‹ Histoire des papes (volume 3)Chapitre 65 sur 78 · GÉLASE · texte numérisé non relu

GÉLASE

ÀNAStÀSÉ, 5l« I^APÈ. glovis,

empereur. roi de France.

Naissance et élection de Gélase. — Sa réponse à Euphémius. — La rigueur du jpape cause un schisibé. — Lettre de Gélase à Hononus contre les pélagiens. — II élève h puissance au sacerdoce

âû-dessus de celle ues princes Oecrétales ciu pape. — La fête

des lupercates à Kome. — t'erséculion contre les manichéens. — litbrt ie Gélase.

Gélase était Africain de naissance et fils de Yalère; lé clei^é et le peuple romain rélevèrent sur le saint-siége quelques jeurd après la molrt de Félix.

Dès que le |[>aU'iarclie Euphémius eut reçb la nouvelle de cette élection, il écrivit à Gélase, pour se plaindre de n'avoir pas reçu avis de fton ordinatiota ^ suivant Tusage établi 5 il lui adressa en même temps sa profession de foi.

Le pape répondit à Euphémius : u II est vrai que Tan- » cienne règle ordonnait à nx)s pères, qui étaient unis de » communion, de donner avis dé leur ordination à leurs colf> hègaes { mais pourquoi avez-Vous préféré une société étraii- » gère à celle de saint Pierre ? Vous dites que je dois user de » condescendance envers vous.;... 4 Mais si Ton doit relever )) ceux qui sont tombés^ on n'est pAs tenu de se précipitek* n avec eux dans les feux étemels. Vous condamnez Eutytofaès, » et vous défendez Âcace. ... v ..... . Mais n'est-ce pas

» être pins coofiabte de comattre la véritét et de commit^

dkS HISTOIRE DES PAPES. [h93.]

» niquer avec ses ennemis ? Yons demandez dans quel con- )) cile Acace a été condamné, comme s'il fallait une condam- )) nation particulière pour rejeter de FÊglise un catholique )) qui ose communiquer avec des gens souillés d'hérésie... )) Enfin Gélase termine sa lettre en déclarant à Euphémius que sa réponse n'est pas une marque de communion, et qu'il lui écrit comme à un étranger.

L'intolérance du saint-père produisit l'effet que l'on doit toujours attendre des mesures extrêmes, elle augmenta le mal; le patriarche, persuadé qu'il y avait eu de l'injustice et même de la dureté dans la condanmation d' Acace, refusa de se soumettre aux ordres du pape ; et les deux premiers sièges de la chrétienté demeurèrent encore séparés de communion pendant plusieurs années.

Gélase persista dans une invincible opiniâtreté au sujet d' Acace : la plus légère concession pouvait rendre facilement la paix à l'Église ; mais il préféra voir le trouble et la désunion entre les fidèles^ plutôt que d'abandonner ses injustes prétentions.

Le pape apprenant ensuite que le pélagianisme reparaissait en Dalmatie^ écrivit à un évéque du pays, nonmié Honorius^ pour qu'il prévint ses confrères de s'éloigner de ceux qui étaient infectés de l'hérésie. Le prélat répondit fièrement qu'il s'étonnait de l'excès de son zèle pour les Eglises de Dalmatie, et qu'il n'avait pas besoin qu'on lui rappelât ses devoirs pour surveiller les progrès du schisme.

Gélase, rappelé à des sentiments d'humiUté par la vigueur d'Honorius, répliqua que le saint-siége prenait soin de toutes les Eglises du monde, pour conserver la pureté de la foi;

et qu'il n'avait pas la prétention d'imposer ses volontés aux évèques de la Dalmatie.

Ainsi Tambition du pape l'exposa une deuxième fois à de sévères reproches de la part des prélats étrangers. Bientôt les hérétiques qu'il cherchait à combattre dans les pays éloignés s'élevèr^it jusque sous ses yeux dans le Picénum. Un vieillard, nommé Sénèque, enseignait le pélagianisme, et attirait dans son parti un grand nombre de prêtres et même des évèques. Le pape écrivit alors aux prélats du Picénum pour arrêter la propagation de Thérésie, et leur envoya un traité contre les pélagiens, dans le but de combattre la doctrine qu'ils prêchaient, et pour démontrer aux fidèles que l'homme ne pouvait vivre sans péché.

Quelques mois après, des ambassadeurs que le roi Théodoric avait envoyés en Orient se rendirent à Rome au retour de leur mission, et engagèrent le pontife à écrire à l'empereur Ânastase, qui s'était plaint de n'avoir pas encore reçu la nouvelle de son ordination.

Gélase, n'osant désobéir aux députés de Théodoric, adressa à l'empereur d'Orient une longue épître où l'on voit à quel d^é d'audace étaient déjà parvenus les pontifes romains. (( Il existe deux puissances qui gouvernent souverainement le » monde» dit-il, l'autorité spirituelle et l'autorité temporelle ; » l'autorité sacrée des évèques est d'autant plus grande, qu'au » jour du jugement ils doivent rendre compte des actions des » rois. Vous savez, magnanime empereur, que votre dignité )> surpasse celle des autres princes de la terre ; néanmoins » vous êtes obligé de vous soumettre à la puissance des mi- » nistres des choses sacrés ; car c'est à eux que vous vous

p 4(l|re9sez ponr d^inandeit quelles sopt les soupoes de Tptra » salut, et les règles que vous devez suivre pour recevoir 1m » sacrements ^t disposer des choses religieuses*

» Ijes évêque^ persuadept aqs^ peuples que Dieu vous a » donné un so^ver^in pouvoir sur les choses tempordles^ }) et ils les soumetteuf à yP9 lois ; en relpur, vous àewn )\ obéir avec une entière sQunaission h ceui qui sont destinés » à vous distribuer les divins sacrenients. Si les fidèles doi^ }) vent suivre aveuglément les ordres des évêques qui s'ao« » quittent dignement de leurs fonctions^ à plus forte raiso^ )) doit-pn se rendre au jugement du pontife de Rome, qao }) Dieu a établi le premier des évêques» et que l'église a tou* )) jours reconnu pour chef sqprème m

Cette lettre» chefrd œuvre d'orgueil, d'hypocrisie et d*}ai-

pudence, est un enseignement pour les peuples qui méditaront sur les causes de la tyrannie des prêtres et des rois !

Gélase» toujours poussé par soq ambitioi), voulut étendve son autorité dans tous les pays chrétiens» et convoqua à Ppme un concilede soi^ante-diit évèques, pour établir, dit-on, )a distinction des livres authentiques et des ouvrages apo^ cryphes. Les protestants combattent l'existence du prétenidu décret qui fiit rendu dans ce concile : a Du moins, dit un de » leurs tameux auteurs, il ne fut ponnu qu'au milieu du oau* )) vième siècle ; e^ nous sommes surpris de voir que dans ce n décret de Gélase il ne soit iait mention que d'un livre » d'Esdras et d'i^n livre des Macbab^s. Dans plusieurs ma- )) nuscrits^ le livre de Job a même été omis ; et dans d'afitres, » les deux livres (des Machabées ont été entièrement sup^ H primés. » Fleupy^ qui s'est fort étendu sor le déereti aoirait

dA parler (la çe^ contradictions, pour donner une preuve de s/à fidélité et de son exactitude*

Jean , évêque dp Bavenne i ayant donné avis au pape de Tétat déplorable dana lequel se trouvaient plusieurs Eglises d'Italie qui manquaient de pasteur» Gélase écrivit aux prélats de Lucanie, aux évèques des Brutiens, et à ceux des provinces de Sicile^ pour les autoriser à conférer les ordres sacrés aux moines qui n'auraienf pas commis de crimes ou qui ne se seraient pas mariés deux fois.

Le saint-père recommande de n'admettre les laïques dans le clergé qu'^ppè» lei^ avoir examinés avec le plus grand soin, afin de ne point accorder les ordres sacrés à des hommes vicieux. 11 défend aux évéques de dédier les églises nouvellement bâties» pana une permission du saijit-siége , et les eag^e à ne point exiger des fidèles un salaire pour conférer le baptême ou la confirmation , et surtout à ne point demander d'ai^ent aux hérétiques nouvellement convertis.

Gélaâe reconnnande également aux prêtres de ne pas s'élever au-dessus de leur rang, de ne ppint bénir le saint chrême, de ne pas confirmer, et de ne remplir auoun^ fonction sacrée en présence de l'évoque ; il leur rappelle qu'ils ne doivent pai^ s'asseoir ou célébrer la messe devant un prélaf sans sa permissicm, et que les simples prêtres ne peuvent pas ordonner les souftrdiacres. Il prescrit aux diacres de se tenir aussi dans las bornes de leur ministère , leur défendait de remplir les fonctions qui appartiennent 9ux pi^ètres^ ou piéme de baptiser hors le cas de nécessité; il ajoute que les diacres n'étant point au rang des prêtres , ils ne doivent pas distribuer aux fidèles le pain et le vin consacrés.

Le saint-père défend encore de baptiser en d'autre temps qu'aux fêtes de Pâques et de la Pentecôte, à moins que celui à qui on confère le baptême ne soit en danger de mourir. A l'égard des vierges, il veut qu'on leur donne le voile au jour de l'Epiphanie , au temps de Pâques , ou aux fêtes des Ap6tres : il regarde les veuves comme indignes d'être consacrées à Jésus-Christ , et leur refuse l'entrée des monastères.

Il condamne à être chassés des rangs du clergé, les ecclésiastiques ordonnés pour de l'argent, et soumet à la pénitence publique pour toute leur vie ceux qui étaient convaincus d'entretenir des relations criminelles avec les vierges consacrées à Dieu.

Quant aux veuves qui se marient après avoir fait profession de garder le célibat , le pontife ne leur impose point la pénitence , mais il veut qu'on leur reproche publiquement la faute qu'elles ont commise. Enfin il blâme sévèrement la coutume qui existait dans les Eglises de faire servir la messe par des femmes.

Gélasë traite également la. question des biens de TËglise; il ordonne d'en faire quatre parts , l'une pour l'évêque, l'autre pour le clergé, la troisième pour les pauvres , et la quatrième pour la fabrique ; défendant à l'évêque de rien diminuer de la part réservée au clergé , et au clergé de rien prendre sur celle de l'évêque. Le prélat^ dit-il, doit employer fidèlement la part destinée pour les bâtiments de l'Eglise^ sans en rien détourner à son profit; et à legard de la part des pauvres^ un joiir il en rendra compte à Dieu, s'il ne s'est pas acquitté fidèlement de ses devoirs sur la terre.

Cette décrétale paraît être le résultat du dernier concile dont

nous avons parlé. Le pape écrivit ensuite aux évoques de Dar* danie pour les convaincre que le jugement du saint-si^eomtre le fameux patriarche de Gonstantinople était une confirmation du concile de Chalcédoine; et que les Pères ayant condamné les entychiens , avaient par conséquent excommunié pour les siècles futurs tous ceux qui favoriseraient les hérétiques.

Nous devons rapporter parmi les actions honorables du pontife y son opposition courageuse contre les sénateurs de Rome, qui voulaient rétablir la fête infâme des Lupercales, pendant laquelle les prêtres du dieu Pan couraient nus dans la ville f frappant avec des lanières de peau de chèvre les femmes qui se pressaient à leur rencontre en leur tendant les mains, afin que ces coups les rendissent fécondes. Gélase défendit qu'une superstition aussi criminelle fût renouvelée au milieu du christianisme ; et comme les Romains attribuaient les malheurs publics et les maladies qui désolaient la ville à la suppression de la fête, il composa un ouvrage pour leur mon« trer le ridicule de ce fanatisme : cet écrit existe encore de nos jours sous le titre de (( Discours contre Andromaque. »

Mais le peuple murmurait toujours pour le rétablissement de cette vieille coutume du paganisme; alors Gélase se déter» mina à la remplacer par la fête de la Purification de la sainte Vierge. Ce sentiment a prévalu dans TËglise, quoiqu'il ne paraisse pas fondé sur des chronicpies très-authentiques : les réformes, dans les premiers siècles, s'opéraient plus lentement ^ et il existait une différence trop marquée entre les cérémonies des Lupercales et la f^te de la Purification, pour que les Romains aient pu accepter un semblable changement.

Cependant il est certain que Gélase introduisit de nouvelles

fêtes dans l'Église, et ré^ la liturgie, les officœ divios, et toul ee qui avait rafipart au culte eKtérie«r. U im^^n&a taos mu règlements dans un livre qpé nom cotutisiaaons «ous ]» orai d# rAHcien Sacrameutaire; cet ouvrage fut publié à Roflid en I66O9 sur un exemplaire de plus de neuf cents ans, qui av^î) été sauvé du monastère de Saint-Benoit, sur la Ivoire ^ #prite BD pillage x)uî eut lieu en lâGâi pendant les guerres de reli- 'gion. Ce manusorit avait depuis appartenu à Paiil PelaMi conseiller au parlement de Parisi avant de passer en la pos^ session de la célèbre Cbristine , reine de Suède.

Le pontife déccmvrit &^£X>te des manichéens dans jRome ; guidé par une mmvaiae politique , i) fit brûler lenn» livre9 devant la basilique dâ Sainte-Marie ; et pour empéeber que ces dangereux hérétiques n'évitassent les peines portée^ contre eux par les lois impériales, il publia un décret p«r leqpiel A était ordonné à tous les fidèles de communier sous les deitx espèces, anaihématisant comme sacrilèges ceux qui avaie^ la témérité de vouloir ré£(Htner ce symbole de la mort de Jésus* Christ . A cette époqun , on croyait que la communion Bom les deux espèces était 4e droit romain^ quoique les cardinaux fiaronius et Bossa aient voulu établir une opinion contraire.

Enfin Gélase mourut dans les travaux apostoliques, le 8 septembre 496, après avoir occupé le siège quatre ans et huit mois. Ce pontife , doué d'un esprit subtil, savait faire valoir son autorité ; le style de ses ouvrages est obscur^ et montre qu'il connaissait parfaitement les coutumes et les usages de TËglise de Rome. Il aimait i ordre, la discipline, et joignait la prudence à la fermeté; mais on doit lui reprocher son excessive ambition.

[4M.] HISTOIRE D'ÀNA&TÂSE IL 3SS

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