéques qui raccompagnaient, il ordonna que si Libère entrait dans leurs sentiments , il serait rappelé et gouvernerait l'Eglise.

Fortunatien, évêque d'Âquilée, se rendit auprès de Libère pour l'engager à souscrire aux volontés de Tempe* reur : le pontife , fatigué de lexil et désirant rentrer dans Rome^ s'empressa de donner son adhésion pleine et en«* tière au troisième concile de Sirmium, qui avait publié une ]H*ofession de foi en faveur de l'arianisme. Nous avons conservé la lettre par laquelle il exprime qu'il accepte dans son entier la formule hérétique des ariens. Il excommunia en* suite saint Âthanase^ le plus grand défenseur de TÊglise^ et cet exemple de lâcheté entraîna dans Thérésie un grand nombre d'évéques.

Après cette honteuse apostasie^ Libère écrivit aux évéques d'Orient en ces termes :

(c Je ne défends point Athanase ni sa doctrine; je lavais

» reçu à ma communion pour imiter Jules^ mon prédécesseur » d'heureuse mémoire, et afin de ne point mériter d*ètre ap- » pelé prévaricateur ; mais il a plu à Dieu de me faire coor » naître que vous l'aviez condamné justement^ et j'ai donné )) mon consentement à son excommunication. Notre frère )) Fortunatien est chargé des lettres de soumission que j*ai » écrites à Tempereur ; je déclare repousser de notre corn- » munion Athanase^ dont je ne veux pas même recevoir les )) lettres^ désirant avoir la paix et l'union avec vous, et avec )) les évéques orientaux de toutes les provinces.

» Afin que vous connaissiez clairement la sincérité avec la- )) quelle je vous parle^ notre frère Démophile ayant bien voulu )> me proposer la foi véritable et catholique^ que plusieurs de )) nos frères les évéques ont examinée à Sirmium, je l'ai re- )) çue dans son entier^ sans aucun article à retrancher. Je )) vous prie donc, puisque vous me voyez d'accord avec vous )) en toutes choses, d'adresser vos prières à l'empereur, pour )) que je sois rappelé de mon exil^ et que je retourne au siège » que Dieu m'a confié. » Ce qui était le but des désirs du pontife !

Aussitôt que saint Hilaire eut appris que le pape était de* venu arien, il lança contre lui trois anathèmes terribles, l'appelant apostat et prévaricateur de la foi. En effet, il était difficile après une chute aussi honteuse de faire l'apologie du saint-père. Les prêtres mêmes avouent que Libère a été un pape hérétique^ qu'il a abjuré la foi catholique en se dé* clarant hautement arien, et que l'infaiUibilité du saint-siége se trouve gravement compromise par son apostasie et par son adhésion au concile hérétique de Sirmium.

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L'abjuration du pontife ayant été acceptée, Libère revint à Rome^ où il fut reçu avec de grands honneurs : ses amis poussèrent le peuple dans de nouvelles séditions et chassé* rent Félix de la ville. Le saint-père soutint d'abord les nouvelles doctrines qu'il avait embrassées et fit triompher les ariens ; mais il s aperçut bientôt qu'il ne pourrait pas se maintenir longtemps sur le siégé de Rome^ s'il ne changeait de politique : alors le concile arien de Rimini ayant demandé son approbation, il refusa de signer le formulaire, et se cacha jusqu'à la mort de l'empereur Constance.

Trois ans après ^ les demi-ariens^ persécutés par Eudoxe et par les purs ariens^ tinrent des synodes, et convinrent de soumettre leurs doctrines au jugement de l'évéque de Rome. Le pape fit difficulté de les recevoir, les regardant comme des ariens qui avaient aboli la foi de Nicée; mais lorsqu'ils eurent consenti à reconnaître la consubstantialité du Verbe^ Libère leur donna une lettre de communion, dans laquelle il témoigne qu'il reçoit avec une grande joie les marques de la pureté de leur foi et de leur union avec tous les Occidentaux.

Le pape ne survécut pas longtemps à cette réunion des demiariens ; il mourut le 24 septembre 366^ après avoir gouverné rËglise de Rome pendant quatorze ans et quelques mois. Son apostasie n'a pas empêché les évêques les plus illustres, saint Ëpiphane^ saint Basile et saint Âmbroise^ d'en parler avec de grands éloges. Le Martyrologe romain avait même inscrit son nom parmi les saints que l'Ëglise honore ; mais, par un excès de prudence du cardinal Baronîus^ on Ta supprimé dans ces derniers siècles.

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