‹ Histoire des papes (volume 5)Chapitre 20 sur 33 · ISM.] HISTOIRE DE JULES III. SOT · texte numérisé non relu

ISM.] HISTOIRE DE JULES III. SOT

La société témoigna sa reconnaissance au souverain pontife de la protection qu'il lui accordait^ en cherchant à feire triompher le catholicisme dans toutes les contrées oii elle s'était établie, et en dénonçant à la cour de Rome tous ceux qui lui paraissaient suspects d*hérésie. C'est ainsi que sa Sainteté eut connaissance qu'un grand nombre de théologiens, de curés, de vicaires et de moines mendiants de différentes provinces de l'Italie se montraient favorables aux idées de réforme.

Aussitôt Jules III expédia aux évêques de ces contrées Tordre d'interdire l'administration des sacrements et la prédication de la parole de Dieu, à tous ceux qui ne professeraient pas sur la religion des principes orthodoxes en rapport avec ceux de la cour de Rome. Il adressa en même temps un bref à Francesco Donato, doge de Venise, et an sénat ^ pour leur commander de prêter assistance aux évêques et aux inquisiteurs chargés d'anéantir les partisans des idées nouvelles. En conséquence de cet ordre , le conseil des dix, entièrement composé de fanatiques, résolut de surveiller les inquisiteurs, et leur adjoignit même des juges laïques pour éiaminer les accusations et pour prononcer les condamnations. Gomme l'intervention de l'autorité séculière , au lieu d'activer les poursuites contre les hérétiques, apportait souvent des entraves dans l'exécution des sentences prononcées contre eux, les jésuites sollicitèrent de la cour de Rome une bulle portant défense aux laïques de gêner la liberté ecclésiastique, de troubler la juridiction spirituelle, et de s'immiscer dans la connaissance des procès oonoemant les hérésies. Cette démarche maladroite irrita lei

Vénitiens, et une rupture éclata entre la sérénissime république et le saint-siége.

Jules III, toujours occupé de ses plaisirs, n'intervenait dans les afîaircs politiques que par des actes irréfléchis; ainsi, à l'égard d'Octave Farnèse, qui sollicitait depuis longtemps auprès de la cour d'Espagne la restitution de Plaisance^ sans pouvoir l'obtenir, il eut l'imprudence de refuser de prendre sa défense contre l'ambitieux Charles- Quint. Ce fut en vain que le prince dépossédé fit représenter par son ambassadeur Antonio Venturi , quo non-seulement l'empereur, au mépris de ses conventions , conservait Plaisance et l'avait fortifiée pour la mettre à l'abri de toute attaque, mais encore qu'il concentrait des troupes pour s'emparer de Parme; ce fut en vain qu'il fit valoir qu'il y allait de l'honneur de la dignité du saint-père de ne point permettre la spoliation d un de sesfeudataires; Jules refusa obstinément de se ranger du parti d'Octave Farnèse ; il répondit à l'envoyé du duc que son trésor était vide, que ses fêtes absorbaient tous ses revenus , qu'il était dans une pénurie complète et par conséquent hors d'état d'entamer la guerre; qu'il l'engageait à prendre la détermination qu'il jugerait la plus convenable à ses intérêts; quant à lui, que ses vœux l'accompagneraient dans cette entreprise, mais qu il ne pouvait rien faire de plus ; que cependant si les circonstances devenaient plus favorables, il n'oublierait pas le petit-fils de Paul III.

Comme cette réponse était loin de satisfaire aux exigences de la position, et qu'il devenait urgent pour le duc de se mettre en défense, le cardinal Farnèse demanda une audience secrète au pape , et supplia sa Sainteté de peimettr

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qu'Octave se plaçât sous la protection de princes assez puissants pour résister à son beau-père ; ce à quoi Jules accéda.

Fort de % l'assentiment du pontife, Octave signa immé- . diatement avec Henri II un traité d'alliance offensive et défensive qui excita la colère de l'empereur. Sa majesté catholique fit même signifier à la cour de Rome qu'on eût à prononcer la nullité de ce traité , si on ne voulait rompre avec elle. Jules ^ toujours lâche et pusillanime, se hâta de publier un bref qui portait défense au duc de Parme d'introduire des troupes étrangères dans un fief qui relevait de TÉglise, sous peine d'être déclaré rebelle et de voir ses biens confisqués. Le prince fit répondre au saint-père qu'il n'était plus en son pouvoir d'obéir, attendu qu'il s'était placé sous la dépendance de la France, avec l'autorisation du saint-siége, et que déjà une garnison étrangère se trouvait dans la place.

Alors le pape éclata en reproches sanglants contre les Famèse ; il les accusa de vouloir sa ruine ; de chercher à lui créer des embarras ; et pour les punir, il décréta la confiscation des fiefs de cette famille^ et chassa de Rome les cardinaux frères ou cousins d'Octave. Il fit expédier en même temps à son l^at de France un ordre de quitter la cour de Henri II, s'il refusait de rappeler la garnison française qui s'était établie à Parme , et s'il ne lui livrait pieds et poings liés le duc vassal du saint-siége, qui avait à répondre devant le sacré collée de sa rébellion et de sa félonie. Ces demandes ayant été rejetées, les hostilités commencèrent entre la France et Rome. L'empereur, qui ne voulait pas rompre ouvertement avec Henri II dans un moment ou le plus léger conflit pouvait lui Élire perdre l'Allemagne, parut rester étranger à cette guerre ;

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néanmoins le marquis de Mârignan , nn de ses gâiéranx, sons prétexte de prendre le parti du saint-siége contre les Farnèse, s'empara, au nom de Charles-Quint, de Montechio et de Castel-Nuovo.

Le pape , redoutant de se voir enlever ainsi les places de la Romagne occupées par les Faruèse , et craignant qu'il ne prit fantaisie à l'empereur de les garder, fit proposer à Hiéronyme Orsini, mère des Farnèse, aux cardinaux Alexandre et Ranuce, qui s'étaient retirés à Urbin, ainsi qu'à Horace qui commandait les troupes d'Octave, et à Garpi qui tenait encore la légation de Vitérbe, de lui rendre toutes les villes et places fortes qu'ils avaient dans la Campanie , afin de les mettre à Tabri des attaques des impériaux , sous la condition qu'il les rendrait à leurs légitimes propriétaires dès que la guerre serait terminée.

Ces mesures, consenties de part et d'autre , arrêtèrent en effet la marche du marquis de Mârignan, qui , n'ayant plus de prétexte pour guerroyer. dans les états de l'Ëglise^ et n'osant pas combattre ouvertement le pape , se rabattit sur Parme, dont il fit traîner le siège en longueur, pour attendre qu'il surgît un événement favorable/

Sa Sainteté comprit enfin que cette guerre contre la France n'était profitable en réalité qu'à l'empereur, et qu'elle ruinerait les finances de la cour de Rome, si elle se prolongeait plus longtemps ; en conséquence elle assembla les cardinaux en consistoire, et leur fit part de ses intentions relativement à la cessation des hostilités. Ceux-ci en écrivirent immédiatement à Alexandre Farnèse , et au cardinal de Tournon, l'ambassadeur français, qui tous deux accoururent à Rome pour

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