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conférer avec Jules IIL Us représentèrent au pape que rien ne leur était plus agréable que d'entrer en accommodement avec lui , que les intérêts du saint-siége s'en trouveraient également bien» attendu que sa Sainteté rattacherait à son parti les peuples du Parmesan et du Bolonais, qui avaient fait scission à cause de son alliance avec les impériaux. « Considérez, n ajoutaient-ils , les désastres que Clément VU a attirés sur » Rome', et voyez s'ils n'ont pas eu pour cause sa politique » tortueuse et ses alliances avec l'empereur; considérez que )) cette même persistance à soutenir Charles-Quint contre » Henri VIII a entraîné pour le samt-siége la perle irréparable » de l'Angleterre. Quel serait donc votre désespoir si un motif » semblable allait enlever la France à votre juridiction? » Déjà le roi Henri II a défendu à ses sujets de porter de » l'argent à Rome; déjà il a publié Une ordonnance pour la » convocation d'un concile national qui doit nommer un pa- »triarche français; déjà les doctrines de Calvin, malgré » Fadresse des jésuites, menacent d'envahir le royaume et de » remplacer le catholicisme. Ainsi, très-saint Père, hâtez-
9 vous 9 car les moments sont précieux »
Joies, suivant son habitude, chercha à conjurer le danger qui lui paraissait le plus imminent; il répondit au cardinal de Tonmon qu'il était prêt à accepter la paix avec la France , et qu'il le chargeait de la négocier à telles conditions qu'il jugerait convenables, sauf l'honneur du saint-siége. En outre, il confia la légation de France au cardinal Verallo , qu'il savait être agréable à Henri II, pour obtenir de ce prince l'autorisation de persécuter les protestants et la permission de quelques collèges de jésuites à Paris.
Les disciples d'Ignace de Loyola ne produisaient pas en effet. une grande sensation dans la capitale de la France; et en dépit des efforts de Guillaume Duprat , évêque de Clermont, leur protecteur; en dépit de teur hypocrisie et de leur feinte humilité , ils n'avaient pas encore pu vaincre les répugnances du peuple parisien, et ils végétaient dans l'obscurité, vivant d'extorsions, d'aumônes et de legs pieux, et n'ayant pour abri qu'une maison délabrée.
Quoique n'exerçant en apparence aucune influence sur les esprits , les jésuites en réalité étaient des auxiliaires précieux pour le saint-siége par l'espionnage et par la prépondérance qu'ils«avaient su prendre sur les hommes faibles qui leur confiaient, à titre de confesseurs, la direction de leur conscience, et de celle de leurs femmes ou de leurs enfants. Et ce pouvoir occulte qu'ils exerçaient se faisait sentir non-seulement à Paris , mais encore dans toutes les contrées oii se trouvaient des jésuites. Aussi sa Sainteté comptant sur leur habileté accoutumée pour faire triompher le parti de la cour de Rome, fît-elle rouvrir les séances du concile de Trente, sous la présidence de Marcel Crescentio, cardinal légat, assisté de deux adjoints, Sébastien Pighini , métropolitain de Siponte, et Louis Lipoman, évêque de Vérone, sans s'inquiéter de l'appel fait aux prélats luthériens d'Allemagne par Charles- Quint, qui , ayant à cœur de se venger du pape , avait exigé que les protestants fussent représentés à l'assemblée.
Les jésuites s'élevèrent contre cette demande de l'empereur; et lorsqu'elle eut été transmise officiellement aux légats du saint-siége, ceux-ci protestèrent avec énergie et soulevèrent une foule de difficultés qui rendaient impossible ,
suivant eux , l'admission des ministres confessionistes dans le concile , surtout pour ceux de Maurice de Saxe ; ils ne consentirent à recevoir que les luthériens purs. Cette concession ne laissa pas que d'alarmer le pape , qui redoutait les conséquences d'un débat ent^e les protestants et ses théologiens; et il fit signifier à ses légats qu'ils ne devaient autoriser aucune conférence publique, ni aucun débat sur les matières religieuses, avec les sectateurs de Luther.
II. y eut alors de violentes disputes entre les catholiques et les protestants; et ces derniers, qui se trouvaient protégés par les ambassadeurs espagnols, dont le but était de susciter des embarras à la cour de Rome, pour l'obliger à se séparer de la France , finirent par l'emporter sur le pape , et obtinrent que les confessionistes seraient admis à présenter les articles de leur croyance au secrétaire du concile en congrégation générale. Les expressions dont ils se servirent dans, leur libelle en parlant des papistes et du culte de l'Ëglise romaine, étaient tellement irrévérencieuses, qu'elles causèrent le plus grand scandale parmi les Pères catholiques.
Pendant que les théologiens des différentes communions donnaient au monde le spectacle de leurs ridicules querelles, l'empereur guerroyait tcftijours avec son gendre; et comme il était à craindre que le duché de Parme ne finît par être enlevé au saint-siége , Jules III se décida à terminer les négociations avec la France. Il arrêta avec l'ambassadeur de .Henri II que le duc Octave rendrait ses états au saint-siége, et qu'en échange il lui donnerait la principauté de Gamerino et d'autres domaines; il s'engagea en outre à mettre dans Parme une garnison qui serait composée par moitié de Fran-
çais et d'Italiens; et il prit rengagement solennel de garder cette Tille contre Temperenr, et de ne jamais le favoriser dans les différends qu'il pourrait avoir avec la France. Mais le duc Octave ayant remontré à Henri U que cet arrangement ruinait $a maison, le roi donna ordre au cardinal de Toumon de se rendre à Rome pour modifier les termes du traité et pour demander qu'Octave fût maintenu dans Parme, et que le duché fût placé sous la protection de la France», Le cardinal parvint sans peine à faire comprendre à Jules que celte dernière mesure était la seule qui convînt aux intérêts du saint-siége, attendu qu'elle lui permettrait d'avoir toujours en Italie un ennemi puissant à opposer à l'ambition de Charles-Quint.
£n conséquence 9 on arrêta les articles suivants : 1^ Pendant deux années le pape conservera la neutralité entre la France et l'empire, et n'assistera ni l'un ni l'autre parti d'hommes, d'argent ou de toute autre manière. 2^ La ville de Castro sera remise à Horace Farnèse , sous la condition que les deux cardinaux Alexandre et Ranuce, ses frères, se rendront caution de sa conduite envers le jaint*siége. 5^ Le pontife rappellera auprès de lui son neveu Jean-Baptiste del Monte et les troupes qui sont encore îiu service de l'empereur, 4<> Sa Sainteté signifiera à Charles-Quint qu'il ait à délibérer immédiatement sur les conditions de cette trêve^ et qu'il ait à évacuer le territoire de Parme et de la Mirandole.
Malgré les avantages réels qui résultaient pour le saintsiége de ces arrangements , ils faillirent n'être point ratifiésr^ par suite de l'obstination du neveu du pape , qui non-seulement refusait de traiter avec la France, mais encore qui
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menaçait de se déclarer contre FËglise en faveur de Charles- Quint, si on persistait à vouloir rappeler les troupes qui assiégeaient la Mirandole sous ses ordres. Fort heureusement il iîit tué dans une sortie » et sa mort leva le dernier obstacle à la ratification du traité entre la France et Rome. Jules III expédia aussitôt à ses généraux Alexandre Vitelli et à Camille Orsini l'ordre de ramener leurs troupes à Rome. Le siège de la Mirandole fut levé immédiatement ; et cette courageuse cité , qui avait supporté pendant deux années toutes les rigueurs d'un siège , put enfin être ravitaillée. Hippolyte d'Ëste, cardinal de Ferrare, prit le commandement delà place, et avec l'aide des troupes françaises il (it replier sur PlsCisance un corps de trois mille Allemands qui avaient été envoyés par le marquis de Marignan pour essayer de reprendre les positions abandonnées par les assiégeants. L'empereur témoigna un vif mécontentement de tout ce qui s'était passée et fit menacer la cour de Rome de sa colère si elle ne s'empressait de rompre avec la Fiance ; on ne tint aucun compte de ses remontrances. Déjà sa puissance commençait à décroître; ses fourberies étaient usées, sa politique machiavélique ne faisait plus de dupes et tous, rois et peuples, avaient un égal mépris pour sa personne. D'ailleurs Charles-Quint se trouvait sur les bras une guerre avec les princes allemands, guerre qu'il avait eu l'imprudence dentamer, et dont les résultats ne pouvaient que lui être funestes.
Aussitôt qu avaient éclaté les hostilités, les princes Maurice de Saxe et Albert de Brandebourg s'étaient empressés d'en instruire les Pères du concile de Trente , pour qu'ils abandoimassent les discussions oiseuses et vinssent renforcer
leurs rangs ; et en même temps ils avaient publié un manifeste contre Fempereur, qu'ils accusaient avec juste raison d'avoir violé les constitutions de l'Allemagne, et d'avoir attenté à son indépendance. Le roi de France profita haBilement des circonstances et se déclara le défenseur des libertés germaniques, quoique au même instant il cherchât à démontrer au pape que les luthériens n'avaient été jusque-là entre les mains de Charles-Quint que des instruments pour abaisser la puissance pontificale.
Une ligue piiissante s'organisa spontanément dans toute la Germanie pour la défense de la religion ^ et une armée de protesfimts se dirigea vers la ville de Trente. Alors les prélats espagnols, napolitains et siciliens, qui redoutaient d'être faits prisonniers comme sujets de lempereur s'ils tombaient au .pouvoir de ses ennemis^ s'enfuirent précipitanmient du concile. Les évêques italiens suivirent bientôt leur exemple et s'embarquèrent sur TAdige pour se rendre à Vérone. Enfin, lorsqu'il ne resta plus que les nonces et quelques jésuites , Jules m publia la suspension du concile. Sa Sainteté pouvait d'autant mieux prendre cette mesure^ que Charles- Quint ne se trouvait plus en état de lui causer le moindre préjudice , étant lui-même attaqué de tous les côtés par les Français et par les Allemands. Enfin , après plusieurs mois de luttes acharnées, l'empereur fut vaincu à Inspruck et obligé d'acheter la paix.
Par le traité de Passau , sa majesté rendit la liberté à Jean- Frédéric, électeur de Saxe, ainsi qu'au landgrave de Hesse, beau-père de Féiecteur Maurice ; il accorda le libre exercice du culte prescrit par la confession d'Augsbourg et le rappel des
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ministres protestants exilés en vertu de l'Intérim. En outre, il consentit, sur les représentations des électeurs, à remettre ladùiinistration de l'Allemagne entre les mains de son frère Ferdinand^ qui iîit proclamé roi des Romains. Déjà le prince possédait en toute souveraineté le royaume de Hongrie, qu*il avait même augmenté des états de la reine Isabelle et de son jeune fils le roi de Transylvanie, par suite de l'abandon forcé que lui en avaient fait les maîtres légitimes. Cette spoliation avait été accomplie au profit du frère de Charles-Quint par l'évèque Georges de Martinuzzi, qui reçut en récompense le titre de vice-roi et le chapeau de cardinal.
Dans la suite^ par un de ces retours de fortune si fréquents à la cour des princes^ le prélat devint suspect au nouveau monarque, et sa mort fut résolue. Un certain marquis de Cas-^ taldo, confident de Ferdinand, fut chargé de l'exécution du crime. Un jour donc que le cardinal se rendait à une maison de plaisance qu'il possédait à Winitz , Castaldo lui demanda la permission de l'accompagner, ne se faisant aucun scrupule de devenir Thôte de sa victime. Toutes les mesures avaient été prises afin qu'en cas d'échec une troupe de soldats espagnols vtnt prêter main forte au marquis ; le lendemain matin, le secrétaire de Castaldo se fit introduire dans l'appartement de Martinuzzi sous prétexte de lui remettre des dépêches, et pendant que le cardinal se penchait sur la table pour les signer, il le frappa d'un coup de poignard dans la poitrine. Le prélat se sentant blessé, cria au secours et se jeta sur l'assassin pour le terrasser; mais au bruit de la lutte, Castaldo entra le sabre à la main^ et d'un seul coup il lui fendit
le crâne. Comme il se tenait encore debout, quatre soldats •vil. 15
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déchargèrent à bout {K)rtaiit leur arquebuse, et retendirent roide mort. Le cadavre demeura soixanle^ix jours sur le plancher de Tappartement, les Espagnols refusant consfam-* ment de lui faire rendre les honneurs de la sépulture; enfin le comté Sforce Pallavicini, qui commandait la province i permit aux Hongrois d'enterrer le malheureux Martinuzzi*
Indépendamment de son désir de se débarrasser d'un homme qu'il redoutait, le roi des Romains avait espéré que la mort du cardinal le rendrait maître de trésors considé-râbles; il éprouva une grande déception; car les assassms ne trouvèrent qu une somme très-faible qu'ils se partagèrent> et Ferdinand n'eut pour sa part qu'une oreille, que le barbare Castaldo lui envoya comme gage de son dévouement.
Dès que la nouvelle de ce meurtre lut parvenue à Rome» sa Sainteté entra dans une grande colère, et cita le monarque à son tribunal pour avoir à se justifier d'un assassinat commis sur un prince de l'Ëglise. En vain ses ambassadeurs et ceux de Charles-Quint intervinrent pour faire révoquer cet arrêt, le pape déclara qu'il voulait faire justice d'un souverain assez téméraire pour s'attaquer à ses cardinaux ; et sur le refus de Ferdinand de se rendre à Rome, il fulmina une excommunication majeure contre lui et ses complices , et ordonna que la sentence serait affichée dans tous les états de l'Europe.
Cet acte de rigueur est le seul qu'on cuisse citer dans tout le cours de règne de Jules 111» et encore doit-on supposer qu'il ne fit qu'obéir à l'impulsion du sacré collège, qui avait à venger la mort d'un de ses membres ; car moins d'un mois après la publication de cette bulle, il céda aux menaces des Espagnols, et consentit à rapporter son décret d'excommunication.
ambassadefirs de Charles-Quint surent même tenter si habi-lement la cupidité du pape par la promesse de sommes considérables, qu'ils le décidèrent à se proposer comme médiateur entre l'Espagne et la France. Prosper de Sainte* Croix 9 un des grands dignitaires de la cour de Rome, fiit envoyé auprès de Henri II pour aviser aux moyens de rétabli^ la concorde entre les deux souverains. Le roi de France ne voulut entendre à aucun accommodement avec l'empereur, seulement il consentit à renoncer à ses projets d'invasion dans le royaume de Naples, et à faire retirer la flotte de Soliman, son allié, qui croisait sur les côtes ^ sous la condition que les impériaux quitteraient le territoire de Sienne, dont les habitants étaient en guerre avec l'empereur, et que l'indépendance de cette florissante cité serait reconnue par le prince. Cette concession n'ayant satisfait aucune des parties belligérantes , les hostilités recommencèrent en Italie; mais bientôt l'empereur se vit contraint de quitter la Toscane avec son armée pour voler au secours de Naples, que* les Turcs tenaient étroitement bloquée; en partant, il cemit au saint-siége ses pleins pouvoirs , et autorisa Jules III à offrir la paix aux Siennois , sous la condition qu'ils reconnaîtraient le cardinal Fabien^ neveu du pape, pour leur chef, et qu'ils recevraient une garnison étrangère. Ces propositions furent encore rejetées par les citoyens, qui ne voulaient pas plus de la domination du pape que de celle de Tempereur; et la république de Sienne continua à guerroyer pour recou* vrer son indépendance.
Pendant que les peuples de l'Italie s agitaient pour se soustraire à la tyrannie des évoques de Kome^ les théologiens
calvinistes de Genève, ces ennemis implacables du papisme, ces censeurs fiiribonds des abus et des cruautés des catholiques, devenaient à leur tour persécuteurs, et Élisaient dresser sur la grande place de leur ville le bûcher qui devait consumer Michel Servet, condamné conmie impie, hérétique et athée !
Cet homme célèbre était originaire de Yillanova en «Aragon. Dès rage de seize ans il était venu en France pour étudier le droit à l'université de Toulouse; après avoir terminé ses études il avait parcouru l'Italie et s'était mis en relation avec les sociniens; ensuite il avait visité la Suisse et T Allemagne. A Bâle, il avait eu des conférences publiques avec Œcolampade; à Strasbourg, il avait discuté avec Capiton Bucer sur les dogmes de la Trinité et de la consubstantialité ; il leur avait démontré que les réformateurs n'accpmpliraieAt pas entièrement Tœuvre d'émancipation, parce qu'ils redoutaient de porter la hache et le marteau sur le vieil édifice de *la superstition et d*en abattre jusqu'à la dernière pierre. Ses 'adversaires furent scandalisés de la hardiesse de ses vues; et Bucer, qui passait pour le moins violent d'entre les luthériens 9 dit un jour, à la suite d une conférence qu'il avait eue avec le jeune Michel Servet : u Cet impie est plus » fort qiie nous tous; si nous ne le mettons pas en pièces, et )) si nous ne lui arrachons les entrailles ^ il nous dévorera. >: * Peu de temps après, Servet publia sur la Trinité des dialogues dont la singularité souleva contre l'auteur tous les protestants. EfGrayé des dangers qu'il courait en Allemagne, Michel Servet se réfogia en France, renonça à la carrière du barreau et étudia la médecine. Il ne fut guère plus heureux
dans celte nouvelle profession , car ayant émis sur la circulation du sang des idées nouvelles qui étaient en opposition avec celles de la faculté, oii cria à l'hérésie, on le força à; quitter Paris, et à abandonner ses travaux sur une découverte qui plus tard fut déclarée Tune des plus belles conquêtes de Thumanité dans le domaine de la science. Alqrs il se retira dans le Dauphiné, et entra chez les frères Frellon en qualité de correcteur d'imprimerie. Chargé de surveiller une réimpression de la Bible» le prote y ajouta une préface et des notes €pxe Calvin appela impies et impertinentes. Michel répondit aux attaques du réformateur, et entra en correspondance avec lui sur différentes questions de dogmatique; bientôt leurs disputes s'envenimèrent au point que leurs lettres ne contenaient plus que de grossières invectives ; dès lors ils furent ennemis irréconciliables. Servet^ voulant humiUer son rival, lui adressa un manuscrit où il relevait un grand nombre d'erreurs qu'il avait conmiises dans l'Institution chrétienne^ le meilleur de ses ouvrages; ce qui rendit Calvin si furieux^ qu'il écrivit à Favel et à Yiret, deux de ses disciples , que si jamais cet hérétique lui tombait entre les mains i il emploierait tout son crédit pour lui faire perdre la vie.
Michel fit ensuite paraître son fameux traité (( Dé Chris- » tianismi restitutione , » dont on n'a plus aujourd'hui que deux exemplaires. Malgré le soin que fauteur avait pris de se couvrir du voile de l'anonyme, Calvin le devina à l'ironie avec laquelle il parlait de sa personne et de ses écrits. A partir de Ce moment la perte de Michel Servet fut résolue par le réformateur; et pour arriver à son but, il n'hésita pas à jouer le rôle de délateur ; il fit parvenir à l'archevêque de Lyon
quelques feuillets du traité de Servet. Le cardinal de Tournon^ qui occupait le siège de cette ville » dirigea aussitôt des poursuites pour découvrir latélier d'où était sorti le livre; mais ses recherches ayant été infructueuses, l'auteur allait échapper au danger qui le menaçait, lorsque Calvin envoya de Genève les originaux de quelques lettres qui lui avaient été adressées par Michel et qui avaient été imprimées dans le traité. Servet fut aussitôt arrêté ^ et renfermé dans les prisons de Vienne en attendant le jour de son jugement. Ses amis trouvèrent heureusement le moyen de le faire évader et le cachèrent dans les environs de la ville. Comme il était à craindre qu'on ne finît par découvrir sa retraite^ Michel Servet se décida à quitter la France , et se rendit à Genève» pour gagner ensuite l'Italie.
Calvin ne lui en laissa pas le temps; dès qu'il eut appris que son ennemi était venu se réfugier dans une ville où il était tout-puissant, ille fit arrêter; et cooune il ne voulait pas se trouver soumis aux lois du pays, qui ordonnaient que dans des causes semblables laccusé et l'accusateur partageassent le même cachot, il céda le principal rôle à un de ses domestiques nommé Lafontaine» et se réserva de discuter sur les questions théologiques.
Servet ne parut pas s'inquiéter des menées de son adversaire; et lorsqu'on vint lui annoncer que le vice-bailli de Vienne avait demandé son extradition, il se jeta aux pieds de SCS juges, les suppliant de le retenir à Genève. Ces infâmes magistrats parurent accéder à sa demande , et en même temps ils chargèrent Calvin d'extraire des ouvrages de Taccusé les propositions quil ti*ouverait condamnables. On remit ensuite
à Servet le mémoire rédigé par le réformateur, pour qu'il eût à y répondre.
Au lieu de faire ce qui lui était ordonne, le courageux Michel se contenta d'écrire dés notes marginales, dont quelquesunes étaient des épithètes injurieuses; et il déclara qu'il ne consentirait à discuter avec Calvin que devant le conseil des deux cents. Les juges ne tenant aucun compte de cette réclamation^ achevèrent l'instruction» du procès, et en envoyèrent des copies à Zurich, à Berne, a Baie et à Schaffhouse, pour avoir lavis des ministres protestants de ces différentes villes, tous disciples de Calvin. Michel Servet fut déclaré coupable par chacun d'eux; toutefois personne ne se prononça pour appliquer à l'accusé la peine de mort. Et cependant; honte sur Calvin ! le 26 octobre 1553, le tribunal, cédant à ses pressantes sollicitations, s'assembla pour la dernière fois, et condamna Taccusé à être brûlé vif.
Lorsque cette sentence lui fut annoncée , Servet demanda à voir le réformateur, et il eut avec lui un entretien de deux heures. On dit qu'il chercha à réveiller quelque sentiment d'équité dans le cœur de son implacable ennemi ; qu'il lui représenta que sa mort serait une tache inelTaçable dont il ne pourrait jamais se laver; on dit qu'il chercha à lui faire comprendre que l'intérêt même de sa doctrine exigeait qu'il se rattachât tous les hommes qui luttaient contre le papisme Rien ne put changer la détermination de Calvin : le lendemain, Michel Servet, l'antitrinitaire, fut exécuté dans un endroit appelé Champey, à peu de distance de la porte méridionale de Genève!
Plus tard le réformateur entreprit de justifier son crime
22^ HISTOIRE DES PAPES. [VOk.]
juridique, en publiant un ouvrage où il établit qu'on a le droit de faire périr les hérétiques : ce livre parut précisément dans le moment où les protestants ne cessaient dëlever de justes plaintes contré les traitements bai'bares auxquels ils étaient exposés dans les pays catholiques. La cour de Rome s'empara des arguments de son redoutable adversaire pour justifier ses sanglantes proscriptions ; et sous ce point de vue, lé supplice de Servet fut pour elle un incident heureux.
En Angleterre^ un aub^ événement bien plus important venait de s'accomplir : le jeune Edouard YI, fils de Henri VIII, était mort, et la princesse Marie , sa sœur, fille de Catherine d'Aragon , lui avait succédé. Cette reine, catholique fougueuse, ne fut pas plus tôt sur le trône, qu'elle rappela les jésuites dans la Grande-Bretagne, abolit le luthéranisme, qui avait été déclaré la religion de l'état par son frère Edouard YI , et conmaença des persécutions contre les protestants. Ensuite elle députa auprès de sa Sainteté, Jean- François Commandon, jeune poète italien qui était fort avant dans ses bonnes grâces, pour remettre à Jules III une lettre confidentielle, et pour le prévenir, qu'avec l'aide de Dieu, elle espérait replacer bientôt l'Angleterre sous l'obédience de la cour de Rome. Elle lui faisait part en outre de son projet de réunir les couronfies d'Espagne et d'Angleterre, en épousant le fils de Charles-Quint.
Le pape, comprenant que ce mariage allait placer la Grande-Bretagne sous la dépendance de la maison d'Autriche, en conçut de vives inquiétudes, et prit immédiatement des n^esures pour en empêcher la conclusion. U fit partir pour l'Angleterre, avec le titre de légat, le cardinal
flSNk) HISTOIRE DE JULES III. i»
Polus, Espagnol de nation, ennemi personnel de Tempereur. Ce prélat se mît en route avec d'autant plus d'espérance de réussir dans sdn importante mission , qu'il avait été autrefois le confesseur de Marie , et qu'il savait que la reine lui avait conservé toute sa confiance. Mais Charles-Quint, qui» prévoyait les entraves que la cour de Rome cherchait à apporter dans ses projets, se tenait sur ses gardes; il ne se fit donc pas faute d'arrêter le cardinal Polus à son passage en Allemagne, et de le retenir prisonnier contre le droit des gens 9 sans s'inquiéter du sauf-conduit qu'il avait obtenu de son ambassadeur. La seule grâce qu'il accorda au prélat, par égard pour son caractère diplomatique, ce fut de le faire conduire à sa cour, où on le garda à vue jusqu'à ce que le mariage de Philippe et de Marie eut été célébré. Alors sa majesté lui rendit la liberté, le combla d'honneurs, et lui permit de continuer sa route pour l'Angleterre.
Polus fiit accueilli à Londres avec une grande distinction. Le chancelier du royaume vint le recevoir à son débarquement avec une suite brillante de seigneurs , et le conduisit jusqu'au palais où l'attendaient le roi et la reine, debout sur le seuil de la porte pour lui faire plus d'honneur. Quelques jours après son arrivée, le cardinal légat fut introduit au parlement par le grand maitre de la maison de la reine, par quatre chevaliers de l'ordre de la Jarretière , et par un nombre égal d'évêques. Les deux chambres réunies prirent entre ses mains l'engagement de révoquer toutes les lois faites contre • l'autorité du saint-siége ; et à son tour il prononça l'absolution du schisme^ que toute rassemblée reçut à genoux, Philippe et Marie donnant l'exemple. Ensuite on envoya une pompeuse
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ambassade à la cour de Rome, pour amioncer au pontife la réconciliation de l'Angleterre avec TËslise, et pour lui demander son approbation à la renonciation que Charlés-Quint avait faite de la royauté de Sicile en faveur de son fils Philippe d'Epagne.
Jules 111 ratifia la cession; néanmoins il n'accorda Tiifvestiture du royaume qu'à la condition que le nouveau roi produirait dans l'année son privilège en faveur de son droit; qu'il ferait le serment d'hommage à l'Église, et qu'il reconnaîtrait en termes exprès que les étals de Naples, et tout le pays situé en deçà du phare, jusqu'aux frontières de Tétat ecclésiastique , à l'exception de la ville de Bénévent et de son territoire , lui étaient octroyés ainsi qu'à ses héritiers et successeurs, par la seule faveur et par la libéralité du siège apostolique , sans toutefois porter préjudice aux droits de la princesse Jeanne, reine d'Espagne et des Deux-Siciles.
Les jésuites, qui avaient si heureusement travaillé à la conversion de l'Angleterre , furent récompensés par des dignités aussi ridicules qu'illusoires ; Jean Maynez, Portugais, fut nommé patriarche du Congo; le Père Oviédo reçut le titre d'évêque de Nicée, et le Père Garnero celui d'Hél'apolis. Quelque temps auparavant sa Sainteté avait déjà récompensé de la même manière ceux qui avaient rempli des missions en Asie et en Afrique, entre autres saint François Xavier, qui avait été créé patriarche des Indes.
Si les jésuites faisaient de grands progrès en Amérique, ' dans les Indes et au Congo , il n'en était pas dé même en • Europe ; car, à l'exception de l'Angleterre, aucune nation ne voulait les accueillir. Ainsi, eu France, ils étaient repoussés
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par le peuple, par le clergé, par le parlement et même par la Sorbonne, ce corps qui se montra plus tard si docile et si complaisant pour la société de Jésus, quand ses membres furent en possession du titre de confesseurs des rois. Depuis 'plusieurs années les jésuites avaient hérité des biens de Guillaume Duprat, leur protecteur, et ils réclamaient inutilement des lettres patentes de Henri II pour entrer en jouissance de ce leos. Enfln, le roi cédant aux sollicitations du cardinal de Lorraine, consentit à leur délivrer l'autorisation de prendre possession de l'héritage , sous la condition qu'ils emploieraient les fonds, d'après la volonté du légataire, à la fondation d'un collège. Mais lorsque ces lettres patentes furent présentées au parlement pour être entérinées, les membres de cette assemblée protestèrent contre rétablissement d'un nouvel ordre religieux, prétextant que le nombre des couvents était déjà trop considérable en France. Cette opposition fut vivement appuyée par les curés, dont les jésuites usurpaient les droits , et par les évêques , qui étaient jaloux de les voir affranchis de leur juridiction.
Les jésuites ne se regardèrent point comme battus ; ils sollicitèrent de nouvelles lettres du roi, et présentèrent une seconde requête au parlement, qu'ils eurent soin de faire appuyer par Catherine de Médicis et par Diane de Poitiers, dont ils dirigeaient les consciences. Cette fois encore ils furent déboutés de leur demande, et renvoyés pardevan t la Sorbonne. Cette assemblée étant saisie de l'affaire, la discuta longuement, et eû&n, le 1" décembre 1554, elle rendit le décret suivant : a Nous déclarons impie et sacrilège cette nouvelle société 1^ qoî intitule orgueilleusement compagnie de Jésus, parce
» qu'elle reçoit indifféremment et silencieusement dans son » sein toutes sortes de personnes ^ quelque infômes qu'elles » soient; parce qu'elle possède des privilèges dangereux re- » lâtivement à l'administration de la pénitence et à la liberté » d'enseignement; parce qu'enfin elle veut s'attribuer le droit d'élever des maisons d'éducation au préjudice des évêques ; » parce qu'elle se met en dehors de l'ordre hiérarchique du » clergé régulier et séculier, et même en dehors de la juri- » diction des princes temporels et des universités. Nous dé- » clarons^ en outre, que cette société ne peut engendrer que » troubles et schismes dans les états où elle parviendra à » s'introduire; qu'elle anéantira la liberté de la pensée pour » assujettir les consciences au pape ; enfin, qu'elle sera aussi )) redoutable pour les rois que pour les peuples. »
À l'appui de cette décision de la Sorbonne, l'évèque de Paris^ Eustache de Bellay, joignit une requête tendant à obtenir l'exclusion des jésuites de son diocèse. Il résulta de cet ensemble de plaintes et de récriminations que les disciples de Loyola furent mis en interdit et chassés de la capitale, malgré les lettres patentes du roi. Alors ils se retirèrent dans le quartier Saint-Germain , sous la protection du prieur de l'Âbbaye, qui se prétendait indépendant de la juridiction de l'évèque par privilège particulier. Au reste, ce n'était pas seulement en France que les ésuites étaient devenus en exécration; ^n Espagne même, ils n'avaient pas encore pu sétablir solidement, et ils étaient tolérés plutôt que protégés de la cour de Madrid ; Charles-Quint ne les admettait jamais dans ses conseils particuliers^ et se contentait de les employer dans ses états d'Amérique. En Angleterre ^ malgré l'appui
qu'ils avaient trouve auprès de la reine , ils n'avaient pu se faire accepter ni du. peuple, ni des seigneurs ni du clergé. Voici en quels termes Georges de Brousvel , archevêque de Dublin ^ parlait de la société des jésuites dans un sermon : (( Il s'est élevé depuis peu une nouvelle congrégation qui se » nomme Compagnie de Jésus , et qui se proclame milice du » pape. Ces séides de la tyrannie pontiGcale vivent comme » les scribes et les pharisiens, et s'efforcent de remplacer la » vérité par le mensonge et la lumière par les ténèbres. » Sans aucun doute ils parviendront à leurs fins, mes frères, )) à cause de leur astuce^ qui leur fait revêtir une multitude )) de formes pour combattre; avec les païens ils adorent les » idoles, avec les athées ils renient Dieu, avec les israélites ))ils professent le judaïsme, avec les protestants ils se dé- )) clarent réformateurs ; et tout cela pour connaître les pro- )) jets, les pensées, les inclinations de leurs ennemis, tout cela » pour entraîner les hommes jdans une voie de perdition et » pour leur faire dire : a II n'y a pas d'autre Dieu que le ' » pape. » Ils se répandent par toute la terre , et se font ad- » mettre dans le conseil des princes pour dominer plus » sûrement les nations, pour subjuguer l'humanité, pour la » courber sous le joug des évéques de Rome. Mais espérons » qu'un jour Dieu se lassera de tant de scandales , et peromettra que ces abominables jésuites soient poursuivis par » ceux qui leur auront prêté assistance, par les papes eux- )) mêmes^ pour lesquels ils auront bu toute honte ; espérons » que ces séides de Satan deviendront plus misérables que les » juifs, et que leur nom sera un jour conspué et honni; es- » pérons qu'ils seront regardés comme les êtres les plus dé-
» gradés et les plus abjects de l'espèce humaine, n Cette prédiction assez remarquable, qui s'est accomplie dans toutes ses parties 9 date du milieu du seizième siècle , quelques an* nées après la fondation de l'institut des enfants de Loyola.
Cependant l'opinion des prélats anglais n'influa nullement . sur leur reine , et la dévote Marie résolut de contraindre ses sujets de la Grande-Bretagne à faire les restitutions de dîmes réclamées par Jules III.
Les Allemands ne se montrèrent pas aussi dociles ; non* seulement ils refusèrent de donner satisfaction au saint*père t mais encore ils déclarèrent qu'ils voulaient se réunir dans une diète générale à Augsbourg, pour décréter la liberté de conscience qui leur avait été garantie par l'empereur lors du traité de Passau, sans avoir à en référer ni à un synode oacu* ménique, ni à aucun concile national. En elTet, la diète s'étant tenue à Augsbourg, les Allemands publièrent un décret qui déclarait une égalité parfaite entre les' deux communions catholique et luthérienne, garantissait aux laïques protestants la propriété légale des biens enlevés au clergé catholique» et permettait à ceux qui étaient demeurés jusque-là fidèles à l'Ëglise romaine, même aux prêtres, d'embrasser le luthéranisme et de se marier. Depuis ce moment la religion protestante fut regardée comme la religion de lempire.
Lorsque cette nouvelle parvint à Rome, elle causa une profonde sensation; le pontife en éprouva même un aCcès de colère qui détermina une fièvre chaude; et comme il était déjà très-malade des suites de ses excès de table, il ne put supporter ce nouveau choc, et s'éteignit le 23 mars 1Ô55.
[im] HISTOIRE DE MARCEL II. Ml