ISM.] ' HISTOIRE DE PAUL III
nand Gonzague, qni, non content de la possession Plaisance, avait investi les forteresses de San-Dominico , de Val di Taro et de Gastel-Guelfo, et se préparait en outre à attaquer Parme.
Bientôt le pape reconnut Fincapacité absolue de son petitfils ; et craignant qu'il ne laissât les impériaux s'emparer de son duché, il se hâta de le rattacher au domaine de TÉglise, et d'envoyer Camille Orsini, généralissime de ses armées, pour se mettre à la tête des troupes, et pour remplacer Octave Famèse, que sa Sainteté rappelait à Rome. Toutefois, en lui transmettant ses ordres, le souverain pontife s'engageait à rétablir Octave dans le duché de Camérino, dès qu'il aurait conclu un traité de paix, soit avec l'Espagne, soit avec la France. Mais le jeune Farnèse, irrité de se voir dépouillé tout à la fois du duché de Parme par son aïeul , et des états de Plaisance par son beau-père, résolut de se venger ; et deux jours après être sorti de Parme ^ au moment où il supposait qu^ Camille Orsini n'était plus sur ses gardes,^ il rebroussa chemin .et vint tomber sur les avant-postes^ qu'il voulait enlever pour se réinstaller dans la ville. Cette tentative ayant échoué, il entra en négociations avec Ferdinand Gonzague, et prit l'engagement d'abandonner ses droits sur Plaisance, et de se reconnaître vassal de l'empereur, s'il l'aidait à reconquérir Parme sur le saint-siége. La nouvelle de la défection d'Octave Farnèse causa à sa Sainteté un tel saisissement, qu'elle tomba plusieurs fois en faiblesse dans la journée.
Paul comprit que sa dernière heure était venue; et cependant^ par un sentiment d'orgueil et d'ambition , il voulut encore triompher de Charles-Quint , et il signa un bref pour réinstaller dans le duché de Parme celui-là même qui était
la cause de sa mort^ sous la condition qu'il abandonnerait le parti de l'empereur. Du reste, cette bulle n'eut pas d'exécution; l'évêque de Pola, à qui elle avait été conûée, la garda jusqu'à la mort du pontife, qui arriva le 10 novembre 1549.
Ciaconius aflirme que si Paul 111 eût vécu quelques mois encore, il aurait excommunié l'empereur, et se serait déclaré ouvertement en faveur de la France, afin de tirer vengeance de l'assassinat de son bâtard Pierre-Louis Farnèse. Ces dispositions du pape étaient vraisemblablement connues de Charles-Quint, car lorsqu'il reçut les dépêches qui lui annonçaient la mort du pape, il s écria : « Eniin, il y a à Rome )) un Français de moins; » et présentant les lettres de son ambassadeur au prince Philippe, il ajouta: « Prenez con- )) naissance de ces nouvelles, mon (ils, et soyez assuré que V) si les Farnèse font ouvrir le corps du pape, ils trouveront )) trois fleurs de lis gravées sur son cœur. »
Plusieurs auteurs ecclésiastiques ont fait l'éloge de ce pontife; et Henri de Sponde, dans sa continuation des Annales du cardinal Baronius, après avoir exalté les vertus de ce chef de l'Église, termine son panégyrique par les paroles suivantes: (( Il faut convenir que le saint-père eut pour sa fa- » mille une affection étrange qui lui lit commettre beaucoup » de crimes; mais il s'en repentit à son heure dernière, en » répétant les paroles du Psaliniste : « Si les miens n'avaient » pas dominé sur moi, je serais sans tache; » et Dieu lui » a pardonné. » Singulière manière d'expliquer les faits et d'interpréter l'histoire !
[ISM).] HISTOIRE DE JULES III. 19â