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» forts pour Tobtenir; elle leur procure de grandes dignités, » de riches présents et les faveurs des dames; elle leur )) donne des chars pompeux, des vêtements magnîGques, et )) une table si recherchée, qu'elle surpasse celles des rois. »
Damase était encore plus sensuel que ses prédécesseurs , il aimait à jouir des douceurs d'une vie molle et voluptueuse: Prétextât, qui fut depuis préfet de Rome, lui disait en plaisantant : (( Faites-moi évéque à votre place , si vous dési- )) rez que je devienne chrétien, » Et certes, un aussi riche seigneur n'eût pas ambitionné la chaire de saint Pierre , si la conduite de Damase eût été plus apostolique.
Le luxe de l'Église latine était odieux à saint Jérôme et à saint Grégoire de Nazianze, qui s'en plaignaient avec indignation. Ils ont appelé le clergé romain , un sénat de pharisiens , une troupe d'ignorants séditieux , une bande de conjurés; ils blâment sans ménagement les prodigalités, les débauches, les fourberies des prêtres, et condamnent Télé- ▼ation de Damase sur le saint-siége, comme ayant été obtenue par la force et par la violence.
Quant à l'antipape Ursin, sa consécration était également des plus ir régulières, ayant été faite par un seul prélat, Paul, évêque de Tibur, homme grossier et ignorant : cependant les schismatiques continuèrent à se réunir dans les cimetières des martyrs, et conservèrent une église où ils tenaient leurs assemblées , quoiqu'ils n'eussent ni prêtres ni clercs dans la ville,
Damase ne pouvant les soumettre, eut recours à l'autorité du prince pour obtenir l'ordre de les chasser de Rome : joignant ensuite ^hypocrisie au fanatisme, il fit des processions
fn HISTOIRE DES PAPES. [Stt.]
solennelles pour demander à Dieu la conversion de ces obstinés schismatiques. Mais lorsqu'il eut reçu de l'empereur l'autorisation de détruire ses ennemis, le pontife, changeant tout à coup de tactique^ rassembla ses partisans^ et, la tiare sur la téte^ une masse d'armes à la main, il pénétra dans la basilique^ fondit sur les hérétiques en donnant le signal du combat; le carnage fat long et sanglant; le temple d'un Dieu de clémence et de paix fat souillé par le viol et les assassinats!
Cette terrible exécution ne put encore abattre la faction des ursins : alors le saint-père, profitant du jour de l'anniversaire de sa naissance , rassembla plusieurs évêques auxquels il voulait arracher la condamnation de son compétiteur. Ces prélats, fermes et équitables» répondirent qu'ils s'étaient réunis pour se réjouir avec lui, et non pour condamner un homme sans l'entendre.
Tel était ce pape, que des imposteurs osent appeler a très* » pieux et très-saint personnage. »
L'accusation d'adultère qui dans la suite fut intentée an saint-père, par Calixte et Concordius, paraît établie sur les preuves les plus irrécusables : le synode qui le justifia de cette accusation n'a pas changé les convictions sur cet affreux scandale, car si l'imposture avait été avérée, les accusateurs eussent été livrés au bras séculier pour être punis selon la rigueur des lois romaines, et nous savons au contraire qu'ils furent soutenus par les principaux magistrats.
Pour faire connaître l'esprit et les mœurs du clergé de cette époque, il est important de parler d'une loi que les empereurs Yalentinien, Valens et Gratien, firent publier vers la fin de l'année 570. Elle défendait aux ecclésiastiques et à
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ceux qui se faisaient nommer continens, d'aller dans les maisons des veuves et dans celles des filles qui demeuraient seules, ou qui avaient perdu leurs parents : dans le cas de contravention» elle permettait aux parents ou alliés de déférer les prêtres coupables aux tribunaux. Elle défendait en outre aux gens d'église» sous peine de confiscation^ de recevoir, à titre de donation ou par testament, les biens de leurs pénitentes, à moins que, par droit de proximité, ils ne dissent les héritiers légitimes : cette loi était lue chaque dimanche dans toutes les églises de Rome. On suppose que le pape l'avait demandée lui-même , afin de réprimer par le secours de la puissance séculière l'avarice de plusieurs clercs , qui séduisaient les dames romaines pour s'enrichir de leurs dépouilles. Car l'avidité des ecclésiastiques les avait conduits à une corruption effroyable ; ils surpassaient les plus habiles dans l'art d'extorquer les successions, et leur prudence était si merveilleuse, qu'on n'osait pas même les en accuser juridiquement.
Saint Jérôme blâmait ouvertement cette loi contre l'avarice des prêtres, qui imprimait une marque d'infamie sur le clergé. Cependant elle lui paraissait juste et nécessaire. (( Quelle honte, s'écriait-il, de voir des ministres païens, des » bateleurs, des comédiens, des cochers publics, des femmes )) débauchées, hériter sans obstacles, pendant que les clercs » et les moines sont les seuls auxquels il soit défendu de re- » cueillir des héritages!.... Cette défense est faite non par » des princes païens ni par des persécuteurs du christia- )) nisme, mais par des empereurs chrétiens! Je n'ose pas )) me plaindre de la loi, car mon âme est profondément at-
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I) tristée d'être obligé de convenir que nous Favons méritée, » et que la religion , perdue par l'avarice insatiable de nos » prêtres , a forcé les princes à nous appliquer un remède » aussi violent. » "
Les désordres du clergé ne furent cependant point arrêtés par cette loi ; les empereurs se virent contraints de £aiire une nouvelle défense à toutes les veuves de dissiper, sous prétexte de religion, leurs pierreries et leurs meubles précieux ; ils ordonnèrent qu'elles les laisseraient à leurs enfants, et que personne en 'mourant ne pourrait nommer pour héritiers les prêtres, les pauvres, ou les églises.
A Gonstantinople, la secte arienne, tour à tour persécutante ou persécutée, dominait alors, par la protection de Yalens : elle poursuivait les orthodoxes avec acharnement , et usant de représailles, rendait aux catholiques tous les maux qu elle avait souiTerts. Saint Âthanase, Eusèbe de Samosate, Mélèce et saint Basile, écrivirent à Damase des lettres touchantes sur le fôcheux état des affaires d'Orient ; le pape ne leur fit aucune réponse, étant trop occupé à Rome pour donner ses soins aux chrétiens d'Orient, ou plutôt son grand âge commençait à affaiblir son ambition. Peut-être craignait-il aussi que l'empereur Yalens n'appuyât les intérêts d'Ursin, son ennemi, s'il se déclarait avec trop de chaleur contre les ariens ; d'ailleurs il n'aimait pas saint Basile, qui s'était déclaré contre Paulin, le favori du pape, et avait soutenu Mélèce, son compétiteur pour un siège d'évêque.
Damase renvoya les lettres par le même porteur, le chargeant de dire aux évéques qu'il leur ordonnait de suivre mot à mot le formulaire qu'il prescrivait : Basile, mécontent de
ces airs de hauteur, rompit tout commerce avec le pontife , et fit éclater dans plusieurs lettres son indignation contre le saint-slége.
L'Egypte était restée en paix pendant toute la vie de saint Athanase , qui exerçait depuis quarante-six^uis les fohctions épiscopales dans la ville d'Alexandrie. Comme Tévêque entrait dans un âge très-avancé» les fidèles le prièrent de désigner son successeur : il nomma Pierre, homme vénérable , estimé de tous à cause de sa grande pitié. A cette occasion lo pontife romain écrivit au nouveau prélat des lettres de communion et de consolation , qu'il lui fit porter par un diacre. Le préfet d'Alexandrie, craignant que Damase ne recherchât Talliance de Févéque pour soulever les anciennes querelles religieuses, fit arrêter Tenvoyé du pape, lui fit lier les mains derrière le dos, ordonnant qu'il fût frappé publiquement par les bourreaux à coups de pierres et de lanières plombées : après le supplice , le malheureux diacre , encore inondé do sang, fut embarqué sans secours, et conduit aux mines de cuivre de Phenèse. Pierrfe, craignant pour lui-même, s'échappa pendant cette exécution^ et fuyant ses persécuteurs, il monta sur un vaisseau qui le conduisit à Rome, où il demeura pendant près de cinq ans, dans la tranquillité d'une retraite sûre
et honorable.
A Rome, le parti d'Ursin était réduit aux dernières extrémités : mais les lucifériens, autres schismatiques , tenaient t^)ujours des assemblées criminelles^ et la vigilance de Damase ne pouvait empêcher qu'ils n'eussent un prélat : ils avaient choisi Aurélius; après sa mort, Ephésius lui succéda , et se
maintint dans la ville malgré les poursuites du pape. 1. . 16
La faction des d€rfiMf»tes ftvnit adssi son étèqiie : elle 9*â^ sem blait hor» de» mur» de ta yf Ue^ dan»le» cateitiM d'me môfttagne, ce qui leur avait fait donner le nom de Monteiides# Gcê hérésiarques re^tire^it de lenri^ frères d'Afrique im frétendti patriarcHe roifisÉifi^*q«i, fidèle fflft)^ Ifii mx préceptes dé TÊ* vangile^ n'avait en partage que rhtiiiriltté et la pMvfeté.
Après plusieurs années d'attente, Pierre d' Alexaffdrie^ qui avait été chassé de son stége par la tiolence des «ri^As , fof convoqué pour assister à tin eotictlè tenu par Dàmase, oè il eut la satisfaction de voir eondattiner Apollinaire el Timethëe , son disciple, qui se prétendait métropolitain d'Aletandrte. Jusqu'alors l'hérésie d'Apoilmaire n'avait point été anathé^ matis^e , et ses erreurs avaient toujours été tolérées par les plus saints patriarches d'Orient, qui témoignaient pour sa personne une profonde vénération.
Depuis la mort de Valeftthaien P' , Fairtipape Ursin intriguait toujours pour relever son parti et remonter eut le saint*' siège. Trois ans s'étaient écoulés dans ces vaines tentatives ; mais enfin Damase résolut de détruire entièrement les restes de cette faction, et profitant de l'interrègne qui eut lieu après la mort de Valens, il tint une assemblée à Rome, oô se trouvèrent un grand nombre d'cvéques italiens. Les pères adressèrent une lettre à Gratien et à Valentinien, pour supplier ces empereurs de réprimer fe schisme d'ITrsin r ils leur annonçaient en même temps qu'ils avaient décidé que le pontife romain jugerait les autres chefs du clergé ; que les simples prêtres continueraient à être soumis aux tribunaux ordinaires, mais qu'ils ne pourraient plus être appliqués aux tortures de la question.
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Les princes répondirent favorablement à la requête du concile par un écrit adressé au préfet Aquitain. Ils ordonnèrent aux vicaires de Rome d'exécuter les ordres qu'ils recevraient du pape ; de chasser les hérétiques de la ville sainte, et de les expulser du territoire des autres provinces. Ainsi , les empereurs, en accordant au concile de Rome tout ce qti'îl avait demandé, se trouvèrent dépouillés d*uûe partie de leur autorité, dont ils investirent le pontife Damsise. Et dans les siècles suivants, nous verrons l'ofgueil des successeurs de révéque de Rome s^élever jusqu'à randacér, jusqu'à la démence ; et là lâcheté des princes descendre jusqu'à fa dégradation !
A celte époque , les fréquentes irruptiotis des Allemands dans la Gaule obligèrent Gralien à.retointier en Occident, où il avait établi le siège de son empire , abandonnant k Tbëodose rillyrie et TOrrent. Les deux empereurs forent egalemetit favorisés de la fortune , Gfatien contré^ les Allemands, et Théodose contre les peupleà qui habitaient sur les bords du Dànobe : ce prince ayant défait leurs armées, les contraignit à demander la paix. Les historiens safcrés prétendent qu'if se rendif eiQuife à Tbessalonique, où il tomba dangereusement malade : les prêtres se hâtèrent de l'instruire dans la religion chrétienne, et Ascolius, évéque de cette ville, lui administra le sacirement de baptême, qui lui proc#a une guérison mira^ culeuse.
Mais si la religion s'aflérmissait en Orient par la conversion d'un prince illustre , en Occident elle était menacée des plu» grands périls par l'hérésie des prisciltianistes. Marc , Êgyp^ tieo de Mempbis, chef de cette nouvelle doctrine, était venu
su HISTOIRE DES PAPES. [S80.]
en Espagne prêcher ses dogmes impies ; et son éloquence avait entraîné dans le schisme le rhéteur Elpidius et une femme de grande naissance appelée Agape. La nouvelle convertiç» par Tinfluence de son rang, de sa fortune et de sa beauté, attira un grand nombre de sectaires, et parmi eux le noble et célèbre Priscillien , dont la secte prit le nom. Issu d'une des premières familles de l'état^ bien fait de sa personne, éloquent, instruit , ardent , sobre , désintéressé , Priscillien avait toutes les qualités d'un réformateur, et son énergie le rendait capable de supporter les persécutions^ qui dans tous les états sont ia récompense des apôtres des peuples.
Sa doctrine fut embrassée par une multitude nombreuse dans la noblesse et dans l'armée ; les femmes surtout, avides de nouveautés et chancelantes dans leur foi , accouraient en foule autour de lui. Priscillien enseignait les erreurs des ma- * nichéens et des gnostiques ; il afiiimait que les âtnes étaient des parcelles de l'essence de Dieu même ; qu'elles descendaient volontairement sur la terre, en Ijraversant l'immensité des cieux et tous les degrés de principautés : et que le gi'and architecte de l'univers lesplaçait dans différents corps pour combattre le mauvais principe. D'après lui « les hommes étaient attachés à diverses étoiles fatales, et leurs corps dépendaient des douze signes du zodiaque : le bélier gouvernait la tête ; le taureau, le cou; les ^meaux, les épaules; enfin il rappelait toutes les rêveries des astrologues. Ne reconnaissant pas la Trinité, il prétendait^ avec Sabellius, que le Père^ le Fils et le Saint-Esprit étaient le même Dieu sans aucune distinction réelle des personnes. Ses dogmes différaient de ceux des manichéens, en ce qu'il ne rejetait pas ouvertement l'Anciea