‹ Histoire des papes (volume 5)Chapitre 14 sur 33 · HiSTQIBE DES fAm. [Uir · texte numérisé non relu

HiSTQIBE DES fAm. [Uir

les bûchers, au moment où il offrait aux ADemamla d'enn brasser leurs doctrines pour prix de leur alliance.

Pendant que la réforme grandissait sous les inspirationg brûlantes de Luther et de Calvin, et menaçait d'écraser là papauté, une société de dévots fanatiques aiguisait dans lombre ses poignards et se préparait à exterminer les protestants. Cette société, qui devait envelopper l'univers entier dans ses mille réseaux, qui devait étreindre les peuples dans ses bras de fer, qui devait faire couler des fleuves dé sang dans toutes les parties du monde, avant d'être elle*mème conspuée , chassée et balayée de la terre, c'était la Compagnie de Jésus.

Son fondateur, Ignace de Loyola , le descendant d'une ancienne famille espagnole, naquit en 1491 au château de Loyola , dans la province de Guipuscoa ; sa première jeunesse s'écoula à la cour de Ferdinand Y le Catholique , et suivant les usages de la noblesse , il apprit à boire et à se battre. Dès qu'il fut en âge de porter une armure, il entra au service et se distingua au siège de Pampelune par son caractère féroce. Dans cette campagne^ il eut la jambe droite fracassée par un éclat de pierre, ce qui l'obligea à quitter. le théâtre de ses sanguinaires exploits pour se faire administrer les secours que sa blessure exigeait. Un jeune chirurgien inexpérimenté l'opéra si maladroitement, qu'après sa guérison il lui resta une proéminence difforme. Ignace, qui était très-désireux de conserver tous ses avantages physiques, fit appeler un nouveau docteur, et lui demanda s'il existait des moyens de faire disparaître la protubérance ; celui-ci répondit qu'il n y avait qu'à casser la jambe une seconde fois et à scier

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Fos qui formait la saillie. Ignace se 'soumit immédiatement à cette douloureuse opération, et après neufmois de souffrances inouïes il parvint à une entière guérison; la proéminence n'existait plus ^ mais il se trouva que Tune de s6s jambes était plus courte que lautre. U recommença un nouveau traitement pour faire allonger sa jambe malade , et il resta plus de sept mois le corps assujetti dans une boite de chêne , le pied lié à des éclisses de fer^ afin d'étirer la jambe malade. Touâ ses efforts furent impuissants^ et Ignace de Loyola acquit la certitude qu'il resterait boiteux toute sa vie.

Alors 9 soit que sa vanité ne pût s'accoutumer à l'idée de reparaître à la cour avec une infirmité aussi déplaisante, soit que son esprit eût été vivement frappé des lectures qu'il avait bites, pendant sa maladie^ sur les supplices des premiers martyrs du christianisme^ il s'opéra un changement étrange dans la conduite d'Ignace : cet homme qui avait supporté des opérations atroces pour conserver sa beauté, ne prit plus aucun souci de son corps, et un matin ^ il quitta son château et se retira dans l'abbaye du Mont-Serrat, où il pratiqua toutes les austérités des anachorètes de la Tliébaïde. Son exaltation religieuse, et surtout les jeûnes et les macérations, lui causèrent bientôt des insomnies et des hallucinations. Le pauvre insensé s imagina avoir des visions; il prétendit que le diable lui était apparu en personne, et qu'au moment où il voulait s'emparer de lui^ Marie, la divine mère du Christ, était survenue et avait mis en fuite le mauvais esprit. Par reconnaissance pour le service que la Vierge lui avait rendu, il résolut de se consacrer entièrement à son service, et de la prendre pour sa dame et maîtresse.

Snivant la coutume usitée pour la réception des chevaliers, il fit la veillée des armes devant laiitel de Marie , et pria jusqu'au lendemain ; le deuxième jour, il suspendit son épée à un pilier dé la chapelle, et passa encore toute la nuit en prières ; le troisième jour, il quitta ses vêtements somptueux, se revêtit de haillons, et fit vœu de servir sa dame jusqu'à son dernier soupir. Enfin la folie d'Ignace alla jusqu'au paroxysme; il vendit ses biens , en donna le prix à son couvent, laissa croître sa barbe, ses ongles et ses cheveux, se souilla le visage avec de la fiente de porc, et abandonna l'abbaye da Mont-Serrat pour mendier. Son extérieur, qui devait nécessairement inspirer le dégoût et l'effroi , plutôt que la compassion, lui fit refuser bien des fois le pain de l'aumône et l'exposa à de longues abstinences. Quelque dure que fût cette vie , Ignace la trouva encore trop délicate et trop efféminée, et il se retira dans une tanière, où il passa sept jours et sept nuits sans prendre aucune nourriture. Il en fut tiré par des moines mendiants que le hasard avait conduits de ce côté , et qui , entendant les gémissements d'un homme qui paraissait sur le point de mourir, l'arrachèrent de la caverne où il s'était blotti, et après lui avoir fait prendre quelques gouttes de vin, le transportèrent à l'hôpital de Manrèse.

Ignace resta huit jours sans connaissance , plongé dans une léthargie profonde; lorsqu'il revint à la vie, il prétendit que les anges l'avaient enlevé au ciel, qu'il avait vu clairement la Trinité, la Vierge et surtout Jésus-Christ; que le Sauveur lui avait même ordonné de fonder une société mvstérieuse qui travaillerait à propager sa foi. Lorsqu'il fut entièrement guéri , il vint s'établir à Barcelone pour étudier

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la grammaire et se mettre en état d'exécuter son œuvre.

Comme il cherchait à se faire des prosélytes » les inquisiteurs conçurent des soupçons sur l'orthodoxie dé ses principes, et le firent emprisonner. Mais bientôt on reconnut son état de démence^ et on lui rendit la liberté; Ignace quitta Barcelone et visita successivement les universités d'Alcala » de Salamanque et celle de Paris. Arrivé dans cette ville, il se décida à entrer au collège de Sainte-Barbe pour étudier le^ latin. La singularité de sa vie , l'exaltation et la bizarrerie de ses. idées, attirèrent enfin l'attention sur sa personne ; il gagna la confiance de quelques dévots; Pierre Favre, son répétiteur; François Xavier, professeur de philosophie au collège de Beauvais, devinrent ses disciples, ainsi que quatre Espagnols qui étaient Jacques Laynez, l'auteur présumé des règlements de l'ordre des jésuites^ Alphonse Salmeron, écrivain obscène dont les ouvrages furent mis plus tard à l'index; Alphonse Bobadilla et Simon Rodriguez.

Cette nouvelle société tint sa première séance le jour de l'Assomption 1534, dans la chapelle souterraine de l'abbaye de Montmartre; Favre, qui était prêtre, célébra la messe, et ses compagnons communièrent; ensuite ils s'engagèrent tous , par un vœu solennel prononcé sur l'hostie, à offrir leurs services au pape, et à le seconder dans toutes les œuvres qu'il entreprendrait pour le bien de la religion; après quoi ils se séparèrent pour courir le monde et pour recruter de nouveaux disciples. Ils indiquèrent Venise comme le lieu d'une seconde réunion; et en effet, vers la fin de l'année 1536, ils se trouvèrent dans cette ville avec trois nouveaux. prosélytes. De Venise ils se rendirent à Home, où ils s'étaient fait précéder

par une exposition des principes de leur société. Paul III ^ qui avait cpmpris de quelle importance il était pour le saintsicge d'avoir une milice fanatique prête à combattre ceux qui lui seraient désignés, quels que fussent leur rang ou leur puissance, accueillit avec distinction Ignace de Loyola et ses compagnons, les engagea à faire des statuts^ à s'organiser en société , et les autorisa à propager leurs doctrines dans tous les pays.

Pendant que les disciples de Loyola élaboraient les bases de cette institution qui devait faire trembler un jour les papes et les rois , les événements politiques suivaient leur cours. Le duc de Mantoue , à l'instigation de François I", refiisait sa capitale pour la tenue du concile, sous prétexte que sa Sainteté avait empiété sur ses droits en désignant sa ville sans son autorisation ; il prétendit en outre que ses finances ne lui permettaient pas de mettre sur pied une armée suflisante pour garantir l'assemblée de toute inquiétude. Cette opposition tardive sembla d'autant plus étrange au pape, que le duc de Milan laissait jouir l'évéque de la ville d une autorité absolue sur son clergé, sur les £sunilles et sur les concubines des prêtres. U comprit que ses ennemis avaient gagné le duc à leur cause, et il se détermina alors à désigner la ville de Vicence, dépendante de la république de Venise, pour le lieu où se tiendrait le concile, dont il renvoya la première session au 51 mai de l'année 1558. Dans l'intervalle, il publia une bulle qui conférait à son bâtard, Pierre-Louis Farnèse, la dignité de gonfalonier de l'Église romaine, la seigneurie jde Népi et le titre de duc de Castro.

Ce dernier décret excita un mécontentement général dans

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toutes les Tîlles de Tltalie, et montra aux esprits les moins clairvoyants que sa Sainteté aspirait à mettre une couronne royale sur le front du misérable dont les mœurs infômes rappelaient si bien César Borgia. Comme le fils d'Alexandre VI, Pierre-Louis Farnèse avait à sa solde des pourvoyeurs qui enlevaient les beaux enfants dans les rues de Rome, et comme lui , dès qu'il les avait fait servir à ses horribles débauches » il les faisait jeter dans le Tibre ; seulement quand le rang ou la famille de ses victimes l'obligeait à garder quelques ména- (^eqts, il se contentait de les violer, et les renvoyait ensuite. Mais ces infortunés emportaient avec eux les germes d'un mal terrible; et tous, jeunes filles ou adolescents, périssaient bientôt, rongés par le poison qu'il leur avait inoculé.

Varchi raconte sur Pierre-Louis Farnèse une affreuse aventare qui montre à quel degré de démoralisation le fils du pape était parvenu. « Aussitôt sa nomination, dit Thistorien, » le nouveau gonfalonier se mit en route pour visiter les » places fortes dépendantes de l'Ëglise ; ce qui ne se fit pas » sans grand scandale, car chaque soir il s'arrêtait à un cou- » vent d'hommes, se faisait amener les novices et les profès, x) et désignait celui qui devait partager sa couche.

)) U arriva même qu'à Faênza il ressentit une ardeur cou- » pable pour le jeune évêque Côme Gheri , qui était venu le recevoir à la tête de son clergé. Pendant qu il cheminait « côte à côte avec le gouverneur de la ville et le prélat, il se 1) prit d'amour pour ce dernier, âgé à peine de vingt et un )) ans, et doué d'une beauté remarquable. Farnèse essaya de » lui fisiire partager sa honteuse passion; et comme le jeune )) Côme Gheri feignait de ne pas comprendre le sens de ses

» demandes obscènes, il s'écarta un instant pour s'entretenir » avec le gouverneur de Faenza, qui était un ancien moine, » banni de la Mirandole à cause de ses turpitudes, et le » détermina à l'aider dans l'exécrable projet qu'il avait formé )) de violer l'évêque de Faënza.

» Voici de quelle manière ils s'y prirent : l'escorte du gon- » falonier, au lieu de rentrer à l'église, sur l'ordre du gouver- » neur^ prit le chemin du palais qui avait été préparé pour » recevoir Pierre-Louis Farnèse; dès que le jeune prélat eut )) passé le seuil de la chambre d'honneur, on ferma les portes^ ». et il se trouva séparé de son clergé. Alors eut lieu une » scène du cynisme le plus révoltant; le bâtard du pape/ren- » fermé seul avec Gôme Gheri, essaya de le décider à répon- » dre à ses exécrables désirs; mais comme celui-ci, quoique » d'une complexion frêle et délicate, opposait une résistance » vigoureuse à ses tentatives^ il sq décida à appeler ses gens » à son aide. Par ses ordres on bâillonna l'évêque, on le » garrotta avec des cordes, on l'attacha par les pieds, par les » mains et par le milieu du corps, puis on le fit tenir debout, » et dans cette position le seigneur Jules da Piè di Luco, et » Nicolas, comte de Pisigliano, lui appuyèrent leurs poi- » gnards nus sur la gorge, le menaçant de le tuer s'il fai- » sait la momdre résistance. Enfin, Pierre-Louis Farnèse, )) le fils du pape, déchira les vêtements sacerdotaux de sa » victime avec sa dague, et accomplit sur l'infortuné Gôme

» Gheri l'acte de sodomie!!! Quarante jours après,

)) le jeune et beau prélat mourut des suites de cet affreux » stupre et d'une maladie horrible; ce qui fit dire aux » luthériens d'Allemagne, que les papistes avaient trouvé

» un nouveau supplice pour faire des martyrs et des saints!

)) Paul III appela le forfait de son fils une légèreté de » jeunesse, et s'empressa de lui envoyer une bulle des plus » amples pour le soustraire à toutes les peines et à tous les » préjudices que son inconséquence ou Tincontinence nalu- » relie à l'humanité aurait pu lui faire encourir. »

De semblables faits salissent, il est vrai , les pages de This^ toire ; cependant^ quelle que soit la pudeur de l'écrivain , i 1 ne doit point les taire, afin que les grands, sils échappent à la vindicte des lois pendant leur vie, sachent du moins que leur mémoire sera flétrie après leur mort !

Peu de jours après la publication de la bulle en faveur de son fils, le pape se rendit à Nice en Savoie, où l'empereur et le roi de France vinrent le rejoindre, afin de s'entendre avec lui pour aviser aux moyens d'étouffer les hérésies des protestants de l'Allemagne et des réformés de France.

Pendant quinze jours, Charles-Quint et François I", quoique établis dans des palais voisins , refusèrent constamment de se voir, et le pape fut obligé de servir constamment d'intermédiaire, et d'aller de l'un à l'autre pour régler les négociations; enfin, grâces à ses soins, les deux monarques conclurent une trêve de dix ans. Brantôme , après avoir rendu compte des pourparlers qui curent lieu à Nice et des questions politiques qui furent débattues, rapporte quelques aventures fort singulières qui montrent à quel degré on poussait la licence des mœurs à cette époque dans les cours souveraines; il dit entre autres, qu'un jour madame d'Uzès, jalouse de ce que plusieurs jeunes femmes nobles , de la suite de François P%' avaient été reçues en audience secrète par le

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pontife , et de ce qu'il n'avait pas seulement daigné la regarder, résolut d'attirer son attention et d'obtenir les faveurs de sa Sainteté, a Une nuit donc , ajoute l'historien , madame » d'Uzès se fit introduire dans la chambre du pape en aédui- )) sant un domestique, et quand Paul III entra pour se-cou- » cher, elle vint se jeter à ses pieds dans un charmant désha- » bille p sa chemise laissant voir à nu .ses belles épaules et sa » gorge rondelette ; elle lui demanda humblement pardon de )) ce que^ étant (ille d'honneur de la reine lors du voyage )) du pape à Marseille , elle avait couvert Toreiller de sa » Sainteté d'une fine serviette qiii avait servi à sa toilette D secrète, pour que le contact de cet objet lui inspirât de » l'amour. Cette repentance plut si fort au pontife, que sur D l'heure il donna l'absolution à la belle affligée, et lui accorda » même des indulgences illimitées. »

Les conférences de Nice terminées , Paul retourna immédiatement à Rome pour presser les préparatifs des fêtes qui devaient avoir lieu à l'occasion du mariage d'Octave Famèse» fils de son bâtard Pierre-Louis, avec la fille naturelle de Charles- Quint , la belle Marguerite d'Autriche , veuve d'Alexandre de Médicis. Sa Sainteté avait obtenu de l'empereur, pour le cadeau de noces d'Octave , la ville de Novare et le titre de marquis ; de son côté , elle donnait aux jeunes époux le duché de Camerino , qui avait été acheté à Hercule Yarano. Ensuite le pontife s'occupa de pourvoir les autres membres de sa famille; il maria le troisième des fils de Pierre- Louis à Diane, fille naturelle de Henri 11^ roi de France» et lui donna en apanage le duché de Castro; il nomma cardinal» Ranuce, le quatrième enfant de son bâtard» quoiqu'il eût à

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peine quinze ans; enûn , comme il désirait avant tout assurer un parti puissant à sa famille dans le sacré collège, il donna ^^ement le chapeau à Renaud Capo di ferro ou Tète de fer, et à Crispe , deux de ses enfants naturels qui étaient chevaulégers, et qui passaient pour ses mignons. En outre il partagea entre les trois cardinaux de la nouvelle promotion, les immenses revenus de la vice-chancellene, du camerlingat et de la grande pénitencerie.

Pendant que Rome retentissait du bruit des fêtes et des réjouissances données en l'honneur des bâtards de Paul 111, le roi d'Angleterre publiait un manifeste contre la convocation du concile à Yicence , et faisait brûler les reliques de Thomas Becket, assassiné pendant le règne dé Henri II, et qui avait été canonisé sous le nom de saint Thomas de Cantorbéry. Aussitôt que la nouvelle de cette profanation commise sur un mort parvint à la cour de Rome, le pontife lança contre Henri VIII une nouvelle bulle d'excommunication ; mais sa colère fut impuissante pour arrêter les efl'ets du décret royal , et il se vit contraint d'ajourner le concile à une q>oque indéterminée. Paul III , quoique humilié , ne se regarda pas comme vaincu ; Ignace de Loyola venait de lui soumettre les plans de sa nouvelle congrégation, et il comptait se servir des séides que lui avait recrutés ce fanatique pour terrasser les rois. D'abord, il nomma une commission sous la présidence du maître du palais, pour examiner chaque article de la constitution d'Ignace; ensuite, quand les cardi* naux qui faisaient partie de celte espèce de chambre consultative eurent terminé leur travail , il le révisa lui-même , donna de grands éloges à son auteur^ et adhéra complétemeiit

à la fondation de cette société. D était difficile, en effet, que, rien fût plus agréable à un pape cpie l'institution d'une milice qui devait combattre pour la propagation de la foi et qui devait employer toutes ses forces pour le maintien du cathoKcisme. Paul III s'empressa de convoquer les initiés à Rome pour la cérémonie de leur installation.

Ce jour-là, Ignace de Loyola fit son entrée dans la ville sainte, accompagné de ses disciples, François Xavier, Simon Rodriguez, Claude le Jay, Pasquier Brouêt, Nicolas Bobadilla, le Lièvre, Laynez, et de plusieurs autres dont les noms ne nous ont pas été conservés. Sa Sainteté les fit introduire dans une salle mystérieuse du Vatican, qui n'avait pour ameublement qu'un siège et une table sur laquelle se trouvaient un Évangile, un crucifix, une tiare et des poignards. 11 se passa alors une scène étrange dont personne n a connu les détails; on sait seulement que les assistants prêtèrent d'affreux serments, et jurèrent sur le Christ de faire triompher la tiare et d'obéir aveuglément aux papes, quelque chose qui leur fût ordonné. De son côté, Paul III s'engagea en son nom et au nom de ses successeurs à protéger de tout son pouvoir le nouvel ordre de religieux, qui prit le nom de Compagnie de Jésus. Dans cette séance, il fut arrêté que Ton nommerait un supérieur perpétuel qui prendrait le titre de général et qui résiderait à Rome, pour être à portée de recevoir constamment les ordres du saint-père. Ignace fut investi le premier de cette importante dignité. Ainsi se trouva constituée cette redoutable société des jésuites, qui devait un jour dominer l'humanité entière et faire trembler sur leurs trônes les rois et les papes eux-mêmes!

D'après les règlements de la charte qui avait été accordée anx disciples d'Ignace^ il était spécifié que personne ne pourrait être admis dans le sein de la société sans avoir préalablement fait les vœux de pauvreté, de chasteté et d obéissance; outre ces trois vœux, les néophytes devaient prêter un serment solennel au souverain pontife régnant, ou à ceux qui lui succéderaient en qualité de vicaire de Jésus-Christ, et s'engager à leur obéir en toutes choses, à se rendre partout où il leur serait ordonné d'aller, soit chez les chrétiens, soit chez les infidèles, et à exécuter sans hésitation ce qui leur serait enjoint.

Les membres de la société furent divisés en quatre classes : la première et la plus élevée était composée de ceux qui avaient fait profession; on exigeait qu'ils fussent lettrés et qu'ils eussent reçu la prêtrise; la seconde classe était composée de coadjuteurs qui avaient été admis pour seconder la société, tant au spirituel qu'au temporel; les écoliers formaient la troisième classe; dans la quatrième on admettait ceux que la société se réservait de faire passer dans les classes supérieures, car avant d'être reçu à faire profession, ou seulement à prononcer les vœux simples de coadjuteur ou même d'écolier, l'aspirant jésuite était assujetti à un noviciat de deux années entières ; les écoliers n'arrivaient à un grade supérieur qu'après avoir attendu une année au delà de leurs études; et le noviciat lui-même était précédé d'un temps d'épreuve.

On admettait le néophyte d'abord à titre d'hospitalité ou d'aumône pendant douze à quinze jours, afin qu'il prit connaissance des obligations du noviciat; s'il persistait dans sa

résolution, il appartenait à la société. Pour être admis comme novice, il suffisait qu'on neût pas été séparé de TËglise romaine, qu'on n'eût pas renoncé à la foi catholique, en adhérant à quelque communion schismatique^ qu'on n'eût pas été frappé d'une sentence comme hérétique; on exigeait encore que les postulants n'eussent pas déjà porté l'habit religieux dans un autre ordre; qu'ils ne fiassent pas engagés dans les liens du mariage, ni dans ceux d'une servitude légitime, et qu'ils ne fussent point atteints de quelque infirmité grave; en outre, lorsque l'aspirant ne se trouvait dans aucun de ces cas de réprobation, il était obligé de répondre à une série de questions sur sa naissance et ses parents, sur ses aflaires particulières et ses inclinations, sur sa capacité et sa conduite religieuse^ publique ou privée. Il devait déclarer qu'en matière de foi il s'en rapporterait à la décision de la société; il devait faire le serment qu'il était décidé à quitter le monde pour suivre Jésus-Christ.

Quand l'aspirant avait répondu à toutes ces questions d'une manière affirmative et satisfaisante, l'examen se continuait, et on lui apprenait ses obligations envers la société ; on l'avertissait que les frères n'admettaient dans leur sein que des hommes entièrement détachés des affections de la chair et du sang ; qu'il était donc nécessaire qu'il fit abnégation personnelle de tous ses sentiments; que pour commencer le sacriûce , il devait vivre sous l'obéissance de plusieurs supérieurs dans un des collèges de Tordre; quil devait se défaire des biens qu'il possédait et renoncer à ceux qui pourraient lui échoir; que cette distribution serait faite à la société préférablement à sa famille, pour montrer qu il se dé-

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pouillait de toute affection terrestre» pour se fermer le cœur de ses parents, pour s'isoler complètement et pour se mettre dans la nécessité de persévérer dans le jésuitisme ; enfm on lui sigi^ifiait qu'il ne pouvait entretenir au dehors aucune communication» aucune correspondance, sans la permission expresse de ses supérieurs^ qui liraient avant lui les lettres qui lui seraient adressées, et qui auraient la faculté de ieis brûler ou de les lui rendre, suivant qu'ils le jugeraient convenable^ en vertu de ces paroles du Christ : « Celui qui ne hait i> point son père, sa mère, et même son âme, ne peut être » mon disciple. » On lui demandait s'il consentait à être mort au monde et à vivire pour le pape; s'il consentait, pour humilier son orgueil, à ce que ses erreurs et ses défauts fussent découverts aux supérieurs par d'autres frères, comme aussi à dévoiler lés défauts, les erreurs et les actions des autres, quand il en serait requis; enfin s'il se soumettait d'avance à toutes les corrections qui pourraient lui être intligées, ainsi qu'à toutes les épreuves d'usage*

Ces épreuves étaient au nombre de six principales : fa première consistait à passer quelques mois dans des exercices spirituels, à examiner sa conscience, à s'exercer dans l'oraison mentale ou vocale, à méditer sur les mystères de la religion, à détester ses péchés et à faire une confession générale; la seconde épreuve était de servir pendant un mois dans un hôpital, de soigner les malades et de panser ceux dont les plaies étaient les plus infectes et les plus hideuses; la troisième consistait à voyager un autre mois sans argent et à mendier de porte en porte pour s'accoutumer aux refus et aux privations ; la quatrième était de remplir les offices les

plus vils dans une maison de la société ; la cinquième con« sistait à catéchiser les enfants et les personnes peu instruites, soit en public^ soit en particulier ; la sixième enfin obligeait les néophytes à se produire pour prêcher et pour cqpfesser, selon l'exigence des temps , des lieux et des personnes. La maladie la plus grave ne dispensait point le novice des devoirs qu'il devait remplir.

Toutes ces épreuves terminées, on demandait au postulant s'il était gradué dans les arts, dans la théologie ou dans le droit canonique; s'il possédait assez de mémoire pour bien apprendre et bien retenir ce qu'il étudiait, si son intelligence concevait avec rapidité, si ses goûts le portaient à l'étude, et si sa santé ne souffrait pas d une application constante, enfin s'il se sentait assez robuste pour supporter les travaux requis par' la société, soit dans l'étude , soit dans la prédica* tion ou dans l'enseignement. Lorsque l'aspirant jésuite était revêtu du caractère sacerdotal, il devait s'en dépouiller pendant la durée de son noviciat, et il lui était même interdit de célébrer publiquement la messe avant d'avoir appris des supérieurs de son ordre comment on procédait à la célébration selon le rite de la société.

Quels que fussent le rang et le savoir du postulant, on lui donnait à remplir les fonctions les plus viles dès qu'il était promu au grade de coadjuteur temporel. Les coadjuteurs étaient de deux espèces : ceux qui se trouvaient dans les ordres s'appelaient coadjuteurs spirituels, et les laïques étaient nommés coadjuteurs temporels; tous, lettrés ou non, ne pouvaient exercer dans la société que des emplois manuels. Les coadjuteurs et les écoliers, après deux années

de noviciat » étaient enfin admis dans la société et ne pouvaient plus s'en séparer; néanmoins, s'ils trompaient Tun de leurs supérieurs, on se réservait le droit de les renvoyer , et dès lors ils étaient entièrement dégagés de leurs obligations envers la compagnie et relevés de leurs vœux. Tels étaient les points fondamentaux qui constituaient le code des jésuites. Plus tard des modifications importantes furent introduites dans les règlements de la société, et les jésuites professèrent des doctrines tellement subversives, que les papes et les rois se virent contraints de mettre un frein à leur ambition et à leur immoralité.

Pendant que sa Sainteté organisait la milice sacrée qui devait porter la bannière du despotisme pontifical dans toutes les contrées du monde, les habitants de Pérouse se déclaraient en pleine insurrection et chassaient de leurs murs les collecteurs romains ainsi que le légat. Aussitôt Pierre-Louis Famèse , en sa qualité de gonfalonier de TËglise , marcha sur la ville rebelle à la tête d'une armée de bandits qui ruinèrent la province, incendièrent les fermes, massacrèrent les cultivateurs, arrachèrent les arbres fruitiers et noyèrent les bestiaux. Après deux mois de siège, les habitants, privés de vivres et de munitions^ déposèrent les armes et se rendirent à discrétion au bâtard du pape. Ce monstre, au lieu d'user de clémence envers les vaincus, fit arrêter tous les notables, ordonna qu'ils fussent décapités, pendus ou brûlés; il fit violer les femmes et les filles par ses soldats , et se ré* serva les jeunes garçons pour ses débauches. Ensuite, pour prévenir le retour de semblables révolutions, il fit élever une

forteresse ; comme si des murailles ou des tours pouvaient VII. 12

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garantir les tyrans de la haine des peuples^ et comme ai l'homme déterminé ne savait pas se défiaire de ceux qui asservissent sa patrie. Les plans de ce château fort furent exécutés par Michel-Ange , le dernier de la pléiade des grands artistes qui eût survécu aux Médicis.

Déjà Bramante , Raphaël» San Gallo, avaient été moissonnés par la mort, et Michel-Ânge restait seul pour les remplacer et pour illustrer le règne de Paul III ; son admirable génie suffit à une tâche si difficile; et, se triplant pour ainsi dire , il créa trois chefs-d'œuvre dans la peinture^ dans la statuaire et dans rarchitecture. Il 6t son sublime tableau du Jugement dernier^ la statue de Moïse sur le tombeau de Jules II, et les dessins de la basilique de Saint-Pierre , qu'il modifia sur les anciens plans et qu'il réduisit à la forme d'une croix grecque. A ces titres à l'admiration de la postérité, Michel-Ange joignit le plus pur désintéressement, et refusa un traitement de six cents écus romains que le pape avait affecté à ses fonctions d'architecte de la cathédrale ; il travailla dix-sept années sans émoluments à la construction de la coupole de Saint-Pierre, et il eut la gloire de terminer le plus magnifique monument que les siècles passés nous aient légué.

Quant à Paul III^ sur lequel des écrivains catholiques reportent une part de l'admiration des hommes pour ces glorieux travaux, il s'occupait simplement à promulguer des bulles qui autorisaient l'institution des jésuites, malgré la vive opposition de quelques cardinaux , qui regardaient un ordre de religieux organisé d après de tels principes comme le plus antichrétien de tous les ordres de moines. Le saintpère ne s'inquiéta pas des murmures de ses prélats; il con-

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sidéra que ces fanatiques pouvaient rendre d'immenses services au saint-siége, et il les protégea de toute la force de son autorité.

En effet, la papauté avait grand besoin d'aide et de secours. L'Angleterre avait entièrement secoué le joug de Rome; il n'existait presque plus de vestiges du catholicisme dans toute l'Allemagne; Luther et Mélanchthon accroissaient chaque jour le nombre des protestants; la Suisse, le Piémont» la Savoie et tous les pays circonvoisins étaient entièrement convertis aux doctrines de Zwingle et de son disciple (JËcolampade; Calvin, quoique retiré à Genève, inondait la France de ses écrits , appelait à la réforme toutes les provinces méridionales ; et ses doctrines se propageaient avec une rapidité surprenante même au delà des Alpes, jusque dans le cœur de lltalie.

Paul III lança immédiatement ses cohortes de jésuites; il les dissémina dans toutes les régions, il les envoya dans les deux hémisphères; aux uns il confia la mission de s'introduire dans les cours , de se faire confesseurs de rois, pour lui révéler ensuite les secrets d'état; aux autres il commanda de prêcher les peuples, de s'emparer de l'enseignement des enfants, aGn de corrompre leurs mœurs, et d'en faire de nouveaux séides dévoués à la théocratie. Partout les jésuites cherchèrent à augmenter leur milice et multiplièrent d une façon prodigieuse; mais, quoiqu'ils eussent déjà obtenu assez d'influence sur Charles - Quint pour le décider à convoquer une diète à Ratisbonne et à prendre des mesures énergiques contre les luthériens , ils ne parent arrêter les progrès de la réforme en Allemagne.

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Malgré les efforts de Gaspard Contarini , légat du pape, et des disciples d'Ignace de Loyola qui l'accompagnaient, l'assemblée de Ratisbonne refusa de prendre une détermination contre les luthériens. Furieux de ce désappointement et ne sachant sur qui se venger, les jésuites accusèrent Contarini d'avoir trahi la cause du catholicisme en reculant devant des mesures de vigueur, et ils écrivirent secrètement à Paul pour dénoncer le légat. Lorsque le cardinal fut de retour à Rome, il subit un interrogatoire sévère, et donna de telles explications, que sa Sainteté fut obligée de convenir que les jésuites étaient d'infâmes calomniateurs, et que les mesures de vigueur qu'ils proposaient contre l'Allemagne étaient de nature à compromettre l'existence de la papauté au lieu de la sauver. Néanmoins il ne leur adressa personnellement aucun reproche; au contraire, il écrivit à ceux de la société qui étaient restés auprès de Charles-Quint pour surveiller sa conduite, qu'il les aimait davantage, même à cause de ce qu'ils avaient écrit sur Gaspard Contarini ; que leurs accusations contre ce prélat étaient autant de preuves nouvelles de leur zèle pour le service de la religion; qu'il les priait d'user de leur influence sur l'empereur pour qu'il se montrât docile au saintsiége , et pour lui inspirer l'idée de solliciter du pape la faveur d'une entrevue à Lucques, afin d'aviser aux moyens d'exterminer les hérétiques et de décider de l'opportunité d'une nouvelle croisade contre les Turcs.

Grâce à l'intervention du confesseur de Charles-Quint, les choses se passèrent comme le pape le désirait; les conférences eurent lieu à Luçques , dans l'appartement même de sa Sainteté» et Fempereur adopta les résolutions qu'il pmt à

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Paul m de lui proposer. Ensuite les deux souverains se séparèrent : le pape retourna immédiatement à Rome, et deux jours après son arrivée, il fit publier dans toutes les villes de letat ecclésiastique un jubilé , avec distribution et vente d'indulgences ordinaires et extraordinaires pour appeler la protection du ciel sur la personne de Tempereur, et pour obtenir le succès de ses armes dans la lutte qu'il allait engager contre les ennemis de la foi chrétienne. En même temps il lança une bulle pour la convocation d'un concile général^ et désigna laville de Trente comme le lieu des réunions. Sa Sainteté ordonnait dans son décret aux patriarches, aux métropolitains, aux évéques^ à tous ceux qui par leur rang ou par leurs dignités avaient voix délibérative dans les assemblées œcuméniques, de s'y trouver au 1" novembre 1542, afin que l'on pût traiter avec succès de l'union et de la concorde des princes, des peuples et de l'Ëglise, ainsi que des moyens de s'opposer aux entreprises des hérétiques et des infidèles.

Le souverain pontife savait parfaitement que l'époque de la convocation du concile coïncidait avec celle qui était fixée pour la rupture de la paix entre François P' et Charles-Quint. Les jésuites attachés à la cour de ces princes l'avaient également instruit que le roi de France venait de conclure une alliance avec Gustave Wasa, roi de Suède, et que le dauphin marcherait sur Perpignan pendant que les armées françaises envahiraient à la fois le Piémont et la Flandre. D'autre part, fia Sainteté savait que l'empereur devait envoyer des troupes sur les points menacés; elle espérait que les prélats allemands n'oseraient pas sortir de leurs diocèses^ soit par crainte de tomber entre les mains de leurs ennemis, soit par la néoessité

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de ne pas abandonner leurs Églises dans des circonsb aussi désastreuses y et que de cette manière la majorif serait acquise.

Paul III ne voulut pas proroger Touverture des sess quelques instances qu'on lui en fît. A Tépoque fixée il en à Trente, Pierre-Paul Paris, Jean Moron et Renaud de 1 en qualité de légats , avec mission de sonder adroitemei opinions des ambassadeurs et des prélats qui se prési raient au concile, sans toutefois leur donner occasion < prononcer en public. Il leur était enjoint d'adresser dés ports à Rome sur cet objet, et de ne rien l'aire autre nouvelles instructions. Mais il advint que les Allemands lesquels sa Sainteté n'avait point compté, se présentèrei grand nombre et se montrèrent des plus empressés à r mer Touverture du concile. Le pontife , instruit par ses 1 qu'il était à craindre que leurs adversaires fussent les forts, prit alors une détermination extrême, et renvoya j verture du synode à un temps plus éloigné. Personne n dupe de la tactique du saint-père; et cette mesure, qui i trait que la cour de Rome redoutait une défaite, di cause qu'un grand nombre de fidèles renoncèrent au cati cisme pour embrasser ia religion réformée.

Parmi les papistes qui désertèrent les rangs de TÉ romaine, les historiens citent Bemardm Ochin ou 01 général des capucins, homme d'une vie exemplaire, qu ligué de prêcher inutilement contre les désordres des < vents et de supplier le pape de prendre une décision su grave sujet, sans pouvoir obtenir de réponse, abjura leca licisme et se retira à Genève, oii il épousa une jeune

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de Lucques. Ils citent encore Herman » métropolitain de Cologne, de l'illustre maison des comtes de Weiden, qui, désespérant du salut de TÉglise, fit venir le prédicateur protestant Martin Bucer, et 1 établit dans la ville de Bonn , dépendante de son diocèse. L'année suivante, il appela auprès de lui Mélanchtbon, Prétorius et quelques autres célèbres docteui*s lutbériens pour Taider à propager les nouvelles doctrines : mais comme un grand nombre de jésuites s'étaient déjà abattus dans cette province, son projet de réforme éprouva une grande opposition de la part de son clergé et du chapitre de Cologne, qui appela au pape et à l'empereur des ordonnances de l'archevêque.

Paul adressa une lettre de félicitation aux ecclésiastiques de Cologne^ et les exhorta à persévérer dans la bonne voie et à empêcher que celui qui prenait le titre de métropolitain de leur vHle n'infectât les habitants de ses erreurs, u Ne le » reconnaissez points ajoutait -il, comme votre pasteur, » mais comme votre ennemi ; et élevez-vous cônti'e lui , 1^ comme David s'est élevé contre Goliath. »

Gharles-Quint félicita également le chapitre de Cologne de la résistance qu'il opposait aux errements du prélat ; néanmoins il ne donna pas une grande importance à cette affaire^ étant lui-même occupé à poursuivre les hostilités avec la France pour la possession du duché de Milan.

Gonmie ni FrançoisP' ni Charles-Quint ne voulaient abandonner leurs prétentions sur cette riche provmce en favpur l'un de l'autre , le pape espéra qu'il pourrait profiter de leurs discordes et prendre pour son neveu le ducué qui était en litige* U s'en ouvrit d'abord à François P% qui ne parut pas

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éloigné de lui faire la cession de ses droits , moyennant un bon prix; ensuite il fit demander à Gharles-Quînt une entrevue à Busseto, pour traiter du duché de Milan. Ces deux souverains eurent ensemble plusieurs conférences; mais quelques instances que fit le pape pour le décider à se dessaisir de cet état en faveur de son gendre et de sa fille naturelle ^ lempereur les repoussa. 11 ne voulut pas davantage entendre parler de faire ni paix ni trêve avec François I*% qu'il appelait un misérable couard, sans courage, sans foi, sans loyauté; et quand sa Sainteté voulut lui représenter quel bien résulterait pour la religion de leur accord, il répliqua qu'on ne devait rien attendre de bon d'un prince qui faisait impitoyablement exterminer les réformés de ses états, pendant qu'il traitait avec les princes luthériens et même avec les Turcs, au grand scandale de la chrétienté.

Paul III hasarda malencontreusement que le roi de France lui adressait les mêmes reproches et l'accusait de fourberie et de cruauté ; aussitôt Charles-Quint s'emporta contre le saint-père, il l'accabla d'invectives et lui ordonna de sortir immédiatement de sa présence. Â partir de ce jour toutes les négociations furent rompues, l'empereur retourna dans ses états, chassa les jésuites de sa cour, signa un traité d'alliance avec Henri VllI, l'ennemi irréconciliable du saint-siége, et fit publier à la diète de Spire un édit en faveur des protestants , avec défense d'inquiéter personne dans l'Allemagne pour cause de religion. En outre , il rendit une ordonnance portant que chacun des deux partis, catholiques ou réformés, jouiraient paisiblement des biens dont ils étaient en possession, à la condition qu'ils les emploieraient à former des

écoles pour les enfants et des maisons d'asile pour les pauvres; de plus, il était spécifié que les juges de la chambre impériale seraient choisis en nombre égal parmi les catholiques et les protestants. Paul III fit protester par son légat contre le décret de Spire, et il écrivit de sa main à Charles-Quint une lettre véhémente, où il lui disait que son édit en faveur des hérétiques causerait la perte de son âme , attendu qu'il n'appartenait qu a l'Ëglise romaine de porter un jugement sur les matières de foi ; qu'ainsi il s'était rendu coupable dusurpation sur le saint-siége , en prenant une décision touchant les biens ecclé^astiques et en rétablissant dans leurs honneurs et dignités des prélats rebelles; enfin il le menaçait d'user de sévérité envers lui et de l'excommunier^ s'il persistait à vouloir diriger les affaires ecclésiastiques de TÂIIemagne.

Cette -missive n'eut aucun résultat satisfaisant; l'empereur se contenta de répondre au député qui la lui avait apportée, qu'il ferait connaître ses intentions à sa Sainteté^ dès qu'il en aurait le loisir. Cependant il devenait urgent de prendre une détermination relativement aux hérétiques; le pape voulut presser l'ouverture du concile de Trente qu'il avait déjà prorogé ; et afin de se ménager un parti puissant parmi les prélats qui devaient le composer, il entretint une correspondance active avec les jésuites, qui devaient agir secrètement sur les consciences et gagner des partisans au pape. Malgré tous leurs efforts, il ne se présenta au comité de Trente, dans le premier mois, en plus des trois légats romains, que quatre évêques catholiques.

Cette grande tiédeur qui existait dans le clergé démontre plus que toutes les paroles, qu'il n'y avait plus alors de foi

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réelle, ni de dévouement sincère; les questions religieuses et morales avaient en effet cessé d*étre capitales pour les prêtres ; elles n'étaient devenues pour les hommes ambitieux, cupides et corrompus, que de simples moyens d'exploiter la super* stition et Tignorance humaine; que des procédés pour augmenter leur pouvoir, leurs honneurs et leurs revenus, soit comme agents serviles de la cour de Rome, soit comme ministres dévoués des rois catholiques. L'intrigue avait envahi tous les rangs de la hiérarchie ecclésiastique ; les prélats aussi bien que les simples prêtres changeaient de convictions et de doctrines, selon les circonstances et l'intérêt du moment. Le fanatisme même était éteint dans ces âmes lâches et vénales qui ne faisaient plus de la religion que par diplomatie ou par ambition. Les chefs de diocèses ne songeaient qu'à établir solidement leurs revenus et à assurer l'avenir de leurs bâtards , comme les pontifes en donnaient eux-mêmes l'exemple. Du reste, comme personne mieux qu'un prêtre n'est en état de savoir à quoi s'en tenir sur la divinité du christianisme, il était conséquent, sinon équitable , qu'ils se servissent de la religion pour se créer une existence heureuse sur la terre, dans l'appréhension de ne point jouir des félicités célestes qu'ils promettaient aux simples dans une autre vie.

Paul III pensait ainsi ; et les efforts constants qu'il fit pour élever sa famille en sont autant de preuves irréfragables. Après avoir échoué dans ses projets relativement à l'élévation de Pierre-Louis Famèse au duché de Milan , il se rejeta sur les états de Parme et de Plaisance , dont il voulut faire un duché pour son fils chéri ; préalablement, il chercha à s'as-

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