‹ Histoire des papes (volume 4)Chapitre 22 sur 49 · XIX. S] EMPIRE FRANÇAIS. M · texte numérisé non relu

XIX. S] EMPIRE FRANÇAIS. M

L'empereur quitta Lyon le 15, prit la route de la fiour-^ gogne, et s'achemina triomphalement vers Paris, escorté par les citoyens qui se pressaient en foule autour de lui. Quant aux Bourbons, ce brusque retour les frappa d'une sorte de vertige; vainement ils cherchèrent à déguiser leurs appréhensions, et affectèrent de traiter d'aventurier le grand homme que le peuple accueillait avec enthousiasme; les rangs de leurs défenseurs s'éclaircirent de jour en jour; bientôt ils furent contraints de gagner la frontière et de se réfugier à Gand avec les couards et les misérables qui avaient trahi là cause sacrée de la patrie. Le jour de la fugue de Louis X VIII , l'empereur arriva à Fontainebleau à quatre heures du matin ; il en repartit dans la journée pour se rendre à Paris ^ où il fit son entrée vers la fin du jour. Le lendemain il passa la revue des troupes, et immédiatement après il s'occupa des mesures à prendre pour réorganiser une armée capable de résister aux rois alliés.

Déjà tous les despotes s'étaient émus; déjà ils avaient mis Napoléon au ban des nations , et avaient décidé qu'une coalition plus formidable que la première serait reconstituée pour le renverser du trône qu'il avait si miraculeusement relevé.

Pour arrêter ce déluge de barbares qui menaçait d'envahir la France, l'empereur comprit qu'il n'avait d'autre parti à prendre que celui d'attaquer séparément chacun de ses en* nemis , et il agit en conséquence. 11 déroba avec soin les mouvements de ses divisions, rassembla vers un même point cent vingt mille hommes et trois cents bouches à feu, entra à leur tête en Belgique, et manœuvra de manière à séparer les deux armées prussienne et anglaise. Son plan eut X. 60

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même un commencement de succès. Blûcher, qui commandait Farmée prussienne» fut attaqué isolément et mis en déroute avec une perle de vingt-cinq mille hommes. Mais cet avantage partiel n*eut aucun résultat; un traître, qui la veille de la bataille avait passé à l'ennemi, le général Bourmont, chef d'état-major, avait vendu aux Anglais le secret des opérations de l'empereur. Cette circonstance rendit inutiles ses savantes combinaisons.

L'empereur eut encore deux journées brillantes pendant lesquelles il tint en échec , avec cent vingt mille hommes , deux armées fortes de plus de deux cent trente mille soldats, et de six cents bouches à feu ; enfin la troisième journée éclaira l'épouvantable catastrophe de Waterloo!

Napoléon, vaincu par la fortune^ se retira derrière la Sambre, prit ses dispositions pour rallier les débris des troupes, et se mit en route pour Paris , où il arriva le 20 juin, à neuf heures du soir. De nouveaux malheurs l'y attendaient. La chambre des représentants, dans la séance du 21 , sur la motion de Lanjuinais et de la Fayette, décréta que l'empereur serait supplié d abdiquer la couronne. 11 obéit, et dicta à Lucien, son frère, une déclaration au peuple français, où il annonçait qu'il abdiquait en faveur de son fils, le jeune roi de Rome. Immédiatement après , les chambres organisèrent un gouvernement provisoire ; ce qui était dautant plus urgent que la guerre se rapprochait de Paris. Les Anglo-Prussiens ne voulant point partager avec leurs alliés la gloire d'imposer la paix à la France , s'avançaient à marches forcées sur la capitale sans attendre les armées russes, autrichiennes et allemandes, qui s'étaient ébran-

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lées et avaient déjà atteint les frontières. On prétend que Finfame Wellington et son allié Blûcher , espèce de soldat grossier, avaient formé l'un et l'autre le projet d'enlever l'empereur pour le pendre , et de faire le sac de Paris. Projet sacrilège, vœux impies qu'ils ne purent réaliser , grâce à lenergique attitude des Français.

L*heure des grandes calamités était venue : Napoléon, ne pouvant plus servir la cause de la patrie , donna ses ordres pour son départ, quitta la Malmaison le 29 juin et se dirigea vers Rochefort , oii il arriva le 5 juillet avec l'intention de s'embarquer pour les Ëtats-Unis d'Amérique. Mais il ne put mettre son projet à exécution, les Anglais ayant déjà établi une croisière devant le port, atin d'empêcher la sortie de tout bâtiment français ou neutre. 11 demeura quelques jours au mouillage, et fit demander au capitaine du Bellérophon, le chef de la croisière , s il avait ordre de s'opposer à son passage. Celui-ci évita de faire aucune réponse, et annonça qu'il allait en référer à l'amiral. Après six jours d'attente, l'empereur s'impatienta ^ et par une de ces résolutions héroïques que comprennent seules les grandes àmes^ il choisit solennellement pour son hôte le peuple anglais, et vint à bord du Bellérophon. Hélas! il s'était livré, non au généreux peuplç anglais, mais à l'aristocratie, aux lâches suppôts de Wellington, aux lords félons, ses ennemis implacables. Les misérables, les infâmes, au mépris des droits des gens, osèrent le déclarer prisonnier de guerre et décréter un arrêt de déportation, que le climat de l'ile de Sainte-Hélène était chargé de commuer en sentence de mort ! ! !

Le jour même où cette grande iniquité s'accomplissait,

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Louis XYIII rentrait dans sa bonne ville de Paris, à la suite des fourgons des armées étrangères, comme dans la première invasion^ accon^pagné de courtisanes titrées^ de nobles émigrés, de lâches et de traîtres qui s'étaient attachés à sa fortune. Le premier acte politique du nouveau roi fut de se former un ministère; ensuite il déclara les chambres dissoutes, révoqua les officiers publics nommés pendant la période qui s'était écoulée depuis le retour de Napoléon , qu'on nomma la période des cent-jours; licencia l'armée, et prit ses mesures pour bâillonner le grand peuple. Après quoi, les proscrip-^ tions commencèrent : le maréchal Brune fut assassiné à Aviv gnon ; le colonel Labédoyère fut jugé , condamné et fusillç dans la plaine de Grenelle ; le général Mouton Duvernet fut également fusillé à Lyon, les généraux Bertrand, Drouot, Gambronne et Lavalette furent condamnés à mort; trente*huit autres officiers supérieurs ou fonctionnaires de l'empire furent bannis ou emprisonnés.

Dans le midi de la France, les fureurs des royalistes étaient poussées plus loin encore; des bandes d'assassins organisées militairement et dirigées par un pouvoir occulte, exécutèrent en plein jour des meurtres atroces contre des militaires désarmés, des protestants inoffensifs, des femmes, des vieillards, des enfants!

Telle était la situation des choses , lorsque les empereurs de Russie et d'Autriche, et le roi de Prusse, proclamèrent le fameux traité dit la Sainte-Alliance, dans lequel ces despotes annonçaient insolemment qu'ils s'arrogeaient le droit de haute juridiction sur les autres états, et qu'ils se donnaient une garantie mutuelle contre les peuples pour mieux les op-

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primer, liouis XYIII adhéra à cette ligue sacrilège. Il s'oc* cupa ensuite de remplir les honteuses conditions qu'il avait acceptées pour remonter sur le trône, et qui étaient au nombre de cinq principales : l"* la cession de plusieurs places fortes et d'une portion de territoire; 2^ la démolition des fortifications d'Huningue ; S"" le payement d'une indemnité de 800 millions; ¥ la restitution du département du Mont- Blanc au roi de Sardaigne; 5^ l'occupation pendant sept ans des frontières par une armée de cent cinquante mille hommes aux frais de la France. Ces divers arrangements terminés, les empereurs d'Autriche et de Russie remirent à Louis XVllJ l'acte par lequel Marie-Louise, l'indigne épouse du grand Napoléon 9 déclarait renoncer, pour elle et pour son fils, aux titres d'impératrice et d'empereur de France, et accepter en dédommagement le duché de Parme.

Presque le même jour, Joachim Murât, qui avait été expulsé de son royaume de Naples par la coalition, débar^ quait au Pizzo, était pris, jugé et fusillé par exprès commandement de Ferdinand IV , roi des Deux-Siciles.

A Paris, le maréchal Ney, le héros de la bataille de la Moscowa , celui que les soldats français avaient surnommé le brave des braves , comparaissait devant la chambre des pairs, transformée en haute cour de justice, pour s'entendre condamner à mort, comme coupable de haute trahison , à cause de son dévouement à l'empereur. L'infortuné Ney fut fusillé dans l'avenue de l'Observatoire par des royalistes et des nobles déguisés en vétérans! ! Après l'illustre maréchal, vint le tour de ses compagnons d'armes; la France, déjà si opprimée, vit surgir de tous côtés des échafauds que ne lais-

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sèrent pas chômer un seul instant les fameuses cours prévôtales de la restauration.

Indépendamment de ces sanglantes exécutions , le gouvernement de Louis X VIU , qui semblait avoir pris à tâche de vouloir soulever contre lui l'exécration du peuple, désorganisa l'Institut, licencia les élèves de lecole Polytechnique, enleva aux écrivains et aux savants de l'empire les places quils avaient acquises à FÂcadémie par de glorieux travaux, priva de leurs titres et dignités les maréchaux de France qu'il soupçonnait hostiles aux Bourbons, gaspilla deux cent trentetrois millions pour récompenser les services des émigrés, porta le budget à onze cent millions ^ et continua à fournir pendant trois années à l'armée doccupation deux cent mille rations par jour, et à lui compter cinquante millions annuellement pour frais d'équipements , qui étaient confectionnés en Angleterre. Enfin, les rois de la Sa in te -Alliance, satisfaits de l'état d'abjection où ils avaient amené la France , décidèrent au congrès d'Âix-Ia-Chapelle» malgré les supplications et les notes secrètes des ultra-royalistes, qu'ils abandonneraient le territoire français.

Les soldats étrangers avaient à peine franchi les frontières, que la bourgeoisie, jusque-là comprimée par la terreur des baïonnettes, commença à manifester des tendances libérales dans les élections des nouveaux députés. Dès ce moment il y eut deux partis à la chambre, celui des ultra et celui des libéraux, et la lutte fut entamée. La bourgeoisie voulait entrer sérieusement dans l'exercice des droits que lui garantissait la Charte , et réclamait la liberté de la presse, un jury indépendant, l'administration municipale dotée d'attribu-

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tions effectives, la garde nationale constitutionnellement organisée» la réforme des codes existants, la publication du code rural et du code militaire, la fixation des véritables principes du gouvernement représentatif^ ladoption de mesures propres à arrêter les progrès de l'invasion des jésuites dans l'enseignement et dans la direction de l'Etat, toutes choses que combattaient les royalistes. Ceux-ci furent d'abord les plus forts; grâce aux places, aux dîners^ aux honneurs, ils gagnèrent à leur cause tous les députés qui occupaient cette partie de la salle qu'on appelle le ventre , et en formèrent une majorité compacte, qui aida le gouvernement dans ses projets liberticides.

Sur ces entrefaites, le duc de Berry fut frappé d'un coup de poignard par un ouvrier nommé Louvel, et expira. Ce prince, sur lequel reposaient toutes les espérances de per^ pétuation de la race royale, ne laissait qu'une fille inhabile à succéder au trône. Sa veuve se déclara enceinte, et sept mois après elle accoucha d'un enFant mâle, qui fut nommé duc de Bordeaux. Les ultra en acquirent une audace nouvelle, poursuivirent plus vigoureusement que par le passé leurs criminels desseins, changèrent le système d élection, et se préparèrent à enlever à la nation toutes les libertés que lui garantissait la Charte. Quelques jeunes gens des écoles de droit et de médecine essayèrent de protester contre les tendances du pouvoir, et formèrent des rassemblements. Les ministres en firent prompte et sévère justice, et lancèrent sur eux des bandes d'agents de police et de soldats, qu'ils nommaient dérisoirement « les chiens de guerre de la ro}auté. » Un autre événement vint encore contribuer à exalter la

confiance des royalistes dans la réussite de leurs plans, la mort de Napoléon. Le prisonnier de Sainte-Hélène, le héros du peuple, le destructeur des rois, avait enfin terminé sa miraculeuse existence, le 5 mai 1821^ à six heures moins onze minutes; il était mort sur un rocher, après six ans de la plus dure captivité , victime des lâches tortures qu'avait exercées sur lui un misérable nommé Hudson Lowe, son geô-* lieri le plus vil et le plus odieux sbire qu'il fât possible de trouver, et pour tout dire, un infâme, bien digne de repré* senter Taristocratie anglaise dans cette œuvre exécrable.

Cependant les libéraux n'avaient pas perdu toute esp^ rance de renverser leurs ennemis. Ne pouvant continuer la lutte au grand jour, ils conspirèrent dans lombre^ formèrent des sociétés secrètes, et couvrirent la France de ventes de carbonari. Louis XYIII s'émut de cette opposition occulte i qui prenait de jour en jour un accroissement plus formidable, et fit appel à la force brutale pour rompre l'association de la charbonnerie. Les échafauds s'élevèrent et de nobles têtes tombèrent* Pommier, Raoulx^ Bories, furent sacrifiés aux terreurs du despote, et léguèrent en mourant à leurs frères le soin de leur vengeance. Le lieutenantcolonel Garon à Strasbourg, le général Berton à Poitiers, furent fusillés pour expier le même crime. Enhardi par ces nouveaux suc^ cès^ le parti royaliste entra en pleine contre* révolution, et annonça son projet de mettre au néant l'acte constitutif du royaume. Malgré le lexte formel de la Charte, il fit rendre des lois hostiles à la presse , poursuivit à outrance les citoyens qui exprimaient leur opinion avec indépendance, et viola même le sanctuaire de la législature en faisant expulser de

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la chambre des députés, par un gendarme noble nommé vicomte Foucault, le courageux Manuel, député de la Vendée. Ensuite,malgré l'opposition énergique de la nation, il entraîna la France dans une guerre d'intervention en Espagne, pour replacer sur le trône le lâche Ferdinand VII, que les cortès avaient déclaré déchu de la couronne. Cette guerre ou plutôt cette promenade militaire, confiée à l'inepte duc d*Angouléme, coûta au pays quatre cent miUions, tant pour les frais de l'armée d'invasion que pour séduire et corrompre les chefs des troupes espagnoles ; elle aboutit à faire triompher le parti absolutiste dans la péninsule.

Louis XVIU, de plus en plus entraîné par le succès de ses tentatives contre les libertés publiques, voulut aller encore plus loin; il remplit la chambre des pairs de jésuites, d'évëques, d*archevéques, d'émigrés; et comme à la chambre des députés le parti libéral comptait près dun tiers des voix y il la déclara dissoute, convoqua les collèges électoraux , fit travailler les électeurs, et obtint une chambre composée aux trois quarts de ces députés appelés ventrus, qui sont dans toutes les époques aux ordres des gouvernements qui les soudoient; puis, sa majesté ût décréter la septennalité des chambres, ce qui était une grave infraction à la Charte, et enfin signa l'ordonnance du rétablissement de la censure.

Un mois après, le 16 septembre 1824, Louis XVllI mourut. Ce monarque, l'un des plus nuis qui se soient assis sur le trône de France, ne s était fait distinguer dans le cours de son règne que par son excessive personnalité, par ses honteux débordements avec les femmes, quoiqu'il fût impuissant, et par sa gloutonnerie , dont il serait dillicile de X. 61

se faire une idée et qui lui avait valu le surnom de Ventru. Aussi avait- il atteint un degré d*obésité tellement monstrueux f qu'il ne pouvait plus faire usage de ses jambes , et que depuis plusieurs années il était obligé de se faire traîner dans un fauteuil mécanique pour se transporter dans ses appartements.

Dès que Louis XVIU eut fermé les yeux, la porte de la chambre mortuaire s'ouvrit, et un laquais cria : (c Le roi est D mort! Vive le roi! )) C'était un des usages de cette vieille monarchie qu'on voulait rétablir; c'était le signal de la prise de possession du trône par monseigneur le comte d* Artois, devenu Charles X.

Le premier acte d'autorité du nouveau monarque surprit étrangement les esprits. Sa majesté, dont toute la France connaissait le caractère sombre et fanatique, décréta l'abolition de la censure. Il est vrai que bientôt on reconnut le motif qui avait dicté cette mesure. Charles X avait voulu acquérir quelque peu de popularité pour se faire allouer des subsides. Par cette tactique il obtint des chambres deux millions et demi pour faire transporter le cadavre de Louis XVIU le Ventru au charnier royal de Saint-Denis, et plus tard trois autres millions et demi pour les frais de la cérémonie de son sacre, indépendanmient de vingt-cinq millions de liste civile pour lui , et de huit autres millions pour les princes et les princesses du sang royal, et en outre des dix-sept miUions du domaine privé; ensuite, pour ras^ surer les rois de la Sainie-AUiance sur cette apparence de zèle révolutionnaire, il fit rendre une loi qui permettait, en vertu d'une simple ordonnance, d'établir des conmiu-

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