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ses annales le plus grand des désastres que jamais eussent éprouvés ses armes.
Parti de Paris le 9 mai 1812, lempereur traversa rapidement Metz, Mayence et Francfort, entra le 17 à Dresde, en repartit le 11 juin, passa le Niémen et arriva le 27 sous les murs de Wilna. Les généraux russes, suivant les ordres qu'ils avaient reçus d'Alexandre, opérèrent leur retraite, reculant sans cesse pour éviter toute affaire décisive, se contentant de harceler les Français, de dévaster le pays^ d'incendier les villes, et de placer des déserts entre eux et leur ennemi. L'empereur poussa toujours en avant, atteignit l'armée de Tautocrate prés de la Moskowa, remporta le 7 septembre la célèbre baiaille qui a pris le nom de cette petite rivière, sur les bords de laquelle elle fut livrée, et put continuer sa route jusqu'à Moscou. Le 14 septembre il fit son entrée dans l'ancienne capitale des czars, et s'installa au Kremlin.
Le but de la campagne semblait atteint; tout faisait présager qu'Alexandre viendrait s'humilier aux pieds du vainqueur; et Napoléon se réjouissait de pouvoir terminer les hostilités : vain espoir! un attentat, en dehors de toutes les prévisions humaines, allait d'un seul coup anéantir tous les avantages de ses victoires. Alexandre, ce despote moitié tigre et moitié homme, avait donné l'ordre au gouverneur de Moscou d'incendier la ville; et le sauvage Rostopchin, en se retirant, avait laissé le soin de cette terrible exécution à une tourbe dé voleurs et d'assassins. Dans la journée du 15, quelques incendies partiels éclatèrent sur différents points; on les attribua à l'imprudence des soldats et on n'y fit aucune
attention ; mais le 16 l'embrasement devint général ; des torrents de flammes, pousses par un vent violent, se répandirent dans les rues, enveloppèrent la ville entière et l'engloutirent dans un océan de feu.
Napoléon, privé du point d'appui sur lequel il avait établi ses principales combinaisons, se décida immédiatement à opérer sa retraite sur les frontières de la Litbuanie. Déjà il était trop tard ; les colonnes françaises atteignaient à peine Smolensk, qu'un vent glacial s'abattait sur l'armée comme l'ange exterminateur, faisait sentir les rudes atteintes de l'hiver, si terrible dans ces contrées, ef tuait les chevaux et les hommes par milliers. Hélas! lorsque l'empereur repassa le Niémen, il n'avait plus avec lui que trente mille soldats ! ! ! Arrivé à Smorogny, il remit le commandement en chef au roi de Naples, et reprit la route de Paris, voyageant en traîneau, sous le nom du duc de Vicence.
Pendant son absence, une tentative hardie avait failli lui ravir l'empire. Unprisonnier detat, le général Mallet, déjà compromis pour une conspiration républicaine et qui se trouvait consigné dans une maison de santé , sans autre ressource que son audace et son génie, avait conçu le projet d(î renverser le pouvoir colossal devant lequel l'Europe entière tremblait, et avait été au moment de réussir. Napoléon, de retour à Paris, se fit rendre compte de ce qui s'était passé, et gourmanda vertement les chefs du gouvernement de la faiblesse qu'ils avaient montrée en cette circonstance. Ensuite il s'occupa des moyens de reconstituer Une armée pour résister aux rois de l'Europe, qui préparaient une nouvelle coalition. Le Corps Législatif lui vint en aide et vota» pour
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l'exercice de 1815, un budget de onze cent cinquante millions. Le Sénat ordonna une première levée de cinq cent mille conscrits^ et mit à la disposition du ministre de la guerre une seconde levée de cent quatre-vingt mille hommes pour augmenter l'armée active. Indépendamment de ces recrues, un décret impérial enjoignit à tous les Français, de vingt ans à soixante , de se former en cohortes nationales pour la défense des villes.
De leur côté, les Russes et les Anglais pressaient les armements de leurs alliés, intriguaient auprès des cours étrangères, et répandaient l'or à pleines mains pour acheter des défections. Déjà Alexandre avait eu avec Bernadotte plusieurs entrevues, et Tavait entraîné par des promesses perfides à prendre les armes contre la France. Le roi de Prusse, cédant aux suggestions du cabinet de Londres et à ses ressentiments personnels, faisait également des levées de soldats et organisait son armée; l'empereur d'Autriche, sous prétexte d'offrir sa médiation , travaillait contrôles intérêts de Napoléon; le roi de Danemarckse déclarait pour la neutralité; les villes hanséa tiques commençaient à s'agiter; l'Allemagne se prononçait contre l'occupation française; enfin l'Espagne continuait la lutte contre les généraux de l'empire. Étrange situation! Cette levée de boucliers était encore la guerre des rois contre la révolution, la continuation de cette lutte terrible entre les deux principes de la démocratie et du despotisme , comme en 1792.
L'empereur, impatient de punir ses alliés parjures et de tirer vengeance des trahisons, quitta Saint-Cloud le 15 avril 1815 et se dirigea sur Leipsick , qui avait été évacuée par les
Français. La campagne s'ouvrit sous les plus favorables auspices; il remporta les victoires de Lulzen, de Bautzen, de Wurtchen, de Gorlilz, et contraignit Alexandre et le roi de Prusse à demander un armistice. Pendant la suspension des hostilités, Napoléon apprit que son frère Joseph avait quitté Madrid et s'était retiré devant l'armée anglo-espagnole commandée par le duc de Wellington, Cette nouvelle enhardit les ennemis de la France et affaiblit considérablement les conséquences morales des dernières victoires. D'autre part, les souverains alliés fondaient de grandes espérances sur deux généraux , traîtres à la patrie , qu'ils avaient attirés dans leurs rangs, Bernadotte et Moreau. Ces différentes causes les déterminèrent à dénoncer la fin de l'armistice le 11 août, et décidèrent l'empereur d'Autriche à envoyer sa déclaration de guerre à la France.
Le temps des revers était venu. Après quelques combats glorieux, entre autres celui de la défense de Dresde, ou Moreau perdit la vie, l'armée française, entourée par un cercle d'ennemis, fut contrainte de battre en retraite devant deux cent mille Russes, Prussiens, Autrichiens, commandés par l'empereur de Russie, le roi de Prusse et le prince de Schwartzenberg , et renforcés par deux autres armées. Tune de cent mille hommes sous les ordres de Blûcher et Sacken, f autre de cent dix mille.
Napoléon se rejeta sur le Fihin et se dirigea vers Leipsîck. Les alliés l'y suivirent et parvinrent à lui barrer le passage. L'armée française se trouvait réduite à cent soixante-quinze mille combattants; les ennemis avaient à lui opposer une masse de trois cent trente mille soldats. [Jn engagement étant
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devenu inévitable , malgré rinfériorité numérique de ses troupes, l'empereur n'hésita pas à livrer la fameuse bataille de Leipsick, qui commença le 17 octobre et dura trois jours entiers. Les deux premières journées la victoire resta fidèle aux aigles françaises; mais le manque de provisions de guerre et la trahison de Tarmée saxonne et de la cavalerie wurtembergeoise, qui passèrent à l'ennemi, forcèrent Napoléon à donner l'ordre de la retraite pour le lendemain , afin de gagner un dépôt pour réapprovisionner Tarmée : on avait tiré plus de deux cent vingt mille coups de canon, et il ne restait plus de munitions que pour entretenir le feu pendant deux heures.
Dans la nuit du 19, tous les parcs, les bagages, toute4'ar<tillerie, la cavalerie, la garde et les deux tiers de l'armée effectuèrent leur mouvement, de sorte qu'à la pointe du jour il ne resta plus que Tarri ère-garde, sous les ordres de Macdonald, Reynier, Lauriston et du prince Poniatowski. A ce moment, l'ennemi s'élant aperçu des dispositions des Français, lança des masses de cavalerie et d'infanterie pour couper la retraite, qui s'opérait par le grand pont de TElster. L'arrièregarde fit bonne contenance et défendit pied à pied le terrain; mais un épouvantable incident viat mettre le comble aux malheurs de cette journée. Le sapeur auquel avait été confié le soin de faire sauter le pont après que les dernières colonnes auraient entièrement défilé, trompé par la plus funeste des méprises, en voyant tirer sur les Français du haut des boulevards et des remparts, supposa que les ennemis occupaient Leipsick et arrivaient sur le fleuve, et mit
le feu aux fougasses. Le grand pont ayant sauté, quatre corps X. 59
d'armée, qui se trouvaient encore au delà de l'Elster avec deux cents pièces de canon, furent écrasés par les bordes russes et prussiennes. Ces trois journées coûtèrent à la France plus de soixante mille braves tués ou prisonniers; la perte de la coalition ne fut pas moindre de quatre-vingt mille bommes.
Napoléon, après avoir payé un juste tribut de regrets aux victimes de la bataille de Leipsick , et particulièrement au brave Poniatowski, qui avait péri dans le fleuve en cherchant à le traverser. avec son cheval, continua sa marche sur Erfurth. De là il se dirigea vers le' Rhin et passa sur le ventre de soixante mille Autrichiens ou Bavarois qui cherchaient à fermer sa retraite. Le 1" novembre il arriva à Francfort, le 2 il entra à Mayence, s'occupa d'établir les débris de son armée sur les rives du Rhin : le 9 il était à Saint-Cloud.
Les rois alliés songèrent à profiter des avantages qu'ils devaient à des circonstances fortuiteà et en dehors de toutes les prévisions du génie; ils s'acheminèrent à leur tour vers le Rhin , et développèrent sur les frontières de France des masses qui formaient un ensemble de plus de onze cent mille hommes.
Le projet des despotes ou plutôt celui de l'Angleterre, notre implacable ennemi^, était d'envahir la terre sacrée de la liberté; et pour arriver à son but, la perfide Albion avait soudoyé les rois de toute l'Europe, prodigué les caresses, les menaces; avait jeté des milliards en curée aux barbares du Nord. Cependant les rois hésitaient encore ; la présence de leurs innombrables cohortes ne suffisait pas pour les* rassurer; ils se rappelaient comment la France , en 95, s'était levée pour repousser l'invasion étrangère, et ils redoutaient
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de s'engager sur la terre des braves. Enfin, sur les assurances formelles données par le cabinet de Saint-James, que des mesures étaient prises pour arrêter l'élan national, et que plusieurs chefs du gouvernement français s'étaient vendus, ils se décidèrent à pousser en avant. Les hordes étrangères effectuèrent simultanément leurs mouvements, et passèrent le Rhin en Suisse, en Allemagne et dans les Pays-Bas, pendant que Wellington attaquait le midi de la France avec une armée anglaise forte de cent vingt mille hommes. Napoléon n'avait à opposer à ce déluge de barbares que soixante mille soldats d*infant&rie et douze mille de cavalerie; cependant il soutint la lutte et commença la fameuse campagne de 1814, l'une des plus brillantes qu'il eût jamais faites. Peut-être, malgré la prodigieuse disproportion de sest forces , eût-il fini par triompher de ses ennemis, si la trahison n'était venue en aide ajix alliés; mais l'or de la Grande-Bretagne avait préparé l'asservissement de la France; Fouché, TftUeyr^d, Marmont et quelques autres infâmes, gorgés de richesses par l'empereur, avaient vendu leur patrie!
Après deux mois de marches, de contre-marches, de combats et de victoires , les ennemis pénétrèrent au cœur de l'empire, et Paris capitula ! !
Enfin les despotes étaient vengés , l'Angleterre triomphait; le grand peuple était abattu. Paris, la reine du monde, là métropole de l'intelligence, le grand laboratoire de l'esprit humain, était au pouvoir de la barbarie; les rois avaient vaincu Napoléon ! il ne restait plus au héros qu'à suivre sa destinée, qu'à céder aux événements; il abdiqua et envoya aux rois coahsés cet acte mémorable: « JLes puissances alliées
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ayant proclamé que l'empereur Napoléon était le seul obstacle au rétablissement de la paix en Europe , l'empereur déclare qu'il renonce, pour lui et ses héritiers, au trône de France et d'Italie , et qu'il n'est aucun sacrifice personnel , même celui de sa vie , qu'il ne soit prêt à faire à l'intérêt de la France. » Après quoi il songea à quitter Fontainebleau et à se retirer à l'île d'Elbe, qui lui était assignée par la coalition pour sa résidence. Le 20 avril , jour fixé pour le départ, il réunit les débris de la garde impériale qui étaient restés fidèles à sa fortune, et leur adressa cette touchante allotution : (c Officiers , sous-officiers et soldats deMa vieille garde , je vous fais mes adieux. Depuis vingt ans que je vous commande, je vous ai toujours trouvés sur le chemin de la gloire. Les puissances aUiées ont soulevé toute l'Europe contre moi ; une partie de l'armée a trahi ses devoirs, et la France a cédé à des intérêts particuliers.
» Avec, vous et les braves qui me sont restés fidèles, j'aurais pu entretenir la guerre civile pendant trois ans ; mais la France eût été malheureuse, ce qui était contraire au but que je m'étais proposé. Je devais donc sacrifier mon intérêt personnel à son bonheur; ce quejai fait
» Soyez fidèles au nouveau souverain; n'abandonnez pas cette chère patrie trop longtemps malheureuse! Ne plaignez point mon sort : je serai toujours heureux quand je saurai que vous l'êtes
» Je ne puis vous embrasser tous , mais j'embrasserai votre général.... » 11 serra le général Petit dans ses bras, ensuite il continua : « Qu'on m'apporte l'aigle !..• o et pressant le drapeau contre son cœur» il l'embrassa avec effusion... « Cher
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aigle, que ces baisers retentissent dans le cœur de tous les braves!
» Adieu, mes enfants! adieu mes braves! entourez-moi encore une fois. »
Tous ceux qui étaient présents fondirent en larmes ; l'empereur, non moins ému, s'arracha à cette scène déchirante, s'élança dans sa voiture et donna l'ordre du départ. Le 27 avril il arriva à Fréjus, et le lendemain il s'embarqua pour Tîle d'Elbe. Dans le même temps , Tirapératrice Marie- Louise et le jeune roi de Rome étaient dirigés sur la capitale 4le l'Autriche, d'après la décision des rois alliés.
Le jour même oii Napoléon mouillait dans la rade de Porto-Ferrajo , le chef de la famille des Bourbons , qui avait pris le nom de Louis XYIII, fit son entrée dans Paris, escorté par les baïonnettes étrangères, entouré par une tourbe de lâches émigrés , de misérables courtisans et des princes de son odieuse race ; il vint s'asseoir suc le trône des Capets, qu'il avait acheté aux étrangers , moyennant un traité honteux , le plus humiliant , le plus désastreux qu'ait jamais subi la France, et par lequel il consentait au démembrement du grand empire qu'avait conquis Fépée de Napoléon. En outre, pour calmer les défiances de la bourgeoisie, devenue une puissance dans l'Etat, il avait sacrifié les droits du peuple et donné des garanties à la nouvelle classe privilégiée^ dans une charte constitutionnelle.
Mais à peine fut-il installé aux Tuileries, qu'il chercha à reprendre les allures d'un roi de l'ancien régime : il combla de faveurs et de dignités les laquais qui l'avaient suivi dans son exil et les infâmes qui avaient combattu dans les rangs
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ennemis; il partagea entre ses créatures cinq cent millions qui étaient dans le trésor impérial du domaine extraordinaire; il rendit aux princes de sa maison les biens que la République avait justement confisqués, comme provenant d'extorsions, de vols , de dilapidations ; il se fit allouer une somme de trente millions pour solder les dettes contractées pendant son exil , et une liste civile annuelle de trente-trois millions pour lui et sa famille; il livra les postes les plus éminents aux incapacités les plus notoires; enfin il nomma son frère, le comte d' Artois, colonel général des Suisses; le prince de Condé, colonel général de Tinfanterie de ligne j le duc d'Ângouléme, colonel général des cuirassiers et des dragons; le duc de Berry, colonel général des chasseurs et des chevau-légers-lanciers; Louis-Philippe d'Orléans, colonel général des hussards; le duc de Bourbon, colonel général de l'infanterie légère.
A toutes ces mesures impopulaires prises par Louis XYlIl vinrent se joindre différentes causes qui contribuèrent à irriter profondément la nation contre lui , entre autres la promulgation d'une ordonnance qui prescrivait le chômage des fêtes de l'Église, le rétablissement des processions publiques, la suppression des écoles militaires, la restauration des collèges des jésuites , la célébration d'une fête funèbre en Thonneur de l'assassin Georges Gadoudal , l'anoblissement de la famille de ce chouan, et la translation de vieux ossements corrodés qu'on fit passer pour les restes de Louis XVI et de Marie-Antoinette.
Pendant que ces choses avaient lieu en France, les rois de l'Europe, réujais à Vienne dans un congrès, agitaient les
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questions de divisions de territoire, disposaient des peuples comme de troupeaux de bétail, et préparaient secrètement un projet d'enlèvement de Napoléon de Tîle d'Elbe et sa déportation dans une île nommée Sainte-Hélène, située sous les tropiques et éloignée de tous les continents.
L'empereur fut heureusement informé dé ce qui se tramait contre lui dans le conseil des rois, et il put prendre une de ces grandes résolutions qui étonnent par leur hardiesse et changent souvent la destinée des empires. Sans avoir communiqué à personne les projets qu'il avait médités, le 26 février 1815, il fit donner l'ordre à sa garde et aux officiers de sa suite de se tenir prêts à partir; quatre cents hommes de la vieille garde, deux cents fantassins, cent chevau-légers polonais et un bataillon des flanqueurs s'embarquèrent sur cinq petits navires; puis il monta lui-même sur le brick de guerre l'Inconstant, accompagné des généraux Bertrand et Drouot, et fit appareiller aussitôt pour les côtes de France.
Quatre jours après il entra dans le golfe Juan et débarqua sur la place de Cannes. 11 se dirigea aussitôt sur Grasse, dont toute la population accourut à sa rencoûtre; le 4 mars il arriva à Digne, où il s'occupa de faire imprimer les magnifiques proclamations au peuple et à l'armée qu'il avait dictées dans la traversée. De là il continua sa route à travers le Dauphiné, et fit son entrée dans Grenoble. Après s'être reposé deux jours, il quitta cette ville et arriva le 10 mars à Lyon, au moment oii le comte d'Artois, qui s'était porté à sa rencontre pour le combattre, fuyait honteusement, ayant pour toute escorte un gendarme. Napoléon reçut les autorités,
s'entretint familièrement avec les députés des différents corps des besoins de la France, censura les fautes desBourbons^ avoua noblement les siennes propres, et développa la nouvelle marche qu'il se proposait de suivre.
(( J'ai été entraîné, dit-il, par les événements dans une fausse route; mais, instruit par l'expérience, j'ai abjuré cet amour
de la gloire, si naturel aux Français! Je me suis trompé
en croyant que le siècle était venu de rendre la France le chef-lieu d'un grand empire; j'ai renoncé pour toujours à cette haute entreprise; nous avons assez de gloire, il faut
nous reposer En mettant le pied sur le sol de notre chère
patrie, j'ai fait le vœu de la rendre libre et heureuse; je ne
lui apporte que des bienfaits Je ne veux point, comme
Louis XVIII, vous octroyer une Charte révocable; je veux vous donner une Constitution inviolable, et qu'elle soit l'ouvrage du peuple Je vois que les idées libérales ont reconquis le terrain que j'avais fait gagner au pouvoir. Je ne chercherai point à le reprendre; il ne faut jamais Jutter contre la volonté d'une nation. Les Français seront contents de moi. Je sens qu'il y a du plaisir et de la gloire à rendre un
peuple heureux. Je donnerai des garanties à la France
Je ne lui avais point épargné la gloire, je ne lui épargnerai point la liberté »
Il donna immédiatement un commencement d'exécution à ses promesses en publiant plusieurs décrets impériaux qui abolissaient la noblesse, supprimaient les titres féodaux, remettaient en vigueur les lois des grandes assemblées nationales, et assignaient une convocation extraordinaire des députés de la nation , sous le nom de Champ de Mai.