‹ Histoire des papes (volume 5)Chapitre 16 sur 33 · C15W.1 HISTOIRE DE PAUL IIL · texte numérisé non relu

C15W.1 HISTOIRE DE PAUL IIL

jurer la mort de l'empereur. Pendant plusieurs nuits il resta

enfermé dans son laboratoire, prononçant des exorcismes ,

étudiant le cours des astres, consultant ses astrologues et ses

magiciens; et comme ses conjurations n'avançaient pas sa

irengeance, il envoya un cartel de défi à Charles-Quint,

l'appelant en champ clos et lui offrant le combat à outrance.

Sa majesté impériale ayant refusé la singulière proposition

du pape , celui-ci traita avec le sultan Soliman pour qu'il

vînt faire une descente sur les côtes de Naples. En même

temps il fit répandre le bruit que la peste était à Trente ; ce

qui détermina les Pères^ qui ouvraient la huitième session, à

transférer le concile à Bologne.

Quelque bien ourdies que fussent ses machinations , deux événements inattendus, la mort de Henri VIII et celle de François I", vinrent encore le faire échouer. De plus, la victoire de Muhlberg, remportée par les impériaux sur les princes de Isr ligue de Smalkalde, venait de rendre Charles-Quint plus puissant que jamais; l'électeur de Saxe était tombé en son pouvoir, et ses états avaient été donnés à Maurice de Saxe, de la branche albertine. Or, l'empereur, qui n'ignorait rien des intrigues de la cour de Rome^ prit naturellement sa revanche^ et souleva une violente opposition en Allemagne contre le saint-siége ; il décida même les électeurs à écrire au pontife qu'ils se porteraient à de graves extrémités s'il ne réinstallait immédiatement le concile à Trente, et il fit appuyer leurs réclamations par son ambassadeur Mendoza.

Paul m se rejeta sur le respect qu'il disait avoir pour les décisions des Pères , et dans sa réponse aux princes allemands» il s'excusa sur l'obligation où il était de ne gôner en

rien les délibérations du concile;, il prétendit que les prélats avaient pris d eux-mêmes la résolution de continuer leurs séances à Bologne, qu'il ne pouvait en conséquence les faira revenir à Trente , mais qu'il était loisible aux évéques luthériens de venir à Bologne ou d'y envoyer leurs procureurs pour s entendre avec les Pères. Quant aux mesures qu'on menaçait de prendre contre le saint-siége, il se contentait de leur dire que le trône du vicaire de Jésus-Christ était fondé sur un roc inébranlable.

Cette obstination du pape à maintenir le synode dans la ville de Bologne, et son refus de faire droit aux réclamations des états et de l'empereur, eurent pour résultat d'exaspérer les protestants et de déterminer Charles-Quint à se déclarer en quelque sorte chef de l'Église, et à publier un décret qui fut nommé l'Intérim. Cet édit, au lieu d'apaiser les troubles, rendit les querelles religieuses plus violentes qu'auparavant, le prince ayant prescrit à tous ses sujets de l'une et de l'autre communion des règles de conduite, qui devaient être observées jusqu'à ce que l'Église en corps se fût expliquée sur les points de controverse entre les réformés et les catholiques. L'Intérim déplut à tous les partis; on le compara, pour la témérité, à l'Ecthèse d'Héraclius, et pour l'impiété, au Type de Constant. Les luthériens se plaigôirent hautement de ce qu'on leur imposait des dogmes qu'ils avaient condamnés connue sacrilèges et des cérémonies qu'ils avaient rejetées comme superstitieuses, telles que les rites observés dans la célébration de la messe , dans le baptême , et dans les sacrements du mariage et de l'extrême-onclion. Les catholiques le blâmèrent également et crièrent à la persécution;

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mais le pape, qui avait compris que l'Intérim ruinerait le parti de l'empereur, en le rendant odieux aux luthériens et -aux orthodoxes, se garda de faire de lopposilion, et se maintint dans la neutralité.

D'abord les magistrats réussirent à faire approuver le décret impérial par des bourgeois timides: et les ministres luthériens se trouvèrent obligés d'abandonner leurs troupeaux et de se condamner à un exil volontaire. Ce moment de crise ne fut pas de longue durée; bientôt le peuple reprit le dessus, toute l'Allemagne se souleva et réclama l'abolition de l'Intérim. Charles-Quint voulut résister à ce débordement général, et chercha à faire approuver son décret par la cour de Rome et par les Pères qui avaient fait scission avec les prélats réunis à Bologne et étaient restés dans la Ville de Trente ; mais ceux-ci ne firent aucune concession-, et le saint-père refusa également de sanctionner les édits du prince.

Sa Sainteté se contenta d'envoyer des jésuites en Allemagne, avec pouvoir de dispenser les fidèles de l'observation des préceptes contestés par les luthériens , de leur permettre lusage des viandes aux jours de jeûné, la communion sous les deux espèces, tout enfin, excepté le mariage des prêtres et la légitime possession dés biens enlevés au clergé.. Malgré ces concessions, le papisme était tellement en exécration dans les provinces allemandes, qu'aucun protestant ne voulut consentir à se ranger sous la bannière des jésuitest Le saintpère prit alors le parti d'accélérer les travaux de l'assemblée de Bologne; mais cette fois encore Tempereur contraria ses projets; et en dépit des efforts des jésuites Laynez, Salmeron et Lejay, les délibérations ne purent être continuées.

Paul voulut essayer d'un coup d'état : il lança une bulle qui déclarait le concile dissous, et ordonnait aux Pères de Bologne , comme à ceux qui étaient restés à Trente, de se rendre à Rome pour mettre fin au schisme, et pour décider en conseil sur les matières qui divisaient la chrétienté. Charles-Quint s'opposa à ce que les prélats de Trente obéissent au souverain pontife, et les choses restèrent dans la même situation.

Peu de temps après l'empereur entama des négociations avec Paul III , et proposa de faire exécuter la dernière bulle dans ses états, sous la condition que sa Sainteté donnerait son approbation à l'Intérim, et ne convoquerait les Pères de' Trente à Rome que comme de simples prélats. Cette offre fut rejetée, ainsi que Charles-Quint s'y attendait; maisies négociations avaient traîné en longueur, et il avait atteint son but, qui était de gagner du temps. Sa majesté catholique savait que la mort du pape était imminente par suite des ulcères affreux qui le rongeaient, et qui déjà avaient forcé ses chirurgiens à faire tomber sous le scalpel les organes de la virilité. Cependant le moribond n'avait rien perdu de la prodigieuse activité de son esprit; et quoiqu'il sentît la vie lui échapper peu à peu , il ne cessait de s'occuper de magie, et de consulter les astrologues, les magiciens, les nécromants et tous les devins de l'Italie sur ses destinées et sur celles de sa famille. Octave Farnèse, le second des iils de Pierre- Louis, ctSit surtout l'objet de sa sollicitude; et depuis la mort de son bâtard il avait reporté sur lui toutes ses affSections et toutes ses espérances. Il le proclama d'abord duc de Parme , et lui confia le commandement des troupes pontificales, pour le niotfr(» en c\t\t do se défendre contre Ferdi-

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