HISTOIRE DE JEAN K
» monter ce cheval ne put jamais le dompter, et fut obligée » de le faire ramener au pontife. »
Grégoire le Grand explique pieusement cette fable, et en ajoute une autre encore plus^extraordinaire : il prétend qu'en entrant à Constantînople par la porte Dorée, un aveugle pria le saint-père de lui rendre la vue ; ce qu'il fît en lui mettant la main sur les yeux, en présence de tout le peuple.
Anastase le bibliothécaire ne parle point de ces miracles : il nous apprend seulement qu'on rendit à Jean de grands honneurs, et que les populations allèrent à sa rencontre jusqu'à douze milles, bannières et enseignes déployées. L'empereur, ravi de pouvoir contempler le successeur de saint Pierre, se prosterna à ses pieds, et lui demanda à être couronné de sa main.
Le patriarche Ëpiphane invita ensuite le pape Jean à officier; celui-ci, par un sentiment d'orgueil inconcevable, ne voulut accepter cet honneur qu'après avoir obtenu d'être assis non-seulement à la première place, mais encore sur un trône. Le patriarche de Gonstantinople se rendit aux désirs du saint-père, non parce qu'il le regardait comme son supérieur en dignité, mais parce qu'il considérait en lui l'ambassadeur d'un puissant roi.
Exalté par son fanatisme, lempereur repoussait toutes les remontrances au sujet des ariens ; alors Jean, ayant recours aux larmes, lui représenta que sa conduite envers les hérétiques aurait de terribles conséquences pour les catholiques d'Italie, et il lui arracha la promesse de rendre aux ariens la liberté de leur culte. D'autres historiens soutiennent au contraire que le pontife, bien loin de s'acquitter de la mission
dont le roî Théodoric l'avait chargé, encourageait Fempereur dans l'extravagant dessein qu'il avait formé d'exterminer les ariens.
Mais tous conviennent qu'au retour de son ambassade, Jean fut arrêté à Ravenne, avec les sénateurs qui Tavaient accompagné. Théodoric, dont la modération ne s'était jamais démentie pendant l'espace d'un très-long règne, ne se serait jamais porté à cette violence s'il n'avait acquis des preuves certaines de la trahison de ses ambassadeurs.
Le pontife fut condamné à finir ses jours dans un cachot, où il mourut le 27 mai 526 : son corps fut transporté à Rome et enterré à Saint-Pierre.
L'Église honore sa mémoire comme celle d'un saint martyr; cependant nous devons avouer qu'il est difficile de se rendre compte des motifs qui ont fait décerner les honneurs de la canonisation à un pape qui avait été justement puni de son ambition déréglée, et qui d'ailleurs n'avait pas souffert une mort violente.