IXVIII.S.] REPUBLIQUE FRANÇAISE
étaient porteurs ^ et dont il forma un seul faisceau, comme symbole de Tunité et de lindivisibilité de la République.
Le lendemain de cette fête, la Convention se mit en devoir d'accomplir les grandes choses que réclamait le salut de la patrie. Le tribunal révolutionnaire fut réorganisé, des précautions extraordinaires furent prises contre les royalistes, contre les partisans de la Girohde, et généralement contre tous les aristocrates qui fomentaient des troubles dans les départements ou qui entretenaient des relations avec les ennemis du dehors.
Ensuite on procéda au jugement de Marie-Antoinette. La reine fut convaincue, sur des pièces authentiques et revêtues, de sa. signature, d'avoir conspiré contre la France, d'avoir dilapidé les finances de l'état de concert avec les deux frères de Louis XVI ; d'avoir fait servir les sueurs du pauvre à payer les agents de ses intrigues criminelles , ou les objets de ses honteuses amours; d'avoir secondé les manœuvres des accapareurs pour affamer Paris; d'avoir organisé des conciliabules pour aviser, avec ses détestables favoris , aux moyens d'exterminer le peuple; d'avoir fait passer aux puissances ennemies les plans de campagne des armées françaises pour faciliter l'invasion du territoire; enfin d'avoir abusé du fatal ascendant qu'elle exerçait sur l'esprit de Louis XVI , pour lui faire adopter des mesures qui avaient pour but d'anéantir la liberté et de repfacer la France sous le joug de l'absolutisme. En conséquence, elle fut condamnée à la peine capitale et exécutée sur la place de la Révolution le 25 vendémiaire an II de la République, 16 octobre 1795.
Vingt-huit jours après, les députés girondins qui avaient . X. M
été décrétés d'accusation portèrent leurs tètes coupables sur récbafaud. Le duc d'Orléans vint à son tour répondre de ses conjurations .contre la liberté, devant la justice du peuple. Acquitté à Marseille par des jurés vendus, il fut transféré à Paris , mis de nouveau en jugement , et condamné à mortl Admirable Providence ! l'exécrable Louis-Philippe reçut enfin la juste punition'des fbrfaks de sa vie !
Malgré la vigueur que déployait la Convention, les trahisons continuèrent à se propager dans les départements, par suite des intrigues du ministre anglais Pitt et des agents du prince de Saxe-Cobourg, le chef de cette famille des Cobourg qui plus tard devait fournir tant d'étalons princiers aux monarchies de l'Europe. La ville de Lille était travaillée par des émissaires du cabinet de Saint-James; Douai , Valenciennes, Lorient,Bayonne, étaient également envahies par des bandes de misérables qui ne songeaient rien moins qu'à les réduire en cendres ; Lyon , égarée par les suggestions des émigrés , se déclarait en révolte ouverte; Marseille ouvrait son port aux vaisseaux anglais , et Toulon se livrait aux ennemis de la patrie. Le comité de salut public se trouva alors obligé de sévir contre les généraux Gustine et Houchard , convaincus de connivence avec les étrangers, et les fit décapiter; ensuite il travailla à épurer les rangs supérieurs de la hiérarchie militaire, et destitua bon nombre d'officiers nobles qui encombraient les états-majors.
Cette épuration terminée, la discipline militaire se rétablit dans les armées. Carnot, l'un des plus habiles tacticiens qu'ait jamais eus la France, dressa aussitôt des plans de campagne qu'il fit adopter par le comité de salut public^ et organisa
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en quelque sorte la victoire. Toulon fut attaquée par le général Dugommier et reprise aux Anglais. Dans ce siège mémorable, un jeune commandant d artillerie se distingua d'une manière toute particulière et contribua puissamment au succès de nos armes; cet intrépide guerrier se nommait Napoléon Bonaparte! D'autre part, Lyon fut réduite, la Vendée pacifiée, les villes du Nord et du Midi purgées des agents qui cherchaient à fomenter des désordres; les lignes de Wissembourg et de Lauterbourg furent reconquises, et les hordes des despotes chassées par les armées républicaines.
Pour rompre entièrement avec le passé, la France avait aboli jusqu'aux anciennes indications des années, des mois et des jours, avait créé un autre calendrier, en prenant, pour commencement de Tère nouvelle le 22 septembre 1793, jour où la Convention avait décrété la déchéance de la royauté et proclamé la République.
Le peuple triomphait, les rois étaient vaincus et humiliés, la cause sacrée de la liberté resplendissait à l'horizon ; hélas! son règne ne devait pas être de longue durée. L'infâme Pitt soudoya des traîtres, versa des millions entre les mains d'hommes abominables, et parvint à jeter la France dans un désordre effroyable. Plusieurs partis se formèrent au^ sein même de la Montagne et s'entre-déchirèrent. Leshébertistes, qui avaient à leur tète le rédacteur du journal le Père Duchesne, fameux par son cynisme, voulurent s'emparer du pouvoir, essayèrent de soulever la Commune contre le comité de salut public, et flrent mettre le club des Cordeliers en insurrection contre la Convention. Celte audacieuse tentative leur valut d*être décrétés d'arrestation, traduits devant le tribunal
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révolutionnaire, jugés comme conspirateurs et condamnés à mort. Les dantonistes cherchèrent à leur tour à dominer la faction des républicains purs pour accaparer à leur profit les places et les honneurs ; mais leurs machinations ne tardèrent pas à être découvertes. A la suite d'un rapport remarquable de Saint-Just, membre du comité de salut public, ils furent arrêtés et envoyés devant le tribunal inflexible de la nation. Après avoir abattu la faction des dantonistes, le comité de salut public put hardiment diriger le mouvement révolutionnaire dans un sens national ; il proscrivit le hideux matérialisme, fit célébrer des fêtes en rhonneur de FÊtre suprême, et essaya d'arrêter l'effusion du sang.
Robespierre , l'un des membres les plus influents du comité • osa même se prononcer contre les exécutions qui avaient lieu sur divers points de la France, et dans un discours aux Jacobins , s'écria : « 11 est temps de laisser en repos la hache de » la justice publique; tout bon patriote doit prémunir ses )) concitoyens contre les pièges qui leur sont tendus, et cher- )) cher à éteindre la nouvelle torche de discorde qu'on vou- »> drait allumer dans la Convention. Ce qu'on voit tous les )) jours, ce qu'on ne peut se cacher, c'est qu'une faction » d'hommes corrompus veut avilir, veut anéantir la Conven* » tion par un système de terreur; c'est à cette tourbe d'in- » trigants qu il faut déclarer la guerre »
Ces paroles retentirent comme un tocsin d'alarme dans^ l'àme des hommes qui occupaient les plus importantes fonctions du gouvernement, et qui s'étaient fait du pouvoir le piédestal de fortunes scandaleuses. Devant le danger commun tous se réunirent et se préparèrent à lutter contre Tau-
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Stère républicain. La faction ennemie se recruta dans les clubs t dans les comités et jusque dans la Convention; bientôt eUe se trouva assez forte pour organiser une majorité dans TAssemblée nationale et faire décréter d'arrestation Robespierre et ses amis.
Le 9 thermidor, 27 juillet 1794, avait été fixé par les conjurés pour exécuter ce coup d'état. Saint- Just, l'un des membres du comité de salut public et entièrement dévoué à Robespierre , se présenta à la tribune pour faire un rapport sur la situation des partis qui déchiraient le sein de la République. Son discours fut vivement attaqué par Billaud- Varennes. Robespierre voulut répondre aux attaques dont il était l'objet, et s'élança à la tribune. Des cris a A bas le tyran ! » à bas le dictateur! » couvrirent sa voix. Aussitôt Fréron, Billaud- Varennes et Tallien se levèrent, l'accusèrent d'aspirer au despotisme, de vouloir mutiler la Convention, et demandèrent son arrestation. 11 essaya encore de se faire entendre au milieu du tumulte; Collot-d'Herbois, qui [présidait l'assemblée, refusa obstinément de lui accorder la parole, et ne cessa d'agiter la sonnette. Alors, par un effort
désespéré, il lui cria : « Pour la dernière fois, prési-
» dent d'assassins, je te demande la parole *) Le bruit
continuant, il fut contraint de s'arrêter. Tallien, pour accroître l'exaspération, tira un poignard, et désignant du doigt Robespierre : a Voilà , s écria-t-il , le poignard de Bru- » tus, dont je suis armé pour frapper le dictateur! » Des applaudissements frénétiques^ partis des bancs des conjurés» couvrirent cette apostrophe; les cris « A bas le tyran! point nde dictateur! » retentirent avec une nouvelle violence.
Enfin^ à huit heures du soir, Vadier fit porter le décret d'accusation et d'arrestation, qui fut rendu commun à Robespierre jeune, à Saint- Just, à Lebas et à Couthon. On fit venir secrètement plusieurs voitures de place ; on y enferma les prisonniers, et on les conduisit dans différentes maisons de détention.
A peine étaient-ils incarcérés, que des commissaires du conseil général vinrent les mettre en liberté. Robespierre se défendit longtemps pour les accompagner, déclarant qu'il voulait, à l'exemple de Marat, comparaître devant le tribunal révolutionnaire; enfin il céda et se rendit à la Commune, où il trouva son frère et les autres députés proscrits avec lui. Le conseil général s'occupa à l'instant même de prendre des arrêtés énergiques contre la Convention. Robespierre hésita devant une collision à main armée; il discuta sur l'illégalité d'une lutte entre les autorités de la Ville et l'Assemblée nationale. Son opposition à toute mesure violente entraîna des lenteurs dans l'exécution des arrêtés de la Commune, et sa cause fut perdue. La Convention agit au contraii:^e avec une activité et une audace remarquable; elle lança un décret de proscription sur tous les fonctionnaires municipaux, et nomma une commission pour diriger la force armée et faire respecter ses volontés.
Le hasard servit à souhait les contre-révolutionnaires; il se trouva que Henriot, commandant de la garde nationale, était ivre ce jour-là et hors d'état de donner des ordres à ses officiers; de sorte que la milice bourgeoise n'ayant point d'instructions, se rangea du côté de ceux qui l'appelèrent les premiers, et marcha contre la Commune au lieu d'in-
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vestir la Convention. Arrivés sur la place de Grève, les commissaires conventionnels publièrent le décret de mise hors la loi contre Robespierre et se^ partisans. La foule qui garnissait la place, iiitimidée par ce. déploiement de forces, s'écoula immédiatement. Alors l'un des commissaires, Léonard Bourdon, monta à l'hôtel de ville escorté d'un piquet de soldats, et pénétra dans la salle du conseil où siégeaient les
membres du tribunal révolutionnaire. Un gendarme, nommé
Merda, fonça sur Robespierre aîné et le renversa d'un coup de pistolet tiré à bout^ portant dans la mâchoire. Robespierre jeune voyant son frère gisant^ assassiné, sauta par la fenêtre et se brisa les membres sur le pavé ; Lebas se tira un coup de pistolet dans le cœur ; Couthon et Saint-Just demeurèrent impassibles dans leurs fauteuils.
Là ne devaient pas s'arrêter les infamies des conjurés ; leur ennemi respirait encore , et ils voulaient rendre son agonie effroyable. Robespierre fut garrotté sur une planche , emporté aux Tuileries et déposé dans l'antichambre du comité de salut public; depuis une heure et demie du matin jusqu'à cinq, c'est-à-dire pendant trois heures et demie, on le laissa sans secours; on se contenta d'appuyer sa tête mutilée sur une boîte de sapin , et d'étancher le sang qui sortait de sa plaie béante avec des lambeaux de papier. Plusieurs conventionnels, honte à jamais sur eux! osèrent l'insulter, lui cra* chèreçt au visage, le frappèrent, et excitèrent des commis de bureau à le piquer avec leurs canifs. A cinq heures seulement un chirurgien fut appelé pour le panser.
Dans la journée il fut transporté devant le tribunal révolutionnaire, dont les membres étaient sous une impression de
sfco msTonuB des papes. [xtoi. s.]
terreur indicible; il lîit condamné à mort ainsi que ses amis, sur le réquisitoire de Faccusateur public Fouquier-Tinville.
Parmi les ennemis dé Robespierre qui suivaient la char^ rette, et qui raccablaient d'injures et d'imprécations, se fit remarquer Carrier, l'infâme ordonnateur des noyades de Nantes. Mais lui^t ceux qui partageaient sa destinée montrèrent une impassibilité parfaite. Lorsqu'il eut monté les degrés de l'échafaud, le bourreau lui arracha violemment l'appareil qui couvrait ses blessures, et le livra quelque temps pâle, défiguré, aux regards du peuple, qui contempla pour Ja dernière fois celui qui avait mérité le nom d'incorruptible. Vingt et un de ses partisans furent décapités avec lui.
Après leur victoire sur Robespierre, les Fréron , les Tallien, lesFouché, les CoUot-d'llerbois, les Rillaud-Varennes, les Carrier et tous ceux qui formaient le parti thermidorien, s'emparèrent du pouvoir et songèrent à tirer parti de leur position au détriment de la chose publique. Ils abolirent la loi du maximum, qui fixait le prix que ne devaient point dépasser les denrées de première nécessité, et qui était une garantie contre la disette ; ils renouvelèrent les scandales des derniers règnes au sujet des accaparements de blé, et se firent entrepreneurs de famine.
Paris se trouva réduit à une telle détresse , que le pain et la viande furent vendus nominativement chez les boulangers et les bouchers , chaque citoyen n'ayant droit d'achetejr que trois onces de pain et deux onces de viande par jour.
Un tel état de choses ne pouvait durer longtemps sans exciter des rumeurs : les républicains adressèrent des pétitions à la Convention pour réclamer contre les accapareurs; les
[%im. ».] RKPUBUQUB FRANÇAISE. akl
thermidorienfl déerétèrmit les patriotes d'arrestation et les plongèrent dans les prisons. Des femmes de difierentes sec* tions se présentèrent à la biairre de T Assemblée et demandèrent du pain ; on leur répondit en les menaçant de les faire expulser parla force armée. Les ouvriers des faubourgs se montrèrent à leur tour et vinrent entourer le Palais-National au nombre de plus de vingt mille. Cette fois les thermi*doriens eurent peur^ ils admirent les députations, écoutèrent leurs griefs, feignirent d y compatir, et, par de perfides promesses, obtinrent que le rassemblement se disperswait. Mais, dès que le danger eut disparu, ils reprirent de l'audace, mirent en accusation les députés républicains qui soutenaient les réclamations des classes pauvres , décrétèrent Paris en état de siège , et placèrent la force armée sous le commandement de Pichegru , de Barras, l'auteur de la proposition , et de Merlin de Thionville.
Ces mesui'to extrêmes étaient gratuitementodieuses, carie peuple ne s'était nullement mis en insurrection ; il était seulement venu exposer ses plaintes. Les choses demeurèrent dans la même position un mois entier ; enfin les Parisiens oomprirent qu'il valait mieux périr en combattant que mourir d'inanition , et ils se révoltèrent. En cela , ils obéirent à ce principe immuable qui est placé au fond de tous les cœurs , « que pour un peuple opprimé, l'insurrection est le plus sacré » des droits et le plus saint des devoirs, n La disette était arrivée à un tel degré , que le girondin Mercier, dans ses Annales patriotiques du 30 floréal , disait t « Il serait difB- » cile de trouver sur le globe un peuple aussi malheureux
» que celui de Paris. PIous avons reçu hier deux onces de X. U
» pain par personne; cette ration a été diminuée aujour- )) d'hui, ce qui a jeté de nouvelles alarmes dans l'esprit des » prolétaires. On murmure plus haut qu'à l'ordinaire; toutes )) nos rues retentissent des plaintes et des gémissements des » malheureux qui sont tiraillés par la faim »
Dans la matinée du 1*' prairial an III, 30 mai 1795, les sections publièrent l'arrêté suivant : (( Le peuple , considé- )) rant que le gouvernement le fait mourir inhumainement » de faim; que ses promesses sont trompeuses et menson- » gères; que chaque citoyen se trouve réduit à envier le sort » de ceux que la famine entasse journellement dans les tom- )) beaux ; considérant que le gouvernement est usurpateur^ » injuste , tyrannique ; qu'il fait incarcérer arbitrairement , )) transférer de cachot en cachot , de commune en conmiune» » et massacrer dans les prisons ceux qui ont assez de cou- )) rage et de vertu pour réclamer du pain et les droits corn- »muns; considérant qu'un gouvernement au^i atroce ne D peut exister qu'autant qu'on a la faiblesse et la lâcheté de » le craindre; arrête : Qu'aujourd'hui, sans plus tarder, les )) citoyens et les citoyennes de Paris se porteront en masse » à la Convention nationale pour lui demander du pain, la » constitution démocratique de 1793 qu'elle veut abolir, la )) mise en liberté des patriotes détenus pour avoir énis leur » opinion avec courage et franchise; enfin ^ la convocation )) des assemblées primaires, pour nommer les représentants » d'une nouvelle Assemblée législative. »
Aussitôt les ouvriers descendirent des faubourgs par milliers et se dirigèrent vers les Tuileries; arrivés devant la Convention» ils firent halte et envoyèrent des fenunes pour
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occuper les tribunes publiques. Les thermidoriens essayèrent encore d'apaiser l'exaspération par des paroles mielleuses et de fausses promesses, ainsi qu'ils avaient déjà fait; mais voyant l'inutilité de leurs exhortations , ils voulurent user des moyens d'intimidation, et ordonnèrent à un général de brigade d'escalader les tribunes avec sa troupe, renforcéede mouchards armés de fouets de poste, et de chasser les femmes hors de la salle. Aux cris de détresse que poussèrent ces in*fortunées, les ci toyens du|dehors accoururent pour leur prêter secours, et trouvant les portes fermées, ils lesbrisèrentà coups de hache. Une lutte s'engagea entre eux et les gendarmes qui gardaient les avenues : d'abord refoulés par les baïonnettes, ils revinrent de nouveau à la charge, 6rent plier la troupe et envahirent la Convention. Les représentants effrayés se rejetèrent dans les bancs supérieurs ; le président Boissy-d' Anglas se couvrit et déclara la séance suspendue. Le tumulte était au comble; les cris <( du pain! du pain! la constitution de95! )) faisaient retentir les voûtes et se mêlaient au cliquetis des armes et aux gémissements des blessés.
Un défitaté, Féraud, voulut s'élancer à la tribune; un homme du peuple l'arrêta par ses vêtements et lui ordonna de rester à sa place; un officier se jeta entre eux et asséna au citoyen un violent coup dans la poitrine; celui-ci, exaspéré par cette brutale agression , tira un coup de pistolet qui au lieu d'atteindre l'officier vint frapper Féraud.
Au dehors^ le tocsin sonnait à toutes volées , les tambours battaient la générfile dans les rues, le jardin des Tuileries se remplissait de gardes nationaux et d'artilleurs dévoués à la Convention. Plusieurs détachement , secondés par les gre-
aM mSTOIRI DES PAPES. [XTHL S.1
nadiare' de It gendarmerie , essayèrent de pénétrer dans rAsaemblée , mais chacune de leurs tentatives fut vigoareu* sèment repoussée. Enfin les représentants se décidèrent à se rendre aux vœux du peuple et à délibérer sur la pétition ; 3oissy-d'Anglas quitta le fauteuil et céda la présidence à Yernier* L'un des députés de la Montagne prit la parole » proposa Télargissement des patriotes détenus et la contoca^ tion des secticms de Paris et leur permanence; Garnier de Saintes demanda qu'il fût défendu de vendre deux espèces de pain, l'une pour les riches i Tautre pour les pauvres « et que l'on mit en réquisition les farines qui se trouvaient ches les pâtissiers ; Goujon réclama le renouvellement des comitéa du gouvernement; Bourbotte appuya cette motion et de^ manda l'arrestation des journaux stipendiés qui empoisonnaient l'esprit public. Une voix cria du milieu de la foule: « Nous demandons l'abolition de la peine de mort. <( Bour» botte déclara qu'il appuyait la proposition i pour donner une preuve que la Montagne n'était point composée de terro*' ristes. Duquesnois demanda que le comité de sûreté générale fût cassé et remplacé à l'instant par quatre membres de la Convention formant une commission extraordinaire. Ces mesures ayant été adoptées , le peuple commença à évacuer les tribunes; il était près de minuit. Tout à coup un mouvement extraordinaire se lit sentir ; trois colonnes de gardes nationaux débouchèrent à la fois dans l'assemblée, les baïonnettes au bout des fusils » et les tambours battant la charge. En un instant la salle fut envahie et les citoyens expulsés. Les hermidoriens, restés maîtres du champ de bataille, re^ prirent leurs places aux cris de a A bas les jacobins! o et
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cantiAttàrent lés délîbératiotis. Ils dëclkrèrent nuls et non ayenas les arrêtés qu'ils venaient de prendre solennellement m présence du peuple» et décrétèrent d'arrestation les députés qui s'étaient prononcés ponr les insurgés; ensuite ils levèrent la séance.
Gependani la lutte n'était pas terminée : dès le matin , des groupes de citoyens se portèrent à l'hôtel de ville et nom* mèrent une assemblée gouvernante. Les comités^ vendus auit thermidoriens 9 envoyèrent aussitôt des bataillons « qui dégagèrent la place et forcèrent la nouvelle Commune à se dÎMottdre; ils ne lurent pas aussi heureux dans leurs tentatives sur les fiiubourgs. Les braves sections de Saint* Antoine^ de Popincourt et de Mon treuil les chargèrent avec impétuosité et les ramenèrent jusque sur la place du Car* rousel. Les insurgés, au lieu de poursuivre leur victoire/suspendirent Tattaque pour entrer en pourparlers avec les tber^ midoriens; ils se laissèrent encore leurrer par de fausses promesses., et consentirent à retourner dans leurs quartiers» sur l'assurance formelle que la Convention allait immédiatement s'occaper de pourvoir à leur subsistance et» sous quel* ques jours, décréta la constitution de 1793*
Mats dans la même nuit ^ des détachements de hussards » de chasseurs et de dragons entrèrent à Paris; vingt mille gardes nationaux» choisis dans les sections d'aristocrates» furent armés» organisés et rassemblés sans tambours; et à sept heures du matin ^ le 25 prairial, toutes ces hordes se mirent en mouvement pour tomber à l'improviste sur les faubourgs et en exterminer les habitants. Â l'approche d'une armée ooMre lAquella louia résistance devwait inutile» la sectkiii
su HISTOIRE DES PAPES. PLVHI. S.]
de Popinconrt remit ses canons^ les autres l'imitèr^t, et L'in- SQrreotion fat étouffée.
Les thermidoriens complétèrent leur Tictoire par im coup dëtat. Sous prétexte de dispenser les citoy^s indigents de monter la garde, ils renouvelèrent Forgam^sation des gardes nationales dans toute l'étendue du territoire de la République, et établirent en principe ^ « que la force^ destinée à » maintenir la sûreté des propriétés et des personnes, devait 1) être exclusivement entre les mains de ceux qui avaiaK ii un intérêt général inséparable de leur intérêt individuel )) pour maintenir Tordre. » Ensuite ils en vinrent aux grandes mesures : ils décrétèrent les sections en permanence pour activer le désarmement des prolétaires; ils entassèrent dix mille patriotes dans les prisons, dressèrent des listes de proscription , nommèrent des commissions militaires, et envoyèrent au supplice tout ce qui restait dans la Convention d'hommes purs et généreux , de républicains démocrates, sincèrement dévoués à leur patrie.
Ces cruautés devinrent le prélude d*atrocités plus grandes encore. Les thermidoriens ne se contentèrent pas d'ensfin*glanter la capitale, ils organisèrent des massacres dans les départements. A Lyon, à TarascoQ^ à Avignon, à Marseille, à Aix, à Toulon, les patriotes furait arrachés des cachots où leurs ennemis les avaient entassés et impitoyablement égorgés. A Tarascon, entre autres ^ ils remplirent et vidèrent quatre fois les prisons. Puis, fatigués de tuer, ils régularisèrent les vols et les spoliations : ils 6rent décréter par la Convention la mise en vente des biens nationaux, leur adjudi* cation à ceux qui en acquitteraiait le sixi^e en assignats
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et qui pr^idnient des engagements pour le surplus; enfin ^ quand ils se furent enrichis par ces odieuses manœuvres , ils songèrent à consolider leurs fortunes , en se ralliant aux royalistes et en préparant une restauration. Mais la chose présentait de graves difficultés, attendu qu'ils n'avaient plus de roi sons la main ; le jeune dauphin ayant été mystérieusemeat ^evé du Temple^ au dire des uns, ou, suivant d'autres, ayant succombé le 24 prairial an III aux suites d'une maladie scrofuleuse dont il était attaqué depuis ses premières umëes, et que l'on attribuait à de honteuses habitudes donanisme. Ils se rejetèrent sur le comte de Provence^ .qui, depuis la nouvelle de la mort de son neveu , avait pris le titre de roi de France et le nom de Louis XVIII, et entrèrent en négociations avec lui. Cependant, ayant reconnu que le retour de ce prince était impossible à cause des répulsions qu'il excitait dans le sein même de la Convention, où siégeaient un grand nombre de ceux qui avaient voté contre Louis XYI , ils durent se résigner à attendre tout des événements, et se contenter de miner sourdement l'édifice social. Ils provoquèrent d'abord la dissolution des sodétés patriotiques; ensuite ils firent adopter une nouvelle constitution, qui ne reconnaissait aucuns droits politicpies aux prolétaires et réservait toute puissance aux riches, comme premier acheminement au despotisme de la bourgeoisie : en outre, pour s'assurer la prépondérance dans l'administration, ils décrétèrent que les deux tiers des membres de la Convention feraient partie des deux chambres l^slatives nouvellement instituées, q^i devaient siéger. Tune aux Tuileries, sous le nom de conseil des Anciens^ l'autre
dk» WmOfS» DES VAFM. [XTm. s.]
dans la salle du manège, sous celui de conseil des Cîiiq-GeRta. Dès les premiers jours de réunion des assembléei primaires convoquées pour nommer le dernier ikn ém éé^ pûtes , il se manifesta dans les quartiers opulents une vive fermentation. Les royalistes , qui se voyaient soutenut par les thermidoriens I se prononcèrent contre les républieains purs , et demandèrent leur expulsion de la Convention , «Imî que leur mise en jugement. Quand ils eurent obtenu l'une et l'autre chose, ils s'enhardirent au point de se tourner contre leurs alliés. Geux*ci se rapprocbèr^t alors du peuple pour conjurer le danger qui 1(^ menaçait, et réorganisèrent une société des jacobins. De son côté, la faction monarobiite travailla à augmenter le nombre de ses par^sans; elle sema Tor dans les sections, se recruta de tous les intrigants qui pair lulent dans la capitale , des anciennes bandes de mouobard# organisées par Bertrand de MoUe ville, desexrgardes du corps et des chevaliers du poignard qui avaient figuré dans la joir^ née du 10 août. Le Palais-Royal devint le foyer de l'iosarreo^ tion. La section Lepelletier, qui s'était de tout, temps iait di«<^ tinguer par son attachement à la famille des BoutIhuis. se déclara autorité révolutionnaire , fit prendre les armes aux bataillons de la garde nationale dont les opinions lui étaient connues , et se disposa à attaquer la Convention. Les repré^sentants se hâtèrent, pour prévenir leurs adversaires, de faire un appel à l'armée, et commandèrent au général Menou d# marcl^^rsur les sections etfleles dissoudre. Mais oelui^^ciysoit incapacité, soit trahison, engagea imprudemment ses troupes dans les ryes qui avoisinaient le couvent des Filles Sainte Thomas, et fut contraint , après une légère escarmoucbe, de
[XTin. s.) EÉPUBUQDE FRANÇAISE. 349
se retirer et de srgner une espèce de capitulation avec le co« mité royaliste. Ce premier saccès détermina les insurgés à brasqoCT Tattaque qu'ils méditaient; dans la même nuit, ils se formèrent en bataillons autour du château des Tuileries, et tinrent la Convention en quelque sorte bloquée dans le lieu même de ses séances. La position était tellement critique^ que plusieurs députés émettaient déjà la motion de dissoudre l'Assemblée , ou de la transférer sur les hauteurs de Montmartre; mais les républicains parurent, et la Convention triompha. Par ordre du comité de salut public, des armes furent distribuées à ces hommes de dévouement qui n'avaient jamais fait défaut à la patrie, aux braves ouvriers des fauboui^s. Barras fut nommé général en chef de l'armée de l'intérieur. On plaça sous son commandement les compagnies de volontaires qui avaient pris le nom de bataillons de patriotes de. 89, ainsi qu'un corps de sept mille hommes du camp de Paris, et on lui enjoignit de prendre tous les moyens pour écraser les factieux.
Bonaparte, qui se trouvait alors dans la capitale, et qui déjà avait obtenu le grade de général de brigade, vint offrir ses services à Barras. Celui-ci eut le bon esprit de le nommer commandant en second, et de lui laisser la direction des mesures à prendre pour comprimer les royalistes. Le jeune général jngea du premier coup d'œil qu'il ne devait faire usage que d'artillerie avec des adversaires supérieurs en nombre et parfaitement armés ; il disposa en conséquence plusieurs batteries au Pont-Tournant, à la tète du pont Louis XV, à celle du pont Royal , au Carrousel et à l'embranchement des rues qui aboutissaient aux Tuileries.
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An matin , la (usillade s'engagea : les artilleurs , sûitant les instructions qu'ils avaient reçues» pointèrent leurs pièces sur les insurgés I foudroyèrent les rues Saînt-Florenttn , Saint-Nicaise, Saint-Honoré, deTÊchellei deRoban, etea moins de deux heures déblayèrent les abords du Palais-Na* tional. On compte qu'il périt dans cette meurtrière journée du 13 vendémiaire onze à douze cents personnes. Le lende-* main, Bonaparte fut présenté à la Convention comme le sauveur de la patrie, et nommé par acclamations général en cbef de l'armée de l'intérieur.
Quant auï républicains qui avaient si bravement pris la défense des représentants , ils furent encore une fois joués par les thermidoriens. Sous prétexte d'enlever aux conspi^ rateurs les moyens de nuire à la tranquillité» on ordonna un désarmement général y et on enleva aux patriotes les fusils qu'on leur avait confiés.
Le 4 brumaire an IV^ 26 octobre 1795 ^ la Convention tint sa dernière session, et se forma en corps électoral pour nommer une partie des députés qui devaient siéger aux nouvelles chambres, et que les assemblées primaires n'avaient point élus. Le nombre des membres était fixé à deux caU cinquante pour le conseil des Anciens et à cinq cents pour l'autre conseil, ainsi que l'indiquait son nom; un tiers des membres devait èire renouvelé chaque année à tour de rôle.
Dès que les conseils législatifs lurent constitués, ils nom-* mèrent les cinq membres qui devaient ôtre chargés do poo* voir exécutif; Barras, Rewbell, la RéveiUère^Lépaux , L^ tourneur etCarnot, choisis par leurs collègues, s'établirent au Luxembourg le 18 brmnaire an lY^ 10 novembre 1795,
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et commmcèrentc e gouvernement déplorable qu'on nomme le Directoire.
Au moment où ils prenaient l'administration de la Répu-< i4iqy6t il ne restait presque plus en France d'hommes éner* giques; les uns avaient péri dans les tourmentes civiles ou mr les premiers champs de bataille ; les autres s'étaient réfugiés aux armées. La nation « afTaiblie par les convulsions passées, semblait être tombée dans un sommeil léthargique; les citoyens laissaient les destinées de l'état à la merci des passions et des intérêts particuUers; les grandes masses, fatiguées d'agir dans les révolutions du pouvoir; paraissaient décidées à ne plus entrer dans les débats politiques. Ainsi les dîrecteursn'avaient réellement à redouter que l'opposition des royalistes et des privilégiés obscurs, que la Constituante avait frappés lors de la suppression des dîmes ^ des droits seigneuriaux,-des jurandes, et de toutes les charges de robe et de finances qui alimentaient la portion la plus riche, la plus influente et la plus égoïste de la nation. Ils jugèrent donc inutile d'imiter les thermidoriens, de se faire de l'échafaud un moyen de gouvernement, et se contentèrent, pour dominer une telle classe d'hommes, d'employer la fourberie, la délation et les mesures ignobles de police. A cet effet, ils organiêèrrat des légions de limiers de tous rangs et de toutes professions; ils semèrent la discorde dans les partis, les excitèrent les uns contre les autres , forgèrent des conspirations imaginaires, et établirent enfin le système d'espionnage qui aujourd'hui encore régit la France, système auquel nous avons dû notre démorahsation politique, l'oubli des vertus nationales et la honte 4e notre soumission au despotisme.
Néanmoins nous devons reconnaître que le Directoire 6t des choses bonnes et utiles; il ordonna entre autres la fermeture de la Bourse, ce temple du vol légal, et poursuivit activement les agioteurs qui ruinaient le crédit public; il termina également les négociations avec TÂutriche pour rechange de la jeune fille de Louis XVI contre les députés Quinette, Bancal, Lamarque^ Camus et le ministre Beurnonville, livrés par le traître Dumourier, ainsi que Drouet, Maret et Sémonville, qui avaient été arrêtés par les impériaux au mépris du droit des gens.
Le nouvel ordre de choses , malgré les précautions extraordinaires dont il s'entourait, vit plusieurs foi^ son existence menacée par les royalistes et par les républicains. Il dompta les premiers en faisant fermer les clubs qu'ils avaient établis sous le nom de Société de Noailles. Quant aux seconds^ il fut contraint d'employer les moyens extrêmes pour les soumettre. Les démocrates purs échappés aux proscriptions des thermidoriens et des monarchistes s'étaient réunis en aggrégation et avaient formé le club des Panthéônistes, placé sous la présidence du journaliste Babœuf» créateur d'une nouvelle théorie politique. Leur but était de préparer un mouvement insurrectionnel, d'anéantir la constitution de l'an III, non pour substituer un gouvernement à un autre, puisqu'ils avaient expérimenté que sous une monarchie comme sous une république les riches accaparaient le pouvoir et opprimaient les prolétaires, mais pour changer entièrement l'organisation sociale, etétablir en principe que la propriété individuelle étant l'unique cause de l'esclavage des hommes, on devait fonder les sociétés sur
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une communauté de biens, de travaux et de jouissances. Le Directoire 2 effrayé du progrès que le babouvisme faisait dans les masses , prit le parti dordonner la dissolution de la société. Bonaparte , général en chef de l'armée de l'intérieur^ se trouva chargé de faire exécuter le décret, et vint lui-même procéder à la fermeture de la salle. . Cette persécution, loin d'abattre le courage des patriotes, servit au contraire à accroître leur audace^ en leur démontrant Turg^dce de donner une nouvelle impulsion à leurs doctrines pour en accélérer la réalisation. Us instituèrent d'abord un comité de salut public, composé des citoyens Antonejli, BuonaroUif Sylvain Maréchal et Babœuf; ensuite ils créèrent un conseil des douze, qui avait mission de propager leurs idées parmi les soldats, dans la milice nationale et surtout parmi les classes ouvrières ; enfin , quand ils jugèrent Je moment favorable, ils dressèrent un acte insurrectionnel^ et se préparèrent à donner le signal de la nouvelle révolution. Malheureusement des traîtres s'étaient glissés dans leurs rangs. Le ministre de la police fut instruit de ce qui se passait; les chefs des conjurés furent arrêtés, transférés à Vendôme , jugés par la haute cour nationale qui si^eait dans cette ville , et condamnés à mort. Babœuf, pour éviter l'échafaud, se poignarda dans sa prison.
Si le Directoire parvenait fatalement à étouffer tout esprit national, à dominer les classes aisées de la société , à annihiler l'impulsion que la Montagne avait imprimée aux masses, il n'en était pas de même à l'égard de l'armée, qui avait conservé dans toute leur pureté les idées républicaines. U faut dire ayssi qu'une des causes déterminantes de cette
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situation exceptionneUe de l'armée était dans la direction tout à la fois prudente et énergique de Carnot, qui avait été chargé par ses collègues des mouvements militaires et de la conduite des troupes. Ce fut lui qui conçut et mit à exécution cet admirable plan de guerre, qui consistait à envahir le tar*^ ritoire ennemi en Italie et en Allemagne , pour contraindre les rois coalisés à s'éloigner de nos frontières, et pour souilager les finances de la République en entretenant les troupes sur les provinces conquises. Il choisit pour le seconder dana ses projets des généraux actifs, entreprenants, pleins d'ar* deur, et qui avaient leur réputation à faire : Jourdanfutmvpyë à rai*mée de Sambre-et-Meuse ; Moreau à celle de Rhin-^t* Moselle, en remplacement de Picfaegru, dont on soupçon* nait déjà les liaisons avec les émigrés; le cononandement en chef de larmée dltalie fut donné au général Bonaparte, qui atteignait alors sa vingt-septième année ^ et qui venait d'épouser Joséphine Tascher de la Pagerie , veuve du vicomte de Beauharnais.
Le jeune général se hâta d'accourir a Nice , où se trouvait l'arrière-garde de son armée, qui attendait dans le dénùment le plus absolu des secours d'argent et des renforts* L'effectif de ses troupes était de quarante-deux mille soldats, et il avait devant lui l'armée autrichienne forte de quarante mille hommes, et celle des Âu8tro*Sardes qui en comptait vingtdeux mille. Bonaparte commença par faire payer aux troupes la solde arriérée afin de rétablir la confiance; ensuite il s élança en avant, culbuta les ennemis, remporta les victoires de Montenotte, de Millésime, de Dego, de Mondovi, de CasligUone et dautrea encore; força le roi de Sardaigne
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à capituler, lui fit céder à la France la Savoie, Nice , Tende; contraignit le roi de Modène à poser les armes; le souverain pontife à faire sa soumission; s empara des villes de Crémone, de Milan , de Mantoue ; battit trois généraux en chef, Beaulieu, le feld-maréchal Wurmser et Tarchiduc Charles; et amena lempereur d'Autriche à demander la paix. Cette campagne d'Italie ne fut qu'une suite de victoires aussi brillantes que fécondes en résultats. Bonaparte exerça naturellement une grande influence dans les traités: comme il avait été Tàme de la guerre, il devint l'âme de la pacification et régla les destinées de l'Italie ; il créa la Républi-* que Cisalpine, qui comprenait les villes de Milan, Modène, Ferrare, Bologne et de la Romagne; il changea le gouvernement oligarctiique de Gênes, remplaça son ancienne dénomination de République de Gènes par celle de Répu*blique Ligurienne, et l'installa sur des bases démocratiques. Pour résumer les exploits du héros et de son armée , nous transcrirons l'inscription placée sur un drapeau que les deux Conseils décernèrent aux troupes d'Italie. — Cent cii^ quante mille prisonniers. — Cent soixante-dix drapeaux en-* levés aux ennemis. — Cinq cent cinquante pièces de siège.
— Six cents pièces de campagne. — Cinq équipages de pont*
— Neuf vaisseaux de 64 canons. — Douze frégates de 52. — Douze corvettes ^ dix-huit galères* — Armistice avec le roi de Sardaigne. — Convention avec Gènes. — Armistice avec le roi de Modène, le roi de Naples, le pape. — Préliminaires de Léoben. — Donné la liberté aux peuples de Bologne, de Ferrare, Modène, Massa Carrara, de la Romagne, delà Lombardie, aux peuples du département de Corcyre, de la mer
Egée, dlthaque. — Envoyé à Paris les chefs-d'œuvre de Michel-Ange, du Guerchin, du Titien, de Paul Véronèse, du Gorrège, d'AIbane, des Garrache^ de Raphaël, de Léonard de Vinci, etc., etc
Si la France était triomphante au dehors , grâce au courage des républicains qui composaient ses armées , par compensation elle était languissante au dedans et déchirée par des factions. Aux bandes de chou|ins domptées par le général Hoche avaient succédé les compagnies de Jésus et du Soleil, les compagnies de chauffeurs, toutes composées de paysans fanatiques et commandées par des prêtres, par des nobles ou par des jésuites. N'osant plus affronter les troupes républicaines, les royalistes s'étaient faits voleurs et assassins ; ils n'attaquaient plus au grand jour, ils se glissaient la nuit dans les habitations occupées par les acquéreurs des biens d'émigrés, tuaient les domestiques, garrottaient les maîtres et leur brûlaient les pieds jusqu'à ce que la douleur les eût contraints de découvrir l'endroit où se trouvait leur argent. L'influence monarchiste avait fait de tels progrès, que dans les Gonseils les députés démocrates ne pouvaient élever la voix contre les auteurs de ces atrocités sans exciter les clameurs forcenées des partisans de la famille déchue. Bientôt même les . contre- révolutionnaires se trouvèrent assez puissants pour faire entrer au directoire, en remplacement de Letoumeur, un monarchiste nommé Barthélémy.
Le nouveau Directeur se rallia à Pichegru, qui était à Paris, réorganisa le club de Glichy , enrôla cibq ou six mille émigrés rentrés en France , et marcha tête levée à une réaction royaliste.
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Un grand nombre de conventionnels de l'ancienne faction des girondins vinrent grossir les rangs des conjurés^ ainsi que plusieurs journalistes stipendiés par l'Angleterre; Barras lui-même songea à entrer dans le complot, et Ht proposer au comte de Provence son concours, moyennant le payement d'une somme de douze millions^ l'assurance du pardon pour son vote régicide et la conservation de ses anciens titres féodaux. Mais soit que les garanties offertes par le prince ne lui eussent pas paru satisfaisantes , soit qu'il eût été effrayé des menaces du général Bonaparte , qui avait écrit dltalie au Directoire qu'à la première nouvelle d'une contre-révolution il marcherait sur Paris , Barras rompit les négociations commencées, et s'occupa des moyens de faire tournera son proût la conspiration, en lui donnant des proportions gigantesques et en enveloppant dans la proscription son collègue Garnot, dont la sévère probité était un obstacle continuel à ses déprédations. Il s'entendit à cet effet avec Rewbell et la Réveillère-Lépaux , et prit immédiatement ses dispositions pour assurer le coup d'état qu'il méditait.
Le 18 fructidor de l'an V, 4 septembre 1797, à trois heures du matm» le canon donna le signal; les troupes qui avaient été mises sous le commandement d'Âugereau vinrent occuper le jardin des Tuileries, les ponts ^ les quais, et interceptèrent toute communication entre les deux rives de la Seine. Au point du jour les Conseils furent investis ; la commission des inspecteurs du Conseil des Cinq-Cents et de celui des Anciens furent arrêtées, ainsi que Pichegru et le directeur Barthélémy : Carnot, que Tinfâme Barras avait résolu d'envelopper dans l'affaire, parvint à s'échapper. Ensuite le X. W
triumvirat Rei;vbell , la Réveillère-Lépaux et Barras» profita de la terreur qu'il inspirait aux députés , fit nommar une commission extraordinaire pour juger ceux qu'il avait fiiit arrêter. Cinquante-trois représentants de Tun et de l'autre Conseil, les deux directeurs Barthélémy et Carnot; plusieurs personnes, les unes coupables, les autres innocentes^ et quelques journalistes^ furent condanmés à la déportation. Barras parvint ainsi à éloigner les hommes dont les vertus le gênaient, et qui, à l'exemple de Carnot, ne voulaient point transiger avec leur conscience.
Ce coup d'état terminé , le parti triomphant s'occupa d'affermir son autorité : pour se rallier les royalistes, il commença par faire mettre en liberté les duchesses d'Orléans, de Bourbon, et le prince de Conti ; il les fit conduire hors du territoire, et leur alloua une pension de 100,000 livres pour la duchesse d'Orléans, et une de 50,000 pour la duchesse de Bourbon et le prince de Conti ; puis le Directoire chercha à se rattacher les anciens girondins en faisant nonuner deux membres de cette faction , Merlin de Douai et Neufch&teau, en remplacement des directeurs révoqués. Quant aux diels de Tarmée dont il redoutait l'ambition, il suivit à leur égard une politique toute différente : au lieu de témoigner de la reconnaissance aux généraux qui l'avaient aidé soit de leur concours actif, soit de leur concours moral , il chercha à les arrêter dans leur carrière militaire.
En cela. Barras et ses collègues conunirent une faute énorme ; car il était souverainement impolitique d'affronter l'opinion de la France et de condamner à l'inaction des hommes qui s'étaient couverts de gloire et qui avaient r^du
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d'éminentt services à h patrie. Moreau fut réformé, quoiqu'il e&t dénoncé Pichegru et contribué à éclairer le gouvernement sur le plan de la conjuration ; Bemadotte fut jeté malgré lui dans la carrière diplomatique, et un peu plus tard le vainqueur de l'Italie fut envoyé en Egypte, dans le secret espoir que sa fortune échouerait sur ces plages lointaines.
Bonaparte, après la paix de Gampo-Formio conclue avec 'François II , était revenu à Paris, apportant lui-même le traité en vertu duquel lempereur d'Allemagne abandonnait à la République ses droits sur les Pays-Bas, et consentait à la cession de tout le littoral de la rive gauche du Rhin , depuis Bâle jusqu'au confluent de la Nèthe, ainsi qu'à l'occupation de la ville de Mayence. Le jeune général avait été accueilli avec un enthousiasme extraordinaire : les populations s'étaient portées à sa rencontre ; il avait été applaudi dans les spectacles, loué à la tribune, recherché par les membres les plus influents des Conseils ; on avait frappé des médailles en son honneur^ on lui avait offert des banquets, on l'avait reçu à l'Institut en remplacement de Carnot. C'était plus qu'il n'en fallait pour ofTusofuer cinq magistrats sans renommée, sans mérite , sans popularité; le Directoire lui enleva le comman* dément en chef de l'armée d'Italie , nomma Berthier pour le remplacer et le laissa sans emploi, sous prétexte de le réserver pour une expédition contre TÂngleterre. Mais comme les préparatifs d'une descente sur les côtes de la Grande* Bretagne traînaient en longueur, les directeurs se déterminèrent à éloigner de Paris un rival dangereux pour leur ambition, et organisèrent une expédition contre l'Egypte.
Trente-six mille hommes furent placés sous le comman-
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dément de Bonaparte , ainsi que les généraux Rlâ>er, Gaffarelli, Reynier, Desaix, Lannes, Dumas, Murât ^ Davoust^ Andréossy, Belliard, Menou^ Zayonscheck, Danmiartin et Berthier, qui avait été rappelé d'Italie.
L'escadre, qui était sous les ordres de l'amiral Brueys, appareilla le 24 prairial an YI ^ 12 juin 1798. Bonaparte enleva d'abord l'île de Malte, qui capitula presque sans résistance; et dix-neuf jours après avoir quitté les côtes de France il débarqua en Egypte. Dès le lendemain, il s'empara de la ville d'Alexandrie; Rosette éprouva bientôt le même sort; enfin il gagna la célèbre bataille des Pyramides , et fit son entrée dans la ville du Caire, capitale de l'Egypte. Alors, se croyant arrivé au terme de ses travaux, il songea à retourner en France et à se rapprocher du théâtre où il prévoyait qu'il devait jouer le premier rôle; mais le désastre d'Âboukir, en le privant du secours de la flotte, le contraignit à retarder l'exécution de ses projets et à demeurer en Orient.
Cette funeste bataille navale ouvrit la série de revers qui accablèrent la République. Les Anglais, exaltés par la victoire qu'ils avaient remportée, reprirent de l'audace, et organisèrent une coalition plus formidable qu'aucune de celles qui s'étaient levées contre la France. La Grande-Bretagne, la Russie^ la Turquie, le Portugal, le royaume de Naples, l'Autriche, mirent sur pied des armées considérables et les placèrent sous le commandement de l'archiduc Charles et de Suwarow, qui passaient pour les plus habiles parmi les généraux ennemis. La France avait, du côté du Nord, pour résister à ces masses bien organisées et bien équipées trois corps d'armée qui s'élevaient en totalité à soixante et quel-
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ques mille hommes , et du côté du Midi , cent seize mille soldats dispersés au milieu de populations fanatiques, toujours prêtes à s'insurger, et répandus dans les états romains^ en Toscane et en Piémont. En outre, la plupart des troupes étaient dans un état pitoyable; 1 artillerie se trouvait presque dépourvue de munitions , la cavalerie mal montée. Mais ce qu'il y avait de plus déplorable, c'était le désordre qui régnait dans le gouvernement, par suite de Timpéritie et de l'imprévoyance du Directoire. Les institutions étaient bouleversées, les lois perverties 9 les finances épuisées, les coffres de la trésorerie à sec, et l'arriéré était incalculable; l'insurrection royaliste relevait la tête dans la Vendée; l'immoralité la plus grossière^ affichée par les directeurs eux-mêmes, avait dépravé les mœurs; enfin la France était descendue au dernier degré de l'abjection politique et morale.
Au milieu de désastres sans nombre, de défaites, de trahisons^ on atteignit l'époque du renouvellement du tiers des députés. Les élections se ressentirent du mécontentement général et firent entrer un grand nombre de républicains démocrates dans les deux Conseils. Dès ce moment, il se manifesta une opposition violente contre le Directoire. Chaque jour la tribune retentit de dénonciations contre les agents concussionnaires; contre Rewbell, qui venait tout nouvellement d'être remplacé dans son poste de directeur par Sieyès; contre l'ex-ministre Talleyrand de Périgord , le même qui , évêque d'Âutun, avait célébré la messe du 14 juillet 1790, lors de la fête de la fédération, prêtre renégat, diplomate cauteleux, ambitieux, égoïste, spoliateur; contre Rapinat , commissaire infidèle de la République en Suisse, et contre
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plusieurs autres fonctionnaires décriés pour le scandale de leurs vois. Enfin le Corps législatif en vint à demander hau« tement l'exclusion du Directoire de Merlin et de la Réveil^ lère-Lépaux. Tous deux prévinrent la déchéance qui allait les frapper en donnant leur démission; ils furent remplacés par Roger-Ducos et par le général Moulins.
Cet événement, connu dans les fastes de la République sous le nom de Journée du 50 prairial, donna une nouvelle impulsion aux esprits, et aida la France à réparer ses pertes et à reprendre l'offensive sur tous les points. Pour un instant les républicains démocrates triomphèrent aux Cinq-Cents, ou plutôt il y eut dans ce Conseil une unanimité, commandée par rindignation ou par la nécessité, pour Fadoption de me* sures tendant à restreindre l'influence du Directoire, et à lui enlever la disposition des fonds de 1 état. On s'occupa de préparer des lois pour assurer la liberté politique, soit dans les élections, soit dans les chambres; on se proposa de limiter le droit de guerre et de conquête, d'organiser la liberté politique, de déterminer les conditions de la mise en état de siège, de mettre un terme au despotisme du sabre sur lequel s'appuyaient les gouvernants, de rendre aux citoyens la faculté de se former en sociétés politiques, et de rappeler les patriotes dans les fonctions publiques.
Mais ces tendances d'une réaction républicaine entièrement radicale ne tardèrent pas à épouvanter les ambitieux, qui ne s'étaient rangés dans l'opposition que pour s'en faire un marchepied et s'élever au pouvoir. Plusieurs , et Lucien Bonaparte à leur tête , se prononcèrent contre les réactionnaires, déclarèrent ouvertement dans les Conseils qu'ils
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s'opposeraient de tout leur pouvoir à ceux qui voudraient dépasser la ligne constitutionnelle, retourner au régime de la Montagne, et demandèrent que tous les députés renouvelassent l'engagement de ne porter aucune atteinte à la constitution de Tan III. Cependant , au moment où Lucien s'engageait par serment à maintenir l'acte constitutionnel^ il méditait un changement politique avec Sieyès. Déjà même les deux conjurés avaient écrit au général Bonaparte pour presser son retour en France, afln d'avoir sous la main un homme d'exécution.
Bonaparte se rendit à leurs désirs, remit le commandement de l'armée d'Egypte à Kléber, et s'embarqua à la tin d'août^ emmenant avec lui Berthier, Murât, Lannes, Andréossy et ^ quelques autres de ses lieutenants les plus dévoués à sa fortune. Le 6 octobre il débarquait à Fréjus, ayant échappé aux croisières anglaises. Immédiatement après il partit en poste pour Paris. Son brusque retour étonna bien des gens : plusieurs ne laissèrent pas que de l'interpréter d'une manière trèsHiéfavorable pour le général, jusqu'à l'appeler désertion; mais la masse de la nation , fatiguée du despotisme directorial, l'accueillit avec enthousiasme.
Lucien et Sieyès marchaient à leur but; Roger-Ducos s'était attaché au directeur son collègue comme un satellite à sa planète; un grand nombre de membres du Conseil des Anciens, quelques-uns des Cinq-Cents, l'infâme Fouché de Nantes, le fourbe Talleyrand , tous deux prêtres défroqués , Real, Regnault de Saint-Jean d'Angely^ et une foule d'intrigants politiques , s'étaient ralliés à leur parti. De l'autre côté se trouvaient les directeurs Gohier et Moulins, la majorité du
Conseil des Cinq-Cents et tous les républicains. Barras gardait une lâche neutralité. Dans les deux factions on cherchait à attirer Bonaparte. L'adroit général feignit d'hésiter dans le parti qu'il devait prendre: il assista aux réunions des conjurés et des républicains pour connaître leurs moyens d'attaque et de défense; il flatta les uns et les autres sans toutefois rien promettre; enfin il s'étudia à les tromper tous pour les faire concourir à sa propre élévation.
Quand les conjurés se crurent assez forts ils engagèrent la lutte. Sieyès demanda la démission de Bernadotte^ ministre de la guerre 9 dont les principes démocratiques, l'énergie et les talents pouvaient compromettre le succès de l'entreprise. Celui-ci refusa d'obéir. Le directeur passa outre et donna le portefeuille à Dubois-Crancé. Aussitôt le Conseil des Cinq- Cents entra en fermentation; les directeurs Gohier et MouUns s'agitèrent , mais sans oser prendre aucune détermination. Barras affecta de ne point se montrer.
Les conjurés, enhardis par la faiblesse de leurs adver* saires^ brusquèrent alors le coup d'état qu'ils méditaient; ils se réunirent chez Lemercier, président du Conseil des Anciens» et arrêtèrent qu'ils feraient usage du droit que la Constitution laissait exclusivement aux Anciens de changer la résidence du Corps législatif^ pour isoler les députés de la capitale. La commission des inspecteurs prépara les lettres de convocation dans la soirée. Le lendemain, 18 brumaire an VUI , 9 novembre 1799, à cinq heures du matin, la même commission se réunit, envoya les lettres au domicile des membres du Conseil , en ayant soin de ne pas en adresser à ceux que l'on soupçonnait de républicanisme.
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Les représentants , surpris de celte convocation extraordinaire, se hâtèrent d accourir aux Tuileries. Au fur et à mesure de leur arrivée, ceux qui étaient dans le secret venaient les instruire de la prétendue découverte d'une conspiration anarchiste, et de l'urgence de prévenir l'exécution du complot des Jacobins par un acte de vigueur. Quand ils furent réunis au nombre de cent cinquante membres, formant la majorité nécessaire pour délibérer, Lemercier. ouvrit la séance. Le Conseil , abusé parles déclamations du président de la commission des inspecteurs, décréta que le Corps législatif serait transféré à Saint-Cloud et que les deux cham*-' bres y siégeraient dans les deux ailes du palais, le lendemain 19 brumaire, à midi; il interdit aux députés toute continuation de fonctions et de délibérations avant ce temps ; il chargea le général Bonaparte de l'exécution de ce décret, l'autorisa à prendre toutes les mesures nécessaires pour la sûreté de la représentation nationale, et mit sous ses ordres les troupes de ligne, la g{irde nationale sédentaire, et la garde du Corps législatif. Aussitôt que Bonaparte se vit investi du commandement général des troupes, il appela au-* près de sa personne les officiers supérieurs qu'il voulait employer, ainsi que ceux dont il croyait devoir paralyser l'action; ensuite il monta à cheval, se rendit au Conseil des Anciens, prêta le serment d'obéissance aux décrets de l'as* semblée: après quoi, il déféra les commandements, régla la marche des troupes^ et rédigea ses proclamations avec son chef d'état-major Berthier, qui expédiait les ordres comme s*il eût été déjà ministre de la guerre. En quelques heures l'enceinte de la représentation nationale fut envahie par les
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soldats; tontes les barrières furent fermées et gardées par des corps de troupes, les départs des courriers furent suspendus, et Paris se trouva comme en état de siège.
Cependant'Gohier et Moulins, les deux directeurs républicains, étaient restés à leur poste, et paraissaient disposés à résister énergiquement aux conjurés; malheureusement, ils délibérèrent au lieu d'agir, et commirent la faute de iaire appeler Barras ponr former la taajorité et donner un caractère légal à leurs délibérations. Celui-ci, qui s'était laissé circonvenir par Talleyrand et Bruix, venait de donner sa démission et s'était retiré à Gros-EJois.
Par cette défection , la journée du 18 se trouva décidée en faveur des conjurés. Néanmoins, des réunions de patriotes. se prolongèrent jusque dans la nuit pour aviser aux moyens de sauver la liberté; mais aucun projet n'ayant présenté des garanties suffisantes de succès , les Pères de la patrie forent contraints de se séparer sans avoir rien déterminé.
Le 19 au, matin les députés républicains se rendirent à Saint-Gloud , où déjà stationnait une force imposante commandée par le général Serrurier; ils traversèrent lentement les lignes de soldats et se dirigèrent vers les salles qui avaient été disposées pour les séances. A une heure, Bonaparte arriva avec son état-major, visita les troupes, et eut plusieurs entrevues secrètes avec les conjurés qui faisaient partie de l'un et de l'autre Conseil , qui tous deux étaient en séance. Â quatre heures il se présenta aux Anciens pour expliquer sa conduite. Son discours, au lieu dé rallier tous les suffrages^ comme il s*y était attendu, excita de violents murmures. Un républicain se leva de son siège et le somma de s'expliqmer