‹ Histoire des papes (volume 5)Chapitre 18 sur 33 · CHARLES-QUINT, 229* PAPE. UBNBI II · texte numérisé non relu

CHARLES-QUINT, 229* PAPE. UBNBI II

empereur d'Allemagne. roi de France.

Intrigues pour l'élection d'un pape. — Exaltation de Jules 111. — Commencement de son pontificat. — Ses amours infâmes avec Bertuccino, le gardeur de singes. — Il crée son mignon cardinal. — Ëditde l'empereur contre les protestants. — Négociations avec la France. — Bulles du saint-père relativement au concile de Trente.

— Progrès des jésuites. — Poursuites contre les hérétiques en Italie. — Affaire de Parme et de Plaisance. — Concile de Trente.

— Trêve entre la France et le saint-siége. — Mort du neveu du pape. — Le concile est suspendu. — Sa Sainteté négocie la paix entre l'empereur et le roi de France. — Révolution en Angleterre en faveur de TÈglise romaine. — Les jésuites sont poursuivis en France. — Jules III envoie un nonce en Angleterre. — Mort du pontife.

Les cérémonies des funérailles de Paul III étaient terminées depuis près de vinjijt jours, lorsque les cardinaux entrèrent qn conclave ; préalablement ils confièrent la garde de llomc à Horace Farnèse , qui commandait quatre mille hommes d'infanterie» et celle (lu Vatican au comte de Piiigliano, qui avait sous ses ordres cinq cents Italiens à cheval, et uae troupe de Suisses attachée ordinairement au service du palais pontifical. Dès le premier jour» il se forma trois factions dans

le sacré collège, celîe des impériaux, Celle des Français, et celle de la famille Fari^èse, dont Alexandre était le chef.

Naturellement chaque cardinal mit tout en œuvre pour faire réussir son parti; et après quelques scrutins de ballottage, on reconnut que les deux factions française et espagnole avaient des chances égales de succès. Quoique Alexandre' Famèse eut moins de voix que ses compétiteurs, son concours devait faire pencher la balance, et on chercha à le gagner. En homme é habile , le cardinal réunit ses partisans et agita avec eux la question de savoir s'il devait s'allier avec Charies-Quînt ou traiter avec les Français. Cette fois encore les opinions se partagèrent ; les uns repoussaient toute alliance avec Tempereur, ils rappelaient ses trahisons, ses fourberies, et l'assassinat récent de Pierre-Louis Farnèse , et concluaient qu'il était préférable de se déclarer pour les Français ; ils ajoutaient qu'avec Taide d'un pape qui leur devrait la tiare, ils obtiendraient des secours en hommes et, en argent, qui mettraient la famille Farnèse en état de recouvrer les villes de Plaisance et de Parme, dont Octave se trouvait dépouillé. Les autres objectaient qu'il était dangereux de traiter ouvertement avec les Français, et de s'attirer la colère de l'empereur, qui pourrait aisément perdre les Farnèse; qu'il fallait juger de l'avenir par le passé ; que si François I", uni avec Paul III, n'avait pu résister aux forces de l'empire, il n'était point probable que son fils dût obtenir plus de succès à une époque où tous les princes d'Italie étaient ligués contre les Français ; que d'ailleurs, par ses derniers traités, Charles- Quint se trouvait lié avec Octave, .et qu'il ne manquerait pas de le soutenir actuellement qu'il n'avait plus à redouter l'am-

bition d'un pape de leur. maison. Ces dernières raisons déterminèrent le cardinal Alexandre Farnèse à appuyer la nomination de Polus, cardinal du sang royal d'Angleterre, homme de mérite, qui était présenté parla faction impériale. Malheureusement CaraHa fit manquer 1 élection en accusant le candidat de luthéranisme ; cette accusation fit une impression telle sur les membres du sacré collège, que tous lui ^retirèrent leurs voix. Salviati fut également repoussé à cause de la sévérité de ses mœurs; enfin la faction Farnèse présenta son candidat, qui était un des mignons du pape défunt, le cardinal idel Monte. L'incapacité et les habitudes infâmes de ce prélat étaient de sûrs garants qu'il n'entreprendrait aucune réforme; la majorité des voix lui fut acquise, et il fut immédiatement proclamé souverain pontife et Père des fidèles sous le nom de Jules 111.

Le cardinal del Monte était né à Rome même, dans le quartier del Perione , d'une» pauvre famille originaire de Monte Sansavino en Toscane, dépendance du diocèse d'Arezzo. C'était^ selon l'expression de Bayle, un véritable soldat de fortune ecclésiastique qui s'était élevé de degrés en degrés jusqu'à la présidence du concile de Trente. D'abord il avait été métropolitain de Siponte, auditeur de la chambre apostolique, deux fois gouverneur de Rome, et ensuite cardinal. Conmoie il était doué dune très-belle figure, ajoute l'historien, il est facile de présumer ce qui lui avait valu tant de bénéfices et de si hautes dignités.

. Du reste , son langage et ses manières étaient en harmonie avec le cynisme de ses mœurs. Dans le conclave même , il pratiquait l'acte de sodomie avec les jeunes pages attachés

198 « mSTOIRE DES fAPUS. [1556.]

à son service , et loin d en faire un mystère , il afTectait de se laisser surprendre en flagrant délit par ses collègues, fiayle nous a conservé une correspondance entre sa Sainteté et une courtisane de Rome, dont Jules III partageait les faveurs aveô le cardinal Crescence , et dont ils élevaient les enfants à frais communs. Ces lettres renferment des récits de débauches tellement révoltantes, qu'il est impossible de les traduire en aucune langue; nous dirons seulement que le souverain pontife et le cardinal entraient par moitié dans les dépenses de la famille de leur maiti'esse, pbrce qu'ils se regardaient comme pères des enfants à des titres égaux, et que par scrupule dé conscience ils rejetaient la puternité sur l'un ou sur l'autre, lorsqu'ils assouvissaient leurs exécrables désirs de luxure sur leurs propres enfants !

Aussitôt quil eut été consacré, Jules 111 s'acquitta de l'engagement qu'il avait pris avec Alexandre Farnèse; il rendit la ville de Parme à •Octave, et paya vingt mille éciis d or à Camille Orsini pour l'indemniser du commandement de la province. 11 eut soin également, pour se mettre à couvert de la colère de Charles-Quint, qui pouvait lui savoir mauvais gré de disposer de celte ville sans son consentement, de lui donner satisfaction d*un autre côté; et il s'engagea par un serment solennel, prononcé en consistoire public, en présence des ambassadeurs de toutes les cours d'Europe, à continuer le concile de Trente.

Sa^ majesté catholique, satisfaite de cette concession, envoya Louis d'Avila à la cour de Rome pour féliciter le nouveau pontife sur son exaltation, et pour lui demander la bulle de réouverture du synode. Jules 111 répondit aux compli-

fisso.] matomE de jules m. im

ments par de grandes protestations de dévouement et d'affection pour la personne de Tempereur; mais relativement à la convocation du concile de Trente , il ne fit que des promesses évasives, et objecta qu'il ne pouvait pas la publier avant d'avoir obtenu l'assentiment de la cour de France et des principaux états d'Italie. « D'ailleurs, ajouta-t-il en riant, )) nous sommes assis sur le trône de l'Apôtre depuis quelques )) jours à peine, et vous ne trouverez pas mauvais que nous )) songions aux fêtes et aux plaisirs avant de nous livrer tout » entier aux affaires. »

En sortant de cette réception , les ambassadeurs de sa majesté catholique^ Louis d'Avila et Mendoza , écrivirent à l'empereur que le système politique à suivre avec la cour de Rome était celui de l'intimidation , attendu quil était présuinable qu'un pareil pape ferait toutes les concessions imaginables pour qu'on ne troublât pas ses joies et ses débauches. En effet, pendant le cours de son règne, Jules 111 songea plus à jouir du pontiGcat qu'à Texercer. a A la cour de sa Sainteté, n dit un grave historien , les jours et les nuits étaient em- )) ployés à des festins et à des saturnales ; souvent même il » arrivait que le pape, après s'être enivré avec ses cardinaux ))et des (illes d'amour, se dépouillait de tous vêlements, )) obligeait ses convives, hommes et femmes, à l'imiter; puis }) s'aiïublant d'une camisole qui lui descendait à peine jus- » qu'au-dessous de la poitrine, il se mettait à la tête de cette » étrange farandole, et parcourait les jardins du Vatican en )) chantant et en dansant. Lorsque le saint-père ét;ul fatigué, )) il rentrait au palais pour continuer lorgie. « Eh bien, di- » sait-il à ses cardinaux, que croyez-vous que ferait le peuple,

aOO HISTOIRE DES PAPES. . [1550.]

» si de jour, avec des cierges à la main, nous allions en » procession dans cet accoutrement, jusqu'au Champ de » Flore, en chantant des gaudrioles au lieu de cantiques? x> « — 11 nous jetterait des pierres, » répliqua un cardinal. a — Donc, reprit le pape, si nous ne sonmies pas lapidés » comme nous le méritons , c'est à nos habits que nous le » devons! » Rien ne peut donner une idée exacte des impu- » retés qui se commettaient à la cour de Jules III; ajoute » l'écrivain, sa Sainteté était presque toujours plongée dans » rivresse, et passait les nuits en orgies avec des courti&anes » et avec ses cardinaux. »

Ce fut à la suite d un de ces festins, qui duraient depuis six heures de la veillée jusqu'au lendemain matin, qu'il prit fantaisie au pape d'élever .à la dignité de cardinal un enfant de seize ans , appelé Innocept , qui remplissait auprès de sa personne, lorsqu'il était archevêque dé Bologne, le double emploi de mignon et de gardeur de singes. Jules lui portait une telle affection , que non content de l'avoir fait adopter par Baudoin del Monte, son frère, il l'avait installé dans son palais épiscopal, où il lui laissait tout pouvoir absolu, ne voulant pas même que ses maîtres l'astreignissent au plus léger travail , dans la crainte d'altérer sa santé. Quelques historiens affirment que ce mignon, qu'ils appellent Bartuccino ou le petit singe, était un enfant naturel du pape.

Depuis l'exaltation de Jules 111, le jeune Innocent continuait à habiter Bologne ; il réfusait obstinément de venhr à Kome, si on ne lui donnait le chapeau de cardinal; et malgré le vif désir du pontife d'avoir son favori auprès de lui, Jules n'avait pas encore osé proposer sa promotion, aûn de ne

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