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surep le consentement du sacré collège, qui était nécessaire pour aliéner des provinces appartenant à TÉglise ; il proposa aux cardinaux, par compensation, d'augmenter les domaines apostoliques des duchés de Camerino et de Nepi, qu'il avait auparavant donnés à son fils ; et de grever Parme et Plaisance d'un tribut annuel de neuf mille ducats en faveur du trésor de Saint-Pierre. Plusieurs milliers d'écus d'or distribués à ses créatures firent trouver la compensation équitable , et son bâtard fut proclame duc.
Pierre-Louis Farnèse s'établit immédiatement à Plaisance et fit élever une citadelle qui commandait la ville ; suivant la coutume des tyrans, qui entourent leurs résidences de forteresses et de murailles pour tenir les peuples en crainte continuelle, pour les pressurer sans danger et pour se mettre à l'abri de la vengeance des citovens. Ensuite il s'occupa à désarmer la noblesse et la bourgeoisie ; il limita les privilèges des seigneurs et les força à résider dans la capitale, pour pouvoir les surveiller plus facilement; puis, comme la fortune et la puissance de quelques-uns d'entre eux étaient pour le nouveau duc un sujet de graves appréhensions, il chercha à les ruiner en donnant un effet rétroactif aux lois ; il fit fouiller dans leur conduite antérieure , les mit en juge* ment, et les fit condamner par des magistrats iniques à des amendes considérables, à la confiscation entière de leurs biens, et quelquefois à la mort.
Sa Sainteté, satisfaite de la manière de procéder de son bâtard , ne s'occupa pas davantage de cette affaire, et reporta tous ses soins vers le concile; quatre métropolitains, un cardinal, seize évoques et cinq généraux d'ordres étaient
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venus renforcer les sept prélats qui attendaient depuis un mois Fouverture du synode. Gomme tous étaient dévoués à la cour de Rome, le pape jugea le moment favorable pour frapper un grand coup , et il lança une bulle qui ordonnait aux prélats présents à Trente de conunencer les séances. En conséquence les légats, assistés de vingt-six évêques, de quelques théologiens et de jésuites qui étaient censés repré* senter l'Ëglise universelle , ouvrirent le concile : le lendemain , ils adressèrent à Rome le compte rendu de la première session, et demandèrent à sa Sainteté des instructions sur Tordre qu'ils devaient observer dans la réception des ambassadeurs, et sur la manière de prendre les suffrages; s'il fallait opiner par nation, comme au concile de Constance et de Bàle, ou par tète, comme au dernier concile de Latran , enfin quelles matières devaient être traitées^ et dans quel ordre il fallait délibérer. Lorsqu'ils arrivèrent au Vatican , les envoyés des légats trouvèrent le pontife fort occupé de la réception d'un prieur appelé Paul, qui venait au nom du roi d'Ethiopie lui proposer de se soumettre à TÈglise romaine, en abjurant le schisme de Dioscore, et qui demandait en même temps des apôtres , afm de catéchiser les peuples de ce pays. Le saint-père chargea des jésuites de cette mission, et il congédia l'ambassadeur éthiopien, après l'avoir chargé de vieux ossements qu'il lui vendit pour des reliques de saints et de martyrs.
Paul III assembla immédiatement le sacré collège et mit en délibération toutes les demandes de ses légats; chacun donna son avis, et le secrétaire du consistoire formula ainsi la réponse destinée aux al'fidés du saint-siége : a Nous déci-
» dons que les voix seront recueillies par tête et non par » nation, attendu qu'il est plus facile de corrompre des » individus pris isolément que réunis en corps ; nous vou- )) Ions que le concile s'intitule simplement œcuménique, sans )) ajouter ces mots, (( représentant l'Ëglise universelle, » qui » pourraient enorgueillir les Pères , et surtout faire douter de » la suprématie du pontife. Nous décidons encore que toutes )) les questions à examiner seront traitées préalablement dans )) des congrégations particulières^ ensuite dans des congr^a- » tiens générales, pour, en dernier lieu, être présentées dans )) les sessions, qui seules seront soumises à la publicité, afin » d'éviter de rendre les fidèles témoins de débats scandaleux^ » dont ne manqueraient pas de s'emparer, ajoutait le saint- » père, les ennemis de notre autorité ; nous exigeons qu'en tête » de tous les décrets on se serve de cette formule : « Le saint » concile œcuménique légitimement assemblé par l'ordre du » pape , sous la conduite du Saint-Esprit , les légats aposto- »liques y présidant, déclare. » Sa Sainteté enjoignait en outre à ses légats de ne mettre en délibération aucune question relative à son autorité, et de ne prendre aucune décision sans qu'elle l'eût dictée elle-même dans les détails les plus circonstanciés; en compensation, elle laissait aux Pères une latitude entière sur les questions de dogmes, qui l'intéressaient fort peu; en effet, Paul III avait l'habitude de dire que si les réformés , anabaptistes , luthériens ou sacramentaires, voulaient le reconnaître comme souverain pontife, il leur accorderait toute liberté de prêcher telles superstitions qu'il leur conviendrait d'enseigner aux hommes. Dans une seconde lettre adressée aux Pères du concile^ le
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souverain pontife les engageait à tenir une conduite régnlitee pendant le cours de leurs travaux , à suivre les exercices religieux ^ du moins ostensiblement, et à se séparer de leurs maîtressesi qui les avaient suivis dans la ville de Trente ; il les autorisait seulement à faire usage de leurs mignons.
Des congrégations préparatoires eurent lieu pour l'examai des questions^ et les jésuites décidèrent qu'on traiterait simultanément les matières de foi et de réforme , afin qu'en les confondant les Pères ne pussent rien déterminer; mais la cour de Rome^ qui tremblait au seul mot de réformation » envoya immédiatement de nouvelles instructions aux jésuites pour qu'ils eussent à écarter absolument la question de la réforme, et qu'ils se bornassent à traiter des doctrines des iiérétiques ; Paul III les chargeait de faire tramer le concile en longueur» espérant que le temps amènerait quelque événement favorable aux intérêts du saint-siége. C'est ce qui arriva : la troisième session était à peine close^ qu'on apprit la mort de Martin Luther. Ce grand homme avait termine son illustre vie à Eisleben, sa patrie^ et laissait six enfants de sa femme, Catherine de Bore^ une jeune religieuse qu'il avait épousée en 1525.
Sa mort donna lieu à des accusations violentes contre les jésuites et de la part de ceux-ci à d'étranges récits; les protestants prétendirent que les disciples de Loyola avaient empoisonné le réformateur; les jésuites répandirent le bruit que Martin Luther s'était pendu, que le diable lavait étranglé ; d'autres proclamèrent qu'il avait rendu ses entrailles comme Arius , en satisfaisant aux lois de la nature, dans un lieu secret. 11 se trouva même des prêtres qui alarmèrent que
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aon tombeau ayant été ouvert le lendemain de son enterre* ment, il en était sorti une odeur infecte de soufre etde bitume^ et qu'on avait trouvé un charbon énorme à la place de son corps. Toutes les circonstances de sa vie, ses doctrines et sa naissance, furent l'objet d'ignobles cabmnies de la part des catholiques; ils publièrent des libelles contre lui, déclarèrent qu'il était né du commerce charnel d'un démon avec sa mère; ils flétrirent sa mémoire, l'accusant d'avoir vendu à Satan sa part éternelle de paradis pour cinquante ans de vie agréable sur la terre; d'avoir nié l'existence de Dieu, l'immortalité de l'âme, et d'avoir composé des hymnes en l'honneur de l'ivrognerie.
Malgré ce<leluge de pamphlets calomniateurs, Luther resta l'apôtre des nations du Nord, et son Évangile, qui avait déjà pénétré sur les côtes de la Baltique, se propagea dans les duchés de Lunebourg, de Brunswick, de Mecklembourg , de Pomérdnie , dans les archevêchés de Magdebourg et de Brème, dans les villes de Hambourg, de Weimar, de Rostock; il gagna la Livonie et la Prusse, où le grand maître de l'ordre teutonique venait d'abjurer le catholicisme ; enfin les doctrines nouvelles envahirent leHolstein, le Danemark, la Suède, la Grande-Bretagne et même la France, malgré les bûchers et les roues qui se dressaient d'un bout du royaume à l'autre pour l'extermination des protestants.
Quoique sous le point de vue dogmatique et philosophique, il soit vrai que le luthéranisme ne saurait soutenir un examen approfondi, néanmoins on doit glorifier Martin Luther d'avoir arraché les peuples au joug de la cour de Rome, et d'avoir iait sortir l'humanité de l'engourdissement et de
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l'obscurantisme où la tenaient plongée des prêtres capides^ débauchés et ignorants; c'est Luther qui, par son esprit d'investigation et d'analyse, apprit aux hommes à discuter, à juger, à condamner les actes de despotisme de ceux qui jusqu'alors prétendaient n'avoir à rendre compte qu'à Dieu de leurs actions bonnes ou mauvaises; c'est lui seul, par la force de son génie, qui accomplit cette révolution religieuse qui arracha la moitié de l'Europe à la tyrannie des papes. Ainsi donc, Luther mérite d'être glorifié jusque dans les âges les plus recillés pour les grandes choses qu'il fit pendant sa vie, et pour les principes dp liberté et d'émancipation qu il légua à la postérité.
Ses nombreux ouvrages le placent en outre au premier rang parmi les écrivains de l'Allemagne; et Clay n'hésite pas à dire que le réformateur avait été inspiré du Saint-Esprit pour la correction du langage : sa traduction de la BiUe est en effet devenue un ouvrage classique qui a pour ainsi dire fixé les règles de la langue allemande.
Malgré son admirable génie et sa logique inflexible, Luther n'avait cependant pas tiré toutes les conséquences du principe qu'il voulait établir, (c qu'aucun dc^me ne doit être admis » comme article de foi sans avoir subi l'examen de la rai- » son, » principe qui renverse les traditions sacrées, et qui anéantit le christianisme sous toutes ses formes, en soumettant les paroles de Dieu lui-même à la critique de l'inteUigence humaine.
Dès que la mort de ce formidable adversaire de la papauté fut connue à Trente, les Pères du concile s'occupèrent immédiatement d'une question qu'ils considéraient comme la
pierre angulaire de l'Église; cétait de fixer le nombre des livres canoniques. Ils publièrent à ce sujet deux décrets : le premier indiquait comme livres orthodoxes TAncicn et le Nouveau Testament, et le second déclarait Tauthenticilo du texte de la Vulgate, malgré les erreurs et les fautes grossières dont il est chargé. Âprèiâ avoir rendu ces décisions, Paul 111 leva fièrement la tête et s arma des foudres du Vatican. D'abord il excommunia Farchevêque de Cologne , et releva les sujets du prélat de leur serment de fidélité et d'obéissance; ensuite il donna ce siège au comte Adolphe de Schawenibourg, que le métropolitain avait pris pour son coadjuteur; mais l'empereur ayant refusé de faire exécuter cette bulle et ayant continué de donner le titre d'archevêque à l'électeur, il se trouva obligé de remettre à un autre -temps sa vengeance contre le prélat.
Sa Sainteté était d'autant plus disposée à faire le sacrifice de ses sentiments à Charles-Quint, qu'elle avait entamé des négociatiims avec lui afin d'en obtenir des secours suffisants pour anéantir les protestants. Les conventions qui furent arrêtées entre ces deux tyrans pour cette guerre impie, portaient que le pape payerait à sa majesté impériale deux cent mille écus d'or, quil fournirait douge mille hommes d'infanterie et cinq cents chevaux, le tout à sa solde; qu'il lui abandonnerait pour une année la moitié des revenus des Églises d'Espagne; qu'il lui donnerait Tautorisation d'aliéner jusque concurrence de la somme de cinq cent mille écus les biens des monastères de son royaume; que toutes les troupes de TÉglise seraient commandées par Octave Farnèse, mais que celui-ci n'agirait que d';iprès les ordres de Tempe-
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reur ou du duc d'Albe, son lieutenant, et que le cardinal Alexandre , frère d'Octave , resterait en Espagne comme otage, sous le titre de légat, aux frais du saint-siége. Ces cour ditions ayant été acceptées par les deux parties, Paul III publia une bulle pour faire connaître à toute la chrétienté le pacte abominable par lequel un empereur et un pape s'engageaient à mettre des provinces entières à feu et à sang! Charies-Quint ne resta pas au-dessous du pontife dans son manifeste ; il mit au ban de l'empire Jean- Frédéric, électeur de Saxe, et Philippe, landgrave de Hesse ; il les déclara perturbateurs du repos des nations, rebelles aux lois, ravisseurs des biens de l'Église, spoliateurs infâmes; il les accusa de s'être couverts du manteau de la religion, et d'avoir affiché des sentiments de patriotisme afin de séduire l'Allemagne, et d'arracher ses sujets à l'obéissance qu'ils devaient au souverain; ipoLtnédiatement après, il fit marcher ses troupes contre eux. Fort heureusement les princes de la ligue de Smalkalde, qui étaient toujours en garde contre une trahison, volèrent au secours de l'électeur de Saxe et disputèrent l'entrée de ses états aux troupes confédérées.
Paul JII voulut profiter de ce conflit pour transférer le concile de Trente dags une ville de sa dépendance; mais Charles- Quint, qui désirait se réserver les moyens de traiter avec les Allemands s'il était vaincu, s'opposa à ce projet, et fil signifier a. la cour de Ilome qu'il prétendait laisser toute liberté aux discussions religieuses; qu'il avait entrepris la guerre contre les protestants seulement pour les ramener à l'obéissance, et non pour leur imposer ses croyances. Le pape . répondit à l'ambassadeur de Charles-Quint qu'il ne com-
prenait riett à ses récriminations tardives, que leur traité spécifiait que sa majesté s'engageait à le seconder dans une guerre d'extermination contre les luthériens , et que d'ailleurs la publication d'un jubilé et le prélèvement des dîmes fait à son profit dans toutes les Espagnes témoignaient de son adhésion à la croisade qu'ils exécutaient, de concert contre les Allemands ; qu'en conséquence il était maître de prendre les mesures qui lui sembleraient propres à accélérer •l'extinction du schisme^ et qu'il persistait dans sa résolution de transférer le concile à Lucques.
Cette obstination du souverain pontife exaspéra l'empereur à tel point, qu'il envoya sur Theure une estafette à Trente portant Tordre à ses ambassadeurs de jeter le cardinal de Sainte-Croix dans TAdig^, s'il obéissait à la cour de Rome, et s'il osait dissoudre le synode : la menace produisit son effet, les sessions continuèrent, et les. Pères demeurèrent à Trente. Alors Paul III se retourna d'un autre côté; et sous prétexte que l'empereur refusait de partager avec lui des sommes considérables qu'il avait retirées des villes qui s'é-» talent rendues , il rappela ses troupes d'Allemagne ; de plus il organisa une conspiration contre les Doria de Gênes, qui tenaient pour Charles-Quint; et sans contredit ceux-ci eussent été chassés de leur résidence, si Jean-Lquis de Fiesque, qui était à la tête du complot, ne se fût noyé dans le port au moment où la lutte allait s'engager. Enfin , comme le pape n'osait pas rompre le concile, il accéléra les délibérations, et lit publier jour par jour les décisions prises par les Pères, afin que les protestants, dans l'appréhension de'la clôture des travaux, ne fussent pas tent('\s de venir à l'assemblée.
Charles-Quint avait bien compris le. bnt de la politique du saint-père, et comme il ne pouvait en prévenir les résultats, étantretenu encore pour longtemps en Allemagne ^ il se décida à frapper un coup qui irait droit au cœur de son ennemi; c'était de faire poignarder Pierre-Louis Farnèse, le bâtard de sa Sainteté.
Quatre jeunes seigneurs de Plaisance^ le comte Pallavicini, Landi, Anguissola et^Gonfalonieri, entrèrent d^ns le projet du prince ; ils formèrent une conspiration dont Ferdinand de Gonzague^ gouverneur de Milan, dirigeait les mouvements; et à un jour fixé, trente-sept conjurés s'introduisirent, avec des armes cachées sous leurs vêtements, dans la citadelle de Plaisance, comme pour faire leur cour au duc, après s'être emparés des principaux passages du palais. Jean Anguissola entra dans la chambre de Pierre-Louis et le poignarda , avant que celui-ci , qui était rongé de maladies honteuses et hors d'état de se défendre, pût appeler à son secours ; ensuite les conjurés tirèrent deux coups de canon , pour avertir Gonzague, qui était à une petite distance de là ville avec un corps d'armée, qu'il pouvait entrer dans Plaisance. Les Espagnols désarmèrent imtnédiatement les troupes papales, et prirent possession dé la province au nom de l'empereur.
Dès que la nouvelle de cette révolution parvint à Rome , le pontife en éprouva une sorte de vertige qui lui arracha d'affreuses imprécations; il blasphéma le nom de Dieu, outragea la mère du Sauveur, les apôtres et tous les saints et saintes du paradis; il murmura des menaces effroyables , et voulut se liguer avec les esprits infernaux pour con-