ANASTASE
cr
ARCADIUS, 41* PAPE, HONOEIUS 1*%
empereur. empereur.
Ordination d' Anastase. — Deux femmes célèbres par leur beauté , Mélanie et Marcelle, excitent un schisme dans T Église. — Histoire de Rufîû d'Aquilée et d# Mélanie. — Rufin est poursuivi par Marcelle, qui le fait excommunier par le .pontife. — Mort d'Anastase.
Pan de jours après la mort du pape Sirice^ on élut Ânastase V\ Romain de naissance.
A son avènement au saint-siéige, l'Église était troublée par les erreurs d'Origène; et deu^ dames d'une naissance illustre, Mélanie et Marcelle, divisaient les fidèles en deux fac-
tiens ennemies.
Rufin, prêtre d'Aquilée, qui avait vécu environ vingt-cinq ans à Jérusalem avec Mélanie, était venu à Rome, afin de publier une version latine de TApologie d'Origène , attribuée au martyr saint Pamphile ; ensuite il avait fait paraître une lettre pour démontrer que les œuvres d'Origène avaient été Ëdsifiées, et que sa nouvelle traduction intitulée Periarcbon
it la seule exacte. Après avoir propagé ses doctrines» Rufin
s*était retiré dans la ville d'Aquilée, sa patrie, avec une lettre de communion que le pape Sirice lui avait accordée sans difficulté. Mais sous le i^gne d'Ânastase, une dame romaine, nommée Marcelle , furieuse contre Rufin ^ qui avai*t méprisé ses faveurs , signala au pontife les doctrines du prêtre philosophe.
On l'accusa d'avoir répandu les erreurs d'Origène; on produisit sa traduction du livre des Principes, et comme il n'avait pas mis son nom sur Touvrage y ses ennemis représentèrent les exemplaires corrigés de sa main : celui-ci^ averti de ce qui se tramait contre ses écrits^ refusa même de répondre au pontife, et resta dans Aquilée. .
Anastase , saint Jérôme et les autres adversaires de Rufin, malgré les protestations de ses disciples et l'orthodoxie de sa confession de foi ^ le condamnèrent pour satisfaire aux exigences d'une courtisane.
Le règne d'Ânastase s'écoula tout entier au milieu des querelles théologiques entre les donatistes et les catholiques de l'Ëglise de Carthage. Le saint-père mourut le 27 avril 402 , après quatre ans de pontificat.
pn.] mSTOIKE DINNOGENT I*.
INNOCENT r,
ABCADIV8, THÉODOSB
flONORIUS , 42* PAPE. L B 1 B U H3 ,
empereurs. empereur.
Élection d'Innocent. ^- Victoire de Stilicon. — Schisme dans l'Égli^ d'Orient. — Le pape prend la défense de saint Jean Chrjsostome. — Célibat des prêtres. — Incontinence des moines. -r« Réflexions sor les victimes des cloîtres. •^— Lettres sur TaiFaire de saint Chry sostome. — Violences exercées contre les moines et ' contre les vierges. — Le pape écrit i Tempereor Honorius. -— Les députés sont renvoyés honteusement. — Vigilance se déclare contre le célibat des prêtres ; il blftme Tavarice des papes. — Les moines deviennent les fléaux des nations. — Mort de saint Chrysostome. T- Premier siège de Rome par Alaric. — - Le pape autorise les sénateurs à faire des sacrifices aux faux dieux. -— Second siège de Rome. — Victoire d'Honorius. — L'empereur refuse une juste satisfaction au roi goth. — Prise et sac de Rome. — Nouveau pillage de Rome. — • Le pape abandonne lâchement son troupeau.—- Il revient à Rome. — Naissance du pélagianisme . — Satire contre les moines. — Gélestius et Pelage en Palestine. — Fourberie de saint Augustin. — Pelage adresse sa première épttre à une belle dame faisant profession de virginité. — Traité des forces naturelles de rhomme. — Saint Jérôme et saint Augustin réfutent Pelage. — Caractère violent de saint Augustin. -— Le concile de Diospolis approuve les doctrines de Pelage. — Vierges violées. — Ambition des papes. — Concile de Carthage. — Réponse du pontife. — U est accusé de favoriser Thérésie. — Décrétâtes d'Innocent. — Il est faux qu'il ait osé excommunier l'empereur Arcadius et Timpéra-
flO HISnnRE DB8 PA18S. ' (MMi)
trice Eudoxie. —Mort du ]pàpe, — Son caractère. — Sédoctions employées par les prêtres pour obtenir des héritages.-
Innocent I*' était de la ville d'Âlbano^ près de Rome : après .^on élévation sur le saint-siége, les Goths, qui menaçaient ritalie d'une désolation effroyable, furent repoussés par StiliCon f qui remporta sur ces peuples une victoire éclatante» •
Délivré de la crainte des barbares, les prêtre» recommencèrent les luttes religieuses; et de nouveaux schismes se déclarèrent bientôt dans l'Église d'Orient. Théophile, évèque d'Âleiaodrie , soutenu par l'empereur^ avait déposé saint Ghrysostome^ patriarche de Constantinople , et en don* nant avis au pape de son jugement , il avait refusé d'expliquer les moti& de l'excommunication. Innocent reçut égalemwt une lettre de Chrysostome > l'instruisant de tout ce qui s'était passé dans le premier synode^ qui avait prononcé la déposition, et dans la seconde assemblée, où il avait été eondanné au bannissement. Le pape accueillit avec de grands honneurs les députés du patriarche et ceux de Théophile ; mais pour ne point compromettre la dignité de son siège dans une question aussi importante « il renvoya l'examen de cette affaire au prochain concile des évéques d'Orî^it et d'Occideat»
On attribue au saint-père plusieurs décisions sur le célibat des prètreStdé£eiKknt aux ecclésiastiques d'entretenir un commerce charnel avec leurs femmes, et ordonnant aux moines de vivre duts la continence : mais la nature est plus forte ifoe ks lois des hommes , et les bulles du pontife comme les
[m.J HISTOIRB DlimOGENT K «Ti
décrets do ses successeurs seront toujours impuissants pour arrêter les désordres des ministres et les débauches des couvents.
Dans ses règlements^ Innocent défend de conférer les or* dres ecclésiastiques aux officiers de Tempereur ou aux per« sonnes remplissant des charges publiques : il ordonne aux prêtres de refuser la pénitence aux vierges consacrées so* lenneUem^it à Dieu , lorsqu'elles voudront s'engagar dans les liens du mariage, a Si une femme» dit le saint-père, du » vivant de son mari en épouse un autre, elle est adultère» » et repoussée de TËglise : observez la même rigueur à Té* «> gard de cdle qui , après s*être unie avec un époux immor-
A tel 9 sera passée à des noces humaines, i Et c'est à vûm décision aussi ridicule que nous avons dft Tesclavage des couvents !
Cependant les pontifes admettaient des réclamations contre les vœux arrachés par la violence : mais les malheureuses victimes pour être déliées de leur serment devaient offrir au saint-père des présents et de l'argent. A cette époque, fîmportance des sommes que Ton envoyait à RcMne faisait admettre ou rejeter les plaintes les plus légitimes : aujourd'hui les nations les plus éclairées ont reconnu que les vœux de oélibat peuvent être enfreints , même sans l'autorisation des papes 9 et l'exemple de nos prêtres prouve que personne ne peut se dispenser d'obéir aux lois de ta nature.
Innocent paraissait avoir oublié les querelles des OrieiJH taux , lorsqu'il reçut une lettre de vingt-cinq évêques qui soutenaient la cause de Chrysostome; et en même temps arrivèrent à Rome, Domitien et Yallagus, chargés de sour
m HISTOIRE DES PAPES. [4e5.J
mettre au saint-père les plaintes des Églises de Mésopôta- ^mie. Les deux prêtres lui rendirent compte des actes de violences exercés par Optât , préfet de Constantinople» contre Olympiade et Pentadie , femmes de grande naissance et de« familles consulaires ; ils amenaient aussi avec eux des moines et des vierges qui montraient leurs côtés meurtris et les marques des coups de fouet sur leurs épaules.
Le pontife , touché de leurs maux , écrivit à l'empereur Honorius» le priant d'ordonner que l'on assemblât un concile pour mettre un terme aux cruelles dissensions qui déchiraient l'Ëglise.
Les députés du pape et des évéques d'Italie se dirigèrent vers Constantinople y afin de remettre leurs dépêches entre les mains du prmce; mais les ennemis du patriarche rendi* , rent la députation odieuse , accusèrent Innocent de vouloir les calomnier, et firent chasser honteusement les ambassadeurs.
Pendant l'année 406 parut le premier ouvrage de Vigilance^ prêtre savant , versé dans la connaissance des Ecritures sacrées , nourri de la saine lecture des auteurs profanes , et joignant à une instruction profonde une éloquence qui entraînait les masses. Il se déclarait hautement contre les abus introduits dans la religion, blâmait le célibat des ecdésias^ tiques , condamnait le culte des reliques, nommait cinéraires et idolâtres ceux qui les honoraient, et traitait de superstition païenne l'usage d'allumer des cierges en l'honneur des saints.
Dans ses écrits ^ Vigilance soutenait que les fidèles ne devaient point prier pour les trépassés; il engageait les
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fidèles à ne point envoyer des aumônes au pape, et à ne point vendre leurs biens pour les donner aux pauvres, prétendant qu'il valait mieux les garder et leur en distribuer les revenus : il condamnait la vie licencieuse des cloîtres et s opposait à la célébration des messes nocturnes dans les églises, où se commettaient de sacrilèges impuretés.
Cet bonune admirable, qui osait faire entendre un langage aussi ferme , dans un siècle d'esclavage et de fenatisme , ne pot abolir aucune des pratiques ridicules introduites par Tavarice et Tambition des moines, qui se multipliaient chez toutes les nations, dont ils sont devenus dans la suite le plus terrible fléau.
Le 14 septembre de l'an 407, saint Ghrysostome mourut à Comane, mais cet événement ne put terminer les dissensions des Églises d'Orient et d'Occident.
Au commencement de l'année 408 , le redoutable Alaric fit proposer un traité d'alliance à l'empereur Honorius : ses avances ayant été repoussées, les Goths s'approchèrent de Rome^ en formèrent le siège, et la bloquèrent étroitement par terre et par mer, pour empêcher qu'elle ne reçût des vivres.
Les habitants , décimés par la famine et par la peste , faisaient entendre des plaintes lamentables et voulaient qu'on ouvrît les portes au vainqueur. Dans ces extrémités ^ les sénateurs crurent nécessaire de sacrifier au Gapitole et dans les autres temples pour relever le courage du peuple. On consulta Innocent , qui donnant l'exemple d'un noble désintéressement, préféra le salut de la ville à l'observation rigoureuse de la foi chrétienne, et permit de faire des sacrifices publics en l'honneur des anciens dieux !
Sn HISTOIRE DES PAPES* flM}
Les sacrifices païens forent aussi inutiles que 1m proeet** sions reKgieuses, et Ton fîit obKgé de songer aux moyen» d'apaiser Âlaric. On traita avec lui ; on convint d achelèr Ift paix en lui payant une rançon de cinq mille livres d'or, trente mille livres d'argent, quatre mille tuniques de soie, trois mille peaux teintes en écarlate et trois mille livres de poivre» Cette contribution fut prélevée sur les fortunes des citoyens, parce qu'il n'existait point de trésor public : on fut encore obligé , pour compléter les sommes exigées par le barbare , de dépouiller les temples des idoles et de fondre les statues d'or et d'argent. Les Romains promirent en outre de Iftire conclure une alliance avec l'empereur.
Le roi des Goths ayant levé le siège, vint jusqu'à Rimini pour s'entendre avec Honorius et lui proposa la paix à des conditions avantageuses : Jovius, préfet du prétoire d'Italie, chargé de conférer avec Alaric, rompit la négociation en lui refusant le commandement général des armées de l'empereur.
Le sénat, craignant les suites de cette rupture , envoya une ambassade solennelle au roi goth ; mais Innocent^ chef de la députa tion, ne pouvant rien obtenir du monarque irrité, et redoutant les effets de sa vengeance , courut se réfugier à Ravenne , auprès d'Honorius , et abandonna son troupeau à la rage du vainqueur.
Âlaric vint mettre une seconde fois le siège devant la viUe sainte^ et s'étant rendu maître du port, il força les Romains à déclarer empereur Àttale, préfet de la ville. Le. nouveau césar, enorgueilli de sa fortune, ne consulta plus le sage Alaric ;' il envoya en Afrique un général nommé Constautt
[IM.] HISTOIHB B*1NN0CKNT l*'. »»
chargé de ftitre reecnnatlre ma autonîlé^ sans lut donner des forces nécessaires pour soutenir ses prétentions : luiraôme, trompé par de Taines espérances, marcha vers Ravenue. Honorius, épouvanté; lui adressa tes premiers of^ ffciers, lui offrant de le reconnaître pour son collègue ; mais Attale repoussa durement les ambassadeurs, ordonnant à l'empereur de choisir' une île ou de. désigner une province pour se retirer.
Honorius avait déjà fait disposer ses vaisseaux, et n'attendait qu\in vent fevorable pour s*enfuir auprès de son neveu Théodose, quand il reçut d'Orient un secours inespéré. En même temps Attale apprit la nouvelle que Constant avait été déihit par Héraelien, gouverneur de TAfrique, et que la flotte des ennemis gardait si bien les ports de Rome, qu'on ne pouvait plus faire entrer délivres dans la ville ! alors il retourna sur ses pas pour défendre sa capitale. Mais le roi goth , irrité de ringratitude dont il avait payé ses bienfaits, se réconcilia avec HonoiHus, et dépouilla son protégé de la pourpre impériale, après une année de règne.
Âlarîc se dirigea ensuite vers les Alpes et vint à trois lieues de Ravenne, peur montrer qu'il désirait sincèrement la paix ; il annonça qu'il ne demandait plus de grandes provinces, ni le commandement des armées de Tempereur, mais seulement une petite somme d argent, une certaine quantité de blé pour l'entretien de ses troupes, et deux petites provinces aux extrémités de rAUemagne qui ne payaient aucun tribut à l'empire, et restaient exposées aux irruptions des barbares.
Honorius, cédant à de mauvais eoiiseils, reftisa encore de lui accorder cette satisfaction : le roi , devenu furieux par
cette nouvelle insulte, vint mettre une troisième fois le siège devant Rome, prit la ville par trahison, le 24 août 410, et l'abandonna au pillage de ses soldats ; Téglise de SaintrPierre fut seule épargnée par ordre du vainqueur. Mais le pontife, qui avait prévu les malheurs de la ville sainte, pour la deuxième fois abandonna lâchement son siège, et vint se réfiigier à Ravenne auprès de l'empereur.
Le pillage dura trois jours : ensuite Alaric sortit de Roine^ passa dans la Campanie, où ses troupes pillèrent Noie. Après avoir ravagé toute cette partie de lltalie^ le roi des Gofhs mourut à Cosenza , en revenant de Reggio. Son beau-frère, Ataulfe, lui ayant succédé, passa encore par Rome^ qu'il pilla de nouveau : la plus grande partie des habitants sévirent alors réduits à une déplorable indigence ; presque tous les chrétiens furent dispersés et contraints de chercher un refuge dans les îles voisines de la Toscane ^ en Sicile^ en Afirique, en Egypte, en Orient et en Palestme. f
Innocent retourna à scm si^e lorscfue le danger eut disparu^ et sut profiter habilement de la désolation générale pour éteindre*les restes du culte des idoles et affermir son autorité spirituelle. Il chassa les novatiens de la ville, et poursuivit avec une extrême rigueur tous lés malheureux hérétiques.
Le brait de la conférence tenue à Garthage en 411, entre les orthodoxes et les donatistes, avait attiré en Afrique Pelage et Célestius, deux religieux de la Grande-Bretagne, qui avaient longtemps habité l'Italie. Gélestius était d'un caractère ouvert ; Pelage au contraire était rasé, politique, aimant la bonne chère et les plaisirs comme tous les moines, dont Jérôme disait ainsi la critique : a Ils traitent leur corpg
\ht3.] HISTOIRE D'INNOCENT !•'. 277
)) atec de grands^ ménagements; pourtant le chrétien doit )) être en guerre avec la chair, qui est Tennemie de l'âmë; » mais peut-être le font-ils pour obéir au précepte de FÉvan- )) ffle, qui ordonne d'aimer ses ennemis! ! »
Gélestius alla rejoindre son ami Pelage en .Palestine, où leurs ouvrages étaient accueillis favorablement. Le comte' Marcellin, gouverneur de la province, voulut faire examiner leur doctrine, et s'adressa à saint Augustin. L'évèque d'Ilippone répondit par cette proposition captieuse : .« Oui, Thomme » peut être sans péché moyennant la grâce de Dieu^ mais il )) ne raccorde jamais. )) Le moine anglais enseignait la même doctrine , afiirmant que. Dieu pouvait accorder cette grâce à ses élus : ainsi la différence des deux sentiments consistait dans une dispute de mots. Mais craignant de s'attirer sur le^ bras cet adversaire redoutable, il écrivit à saint Augustin une lettre pleine de protestations sur l'orthodoxie de sa foi, cl lui prodigua les louanges les plus outrées .: le saint évêque , flatté dans sa vanité; le reçut à sa comniunion.
Pelage n'avait encore publié qu'un petit commentaire sur les Épitres de saint Paul^ et une lettre adressée à une belle dame, nonmiée Démétria,. qui faisait profession de virginité. Cette pièce avait été attribuée à saint Jérôme ou à saint Augustin, tant le venin de ses erreurs était subtiL
Mais lorsqu'il eut fait paraître son traité u Des forces naturelles de l'homme, pour relever les droits du franc* arbitre , » une réprobation générale accueillit le hardi novateur. Saint Jérôme le réfuta par des dialogues, et saint Augustin accumula des montagnes de volumes contre la nouvelle hérésie.
Pelage ayant demandé à justifier sa doctrine devant un dmcile» quatorze ëvèques se réunirent à Diospolis e&L Palestine r après avoir pris connaissance de tous les articles contestés, les Pères rendirent le décret suivant i u Nous sommes » salis&its des déclarations du moine Pelage, ici présent, qui » convient de la sainte doctrine et condamne ce qui est con- )) traire à la foi de TËglise; nous déclarons qu*il est dans la I) communion ecclésiastique et catholique. »
Théodore de Mopsueste, célèbre par son profond savoir et sa haute sagesse, était en Orient l'un des plus puissants protecteurs de Pelage : Jean, ëvèque de Jérusalem, favorisait également la nouvelle doctrine. Alors pour rendre les pélagiens odieux, saint Jérôme les chargea d'une accusation atroce ; il écrivit ad pape que leur troupe furieuse Tavait attaqué dans un monastère qu'ils avaient livré aux flammes après l'avoir pillé ; que lui-même avait été contraint de Se sauver dans une tour fortifiée, où pltisietws vierges avaient été violées.
Le pontife adressa une longue épitre à Jesm de Jérusalem^ pour lui désigner Fauteur de ces violences et rengagera les empêcher par son autorité. U écrivit aussi à saml Jérôme une lettre de consolation, l'engageant à porter cette accusation devant son siège, afin qu'il put lui donner des juges : cette lettre est une preuve convaincante de l'ambition des papes» qui ne laissaient échapper aucune occasion d'usurper de nouveaux droits dans TËglise.
Selon la coutume, les évêques de la province d^ Afrique se rassemblèrent àCarthagc pour le concile annuel: les Pères, cédant aux solUcitations de révc'ane d*Hippone, décidèrent
[U(k] HISTOIRE DINNOGBNT 1«. 97»
(fue Pâage et Gâestius seraient anathématisés, afin ^e la crainte de l'excommunication fit revenir ceux qu'ils avaient trompés, si elle n'était pas capable de les ramener eux-mêmes. Le concile voukt ensuite faire connaître au pape le jugement qu'il avait rendu, pour lui donner plus de solennUé par l'âutorité du siège de Rome, et on envoya an jsaint-père les lettres, synodales» ainsi que les écrits des prélats Héros et Lazare.
Le synode, dirigé par saint Augustin, réfutait sommairement les principales erreurs attribuées à Pelage» et terminait sa bulle d'excommunication en ces termes : « Nous ordon-* » nous que Pelage et Célestius désavouent cette doctrine et les » écrits produits pour leur défense, quoique nous n'ayons pu )i les convaincre de mensonge : car nous anathânatisons en » général ceux qui enseignent que la nature humaine peut » suffire pour éviter le péché, et ceux qui se montrent lesen- )) nemis de la grâce,')) Cet anathème ne pouvait atteindre Pelage, qui supposait au contraire la nécessité de la grâce pour vivre sans péché.
Mais saint Augustin, entraîné par l'ardeur de la dispute» s'était jeté dans un système erroné, et avait découvert la faiblesse de la science théologique.
Le pape répondit aux lettres synodales du concile:îl donnait de grands éloges aux évêques pour la vigueur arec laquelle ils avaient condamné l'erreur, et pour le respect qu^ témoignaient au saint-siége, en le consultant sur ce qu^ik avaient décidé. Il ajoutait, avec un orgueil intolérable, qu'ils s'étaient conformés aux lois de l'Ëglise, qui ordonnaient de soumettre au successeur de sain», Pienre toutes les causes
S80 HISTOIRE DES PAPE& [U7.j
ecclésiastiques avant de les juger déGnitivement dans les pro* vinces.
(( Les Africains repoussèrent cette prétention de Tévâque » de Rome : ils déclarèrent qu'ils ne lui écrivaient pias pour » lui donner le droit d'infirmer ce qu'ils avaient décidé, mais » seulement pour le prier d'approuver ce qu'ils avaient fait, » comme une chose qu'il ne pouvait refuser sans se rendre )) suspect d'hérésie. »
En effet, on avait accusé Innocent de favoriser Gélestius; et pour écarter les soupçons, il répondit dans une seconde lettre, qu'il détestait les erreurs de cet hérétique : il déclarait approuver les évoques d'Afrique qui les avaient condamnées, et joindre son suffrage au leur. Ensuite le §aintpère fit paraître plusieurs décrétales sur la nécessité de la grâce de Jésus-Christ, qui n'était niée de personne, puisqu'on déduisait l'opinion contraire des écrits de Pelage et de Gélestius, par des conséquences que désavouaient les deux moines. Il lança des anathèmes sur les hérétiques qui prétendaient n'avoir pas besoin de la grâce de Dieu pour faire le bien, les déclarant indignes de la communion des fidèles, et séparés de l'Ëglise comme des membres pourris. U ajoute cependant que s'ils veulent reconnaître leurs erreurs et admettre la grâce de Jésus-Christ, en se convertissant sincèrement, il est du devoir des évêques de les secourir, et de ne pas refuser la communion de l'Ëglise à ceux qui sont tonlbés dans le péché.
Nous avons conservé un grand nombre de décrétales du pontife à divers évèques d'Italie, mais on en ignore les dates : l'une d'elles, adressée à Félix, évéque de Nocéra^est relative
1M7] HISTOIRE B'INNOGENT I«. SI
aux ordinations; le sain^père déclare que la mutilation d'un doigt ou d'une autre partie du corps* ne rend irr^^ier que si elle est volontaire. La deuxième eit adressée à Florent ius, évêquede Tibijr, accusé d'avoir empiété sur le territoire de son voisin : le pape l'invitait à se rendre à Rome après les fêtes de Pâques pour faire juger se^ prétmions. Dans une autre ' décrétale , Innoc^it décidait qu'un second mariage coygtracté pendant la captivité do la première femme^ devait être déclaré fiul quand elle revenait auf»*ès de son mari.
Quant à la lettre apocryphe adressée à Temp^reur Ârcadius, il est évident qu'elle a été fabriquée par les moines potir appuyer la fable de l'excommunication de l'empereur et de l'impératrice : l'auteur de cette lettre suppose que l'impératrice Eudoxie vivait encore après la mort de saint Chrysostome; mais il est démontré qu'elle était morte peu de temps après l'exil de ce saint évêque. D'ailleurs les papes, à cette époque, n'auraient point osé excommunier les princes, par la seule crainte du châtiment qui aurait suivi cette témérité.
Saint Innocent avait gouverné FËglise de Rome et donné des lois â toutes les autres Eglises pendant près de quinze ans^ lorsqu'il mourut, le 12 mars 417.
Ce pape y habile dans les lois ecclésiastiques , savait invoquer les traditions en usage pour faire de nouveaux règlements : il se montra constamment jaloux de la grandeur de llÊglise de Rome et très-attaché aux prérogatives de son si^e. Ses ouvrages étaient écrits avec élégance , quoiqu'il se servît d'expressions un peu barbares ; il savait donner un tour adroit à ses pensées et à ses raisonnements , qui manquaient
mfi^ias dEâ papes. («t7»]
souveul dt jufttetee; ausn n'écriv8ik41 qu'à des gens ignorante qjii admettaient ses faux principes. ' »
Il dédia en l'honnaiar de saint Gemais et de saint Protais un^ i^lise bâtie en vertu du testament d une femme illustre appeUe Vestine» qui avait été séduite par les prêtres. Cette baiîlique renfermait atigraml nombre de vases- d'argent et d or ; \è baptistère était orné d'un cerf d'argent qui versait l'eau, et sur le maître autel était placé un vase. d'or massif rehaussé de pierres précieuses pour le saint chrome, et ua autre en agate pour Thuile des exorcismes* Le poids des vases H argent s'élevait à quatre cent quarante-huit livres romaines, ^ui font envh*on line valeur de cinq cent quatre-vingt-dix marcs ; il y avait en outre dans ce temple trente««ix grands cbandeliers de cuivre, du poids de neuf cent soixante livres, fet UA grand nombre de chandeliers d'argent. Les revenus assignés aux desservants de celte église en maisons et en terres montaiait à des sommes considérables.
Sous le pontificat d'Innocwt, on célébrait encore en Occident les fêtes de Pâques à des époques irrégulièrea ^ ce qui donna lieu àUnmirade des plus singuliers: « Il existait en » Sicile > dit la légende » un pauvre village nommé Meltines , » dont les fonts baptismaux se remplissaient d'eux-mêmes » chaque année^ la nuit de Pâques» et se vidaient le lendemain » lorsqu'on avait baptisé les* néophytes, sans qu'on pût voir » de quelle manière l'eau venait ou s'en allait» puisqu'il n'y avait ») ni orifice ni canaux dans les fonts. Mais cette année 417 , » on attendit vainement l'eau miraculeuse; elle ne parut point I) au jour indiqué pour les fêtes de Pâques , ce qui fit voir I) ijue les Occidentaux s'étaient trompés dans leurs calculs 1 »
ZOZÏME,
BôMOlllttft, TRiODOM
mtmet. 43* PAPS. ta jceirB.
ËlectioD de Zozimei — Tendance des év^ues de Rome à reavftfais" sèment de i'autorké sur les autres Églises. «— Zonme condamne les accusateurs de Célestius. — Il reçoit Pelage à sa communion. — Inconstance du pape. — Il condamne ceux ^u'il avait absous» et absout ceux qu'il avait condamnés. — Il persécute les pélagiens. -— IJ veut les externâner. -^ Zozime est convakcu d'une imposture criminelle. — Sa mort. — Les prêtres en font un saint.
Zmime, flaecessâiir éè saint Innocent, était Gn^ de nati<m et fùê d'un prôtre nommé Abraham. Quoiqii^ tùvChgè, il ^t profiMT hdbilement des occasions d'augmenter idon autorité et d'étendue les droite de son Église dai^ ses discussions avec te» é vaques des Gaules. •
Gélestius , après sa condamnation par le condle de Car^ thage y tXk avait appelé au pape Innocent : les Africains ne s'étaient pas inquiétés de cette démarche irrégulière; et Gé^ testîttS bi->méme, n'attachant pas à son appel une grande im^ ponance» passa en Palestine. Mais Pelage, plus rusé, ne dés^ espéra pas de mettre Home dans ses intérêts, en flattant Tarn» bitîcm dn pontife.
Innocent était mort , et Zo2ime lui avait succédé : instruit par Pd«ge de h iiottv^6 do ce changement; CSâefttitiê,
au fflSTOIRE DES PAPES. [U7.]
de Gonstantinople , accourut en Occident dans le dessein de gagner les bonnes grâces du nouveau pape , en raccepfemt p^ur juge de sa cause. Zozime^ trouvant l'occasion d'agrandir son influence et de s'attirer les appellations des causes, écoata favorablement Célestius^ et consentit à recevoir sa justification ; il espérait en outre que ce moine , d'un esprit hardi , pourrait servir sa haine contre les Africains, qu'il voulait hnmilier. Il déclara Célestius bon catholique, condamna Héros et Lazare, qyi s'étaient portés les accusateurs de la doctrine pélagienne, et les déposa de Fépiscopat.
Enhardis par ce succès, les hérétiques envoyèrent à Zozirae des lettres de conununion : Prayle, évêque de Jérusalem, lui recommandait d'examiner la doctrine de Pelage , et Pâage lui-même s'adressait au saint-père pour justifier ses principes. Leurs écrits ayant été lus à Rome publiquement^ tous les assistants et le pontife déclarèrent qu'ils ne renfermaient que la doctrine de l'Ëglise ; les Pères, remplis de joie et d'admiration , pouvaient à peine retenir leurs larmes , et s'accosaient d'avoir pu calomnier des hommes d'une foi aussi pure : mais Zozime ne tarda pas à se démentir» et à prouver par sa conduite que le saint-siége n'était pas infaûUible.
Après avoir reçu Pelage à sa communion et l'avoir comblé d'éloges, après avoir lancé les anathèmes contre ses ennemis, le saint-père, ébranlé par la fermeté des évéqnes d'Afrique, condamna authentiquement les pélagiens sous le prétexte que Célestius s'était absenté de Rome sans sa permission. U écrivit aux évêques d'Afrique et à toutes les Ëglises, pour faire connaître la nouvelle décision : dans ses bulles, il expliquait les erreurs dont Célestius avait été accosé
[klB.] mSTCHRE DE ZOZDIE.
par Paulin^ et n'omettait aucune des calomnies dont on avait accablé les deux auteurs du pélagianisme , les déclarant excommuniés et réduits au rang des simples pénitents. Suivant l'usage des cours » la volonté du maître changea les opinions
du synode , et tout le clergé de Rome confirma le jugement du pape.
Zozime voulut faire éclater son zèle contre Thérésie qu'il avait protégée^ afin d'étouffer les plainte des victimes de son inconstance : il envoya à l'empereur Honorius la copie du jugeraient qu'il venait de porter contre Pelage et Gélestius , demandant avec instance que les hérétiques fussent chassés de Rome. L'empereur n'osa point résister aux désirs du pontife^ et donna un rescrit contre les pélagiens , ordonnant que leurs sectateurs seraient dénoncés aux magistrats , et les coupables envoyés en exil, bannis à perpétuité, avec confiscation de leurs biens.
Le pape , devenu plus puissant par la feiblesse d'Honorius , poursuivit avec acharnement le dessein qu'il avait formé d'exterminer les amià de Pelage : il fit déposer tous les évéques qui refosèrent de souscrire à la condamnation de la nouvelle hérésie; donna l'ordre de les chasser d'Italie^ en les faisant arracher de leurs maisons par des soldats farouches. Cette persécution détermina la conversion d'uç grand nombre de prêtres 9 qui consentirent à se soumettre au saint-siége pour rentrer dans leurs EgUses : mais dix-huit évéques soutinrent avec opiniâtreté leurs sentiments , et parmi eux se trouvait le fameux Julien, évêque d'Ëclane. Le pape leur ayant fait signifier qu'ils eussent à condamner Pelage et Gélestius , ils répondirent avec fermeté qu'ils refusaient de souscrire à la
Ml BHIOliB Bai FAT». dtt]
Atttittère )«|tr* de Zosime, et qu'As ae recoimdmimt pm Fautwilé d^ Tévèque de Rome.;
Zosîme* dont reflfmt aventureux m plaimt diiw Im af^ fsir«» difficiles, eut à souteuir avec le$ évèques d'Afrique une qiferelle violente dans laquelle il fut convaincu d'ivnposture. Le fait présente des incidents curieux qui méritent d'être
rapporta 2 Un prêtre^ nonuné Apiarius, refusant de subir la punition q»i lui avait été infligée par UrbaiQi évoque de Sicque dans la Mauritanie césarienne, appela de son excommunication au pontife de Home. Cette démarcbe parut irrëguliàre en Afrique^ parce que le concile de Milèvo avait défendu ces sortes dapp^; n^is le pape, sans trop examiner si Its moyens qui s'offraient pour satisfaire son amhitiou étaiwt légitimes, voulut profiter de Toccasioni et envoya trois légats en Afrique.
Les députés, arrivés à Carthage^ trouvèrent les évéques
assemUiés en synode et présidés par Aurélius ; ils présentèrent les instmetiona dont ils étaient cbai^» et demandèrent
la pennisîsipn de les lire dans le concile. Les lettrée du sainte père rentarosaient quatre articles : le premiw autorisait Iw appellations des évoques au pape ; le second défendait les voya* ges des évéquesà la cour; le troisième permettait w^ prêtres et aux diacres d'appeler de Texcommunication de leur évéque devant les prélats voisins; le quatrième ordonnait aux l^ts d'excommunier ou de citer Tévèque Urbain à comparaître devant le pontife, s'il ne recevait Apiarius à sa communion^ Les Pères adoptèrent sans difficulté le second artide^ parce que les évéques d'Afrique avaient déjà £nt un canon
dans le oonçile de Cartilage pour empêcher les év^ueset les
HI9B0IIIE DE àOSIlIB.
{irètres de se rendt^e à la cotir de Rome. Msb sur le {Ir9mî«r article, qui permettait aux ëVôcpies d'appeler au pape dea ju« gemente qui les condamnaient, et sur le tïoisi^e, qui ren*-
Yoyait les causes des oleros devant les ëvèq«es vûisiis, les prâats repoussèrent les prétwtions du pape.
Pour éviter les oppositions, Zoiîme avait eu l'impudence de supposer des canons du concile de Nioée qui déclaraient tous les royaumes chrétiens justiciables en demieir ressort du tribunal de Rome : les Africains, surpris d'entendre alléguer des canons dont ils n'avaient aucune connaissance, or^ donnèrent des recherches dans les exemplaires du concile de Nicëe qui étaient dans les archives de l'ËgUse de Carthage; et ayant reconnu que Zipzime s'appuyait sur des décinons qui n'existaient pas, ils déclarèrent en plein synode que le pontife était un infJlme imposteur.
L'action du pape est en effbt une fourberie des plus crî-t minelles, que nous ne saurions trop condamner et flétrir. Mais il n'eut pas la douleur de survivre à sa honte; il mourut le 26 décembre 418, avant le retour de ses ambassadeurs, et fat enterré sur le chemin de Tibur , auprès du corps de saint Laurent.
Zozime est accusé d'avoir foulé aux pieds toutes les lois humaines pour satisfaire son ambition effrénée 2 habile à deviner le faible de ses adversaires, il n'oubliait rien de ce qui pouvait leur nuire; d'un orgueil excessif, il poussait l'au-^ dace jusqu'aux dernières limites; et quand il s'apercevait que Tare allait se rompre à force d'être tendu , il le relâchait tout à coup. Sa conduite était artificieuse , et il se montra toujours ennemi du repos et de la tranquilKté. Le sèlç qu'il tëmûî*
S88 HISTOIRE DBS PAPES. [kiH.]
guait pour la religion était Teffet de son ambition, que aeooi^ dait mervelBeusement UQe. grande habileté dans les afEures, et une politique tortueuse que n'eût pas désavouée Machiavel
L'Ëgiise a cependant conféré au pontife le titre de saint: mais si Dieu a reçu Zozime dans le royaume céleste» et lui a pardonné son ambition exécrable, ses injustices révoltantes et ses impostures audacieuses, personne ne doit craindre la damnation éternelle !
C'est pendant la durée de ce règne qu'on découvrit d'une manière miraculeuse 1^ reliques du prophète Zacharie, fils du grand prêtre Joîada. Le prophète israélîte apparut à un esclave syrien appelé Calemère, et lui parla ainsi : « Dans un » lieu inculte, à deux coudées de ton jardin, tu creuseras le sol ; » Iky tu rencontreras un cercueil doublé de plomb, enchâssé » dans un autre cercueil rempli d*une eau limpide , au milieu » de laquelle nagent deux serpents de grandeur médiocre; tu » n'auras aucune frayeur , car ces reptiles sont doux et sans » venin. » Suivant les minutieuses indications de Zacharie, l'esclave fouilla la terre et découvrit les restes sacrés dii prophète ; son corps était en parfait état de conservatiou, et bien qu'il fât enterré depuis plus de douze siècles, il paraissait avoir été déposé la veille même dans le tombeau. Il avait les cheveux rasés , la barbe médiocrement grande , les sourcils couverts, les yeux enfoncés, le nez droit , et la bouche légèrement entr'ouverte comme s'il voulait parler. A ses pieds était couche le cadavre d'un enfant du roi Joas , mort par la volonté du ciel , sept jours après que ce prince impie eut fait lapider le prophète. Ces faits sont rapportés avM un sérieux inconcevable par Thistorien Sozomène.
r«l&] HIffIfOIRB DE BONIFACE 1«.
BONIFACE r,
• BOHO&IUS9 PHAAAMONB ,
THBODOSE II, *' ^ 44* PAPE. premier roi
empereur!. des Franks.
Schisme dans TËglise. — Eulalios et Boniface. — Les deax papes excitent des révoltes dans la ville sainte. — Symmaque, préfet de Rome, favorise Eolalius. — L'emperear se déclare contre Boniface. — L'ofBcier chargé des ordres d'Honorius est maltraité par les factieux. — Les partisans de Boniface écrivent à l'empereur contre Enlalius. — Concile de Ra venue. — L'empereur nomme un troisième pape par intérim. — Témérité d'Eulalius. — Il rentre à Rome malgré la défense d'Honorius. -^ Il est chassé de la ville.
. — Boniface est rétabli pape. — Rescrtt de l'empereur. — Élection des papes au cinquième siècle. — Sixième concile de Carthage. — Ambition des pontifes réprimée par Théodose. — Bo-* *liiface mendie la protection d'JIonorius. -— Sa mort.
Après la mort du pape Zozime, Symmaque, préfet de Rome, harangua le peuple pour l'ayertir qu'il devait laisser au clergé la liberté de Télection ; il "menaça même les corps des métiers et les chefs des quaîrtiers de châtiments terribles s'ils troublaient le repos de 1^ ville.
Plusieurs prêtres se réunirent alors, selon la coutume, pour procéder à l'élection ; mais avant que les funérailles de Zozime fussent achevées , l'archidiacre EuiaHus résolut d'usurper la chaire pontificale , et à la tête de sa faction il s'empara de l'église de Latran, dont il fit fermer toutes les entrées ; son parti I. 1»
99f) HISTOIHE DES PAPES. [ki9]
était composé des diacres, de plusieurs prêtres et d'une assez grande multitude de citoyeiiç quj depieurèrent deux jours entiers dans la basilique pour attendre le moment solennel de ^ordination, c'est-à-dire le dimanche suivant. L'autre faction du clergé et du peuple, assemblée dans l'église de Théodore, résolut d'élire Bonîface, et envoya auprès d'EuIalius trois prêti^es, pour lui ordonner de ne rien entreprendre sans la participation de la plus grande partie du clergé ; mais les ambassadeurs furent maltraités et retenus prisonniers.
Eulalius, appuyé du crédit de Symmaque, se fit ordonner par l évèque d'Ostie ; et Boniface reçut l'imposition des mains dans l'église de Saint-Marcel.
Le préfet Symmaque écrivit à Ferapereur Honorîus, qui se trouvait à Ravenne , pour l'instruire de ce qui se passait à Rome : il blâmait l'élection de Boniface, et demandait ses ordres , afin qu'il pût faire exécuter son jugement ; il lui adressait en même tehips des*actes favorables à la cause d'Eulalius.
L'empereur, prévenu par la relation de Symmaque» se déclara poqr Ëulalius ..par son resicrit^ U çffg^geait; Boniface à sortir de Rome^ ordonnant au préfet 4^ le ichasser s'il rér sistaft , de faire arrêter les chefs de la sédiUoo , fit de punii les rebelles comme ris le miroitaient.
Symmaque envoya* son secrétarre prévepir BoniOice qu'il vint le trouver, pour connaître la volonté de l'empereur : mais celui-ci, qui tenait son assemblée dans Fégli&e de Saint-Paul, méprisa ces ordres, fit même frapper pai* le peuple l'officier que Symmaque avait envoyé, et entra dans la ville malgré le préfet et ses gens* Les troupes cependant parvioreiit à difr*
(»19.J HISTOIRE DE BONIFACE I-. Ml
siper le peu{4e qui accompagnait le pape , et à dégager leur chefy qui avait fiaiilli être tué dans la sédition : on rendit compte à l'empereur de tous ces désordres , et on accusa le pontife Bpniface de les avoir excités.
Eulalius exerçait toujours les fonctions de i^épiscopM dons la partie de la ville qui l'avait reconnu pontife ; mais les prêtres partisans de Boni&ce écrivirent au prince pour Tindisposer contre Eulalius, lui affirmant qu'il avait été ma} infornié. Ils le priaient de révoquer ses premim^ ordres, de mander à sa cour l'antipape et ceux qui le soutenaient , promettant que BoniÊu» s'y r^idrait avec son flergé i ils le suppliaient en outre de faire diasser de Rome les iidèles qui refuseraient d^ se conformer à sa décision.
Honorius consentit ^ suspen4re l'eiLëGutioR de son premier Mscrit, et fit signifier ^ Boni&ce H à Ëulalifis qu ils eussent à se trouver à Ravenne, sous p^n^s de la déposition, aocoinpagnés des prélats imtears de Tune et dé lautra ordînatàpn.
Les évéques, convoqués à Havaane, s'assemblèrent en coneila, et remirent la décision de cette aflEsitr^ au premier joui de mai, après la célébration des fêtes de Pâques. L'empereur défendit à Bonifiause'et à Ëublius de rentrer à RomiB sous aucun prétexte avant le jugigmedt , et ordonna que les saints mystères seraient célébrés par Achillens, éyèque de Spolette, qui ne s'était dédarë pour aucun parti.
Eulalius, Asdani à de mauvais conwils, rentra dans la ville k Tinsu de Symmaque, et perdit par son imprudence la place qu'il aurait pu disjmter avec avantege. Hotïoriii^, qui lui éiaît favorable , irrité de cette désobâssance, donna un rescrit en ces termes : (c Puiisqua Eulalius est w&itré 4an» IUMn^« mi
292 fflSTOIRE DES PAPES. [419.]
» mépris des ordres qui défendaient aux deux prétendants » d'approcher de la ville, il doit sortir à l'instant même de son » église, pour ôter tout sujet de sédition; autrement nous le )) dédarons déchu de sa dignité : on ne recevra point pour )) excuse que le peuple le retient par force| car si quelqu'un » des clercs communique avec lui, il sera puni de même, et » les laïques seront bannis de nos états. Nous chargeons l'é- » vêque de Spolette de faire célébrer l'oflice pendant les saints » jours de Pâques ; et pour cet effet, l'Oise de Latran sera » ouverte à lui seul. »
Symmaque ayant reçu cerescrit, le fit signifier le même jour à Eulalius : celui-ci répondit qu'il en délibérerait, et ne voulut point sortir de Rome , malgré les instances de ses amis : le lendemain il assembla le peuple, s'empara' de la basilique de Latran , où il baptisa et célébra la Pàque.' Le préfet fut alors obligé de le faire chasser par les troupes, et mit des officiers pour garder l'église, afin qu' Achilleus de Spolette pût célébrer tranquillement la solennité. Eulalius fut arrêté, conduit en exil f et avec lui plusieurs clercs de son parti , qui excitaient de nouvelles séditions.
L'empereur Honorius , instruit de toits ces désordres , déclara Eulalius exclu du sainf-siége , et Boniface libre de retourner à Rome pour prendre le gouvernement de TËglise. Le , « sénat et le peuple témoignèrent une joie extrême de voir la fin de ces sanglantes querelles, et deux jours a{M*ès, Bomïace entra dans la ville comme en triomphe, au nâlieu des acclamations générales. La paix fut alors rendue à l'Église : et Eulalius ayant promis de renoncer à toutes ses prétentions; reçut en dédommagement l'évêché de Népi.
(U9.} HISTOIRE DE BOMFAGE I». 293
Boniface écrivit ensuite une lettre à l'empereur, pour le prier de faire rendre un édit qui put empêcher à l'avenir les brigues et les cabales qui avaient lieu lors de la mort des papesi afin de s'emparer de l'évèché de Rome.
Honorius répondit aux vœux du saintr-père par le rescrit suivant : « Si, contre nos vœux, votre sainteté venait à quitter » la terre, que tout le monde sache qu'il faut s'abstenir des » brigues pour être élevé à la papauté ; ainsi , lorsque deux » ecclésiastiques seront ordonnés contre les règles , aucun » des deux ne sera considéré conune évêque ; mais seule- » ment celui dont l'élection aura été de nouveau confirmée 9 par le consentement de tous. » Ce qui nous démontre que l'évêque de Rome devait être élu par le clergé, par le peuple, et consacré par un prélat, avec l'agrément de l'empereur.
Les légats que Zozime avait envoyés en Afrique pour l'af- Ëure d'Âpiarius avaient encore assisté au concile général tenu à Garthage^ dans la lâalle de la basilique de Fauste , et dans lequel de nouveaux débats s'étaient engagés au sujet des canons fidsifiés par le pape. Après la c(mclusion du synode^ les légats revinrent à Rome et rendirent conq>te de Toutrage qui avait été fait au saint-siége. Boniface, lurieux, résolut d'exterminer les pélagiens', et sollicita de l'empereur une constitution ^ dont il est faitmentiçu dans une lettre qu'Hônorius écrivit de Ravenne à l'évêque de Carthage. Elle porte « que » pour réprimer l'opiniâtreté des évèques qui soutiennent en- » core la doctrine de Pelage, il est enjoint à Âuréljus de les )) avertir que ceux qui ne souscriraient pas à la condamnation » seraient déposés de l'épiscopat, chassés des villes et excom- » munies. » Aurélius , esclave soumis de la cour de Rome ,
29k mSTOIRE DES PAPES. [klÈi.]
s'empressa d'exécuter ces ordres» en menaçant les évèques de toute la colère du prince.
Mais Tbéodose , peu de temps après son mariage , fit une coMtitution contre Tautorhé du pape, déclarant que les sièges de riUyrie n'étaient pas soumis aux jugements des évéques de Rome, et que les prélats de Constantiuople jouissaient des mêmes privilèges que les pontifes romains. Le prince ordonnait également la tenue d'un concile à Corinthe pour examiner plusieurs contestations survenues entre les Ëglises. Boniface se plaignit de cette entreprise au patriarche de Constantiuople, et lui écrivit : a Si vous lisez les canons* vous » verrez quel est le second et le troisième siège après l'Église I) t*omaine. Les grandes- Ëglises d'Alexandrie et d'Antiocbe » gardent leur autorité par les canons^ et cependant elles ont » recours à notre siège dans les affaires importantes, comme )) celles d'Âthanase et de Flavien d'Ântioche ; je vous dé- » fends donc de vous assembler pour remettre en question » ^ordination de t^érigène : si depuis son ordination il a corn- )) mis des crimes, notre frère Rufus en prendra connaissance » et nous en fera le rapport ; car nous seul avons le droit de )) juger.. . » Ilrecommande ensuite d'obéir à Rufus, et menace de l'excommunication ceux qui se rendraient au concile.
Boniface envoya aussi une députation à lempereur pour le prier de soutenir les anciens privilèges de TËglise romaine. Honorius écrivit alors à Théodose , qui lui répondit : « que )) les anciens privilèges de l'Eglise romaine seraient observés )) selon 1^ canons, et qu'il avait chargé les préfets du prétoire )) de les faire exécuter. »
Dan^ le cours de cette même auriéit, le saint-père réprima
[699.] HISTOIRE DE BOKIFACÊ P^ ^
dans led Gaale^ les prétentions de Paff ode d'Arles, tftif âtVàît ordonné à Lodète, hors de sa proTÎnce, tlii évéque (pii ïl'était demandé ni paf le clergé ni par ié peuple de la rille.
Enfin le pape Bonifoce mourut dans le mois d'octobre de Tannée 425^ et fut enterré dans le cimetière de Sainte-Féllcitét sur le cbemîn da Sel.
8aint Simédn le Stylite^ qui vivait soits le pofittificat de Boniface P', «Taîl établi sa demeifire sur le sommet d'une colonne hante de quarante coudées, sur lacpielle il véctit pendant trente années. Ce fenatique était né à Sisan, villesituée sur les confins de la Cilicie et de la Syrie : il était d'abord entré dans un monastère grec par les conseils d'un prêtre, et il s en fit bientôt chasser par l'abbé, qui le crût insensé, a cause des macérations cruelles et des abstinences inouïes auxquelles il se condamnait. A sa sortie du monastère^ il se retira dans une grotte au pied du mont Télenisse, où il résolut d'imiter Jést<&-Ghrist , en passant le Carême sans prendre de nourriture. Un pieux cénobite du voisinage, aoquel il avait fait part de ses intentions, voulut Fen dissuader; Siméofn se fècha^ et Itli défendit de venir le visiter pendant cet intervalle. Le pauvre moine ne doutant plus qu'il . eût perdu Tesprit < lui laissa dix pains et une cruche pleîiië d'eau, et ne vint à la grotte qu'après les quarante jours écotdés. Son étonnement fut grand de trouver les provisions ifitactesi et le fanatique Siméon étendu sur le sol et ne donnant aucufl signe de vie : il lui fit pirendre aussitôt quelques gouttes d'eati et lui donna rEucharistiè. A l'instant même, dit la légende, Siméon se leva plein de force, et parut rassasié coimne s'il eût passé le Carême au milieu des festins. Depuis cette époque iJ
contmua les mêmes abstinences, et en haut de sa colonne il prêcha pendant trente années, exhortant les fidèles à suivre son exemple. Ses prédications et la singularité de son sacrifice eurent malheureusement assez d'influence pour exalter l'imagination des dévots et pour lui susciter des imitateurs. Le plus illustre d'entre eux fut Siméon II , qui monta sur sa colonne à l'âge de cinq ans et y demeura soixante-huit années, sans jamais en descendre. D était disciple du premier Siméon, qui lavait pris en affection, parce qu'étant encore au couvent, il l'avait aperçu revenant de la forêt et menant en laisse un jeune léopard que l'enfant avait pris pour un chat.
Le successeur de Siméon accomplit un nombre prodigirax de miracles, au rapport des Bollandistes : une mère ayant perdu sa petite fille dans les bois^ le saint envoya à sa recherche un Hêtre qui ramena l'en&nt égaré; un paysan l'ayant supplié de guérir sa fenune qui avait un cancer à la poitrine, le solitaire lui ordonna de lui couper le sem en prononçant son nom»; et la i^mme guérit miraculeusement , comme Siméon l'avait annoncé.
L'exaltation des fidèles était alors poussée si loin pour les macérations, que l'on vit des famatiques se faire enterrer dans des fosses, ne conservant que la tête en dehors, et attendant la mort dans cette position ; d'autres âdsaient vœu de ne plus porter de vêtements; ils restaient entièrement nus exposés aux feux du soleil et aux rigueurs de l'hiver : hojnmes et fenunes broutaient l'herbe comme des bêtes, et se couchaient le soir pêle-mêle dans des grottes en forme d'étaMes , pour s'exercer à combattre tous les genres de tentations !
\kU.] HISTOIRE DE GÉLESTIN !«*. 907
CÉLESTIN r,
THàOBOSS II, ^ PHARAMOEID^
VALEHTIHIBH Ul, 45* PAPE. * CLODION
emperean. U GHBTBLU.
Eulalitts refuse le siège pontifical. — Élection de Célestin. — Accusations contre Antoine , évéque de Fussale. — Les «évèque? d'Afrique le déposent à cause de ses crimes. — Le pape le rétablit, -— Célestin condamne les costumes des évéque^. — Nestorius. — Il est calomnié par saint Cyrille et par Ëvagre^ — Concile k Rome. — Miracle de saint Germain d'Auxerre. . — Concile d'Ephëse. — • Nestorius est injustement condamné. — Éloge de Nestorius. — Nouyelle condamnation des pélagiens. — Célestin maintient la doctrine de saint Augustin. — Mort du pape. *— - Son caractère, — Il persécute les noyatiens. -^ Extorsions . dès prêtres.
Après la mort de Boniface P% plusieurs membres du dei^é voiilm*eiit rappeler Eulalius 9 qui lui avait disputé autrefois le si^e pontifical ; mais ce prêtre, deveûn philosophe, refusa la tiare et demeura dans sa retraite , en Campanie, où il yécut encore une année. La chaire de saint Pierre resta vaq^uite neuf jours, et on élut sans contestation Célestin^ Romain de naissance, fils de Priscus.
A peine élevé sur le siège pontifical, la' fôcheuse affaire des appeUations d'outre^ner, Fécueil de Thumilité des papes, fut renouvelée par les appels du prêtre Apiarius et de l'évêque Antoine de Fussale. Ce dernier était un jeune homme que
116 dl^IÛIftË DES PAPES. [3i3.]
saint Augustin avait élefvé dans son monastère : il n'avait encore que le degré de ledefuf lorslqde son protecteur lui fil imposer les mains et l'établit évêque de Fussale« (Petite ville à l'estrémité du diocèse d'Uifipone. Antoine fof reçu par les fldètei ftted une entière soum ission ; mais bientôt ses désordres et les scandales de sa conduite furent si grands, que le peuple se révolta contre son autorité.
tJn concile d'évêques s'assembla pour le juger : les Fussaliens l'accusèrent de pillages, d'exactions, de débauches, et fournirent les preuves de leurs accusations. Les Pères ne pouvant refuser une condamnation , et désirant se montrer indulgents' pour le protégé de saint Augustin, lui laissèrent le titre d'évêque eh lui ôtant la conduite de son évéché.
» Antoine, enhardi par la faiblesse du synode, présenta une rjsquéte au papç, par laquelle il demandait à être rétabli dans son Eglise, soutenant qu'il n'avait pas dû en être privé , ou qu'il fallait aussi le déposer de l'épiscopat. Célestin écrivit aux prélats d'Afrique en faveur du jeune évêque, mais en expriffliint qu'il demandait sdn rétablissmierft diins le caâ oo il lui attrait exposé le récit des faits avec fidélité* Antoine^ fort du jugement de Tévêque de Rome, menaçait de le faire exécuter par la puissance séculière ou à main armée : alors saint Augustin ^ pour éviter les effets de l'indignation générale , se détermina à envoyer à Célestin tous les actes do procèsy.efl le priant d'interposer son autorité pour empêcher des manilieMMatiolls violentes. '
La lettre de saint Augustin est écrite dans le temps où les évèques d'À&iqoe montraient encore de la déférence peur les appeUatiooB de Rome : mais quand ils eufent pna wê
imik] mSTOIAE DK CKLHSTllI P\ MR»
œtfèrë eofiUiiiiMiiioe des cksiottê à» NlGéé« tti déidif Àf ont qu'ils ne raillaient plus «ottffrir les appcdlatiot» d'outre-mer , et Taffaire d'Antoine de Fnssale fut teradiiéé» à li bdûie da papei
Gélestin Toolut également rétablir Apiailu§# et le tenvoya en Afrique avec l'évèqne Fanitin. A ma arrivée les prélats africains assemblèrent nn nourean coiicîle où présidmt Ao^ rélius de Carthage : on esiimiûa l'aflalre d' Apiarlua^ et il fut Gonyaincu de si grands criffies, que Fanstiti lui-même n'osant pas le défendre, se renferma dans l'ofiice d atoi^t dti sainte aiége ^ et s'opposa an concile^ sons prétexte qu'on empiétait eor les privilèges de l'Ëglîse de Rome. Enfin il déelara aot Pères qu'ils devaient recevoir à leur communion le prêtre 4piarii^^ sans examen et seulement pwce que le pape l'avait ^tabb.
Après trois jours de contestations^ le coupable^ pressé par les remords de sa conscience, confessa tous les crimes dont il était acctisé ; crimes iniâmes qui Soulevèrent l'indignation «générale et aggravèrent lexcommunicaticm. Alors les Pères du concile demandèrent ironiquement à Faustin^ oà Se trouvait l'Esprit saint qui inspire les papes, lorsque Gâesitn avait donné sa communion à un si grand coupable ; et ils lui or*> donnèrent d'écrire au pontife qu'ils lui défendaient de ntee«voir ceux qu'ils auraient excommuniés.
Gâestin voyant son autorité repoussée en Afrique^ se re» touma vers l'Occident : il envoya plusieurs lettres décrétâtes aux prâats des provinces de Vienne et de Narbonne^ pour corriger les abus. Dans une lettre assez remarquable^ il con* damne les évèqiles qui portaient deababits partiealiei*» et se
800 HISTOIRE DES PAPE& [k^.]
distinguaient des autres fidèles par un manteau et une ceinture : « Vous devez vous distinguer du peuple, écrivait-il, non » par rhabit, mais parla doctrine et par la pureté des moeurs; » les prêtres ne doivent pas chercher à imposer aux yeux des » simples, mais ils doivent éclairer les esprits. »
Quelle eût été son indignation s'il eût prévu qu'un jour la terre serait couverte de moines bigarrés de blanc et de noir; de carmes ridiculement vêtus, chaussés ou déchaussés ; de dominicains, la tête ra^ ou portant les cheveux longs, et tous distingués selon la marque particulière de leur ordre !
Le second abus condamné par le pape est la coutume de refuser la pénitence aux mourants; le troisième est Fusage d'ordonner évêques de simples laïques qui n'avaient pas rempli les divers degrés de la déricature. (c Vous ne vow >y contentez pas d'ordonner des laïques, ajoute-t-il, mais il » arrive même que vous choisissez pour évêques des per- » sonnes accusées de crimes : ainsi, le moine Daniel, après )) avoir été supérieur d'un couvent de filles en Orient, est » venu se retirer dans les Gaules ; nous vous avons prévenus » que les religieuses l'avaient accusé de crimes inâpdes, de » débauches odieuses ; nous avoils envoyé toutes ces informa » tions à révéque d'Arles, pour citer Daniel à son concile, et » dans le même temps vous lordonniez évêque! »
Vers la fin de celte année, le célébra Nestorius commençait à répandre ses doctrines. Ëvagre parle de lui avec Taigreur et la mauvaise foi que le fenatisme ne manque jamais d'inspirer aux esclaves de la cour romaine : « Cette langue enne- » mie de Dieu, écrit-il, foi^ des blasphèmes^ vend une se* » conde fois Jésus-Christ, divise le corps do Sauveur et le
{(SSl) mSTOIRB DE GBLESTIN I". Ml
» déchire. Nestorios refuse à la sainte Vierge le nom de mère » de Dieu, quoique le Saint-Esprit lui ait consacré ce titre » par les conciles et par les saints Pères ! Il l'appelle seulement » mère du Christ, et cet outrage remplit de consternation
» tous les cœurs des fidèles Ânastase, son disciple^ ce
» prêtre hérétique, devenu le défenseur opiniâtre des erreurs » de son maître^ veut nous faire revenir au judaïsme. Il ne » craint point de pro&ner le temple du Seigneur ; et dans la » basilique de Gonstantinople, en présence de tout le peuple, » il ose enseigner cette doctrine impie : « Que personne n'ap- » pelle Marie mère de Dieu ; car Marie était une femme, et il ï> est impossible qu'un Dieu naisse d'une femme. »
» En entendant ces paroles abominables, les fidèles scan- )) dalisés murmurèrent contre le prêtre sacrilège ; mais le pa- » triarche Nestorius^ premier auteur du blasphème, se leva » pour l'autoriser au lieu de le condamner ; et enchérissant » sur l'impiété de son disciple, il fîit assez malheureux pour D oser dire : « Je me garderais bien d'appeler Dieu un en- » fant de deux ou trois mois !»
Le pape, instruit par saint Cyrille des progrès rapides que faisait la nouvelle hérésie, assembla un concile à Rome pour examiner les écrits de Nestorius. Le patriarche de Constan* tinople fut condamné, et Cyrille chargé de l'exécution du jugement.
Gélestin envoya ensuite dans la Grande-Bretagne saint Germain , évéque d'Auxerre , pour résister à Agricole , fils d'un évéque pélagien qui répandait de fausses doctrines sur lagrftce; saint Loup, évéque de Troyes, fut également nommé ambassadeur par un concile nombreux qui s'assembla dans la Gaule*
SOS msToniE dbs pah». [liai
Pendant leur voyage les deux prélats opArètent , f» h vertu deTesprit de Dieu, un nombre prodigi(9iix de nirad«: nous nous bornerons à raconter le ^us remarquable.
Quand ils entrèrent en confëvence avec les hiérëtiqow, «o philosophe du temps s^avisa d'un expédient sîfigulîar pour terminer les disputes; il leur présenta une fille avetigte à guérir. La proposition parut captieuse, et les deux parais re« fusèrent f épreuve : mais saint Germain, se souvenant qu'il était muni de précieuses reliques, aecepta le défi, iippUqua son talisman sur les yeux de la malade et lui nendit le vqe ; à l'instant même les pélagiens, éclairés par une îoipiffttipii céleste, abjurèrent l'erreur qu'ils défendaient 1 ! !
Pendant que les pélagiens se convertissaient dans la Grande* Bretagne, saint Cyrille^ pour exécuter les ordres du pomife en Orient, asseinMait un eoneiie générai. Drà qu'on eut célébré la fête de F&ques, les évéques des divei^ses provînaes de Vetopire se rendirent à Ëpfaèse : les partis s'animèrent dans les discussions, les Pi^s s'înjttPÎàr^nt eptre ei|x, çt fw oulieg du désordre et de la confiisien, Nestorjus fut déposé piar }es év/^ues qui ad|)éraieat à saint Gyfille. C^<ii-at à son toiir, fiit excommunié par les prélats qui adhéraient k Je^a d'An^ tioche. Jamais un jugement n avait été aussi précipité ni plm suspect que celui quj fiit pendu dans le aonciled'Ëpfeèfp cf^tre Nestorius : on employa une seule séance pour emmijo^ ses écrits et ceux de ses adversaires; H cfil^i qui jpEséndait l'assemblée, saint Cyrille, l'enneipi déclaré du pgtriard)^| avait ouviNPt le eonisiie sans auendre même le« légtf» 44
Ma» la iMMtérité a jusiifîé N<rHiU>rius des acppaatuwf 4Qltf
[Wii] HISTOme P£ CELESTIW V.
jl a âé ch2ûB§^ffar saint Cyrille et par le calomni^tenr Stik gr«; «)r î| e«^ dépumtré q)i£ le sew qu'il ^Uribpait à l'ép»r tl^èode mère de Pie» était raispunabla ejT ortlwïdpxe. Ainsi le prétisn4}) hérétiqi)iB subit PQe inju^l^ pondamnptipn*
CttîH^^ qui avait été le persécqjjeur» fut rétabli mf Sfw siège par l'empereur, et dans la jsuîie ctefi siècles m l'a bo^ Doré comme uu grand saint : Nestoriusi au contraire, vietime de la haine de ses ennemis, resta toute sa vie e:ipp9é à lenrs persécutions, et sa mémoire est encore en e^ration da^s les écrits des prêtres ignorants.
Néanmoins les doctrines de Nestor ius ont traversé vicjbdrien* sèment quatorze siècles, et malgré les persécution» dont ils ont été ro|>jet, ses sectateurs» sous le nom de Cbaldé<»)s, babitenl encore la Syrie, la Cbaldée, la Perse et la côte de Malabar, et ont conservé leur symbole^qui ne diffère de celui de la grauf}^ Église grecque que par la croyance au dogme des deq^ natures distinctes et séparée^ en Jésus-Christ. Les nestoriens de la côté de Malabar sont connus pins particulièrement $pus 1# nom de chrétiens de Marc Thomé^ qualification qu'ils tirent du npm de lapôtre qui avait converti leurs ancêtres. Les ca-r tholiques ont voulu s'attribuer le mérite de ces conversions, &i ont .changé le nom de ce missionnaire en celui de Saint- Thomas» qui suivant eux a été dans les Indes poiir y prêcher Ija foi j mais il est historiquement prouvé que Thomé s'enfuit de Const^tinople avec plusieurs de ses coreligionnairesi pour échapper à la persécution de l'empereur Théodose, l'ennemi du nestorianisme, et qu'il s'enfonça dans ces contrées.
Dès le sixième siècle, la colonie chrétienne qu'il avait formée était devenue si importante, que les chroniques du
soi HISTOIRE DES PAPES. [U2.]
Malabar en font mention. Ces Ghaldéens rejettent la croyance de Itf nature divine du Christ ; par conséquent ils n'appdlent pas Marie mère de Dieu et font procéder le Saint-Esprit du Père seul ; ils n'ont que trois sacrements, le Bapt^e, FEucharistie et TOrdre , et ne placent dans leurs temples aucune image, excepté celle de la croix ; leurs prêtres peuvent se marier, et dans leurs cérémonies ils se servent encore de la langue chaldéenne ou syriaque.
Aux yeux des catholiques le tort prindpal de Nestorius fut de s'être exprimé dans le cinquième siècle de la même manière que l'avaient fait plusieurs Pères de l'Ëglise au quatrième. En effet, Minutius Félix avait dit en parlant du Christ : (c Les dieux ne naissent ni ne meurent ; naître et » mourir est le lot des hommes. » Et Lactance s'était écrié en parlant de Jésus-Christ : a Peut -on raisonnablement se » figurer que celui qui a été chassé, qui a péri, qui s'est caché, » soit véritablement un dieu? il faut être fou pour le croire !» Fort de ces témoignages, Nestorius niait conséquemment la divinité du Christ, sans s'inquiéter de ces paroles dé Tertullien : « Il est en délire, nous dit-on, celui qui afiirme que Jésus né et crucifié soit Dieu ! Eh bien^ voilà précisément pourquoi nous croyons au Christ. Nous savons qu'il est contraire à )) la raison humaine, qu'il est honteux même qu'un Diea ait » consenti à se revêtir de chair; qu'il se soit laissé ciroondre » et crucifier ! Cependant on ne peut être réellement sage » qu*en acceptant avec résignation les divagations des » hommes, c'est-à-dire en croyant aux folies d'un Dieu ! n^
Après la condamnation de Nestorius^ les ambassadeurs de Célestin arrivèrent à Éphèse, et souscrivirent sans examen