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Burgaw et l'Orlenau seraient adjugés , partie à ces deux princes, partie à l'électeur de Bade; qu'enfin l'indépendance des Républiques batave et helvétique serait solennellement reconnue.
De son côté» la Prusse se hâta de renouveler son alliance avec l'empereur; et pour faire oublier ses manifestations hos-. tiies, elle consentit à céder à la France les pays d'Anspach et de Bareuth, Clèves, Neufcbâtel, sous la condition que Napoléon lui permettrait d'enlever à l'Angleterre l'électorat de Hanovre. Quant au royaume de Naples, l'empereur annonça à l'Europe que Ferdinand IV et sa dynastie avaient cessé de régner. Il chargea son frère Joseph Bonaparte d'exécuter ses volontés avec Masséna^ qui dirigeait les opérations militaires. Mais si la fortune lui paraissait favorable dans toutes ses expéditions sur terre, par contraste elle semblait prendre plaisir à lui faire essuyer d'effroyables désastres sur mer. Le combat naval de Trafalgar, où périt le farouche Nelson , porta un coup terrible à la marine française et espagnole , et affaiblit la honte des défaites qu'avaient essuyées les Anglais dans les guerres sur le continent.
Sur ces entrefaites mourut l'implacable ennemi de la France, celui qui pendant vingt-trois ans avait pesé sur l'Europe, celui qui avait appelé sur son propre pays toutes sortes de calamités, l'exécrable William Pilt, le représentant de cette race de voleurs saxons qui opprime l'Angleterre, qui tient l'Irlande en esclavage, et pressure l'univers entier à la honte de l'humanité ! La mort de Pitt fit arriver au ministère son célèbre antagoniste Fox, qui ouvrit aussitôt des négociations avec la France ; mais il ne put les mener à bonne fin ; huit mois
après il expira. Les tories reparurent au pouvoir, rompirent les pourparlers t et se préparèrent de nouveau à la guerre.
Au milieu de ces événements , Napoléon achevait d'étouffer en France tout sentiment républicain^ et s'efforçait de pousser la nation dans une nouvelle voie qui devait lui être si funeste. L'élu du peuple, oubliant son origine, cherchait à reconstruire la vieille monarchie française^ ressuscitait les anciennes dignités de la cour de Louis XIV, et s'entourait d'une armée de laquais comme aux beaux temps de l'absolutisme. Il nommait le cardinal Fesch^ son oncle, grand aumônier; Talleyrand^ son chambellan; Duroc, grand maréchal du palais; Gaulaincourt, grand écuyer; Berthier, grand veneur; Ségur, grand maître des cérémonies; il créait dixhuit maréchaux de l'empire; il couvrait ses courtisans de cordons, de titres, et montait une nouvelle noblesse de canon , qui devait s'en aHer en fumée.
A la même époque^ il nommait le prince Eugène de Beauharnais son fils adoptif , l'instituait son successeur à la couronne d'Italie, lui faisait épouser la fille du nouveau roi de Bavière, et l'investissait de la charge de vice-roi dltalie; il adoptait également Stéphanie Beauharnais^ nièce de l'impératrice^ et la mariait, au prince électoral de Bade ; il instituait son beau-frère Joachim Murât, déjà grand amiral de France, grand-duc de Berg et de Clèves; il plaçait la couronne de Naples sur le front de Joseph Bonaparte , son frère aîné ; gratifiait sa soeur, la princesse Pauline Borghèse , du duché de Guastalla; créait son frère Louis, qui était déjà en possession du titre de grand connétable de France^ roi de Hollande ; donnait à Berthier la principauté de Neufchàtel ; à
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Talleyrand , celle de Bénévent ; à Bernadotte, celle de Ponte- Corvo, et à d'autres encore , des duchés, des comtés, des baronies. U réédifiait en outre le système fédéral en Allemagne, faisait décréter dans la célèbre diète de Ratisbonne^ par quatorze princes électeurs , leur séparation absolue et perpétuelle du corps germanicpie et leur réunion à la confédération du Rhin, sous son protectorat^ et contraignait François II à abdiquer ses droits et privilèges comme empereur d'Allemagne. Ainsi, partout il rétabhssait le régime féodal^ auquel la France avait fait la guerre depuis plus de sept siècles, et que la révolution avait voulu effacer à jamais. Enfin, comme si ce n'eût point encore été assez , pour le malheur des peuples et pour sa propre ruine, il réimplanta sur le sol de l'Empire les domaines nobles et héréditaires de mâle en mâle , par ordre de primogéniture, et institua desmajorats.
Ces créations, qui anéantissaient complètement le système de balance européenne, et mettaient en évidence l'ambition démesurée de Napoléon, jetèrent l'alarme parmi toutes les puissances. L'Angleterre, qui travaillait déjà à soulever une nouvelle coalition, exploita habilementies craintes des rois de l'Europe, et les ameuta contre l'empereur. La Prusse entra la première dans la lice et déclara la guerre à la France. Napoléon quitta aussitôt Saint-Gloud, prit le commandement de son armée et marcha contre l'ennemi : il débuta par les engagements de Schlertz , de Saalfeld , où les Prussiens perdirent bon nombre de combattants; ensuite il atteignit le prince Hohenlohe dans les plaines d'Iéna, et mit en déroute son armée, qui était composée de soixante-dix mille hommes. Le même jour» à six lieues de distance > le maréchal Da-
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voust, avec trente-deux mille Français, battait complètement soixante mille Prussiens commandés par le duc de Brunsivick , qui lui-même trouva la mort sur le champ de bataille. Un mois après , toutes les provinces prussiennes situées en deçà de la Vistule étaient conquises. Napoléon offrit alors un armistice à Frédéric-Guillaume III. Celui-ci refusa fièrement tout arrangement, comptant d'une part sur l'empereur de Russie, Alexandre P% qui accourait à son secours avec une armée formidable, de l'autre sur le cabinet de Londres, qui lui avait donné l'assurance que l'Autriche était prête, à son premier signal^ à attaquer les derrières de l'armée française; que l'Espagne, lassée de l'alliance avec l'Empire, n'attendait qu'un ordre pour entrer dans les rangs de la coalition; et que l'Allemagne tout entière allait se lever pour écraser Napoléon. Mais ces deux appuis lui manquèrent bientôt: l'empereur, dans un décret daté de Berlin , déclara les Iles Britanniques en état de blocus, interdit tout commerce, toute correspondance avec elles , et défendit l'entrée des ports de tous les pays alliés à leurs vaisseaux. Ensuite il marcha à la rencontre des Russes, occupa Varsovie, fit capituler ïorgau, passa la Vistule, battit ses ennemis à Czarnovo, et livra la sanglante bataille d'EyIau , où quatre-vingt mille hommes des meilleures troupes de l'autocrate furent taillés en pièces • par soixante mille Français. Enfin , il enleva Dantzick et gagna la bataille de Friedland, qui amena le traité de Tilsiit, dont les bases furent arrêtées par Alexandre ^^ par le roi de Prusse et par Napoléon dans une entrevue qu'ils eurent sur le Niémen. A la suite de ce traité de paix , l'empereur revint en France»
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Son retour, il faut le dire, fut signalé par un acte qui affligea profondément les hommes dévoués à la cause sacrée de la patrie, l'abolition du Tribunat, la dernière institution démocratique qui rappelait les glorieuses conquêtes de la révolution. Puis il donna une constitution au royaume de Westphalie, disposa decette couronne pour son frère Jérôme, et s'apprêta à porter la guerre en Espagne et en Portugal pour faire passer ces deux pays sous sa domination.
Une armée de soixante-quinze mille hommes traversa l'Espagne au pas de course, envahit le Portugal et arriva si inopinément sous les murs de Lisbonne, que la famille royale eut à peine le temps de s'embarquer pour Rio-Janeiro, aûn de ne pas tomber au pouvoir des troupes françaises. La conquête du Portugal terminée, Napoléon tourna ses vues sur l'Espagne, qui était violemment agitée par les querelles intestines de Charles IV et de son fils le prince des Àsturies, depuis Ferdinand VII; il s'empara des villes frontières, introduisit des forces considérables dans la péninsule, contraignit les deux princes à abdiquer, et plaça leur couronne sur la tête de son frère Joseph, déjà roi de Naples. Moins de deux mois après , il disposa de ce dernier royaume en faveur de son beau-frère Murât, qu'il déclara roi sous le nom de Joachim-Napoléon.
Mais tous ces arrangements de famille ne convinrent nul* lement aux Espagnols ; une junte suprême s'installa à Séville, lança une déclaration de guerre contre la France et commença cette lutte héroïque, sublime, dont les conséquences furent si désastreuses pour l'empereur, et qui contribuèrent puissamment à sa chule^
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Gomme on devait s'y attendre, F Angleterre ne manqua pas de paraître sur le théâtre de la guerre pour soutenir Tin* surrection; elle fournit aux Espagnols de l'or, des fusils, des canons ; elle leur donna des ofiiciers et renforça leurs troupes de trente-cinq mille hommes. Napoléon jugea alors qu'il ne fallait rien moins que sa présence pour asseoir son frère sur son nouveau trône , et il s'occupa aussitôt de conclure des alliances avec les souverains du Nord, pour avoir toutes ses troupes à sa disposition. Quand il supposa qu'il n'avait plus rien à craindre du roi de Prusse^ ni des empereurs de Russie et d'Autriche, d'après les assurances formelles qu'il en avait reçues personnellement ou par Tintermédiaire de ses ambassadeurs^ il retira ses troupes de Prusse et des provinces rhénanes qu'elles occupaient^ et les dirigea vers les Pyrénées. Lui-même vint se mettre à leur tète , marcha sur Barcelone, battit les Espagnols à Yiana et à Bilbao, continua son mouvement dans la direction de Madrid, remporta deux victoires sanglantes, celles de Burgos et d'Espinosa, mit en déroule l'armée de Gastanos et de Palafox , enleva le défilé de Samo-Sierra, qui passait pour imprenable, et arriva devant la capitale, qui s'empressa de capituler. Le jour même de la reddition de Madrid , l'empereur décréta l'inquisition abolie dans toutes les Espagnes. Ensuite il s'élança à la poursuite des Anglais pour leur couper le chemin de la Gorogne et les empêcher de se rembarquer. Mais au moment où il atteignait leur arrière-garde , il reçut des dépèches de Paris , qui lui annonçaient que l'Autriche, soudoyée parle cabinet de Saint-James, se préparait encore une fois à entrer en campagne; il revint à Madrid^ laissant à l'un de ses lieu-
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tenants le soin de donner la chasse aux Anglais; installa son frère Joseph sur le trône d'Espagne , et reprit la route de la France, où sa présence devenait plus nécessaire que jamais. En effet , la guerre avec TAulriche présentait de graves dangers ; Napoléon commençait à douter des bonnes dispositions du roi de Prusse à son égard; il savait que Tempereur Alexandre ne se dispensait que par pudeur de se joindre à ses ennemis; il n'ignorait pas que TAngleterre avait rassemble une armée de cent mille hommes qu'elle pouvait jeter à rimproviste sur un point donné pour opérer des diversions subites; et qu'enGn le cabinet de Vienne avait organisé cinq cent seize mille hommes, divisés en trois corps d'armée prêts à agir isolément ou d'ensemble , suivant sa propre tactique ; qu'en outre , François 1" avait fait travailler l'esprit public en Allemagne par des écrits calomniateurs, pour exciter contre la France le sentiment de la nationalité.
Dès qu'il fut de retour à Paris, l'empereur commanda de nouvelles levées, et réunit sous les drapeaux cent soixanteseize mille hommes avec lesquels il résolut de frapper un de ces coups terribles qui avaient tant de fois étonné l'Europe. Le 12 avril 1809. ayant appris par le télégraphe que les Autrichiens avaient passé l'Inn et chassé le roi de Bavière de ses étals, il partit de sa capitale et vint prendre le commander ment de ses troupes ; le 19 avril , il atteignit l'ennemi , remporta successivement six victoires en six jours , ramena le roi de Bavière triomphant dans Munich, contraignit les Autrichiens à évacuer les lieux dont ils s'étaient emparés, et après un mois de combats , fit capituler Vienne. Néanmoins la guerre n'était pas terminée, et il dut encore gagner X, 58
la bataille de Wagram pour se trouver maître une troisième fois des destinées de la maison de Lorraine. François 1*', vaincu, humilié, envoya humblement demander une suspension d'armes, afin d'ouvrir des négociations pour la paix. Napoléon eut la faiblesse d'oubh'er ses justes griefs contre l'Autriche, et daccéder à un traité de paix dont Tune des clauses secrètes était son mariage avec une fille de l'empereur, Tarchiduchesse Marie-Louise.
Il revint ensuite à Paris, et convoqua auprès de lui tous les rois et les princes de sa famille pour leur faire connaître la résolution qu'il avait prise de se séparer de l'impératrice, sa bien-aimée épouse, et de contracter une nouvelle union pour obtenir des enfants.
Le lendemain de cette communication , un sénatus-consulte fit connaître à la France que le divorce de l'empereur et de Joséphine était prononcé, ce qui répandit la consternation dans le peuple, qui s'était habitué à aimer l'impératrice et qui la regardait comme le bon ange de l'empereur. Deux mois après, le mariage de Napoléon avec l'archiduchesse Marie-Louise fut célébré à Vienne, le 14 mars 1810; le 15, la nouvelle impératrice se mit en route pour la France; elle arriva le 27 à Compiègne, où son illustre époux avait été la recevoir; le 2 avril elle fit son entrée dans la capitale, entourée de toute la pompe des cours; le jour même eut lieu la cérémonie religieuse de leur union, dans une chapelle du Louvre magnifiquement décorée pour cette solennité. Un an après, le 20 mars 1811, Marie-Louise combla les vœux de l'empereur, et mit au monde un fils, qui fut Napoléon-François-Charles-Joseph, roi de Rome.
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DansTinterVcille, deux événements Fort importants, et dont les conséquences devaient se faire sentir plus tard, venaient d'avoir lieu. Le républicain Bernadotte avait été proclamé prince royal de Suède par la diète de ce pays , et désigné pour succéder au roi Charles XUI après sa mort. D'autre part, le roi Napoléon- Louis Bonaparte avait abdiqué la couronne de Hollande , pour ne point se trouver en lutte avec son frère , et pour ne point assumer sur sa tête la responsabilité des désastres dont son royaume se trouvait menacé par suite des débats de la France et de l'Angleterre. 11 en était résulté que Napoléon avait réuni la Hollande à l'empire.
Les rois de l'Europe ne virent pas avec indifférence l'extension prodigieuse que prenait la France. Alexandre, dont l'orgueil avait déjà été tant de fois humilié et qui n'attendait qu'une occasion pour venger ses défaites, protesta le premier contre les envahissements de Tempereur, et annonça qu'il allait faire de grands armements, non pour attaquer, mais pour se défendre. L'année entière se passa en négociations, soit de la France, soit de la Russie, soit de la Prusse, qui se trouvant placée entre les deux terribles adversaires , craignait d'être écrasée dans le choc et s'efforçait d'éviter une rupture, soit enfin de la Suède, qui désirant s'approprier la Norwège, offrait à l'empereur son alliance en échange de l'abandon de ce pays et d'un subside. Napoléon exigea que le roi de Prusse cessât son rôle de médiateur et prît parti dans la lutte. Frédéric-Guillaume, qui redoutait encore plus l'empereur que l'autocrate de toutes les Russies, se rangea de son côté. Lé vifi de Suède, qui n'avait pu obtenir ses deux demandes, se déclara au contraire contre lui et signa un
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traité avec la Russie. Comme toujours, les Anglais se rallièrent aux puissances ennemies de la France, fournirent des subsides, payèrent les armées, et se tinrent à l'écart, semblables à ces oiseaux de proie qui sont prêts à fondre sur le champ de bataille après la victoire, pour se repaître de l'odeur du sang et dévorer les cadavres.
La lutte cependant n'était pas encore ouverte; aucun des ennemis n'osait donner le signal des combats; enfin, en réponse à une note insolente qu'Alexandre envoya à la cour des Tuileries, et dans laquelle l'autocrate réclamait levacuation de la Prusse, du duché de Varsovie et l'abandon de Dantzick , Napoléon publia une déclaration formelle de guerre. 11 réunit aussitôt les nouvelles levées qu'un sénatusconsulte avait mises à sa disposition, s'achemina vers les frontières russes, à la tête de l'armée la plus formidable, la plus magnifique qu'eût jamais organisée aucun conquérant. L'ensemble des forces françaises ou alliées s'élevait à plus de cinq cent mille hommes et se composait de corps de presque toutes les nations de l'Europe; en outre, l'armée traînait après elle douze cents pièces de canon , trois mille voitures d'artillerie, quatre mille voitures d'ailministration, sans compter les fourgons pour les fourrages, les équipages des officiers; on faisait monter le matériel à vingt raille voitures et à deux cent mille chevaux. Mais, de tous ces hommes pleins de vie, qui marchaient à la suite du géant de la guerre, bien peu devaient revoir la patrie; le froid, plus encore que le fer des ennemis, devait faire tomber ces légions invincibles qui avaient campé dans toutes les capitales de l'Europe; et la France allait avoir à enregistrer dans