‹ Histoire des papes (volume 5)Chapitre 29 sur 33 · MAXIMILIEN II» CHARLES IX · texte numérisé non relu

MAXIMILIEN II» CHARLES IX

RODOLPHE Uj 23V PAPE. HENRI 111,

eropereurt d'Occident. rois de France.

Election de Grégoire XllI. — Son histoire avant son pontificat. — Massacre de la Saint-Barthélemy. — Discours du cardinal de Montalte sur la Saint-Barthélémy. — Fêtes et réjouissances à Rome à l'occasion du massacre des hérétiques. 7- Grégoire XIII reçoit en audience publique la tète de l'amiral Coligny. — Le saint-père continue l'œuvre de Pie V. — Organisation de la ligue. — Grégoire conspire contre Elisabeth d'Angleterre. — * Soulèvement de l'Irlande. — Les jésuites essayent de fomenter des troubles en Angleterre. — Philippe s*empare de la couronne de Portugal. — Nouvel édit d'Elisabeth contre les jésuites. — Le pape s'occupe des intérêts de son bAtard. — Il travaille à la réforme du calendrier, et fait adopter par toute l'Europe le calendrier grégorien. — Sa Sainteté appelle à son tribunal les chevaliers de Malte. — Monitoire du pape contre l'archevêque de Cologne. — Famine et séditions à Rome. — Querelles entre les cours de France et de Rome. — Le pontife veut excommunier les princes de Navarre et de Condé. — Mort de Grégoire XIII.

Dès que le féroce Pie V eut exhalé le dernier soupir^ le camerlingue prit des mesures afin d*empécher que le peuple ne forçât les portes du palais et n'enlevât le cadavre pour le traîner dans les rues de Rome^ ce qu'on n'eût pas manqué

de faire , tant était grande la haine qu'inspirait ce monstre. Après les obsèques, le conclave se forma et les brigues commencèrent : on ne tarda pas à voir que la majorité était acquise à la faction espagnole; les candidats proposés par Charles Borromée et par le cardinal Alexandrin furent tous écartés successivement^ et les suffrages se réunirent sur le cardinal Buoncompagno. Monseigneur de Verceil se rendit alors à la chambre de ce cardinal, le prit par la main, le pria de le suivre à la chapelle du conclave pour y recevoir l'adoration, et le proclama immédiatement souverain pontife, sous le nom de Grégoire XlII.

Le nouveau pape était né à Bologne vers le commencement du seizième siècle ; son père se nommait Christophe et sa mère Agniola Marescalchi. 11 suivit d'abord des cours de droit et obtint le grade de docteur à l'âge de vingt-huit ans; ensuite il se livra à l'enseignement, et professa à l'université de sa ville natale jusqu'en 1539 ; à cette époque il renonça au professorat pour embrasser l'état ecclésiastique, qui était en effet beaucoup plus lua^atif^ et qui menait plus vite aux honneurs et au pouvoir. Il vint à Rome et obtint de Paul III la charge d'abréviateur, puis celle de référendaire ; ce fut en cette qualité qu'il assista au concile de Trente. Pour le récompenser des services qu'il avait rendus au saiat-siége dans cette assemblée, le pape le nomma auditeur de la chambre; plus tard, Jules III l'éleva au grade de secrétaire de la chambre apostolique et lui donna une vice-légation dans le territoire de Rome. Sous le règne de Paul IV il acheta la dignité d'évèque ; et enOn, sous le pontificat de Pie IV, il se trouva assez riche pour payer un chapeau de cardinal.

Le premier usage qu'il fit de la suprême puissance fut d'accorder aux envoyés de France une dispense qui était sollicitée par Charles IX pour le mariage de sa sœur Marguerite avec Henri de Navarre. « Cette union, avait dit le » roi au cardinal Alexandrin^ neveu de Pie V, nous assure » plus que jamais la réussite de nos projets d'extermination » des hérétiques. »

En effet, Catherine de Médicis et son exécrable fils, loin d'avoir abandonné leurs criminels desseins, n'aspiraient qu'au moment où ils pourraient en finir avec leurs ennemis par un massacre général. Pour arriver à ce but, rien ne leur coûtait; tromperies, lâchetés, trahisons^ tout fut mis en œuvre: afin d'attirer auprès d'eux les chefs du parti huguenot, ils avaient proposé à Jeanne d'AIbret, reine de Navarre, de marier le prmce de Béarn, son tils, avec Marguerite de Valois; et ils offrirent à l'amiral de Coligny de le mettre à la tête d'une armée d'invasion destinée à conquérir les Pays-Bas sur Philippe II. Séduits par toutes ces marques de conliance, les huguenots sortirent de leur réserve habituelle et accoururent à Paris; l'amiral lui-même, flatté dans sa vanité, vint à la cour sans tenir compte des avis que lui donnaient ses amis de se défier des Guises ; la reine de Navarre suivit son exemple, céda aux sollicitations du roi, et vint également à Paris pour assister aux noces de son fils. L'accueil qu'on lui fit, les attentions infinies, les complaisances empressées dont elle fut l'objet de la part de Catherine de Médicis et de Charles IX, achevèrent de dissiper ses appréhensions, et elle s'abandonna en toute sécurité aux caresses de ses assassins : vingt jours

après elle mourait empoisonnée.

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I Henri de Navarre, devenu roi par la mort de Jeanne, attendit à peine que les funérailles de sa mère eussent été celé* brées, et consomma son mariage avec Marguerite de Valois.

Enfin , tout étant préparé pour l'extermination des huguenots, à un jour dit, des courriers furent expédiés dans toutes les directions, et portèrent des ordres secrets aux gouverneurs des provinces ; puis la veille de la saint Barthélémy, nuit à jamais mémorable, à un signal parti du Louvre^ des troupes d'égorgeurs se ruèrent sur les maisons habitées par les protestants, et en moins de quarante-huit heures trente mille Français, hommes, femmes, enfants et vieillards, tombèrent sous les coups de ces forcenés.

Dans les provinces , les boucheries se prolongèrent pendant deux mois, et plus de soixante-dix mille calvinistes furent assassinés par les catholiques. Ainsi fut accomplie l'œuvre infernale que le saint pape Pie V avait préparée avec tant de sollicitude.

Ce massacre général des huguenots suivit de si près Télection de Grégoire XUI , qu'on eût dit qu'il était destiné à servir de fête à son couronnement; toujoure est-il que le pontife en accueillit la nouvelle avec une joie inexprimable ; il fit tirer le canon du château Saint-Ange , commanda des réjouissances publiques pour célébrer le triomphe de la sainte cause, et publia ensuite un jubilé dans toute TEurope, « afin, » disait-il , que les peuples catholiques se réjouissent avec » leur (^hef de ce magnifique holocauste offert à la papauté » par le roi de France. »

Enfin, lorsque les envoyés de Charles IX arrivèrent à Rome, sa Sainteté voulut qu'ils lui remissent en audience

solennelle les lettres de la cour de France, et 1 étrange présent que Catherine de Médicis lui envoyait; « c'était la tête )) de l'amiral de Goligny, dit Brantôme» que la mère et le fils, y) ces égorgeurs couronnés, avaient séparée de son noble » corps , et qu'ils envoyaient au pape comme la chose qui )) dut être la plus agréable à un vicaire du Christ. »

Grégoire reçut en effet cette tête avec les transports d'une joie féroce, et pour témoigner sa reconnaissance au roi, il lui envoya une magnifique épée bénite, sur laquelle on avait représenté un ange exterminateur. Le cardinal Flavius Orsini fut à cette occasion nommé légat à latere pour le royaume de France , et reçut la mission d'empêcher le prince de sortir de la voie dans laquelle sa mère l'avait fait entrer. Puis de toutes parts , dans les églises d'Italie, à Rome, à Naples, à Florence, à Venise même, et toujours à l'instigation des jésuites , les prédicateurs entonnèrent un concert d'éloges outrés en l'honneur du roi de France et de la reine mère , pour exciter le fanatisme des autres souverains. 11 se trouva de lâches ecclésiastiques qui dans leurs sermons s'extasièrent sur la douceur infînie et sur la clémence toute miséricordieuse de l'égorgeur des huguenots, admirèrent la ruse et l'opiniâtre persévérance qu'il avait montrée pour conduire à bonne fin un complot qui était suivant eux le plus glorieux exploit, le plus sublime , le plus extraordinaire qui jamais eût été accompli par les rois. « résolution admirable! s'écriait un » de ces prédicateurs furibonds dans un de ses élans d'inspi- » ration , ô âme vraiment royale ! gloire , gloire éternelle à » Charles IX, le plus grand des rois , qui n'a pas reculé de- «> vant le massacre de ses sujets ! puisse son nom passer à la

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» postérité avec Tadmiration qu'il m'inspire» et son exemple » être suivi par tous les princes de la terre ! »

Grégoire , désirant perpétuer le souvenir de ce sanglant triomphe, fit appeler auprès de lui ses peintres les plus habiles et leur commanda plusieurs tabl.eaux représentant différents épisodes de la Saint- Barthélémy ; entre autres choses, il fit exécuter dans la salle dite des rois , au Vatican, trois peintures à fresque; la première retraçait le moment où l'amiral de Coliny avait été assailli au sortir du Louvi^e; la seconde représentait une scène de carnage à la lueur des torches ^ et la troisième montrait Charles IX présidant le parlement et se gloriBant d'avoir exterminé cent mille Français hérétiques.

Pendant que le saint-père et ses cohortes de jésuites exaltaient les vertus de Charles IX et de son infâme mère, les Espagnols continuaient à ravager la Flandre et commettaient de si grandes atrocités, qu'il semblait que le duc d'Âlbe eût juré de surpasser le roi de France lui-même.

Malines fut abandonnée au pillage pendant trois jours , et les soldats se livrèrent sur les malheureux habitants à des excès jusqu'alors inouïs; an sac de cette ville succédèrent les massacres de Zutphen et de Haerden ; après la ruine de ces malheureuses villes eut lieu la boucherie de Harlem^ oii plus de dix mille Belges furent tués sur les remparts, près de deux mille brûlés ou torturés , et le doublç noyés dans le fleuve , les bourreaux n'ayant plus la force d'égorger. Enfin le sang coula en si grande abondance , que le cruel Philippe II lui-même voulut suspendre les exécutions, dans la crainte que son terrible gouverneur ne unit par anéantir la popula-

tion entière » et il rappela le duc d' Albe en Espagne. On dit que ce monstre, avant de quitter les Pays-Bas, osa se vanter dans un somptueux banquet qu'il donnait à ses officiers, d'avoir fait périr plus de cent cinquante mille Belges par le glaive de ses soldats , d'en avoir fait torturer ou décapiter vingt mille , et d'avoir volé aux habitants plus de huit millions de ducats chaque année.

Grégoire XIII, fidèle à la politique envahissante du saintsiège, ne se contenta pas de voir la défaite des hérétiques; il voulut encore avoir sa part dans leurs dépouilles et faire Bidopter en France les décrets du concile de Trente, qui jusque-là avaient été repoussés par le parlement comme préjudiciables aux libertés nationales. Mais l'empressement de sa Sainteté devint funeste à la cause du catholicisme; les prétentions de la cour de Rome excitèrent un mécontentement général ; les huguenots en profitèrent pour reprendre ['offensive; et au moment oii Catherine de Médicis les croyait terrassés, de toutes parts ils relevèrent la tête, se jetèrent ians les villes qui étaient dégarnies de troupes , s'y fortiièrent, et annoncèrent qu'ils iraient jusqu'au Louvre demanier un compte terrible du massacre de leurs frères.

Charles IX, justement alarmé de ces menaces , devint lâche $t suppliant devant ceux qu'il faisait égorger la veille; il reeta sur les Guises et sur la cour de Rome les malheurs de la ^nt-Barthélemy; il employa auprès des réformés les solliûtations et les promesses ; il ordonna qu'on leur rendit les )iens confisqués, malgré l'opposition du légat, qui en revenliquait une part pour le saint-siége, et il offrit même de se léclarerle protecteur du culte réformé.

318 HISTOIRE DES PâPES. [igU.]

Les huguenots, qui connaissaient par expérience la valeur qu'on doit attacher aux sermenls d'un roi , refusèrent de déposer les armes , et la guerre s'engagea d'une manière terrible. Le duc d'Anjou vint avec une armée formidable pour assiéger la Rochelle, le boulevard des réformés; et au premier assaut qu'il donna, il fut repoussé avec une perte de plus de vingt mille hommes , quoique ses troupes fussent bien supérieures en nombre à celles des protestants. Dans sa retraite, le prince, en digne frère de Charles IX, se vengea de sa honte sur la malheureuse ville de Sancerre, dont il passa tous les habitants au fil de Tépée. Sans aucun doute ii ne s'en fût pas tenu au massacre d*une seule ville, s'il n'eût été rappelé à Paris par Catherine de Médicis, sa mère, pour recevoir la couronne de Pologne, que venaient lui offrir les députés de ce royaume.

Le pape, qui connaissait le caractère dépravé de Henri d'Anjou, mélange de bassesse, de fanatisme et de cruauté, s'empreSvSa de lui envoyer un nonce pour le féliciter sur son élection et sur le massacre des hérétiques de Sancerre; en même temps il lui fit offrir la rose d'or en témoîgiiage de sa haute estime et pour l'encourager à se montrer toujours le digne fils de l'Ëglise en asservissant ses nouveaux sujets à la cour de Rome. Puis le duc d'Anjou partit pour ses états de Pologne. La reine mère se trouvant alors seule pour résister aux Cuises , et craignant qu'ils ne prissent trop d'influence dans le royaume, se rangea du parti de Henri de Navarre et du prince de Condé, et se montra favorable aux réformés. Cette conduite mécontenta naturellement le légat, qui se rapprocha du cardinal de Lorraine; il lui promit au nom du

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saint-père de Favoriser la maison des Guises et de les aider dans leurs projets d'usurpation , si le trône de France devenait vacant par suite de la mort de Charles IX, ce que rendait probable son état continuel de maladie ; et si de leur côté ilss'engageaien ta employer tous leurs efforts pour faire triompher la cause de la papauté sur les hérétiques. Ces conditions acceptées, immédiatement les jésuites reçurent ordre de leur général de travailler sous la direction du cardinal de Lorraine, (c ce dresseur de femmes, comme l'appelle Bran- » tome, ce grand maître en paillardise, qui par largesses, ï) flatteries ou promesses, attrapait, dressait ou débauchait » toutes les filles ou femmes qui venaient à la cour. »

On poursuivit avec plus d'ardeur qu'auparavant les anciens projets de la ligue; et afin d'augmenter le nombre des affiliés, on donna à l'association un but politique et religieux; en conséquence, les Guises s'engagèrent « à restituer aux » provinces du beau royaume de France les droits, les pré- » éminences, les franchises et les libertés anciennes , telles » qu'elles existaient au temps du roi Clovis... et encore meil- )) leures et plus profitables si elles se pouvaient inventer. »

Quand tous les articles de ce nouveau pacte eurent été arrêtés , le cardinal de Lorraine eut soin de les envoyer à Grégoire XIII pour qu'il leur donnât sa sanction, et qu'il les fit adopter aux légions de moines et de prêtres qui couvraient le sol de la France.

Bientôt dans toutes les églises on n'entendit plus prêcher que sur la nécessité de former une ligue contre les protestants; les prêtres exigèrent de leurs pénitents qu'ils entrassent dans cette sainte association ; ils la représentèrent

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comme la voie unique du salut, et refusèrent de dont solution à ceux qui n'étaient pas inscrits sur la 1 affiliés. Ce fut dans ces circonstances que le sanj Charles IX rendit au démon son âme exécrable. A mourir il avait institué sa mère régente du royaume avait confié lautorité souveraine. Mais Henri d'Anjo laissa pas longtemps en mains le pouvoir; dès qu'il pris la mort de son frère , il abandonna son royaume logne et revint en France, où il se fit couronner sous de Henri 111.

Quant au pape , il ne parut nullement s'inquiète changement de souverain ; il laissa agir les Guises cupa d'organiser de nouveaux massacres sur d'autres afin d'avancer ce qu'il appelait l'extirpation de 1*1 cl cet effet, il fournit des sommes considérables lippe II et à l'empereur pour les mettre en état de le papisme chancelant en Allemagne et dans les Pa pour le même objet, il donna cent mille ducats à l'a Charles , autant aux chevaliers de Malte , et sept milh au duc de Brunswick. Puis, comme sa Sainteté étai lionte de voir la guerre engagée entre les catholique calvinistes de France, elle fit offrir quatre cent mil (l'or à Henri III pour qu'il secondât les vues de la Iiome. Le prince accepta l'argent, promit tout ce qu' lut, sans toutefois avancer en rien les affaires ; car, au lever des troupes et de se mettre en état de faire la j il continua à dépenser les trésors de la nation en par femmes, en bijoux, en dentelles, en fêtes, en carroui mascarades et en orgies. Grâce à l' infâme Catherinç

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licis, la cour de France était devenue un cloaque d'impuétés, où l'hypocrisie le disputait au cynisme, où les saturnales les plus ignobles succédaient à des représentations burlesques de dévotion ; les jeunes seigneurs vivaient entre lUX dans une intimité scandaleuse, se donnaient publiquenent des témoignages de leurs étranges amours, et briguaient 'insigne honneur d'être distingués du roi et de partager son it. Ce n'étaient que duels, viols, adultères, meurtres et inlendies; ce n'étaient que bals^ festins et orgies^ à la suite lesquels Henri III , avec sa cour de mignons , parcourait les oires, les marchés, les places publiques, insultait à la puieur des femmes et des filles, faisait violence aux jeunes ^çons , et frappait de sa dague les pères et les mères qui )saient défendre leurs enfants.

Puis 9 pour faire pénitence, ces débauchés se revêtaient de rocs et de capuces rouges , noirs , blancs , verts ou bleus , ît venaient faire leurs dévotions dans les églises ; après quoi Is se rendaient, jeunes et vieux, chez les astrologues et chez es devins ; les vieux pour acheter des talismans qui les fissent limer de leurs maîtresses, les jeunes pour se faire composer les philtres qui les débarrassassent des vieux maris. Car à cette époque de démoralisation , tous, hommes ou femmes , ne se aisaient aucun scrupule de se servir du poignard ou du 3oison pour se défaire d'un rival ; ainsi le duc de Guise ne craignit pas de poignarder jusque dans l'antichambre du roi m gentilhomme qu'il avait surpris avec sa maîtresse; Vilequier eut l'audace de tuer au milieu du Louvre sa femme, mceinte de deux enfants, qu*il avait trouvée dans son propre lit avec son amant; une duchesse osa se vanter

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d'avoir fait mourir son mari en l'enivrant de voluptés et de caresses réprouvées. Telle était la cour de France, quand le poison vint délivrer le royaume de l'exécrable cardinal de Lorraine, le chef de la ligue et l'âme de la faction des Guises.

Le parti des réformés profita du moment de confusion où cet événement jetait les Gu isards pour arracher au roi de grands avantages; ils obtinrent entre autres choses que la France se déclarât contre l'Espagne , et prît des mesures pour secourir leurs coreligionnaires des Pays-Bas, et pour chasser de la Flandre les armées de Pliilippe II ; ce qui était d'autant plus urgent que Louis Resquesens, successeur du duc d'Albe^ semblait avoir pris à tache d'égaler ce monstre en fanatisme et en atrocités.

Dans l'intervalle arriva l'époque indiquée par Grégoire pour le jubilé universel. Comme d'ordinaire une aflluence considérable de fanatiques accourut de toutes les parties de l'Europe, et vint apporter des monceaux d'or au successeur de l'Apôtre. Le prince de Clèves, le prince de Parme et le grand duc de Toscane se distinguèrent par leurs libéralités ; et grâces à eux , le souverain pontife se vit en état de soudoyer de nouvelles bandes d'égorgeurs pour assurer le triomphe de la religion.

En France , les ligueurs avaient aussi relevé la tète ; et sans plus s'inquiéter de la mort du cardinal de Lorraine , ils avaient élu pour leur chef le jeune Henri de Guise, fils de François de Guise^ assassiné sous Charles IX. Les clubs de jésuites reprirent le cours de leurs séances, et s'occupèrent de ques — tîons politiques comme s'ils eussent été reconnus par la na —

tioD. A la suite de leurs prédications^ des émeutes éclatèrent et menacèrent de troubler gravement la tranquillité publique. Henri de Navarre, le prince de Condé, le duc d'Alençon, profitèrent de ces désordres pour s'évader de Paris, où ils étaient gardés à vue depuis la Saint-Barthélemî , et coururent se mettre à la tête des réformés.

Henri III, livré à la merci des Guises ^ ne savait à quel parti s'arrêter: s'il déclarait la guerre aux calvinistes, il craignait de succomber dans la lutte; s'il se prononçait pour la paix, il redoutait d'attirer sur sa tête la haine des Guisards. Dans cette extrémité, il résolut d'assembler les états généraux et de s'en rapporter si ce qu'ils décideraient; en conséquence, il convoqua les députés des provinces à Blois, et leur demanda quel était le moyen le plus sûr de rétablir le calme dans son royaume. Ceux-ci, qui se trouvaient presque tous affiliés à des congrégations et placés sous l'inspiration des jésuites, répondirent que sa majesté n'avait d'autre parti à prendre que de réduire la France à l'unité de religion, c està-dire à l'exercice exclusif du papisme, et pour cela qu'on devait continuer les massacres des réformés. Henri III se rangea alors du côté de la ligue et s'en fit nommer le chef. Toutefois il eut soin de changer les anciens statuts et d'en faire éliminer les clauses attentatoires à la dignité royale; ensuite il Ct accepter les nouveaux règlements aux états, et donna ordre qu'ils fussent promulgués pour être obligatoires dans toute l'étendue de son royaume. Après une déclaration aussi solennelle, on avait tout lieu de supposer que la guerre avec 'kes huguenots allait recommencer avec une nouvelle fureur : il u'esk bA rien; le prince manquait d'ai^ent pour lever des

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troupes, et les états refusèrent d'en donner. Henri, effrayé de sa position, se voyant chef dune ligue qui le haïssait, et en hutte à l'insolence du duc de Guise, qui en toutes circonstances aïïectait de le traiter avec mépris, entra en pourparlers avec les princes huguenots et conclut avec eux la paix de Poitiers. Par ce traité les réformés acquéraient le droit de construire des temples et de tenir des synodes; on leur rendait en outre la jouissance de leurs hiens et de leurs dignités; on réhabilitait la mémoire de lamiral de Coligny, ainsi que celle des autres victimes de la Saint- Barthélémy; enfin, sa majesté autorisait le mariage des prêtres.

Cetédit, loyalement exécuté, eût, sans aucun doute, ramené la prospérité dans le royaume; mais personne ne crut à la sincérité de Henri HI; et d'ailleurs, le pape et le duc de Guise avaient trop d'intérêt à ce que les désordres devinssent perpétuels, pour ne pas employer leurs efforts à rallumer une guerre civile plus vive et plus sanglante qu'auparavant. D'abord , sa Sainteté envoya en France le jésuite Henri Sammier, homme plein de finesse et d'astuce^ habitué à prendre toutes sortes de travestissements , à jouer toutes sortes de rôles, qui était enfin le plus habile diplomate de l'époque, et il le chargea d'attiser le feu de la révolte. De son côté, Henri de Guise recruta une multitude d'ambitieux, de gens sans aveu, pris dans toutes les classes de la société, qu'il sut allécher par l'espoir du pillage, et il s'en forma une armée. Plus que jamais le duc prit les allures d'un roi et montra son dédain pour Henri UI, si bien que celui-ci conunença à craindre qu'on attentat à ses jours; et pour se prémunir contre ce danger, il institua un ordre composé de cent personnes de la

première noblesse, qu'il appela l'ordre du Saint-Esprit. Il nomma quatre-vingt-sept chevaliers et quatre grands officiers, qui tous s'engagèrent par serment à exposer leurs biens et leur vie pour la défense du roi et pour celle de la religion. Il fit l'inauguration de cette société à la Pentecôte, jour de sa naissance, et qui , par une coïncidence bizarre, se trouvait être l'anniversaire de son couronnement comme roi de Pologne et celui de la mort de Charles IX. Il donna le litre de commandeurs aux membres de cet ordre , ayant le dessein de les pourvoir tous de commanderies et de riches bénéfices.

L'exemple du roi de France gagaa la cour de Rome, et Grégoire XllI chercha à se créer de nouveaux défenseurs. Il rétablit l'ordre de Saint-Basile, qui avait compté jusqu'à cinq cents monastères dans le seul royaume de Naples , et décréta que tous les hiéronymites qui habitaient l'Occident ne formeraient plus à l'avenir qu une même congrégation , soumise à un seul abbé, qui recevrait ses instructions du saint-siége ; ensuite il fonda à Rome vingt collèges ou séminaires, dirigés par les jésuites, qui ressortissaient desajuridiction, et qui étaient destinés aux Anglais, aux Allemands, aux Grecs, aux Maronites, aux juifs, aux athées et aux repentants; enfin, il étendit ses fondations pieuses jusque dans la Bohême, dans la Moravie, dans la Lithuanie, dans la Transylvanie et même dans le Japon. Toutefois, le soin que (irégoire apportait à l'organisation des établissements qui devaient préparer l'asservissement des générations nouvelles au saint-siége, en le rendant maître de l'éducation de la jeunesse, ne l'empêchait pas de soulever les peuples les uns contre les autres, et de

préparer des révolutions sanglantes dans tous les états d'Europe. Ainsi il sut mettre à profit le séjour de don Juan d'Autriche à Rome, pour faire adopter à ce prince un projet de conspiration contre Elisabeth, qui ne consistait rien moins qu a la faire assassiner pour délivrer Marie Stuart, et à ménager un mariage entre lui et la nouvelle reine d'Angleterre. Le seul obstacle que prévoyait le pontife à l'exécution de leurs desseins étant Fintervention des Hollandais, il conseilla à don Juan de prendre le gouvernement des Pays-Bas, afin de tenir en échec le duc d'Orange, qui se trouvait alors souverain de toute la Hollande, et de l'empêcher de secourir les hérétiques de la Grande-Bretagne. Le prince se rendit à ces raisons, et se hâta d'arriver dans la province de sou gouvernement pour recommencer les massacres du féroce duc d'Albe.

A partir de ce moment, les menées et les intrigues de la cour de Borne prirent une grande activité en Angleterre, et tons les catholiques s'apprêtorent à seconder le mouvement réactionnaire. i\lais Elisabeth clait sur ses gardes; le complot lut découvert, et plusieurs jésuites payèrent de leur tète leur dévouement au pape. La reine ne s'en tint pas à quelques exécutions partielles, elle renouvela les lois portées ( onlre les cathohqucs, leur enleva leurs églises, les chassa (!(*s couvents, leur défendit de se rassembler, et leur ôta le lil)rc exercice de leur culte.

Grégoire ne se laissa pas abattre par ce premier revers; il ne renonça nullement à l'espoir d'élever Marie Stuart et don Juan sur le trône d'Angleterre, et de rétablir le catholicisme dans les îles Britanniques; seulement il crut devoir apporter

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quelque modification dans sa politique » et commencer par écraser les calvinistes de la Hollande avant d'attaquer ceux de la Grande-Bretagne. A cet elfet il envoya auprès de don Juan un nonce appelé Séga, porteur de sommes considérables qui devaient servir à lever des troupes et à soudoyer des espions et des assassins. Cet ecclésiastique avait en outre une ample provision de brefs pour accorder des indulgences plénières aux fanatiques qui combattraient sous l'étendard de FÉglise romaine, quelle que fût du reste Fénormité de leurs crimes.

Il était temps que don Juan reçût des secours^ car il était absolument sans argent et presque sans soldats; déjà même sa position précaire l'avait forcé à entrer en arrangement avec les Belges, et à donner son approbation à un édit qtn avait été décrété par l'assemblée des états dans la ville de Gand, et qui était appelé Ëdit de pacification de Gand. Mais à peine se crut-il en état de résister aux Belges, qu'il rompit le traité consenti avec les réformés de Hollande et de Zélande, et qu'il reprit toute la morgue et rinsolence d'un tyran. Mal en arriva au gouverneur; la population de Bruxelles courut aux armes, le chassa de ses murs avec sa soldatesque^ appela le prince d'Orange et lui conféra la dictature des Pays-Bas. La noblesse catholique seule refusa de reconnaître le prince d'Orange pour son chef; néanmoins comme elle avait une haine égale pour les Espagnols et pour les réformés, elle se rangea sous les drapeaux de l'archiduc Mathias, frère du nouvel empereur Rodolphe, qui avait succédé à Maximilien 11. Les bourgeois , plus sagesque les nobles, préférèrent le salut public au triomphe de leur cause; et alin

de ne donner aucun prétexte à ceux-<;i de se retirer de la lutte, ils remirent l'exercice du pouvoir à Mathias, et se contentèrent de placer le prince d'Orange dans son conseil^ en qualité de lieutenant.

Philippe II, se voyant à la veille de perdre les Pays-Bas pour avoir voulu suivre les conseils du pape, prit enfin la résolution de ne plus se conduire que par ses propres inspirations. Préalablement il envoya en Belgique le duc Alexandre Farnèse avec une nombreuse armée pour reconquérir les provinces et les villes qui lui avaient été enlevées. Alors ce malheureux pays se trouva déchiré par quatre factions^ qui toutes se disputaient des lambeaux de territoire les armes à la main: d*un côté, les républicains cherchant à abattre le parti des prêtres; de l'autre, Mathias et don Juan, tous deux faisant des efforts prodigieux pour se maintenir sur un trône ensanglanté. Du reste, dans cette lutte, le rusé Mathias gagnait chaque jour du terrain sur son adversaire; comprenant la nécessité pour lui de s'appuyer sur les peuples, il avait eu soin de se prononcer pour la liberté de conscience, et de rétablir les temples protestants qui avaient été brûlés dans le Brabant, dans la Flandre et dans la Gueldre. Cet acte de tolérance excita, il est vrai, la colère des prêtres, des jésuites et des moines; mais il ne s'en inquiéta en aucune façon, et se contenta de bannir ceux qui refusèrent de prêter serment d'obéissance à la constitution.

Dans l'intervalle , don Juan d'Autriche mourut, et fut remplacé dans son gouvernement par le prince Alexandre d^ Parme, calholique enragé, qui aspirait à la gloire de surpasser le duc d' Albe en cruautés. D'abord il lit égorger douz^

mille habitants de Maestricht, pour les punir d'avoir défendu leurs murailles pendant huit mois d'un blocus rigoureux.

, Ensuite il s'attacha à entretenir des discordes entre les Flamands, en flattant la noblesse catholique et en ratifiant Fédil perpétuel ; ce qui lui réussit à merveille et entraîna la désertion des seigneurs, et par suite celle des soldats catholiques, qu'on désignait par le sobriquet de soldats du Pator noster. Celte défection détermina les Provinces-Unies à prendre une résolution vigoureuse et à retirer le gouvernement ^lathias pour l'offrir au duc d*Âlençon, devenu duc d*Anjou depuis l'élévation de Henri III au trône de France; les députés des états lui firent jurer une constitution également favorable aux réformés et aux catholiques, et se déclarèrent à jamais affranchis de la domination de Philippe II. Ainsi cette fois encore Jes tentatives de la cour de Romexontre les réformés de la Belgique et de la Hollande eurent un échec complet. Grégoire se rejeta alors sur la Grande-Bretagne, où il

. n'avait pas cessé d'entretenir des intelligences. Par ses ordres , des bandes de jésuites passèrent en Irlande pour préparer un soulèvement contre la reine; et quand tout fut disposé, des troupes italiennes s'embarquèrent à Civitta- Vecchia, sous la conduite du marquis Thomas Steinult, catholique anglais, pour faire une descente sur les côtes d'Irlande.

Sa Sainteté ne s'en tint pas à cette démonstration contre Elisabeth ; elle institua un ordre de missionnaires ptiriiculiers pour aller prêcher la révolte en Angleterre, et forma une cohorte de soixante-quatre jésuites anglais, écossais et irlandais, qui prêtèrent serment d'employer tous leurs efforts, et vu. aa

de souffrir mêtoe le martyre, pour arracher la vie et la couronne à l'hérétique princesse qui régnait sur les îles Britanniques. Ces fanatiques quittèrent Tltalie et vinrent chercher à Londres la glorieuse palme qui devait les placer au rang des saints. Mais trois d'entre eux seulement périrent; les révérends Edmond Campien, Radulfe Skerwin et Alexandre Briant^ ([énoncés comme les instigateurs d'un complot contre la vie de la souveraine, furent étranglés, décapités et coupes en qua|tiers. Le pape s'empressa de les canoniser, et ordbnna aux survivants d'organiser une nouvelle conspiration,^ en prenant mieux leurs mesures.

En Portugal, les enfants d'Ignace avaient grandement avancé leurs affaires et s'étaient rendus si redoutables ^ que l'imbécile Sébastien , roi de ce pays , n'osant se refuser à leurs sollicitations^ vint faire une descente en Afrique et se fit tuer à la bataille d'Âlcaçar. Des mains de ce roi inepte, le sceptre passa dans celles d'un vieux prêtre débauché, le cardinal Henri, oncle de Sébastien , façonné comme son neveu à une obéissance aveugle pour les jésuites. Dès qu'il se vit roi , il eut la singulière fantaisie d'avoir des héritiers, et fit solliciter à Rome une dispense pour épouser une jeune maîtresse que les jésuites lui avaient donnée. Grégoire , qui convoitait pour sa famille l'héritage du royaume âe Portugal, refusa, la dispense sous prétexte de religion, et fit représenter aa cardinal -roi que ce serait donner un exemple dangereux, aux hérétiques que d'accorder à un homme de son rang, engagé depuis tant d'années dans l'état ecclésiastique, la permission de rompre ouvertement son vœu de continence pour* épouser sa concubine. Philippe II, qui de son côté avait de»

[1880.] HISTOIRE DE GRÉGOIRE XIII. SSl

prétentions sur ce royaume , agit dans le sens de la cour de Rorae, et menaça le vieux cardinal d'envahir le Portugal, s'il contrevenait à la défense du saint-père. Henri languit dix- .huit mois ballotté par les uns et par les autres, puis il mourut, et laissa le champ libre aux ambitions.

Philippe fit immédiatemeht entrer une armée dans le Portugal et s'en empara, en dépit des clameurs des jésuites et de la colère de Grjégoire XIII, qui destinait cette couronne à son bâtard Jacques Buoncompagno. Néanmoins sa Sainteté n'osa pas excommunier le roi d'Espagne, dont elle avait ^soin pour appuyer les manœuvres de k ligue catholique en France, pour assurer le triomphe de la religion dans les Pays-Bas et pour renverser Elisabeth d'Angleterre. Elle fit même trêve à son ressentiment, et envoya féliciter Philippe sur sa nouvelle conquête^ 9' excusant de ne lavoir pas favorisée^ et réclamant seulement quelques pensions et quelques villes pour son fils Jacques ; ce qui Idi fut libéralement accordé.

Comme on le voit, Grégoire, au milieu des préoccupations des intérêts de son siège, ne négligeait pas ceux de sa famille : on doit aussi lui rendre cette justice qu'il s'occupait des progrès des sciences plus que n'avaient encore fait aiicun de ses prédécesseurs. Parmi les réformes que réclamaient les savants-, il en était une d'autant plus nécessaire qu'elle apportait de grands troubles dans l'ordre chronologique des faits , c'était la révision du calendrier. Par suite de mauvais calculs, il s'était glissé des erreurs si grossières dans la supputation des temps, que |es fêtes de l'Église se trouvaient interverties. Déjà plusieurs papes, scandalisés de voir que Pâques se trouvait à l'époque fixée pour la fête de la

Trinité, avaient essayé mais inutilement de corriger cette erreur de calcul. Grégoire eut le bon esprit d'appeler à son aide les savants de toutes les nations^ et ceux-ci publièrent^ sur les travaux du célèbre docteur Louis Lilion , le calendrier que nous suivons encore aujourd'hui et qui est connu sous le nom de grégorien. Tous les états catholiques s'empressèrent d'adopter cette nouvelle division du temps.

Du reste, Gréjjoire XIII fit acheter ce faible servicfe rendu aux sciences par tant de méchancetés, que la haine fut plus forte que la reconnaissance , et que de toutes parts il s'éleva contre lui un concert de malédictions. Dans les états de TËglise , la niisère était à son comble; Milan était désolée par deux fléaux terribles, par la peste et par son archevêque Charles Borromée, neveu du pape; Rome même était réduite à la famine par suite de l'avarice du souverain pontife ' et de son bâtard , qui avaient accaparé les grains pour en faire un scandaleux trafic. 11 se forma bientôt des bandes qui infestèrent les grandes routes, détroussèrent les voyageurs, enlevèrent les convois et vinrent faire des excursions jus,qii'aux portes de la ville sainte. Les malheureux que la faim et le désespoir avaient poussés au crime étaient soutenus par quelques seigneurs puissants, qui haïssaient la tyrannie de Grégoire et donnaient asile aux bandits dans leurs palais: ce que sa Sainteté ayant appris, elle ordonna à son prévôt de faire des recherches exactes dans toutes les demeures des environs de Rome, et particulièrement dans le palais de Raymond des Ursins, qui lui avait été signalé. Les sbires du pontife se mirent en devoir d'exécuter les ordres qu'ils avaient reçus, et arrêtèrent plusieurs personnes inoffensives qu'ils

trouvèrent dans la demeure de Raymond des Ursins. Comme ils se préparaient à les garrotter pour les conduire dans les cachots du château Saint-Ânge , survint le maître du palais avec les gens de sa suite ; il pria le prévôt de remettre en liberté les prisonniers, qui étaient arrêtés illégalement, dans un palais qui avait droit d asile. Celui-ci répondit insolem^ ment qu'aucune considération ne l'empêcherait d'exécuter les ordres du pape contre des mécréants tels que lui et ses amis. Cette insulte exaspéra Raymond; il leva le bras sur le prévôt et le frappa avec une baguette qu'il tenait à la main ; aussitôt les sbires firent feu, tuèrent ce seigneur et blessèrent cinq de ses gens. Cet acte d odieuse brutalité souleva une TÎolente sédition à Rome ; le peuple courut aux armes et melïaça d'assiéger le Vatican , si Grégoire ne faisait sur l'heure décapiter le prévôt et les soldats qui avaient assassiné Raymond des Ursins. *

Grégoire, lâche comme le sont tous les despotes, fit saisir les sbires qui avaient exécuté ses ordres, et les fit fusiller pour sauver sa vie. Le prévôt , qui s était sauvé , ayant été arrêté, eut également la tête tranchée. Mais comme le véritable oriminel n'était pas atteint , le frère de Raymond souleva* • une nouvelle sédition , fit attaquer le palais de Vincent Vitelli, petit-fils du pape, et fils de Jacques Buoncompagno , le tua de sa main ; ensuite il sortit de Rome avec une foule de mécontents, les organisa en compagnies franches, et à leur tête, il fit des excursions sur lé territoire de TËglise, et exerça de cruelles représailles pour venger sa famille*. Les inquiétudes que causaient au pontife cette guerre de partisans ne l'empêchèrent pas de poursuivre ses projets sur les

83^ HISTOIRE DES PAPES. IfSSS.]

Pays-Bas, où, tout en paraissant soutenir les intérêts de Philippe y il favorisait secrètement le duc d'Anjou. L'aident commençant à lui manquer pour solder les troupes françaises, il résolut de finir la guerre d'un seul coup et de &ire assassiner le prince d'Orange, qui était le plus redoutable des ennemis du saint-siége. A son instigation, les jésuites armèrent le bras d'un fanatique appelé Jauregué, qui était né dans la Biscaye ; et un jour, au moment où le prince sortait de son hôtel , il lui tira un coup de pistolet qui ne fit heureusement qu'eiBeûrer la poitrine. Ce misérable fut massacré sur l'heure même par le peuple. On chercha ses complices, et on arrêta entre autres un doipinicain appelé Antonin Timmermans, qui lui avait donné l'absolution avant l'assassinat.

D'abord on accusa le duc d'Anjou d'avoir participé à ce complot; mais le prince d'Orange le disculpa près des états belges, et fît voir que le coup était parti de Rome; cependant la suite montra que le bon sens des citoyens n'avait point porté à faux , et la conspiration du duc d'Anjou contre les libertés des Provinces-Unies prouva que le peu^e belge avait été bien inspiré en accusant le frère du roi de France de oomplicité dans la tentative d'assassinat. Ce digne fils de Catherine de Médicis, ce duc félon et déloyal^ ne se trouvant pas satisfait d'avoir reçu le titre de comte de Flandre et de duc de Brabant, voulut encore ravir à sa nouvelle patrie ses plus chères libertés et la soumettre au despotisme. Heureusement ses tentatives sur Anvers furent repoussées par les républicains; et sans aucun doute les Belges eussent tué jusqu'au dernier sol|fat de son armée, si le prince d'Orangé ne fût venu à son secours et n'eût apaisé la colère des Belges

1884.] HISTOIRE DE GRÉGOIRE Xm. 386

n leur rappelant les services que leur avaient rendus les éformës de France, et en leur représentant qu'il était souerainement injuste de punir des soldats pour les fautes de mrs chefs. Ces observations sauvèrent les débris de l'armée rançaise d'un massacre général ; mais le duc n'en fut pas loins obligé de rentrer en France, où il vint cacher sa honte t où il mourut empoisonné.

Sa Sainteté, exaspérée par cet échec, qui retardait indéfîliment le succès de ses affaires dans les Pays-Bas, redoubla Tefforts pour organiser de nouveaux complots contre la vie ' lu prince d'Orange, et avec l'aide des jésuites, elle trouva in insensé, nommé Gérard, qui, pour gagner la couronne du sartyre , consentit à assassiner l'ennemi du pape. Le coup éassit cette fois, et Guillaume de Nassau tomba sous le oignard du fanatique Gérard, dans la ville de Delft. Délivré le 8on plus redoutable adversaire , Grégoire passa à d'autres JxfadtSp et arma le bras d'un illuminé appelé Guillaume Parri*, le Venise, pour frapper Elisabeth d'Angleterre. Fort heueusement pour cette princesse, le séide du pape, en arrivant

Londres, eut l'indiscrétion de faire connaître son projet à n de ses parents qui habitait cette ville ; il fut immédiatelent arrêté, appliqué à la question, et Duni du supplice des riminels de haute trahison.

Cette nouvelle tentative détermina la reine à publier des dits extrêmenotent sévères contre les catholiques et surtout ontre les jésuites, qui furent bannis des îles Britahniques omme fauteurs de conspiration , avec défense d'y rentrer, ous peine de mort.

Gr^oire, comprenant la nécessité de ne point laisser cette

S86 HISTOmB ms PAPES. [iiSk.]

belliqueuse milice sous le coup d'un revers et avecla honte d'une expulsion, chercha à relever le courage des jésuites en les faisani paraître comme les héros d'une comédie qu'il voulait donner au monde, et qu il préparait depuis plusieurs années. Il s'agissait d'une réception solennelle de prétendus ambassadeurs japonais, à l'imitation de la fameuse députation des rois abyssiniens qui avait eu lieu sous Clément VU; seulement, au lieu de nègres, Grégoire s'était procuré quatre pêcheurs qui liii avaient été expédiés par les jésuites d'un petit comptoir commercial du Japon. Ceux-ci débarquèrent en Espagne en compagnie d'un jésuite, qui les Gt passer pour des Qls de roi et des personnages de haute distinction, et leur fit rendre de grands honneurs par Philippe II. Ensuite il reprit la mer avec eux, gagna les côtes de l'Italie et remonta le Tibre jusqu'à Rome.

Dès que les Japonais eurent mis pied à terre , une députâtion de cardinaux vint les complimenter et les conduisit en grande pompe à l'audience de Grégoire. Us présentèrent à sa Sainteté trois lettres des rois du Japon, dont ils se disaient les représentants, et qui étaient traduites du japonais en italien par les jésuites. La première avait pour euscription : (( A l'adorable qui tient sur la terre la place du Roi du » ciel, le très-grand, le très-saint pape! » La deuxième lettre commençait ainsi : « Que cette missive soil portée au grand » et saint Seigneur, que j'adore et qui tient la 'place de Dieu » en terre! » La troisième était ainsi formulée : ((J'offre )) cette lettre avec adoration, les mains élevées vers les cieux, )) à notre très-saint Père, vicaire du Christ!... » Dans le corps des lettres, les trois princes signataires s'excusaient

[1585.] HISTOIRE DE aRÉGOIRE XIII. ' S3T

sop leur 4ge et sur leurs affaires, de ce qu'ils ne se présentaient pas en personne pour rendre leurs hommages au successeur de Tapôtre Pierre; puis ils faisaient un éloge outré des jésuites, et suppliaient le pape de récompenser les •ouTriers dévoués qui cultivaient avec tant de zèle la vigne du Seigneur. Grégoire feignit d'être pénétré d'une joie infinie, et s'écria : (( Gloire, gloire aux courageux enfants de Jésus ! » Gloire aux disciples d'Ignace de Loyola ! Maintenant j'ai M assez vécu, puisque j'ai vu leur triomphe ! Seigneur, vous » pouvez rappeler votre serviteur ! »

Toutefois personne ne fut dupe ni de cette grossière jonglerie ni de l'enthousiasme du pontife, et les jésuites n'en obtinrent pas plus de considération que par le passé. Après tout, qu'importait au saint-père lopinion des peuples? il avait réussi à réchauffer le zèle des jésuites; il n'en demandait pas davantage. Il les chargea d'ameuter les liguçurs de France contre le roi de Navarre, qui se trouvait, par la mort du duc d'Anjou , le plus proche héritier du trône ; et grâces à leurs soins, le royaume se souleva contre Henri III , et les ligueurs proclamèrent souverain le cardinal de Bourbon. .

Ce prélat, séduit par l'appât d'une couronne, consentit à devenir le chef des ennemis de sa maison, et publia un manifeste, dans lequel il déclarait les ducs de Lorraine et de Guise lieutenants généraux de la ligue tatholique, et investis du commandement des iroupes par les différents membres de l'association, par le pape, par l'empereur, par le roi d'Espagne, par les princes de la maison d'Autriche, par ceux de la maison de Lorraine en France , par les archevêques de Cologne et de Mayence , par les ducs de Nemours , de Nevers,

388 HISTOIRB SES PAPES*. [VULl

;de Savoie, de Ferrare, de Clèves et de Parme, par le cardinal de Vendôme, par le comte de Yaudemont, par les républiques de Venise /de Gênes et de Lucquetf, par le duc de Florence et par le prince d'Ecosse. Après quoi il donna le signal de la guerre civile et leva Tétendard de la révolte.

En présence d'une ligue ausçi formidable, Henri 111 suivit les conseils de la peur ; et quoiqu'il sût parfaitement que les ligueurs étaient ses ennemis personnels, il se rattacha à eux et fit l'apologie de leur conduite ; il révoqua les édits rendus en faveur des huguenots, obligea leurs ministres à sortir de France, et décréta que dorénavant aucun citoyen ne pourrait remplir ni fonctions publiques ni charges privées s'il ne professait le papisme; enfin il poussa la lâcheté jusqu'à donner des places fortes au duc de Guise et au cardinal de Bourbon, comme gages de la sincérité de sa protection.

Ceux-ci n'ayant plus rien à redouter du côté du roi , commencèrent la guerre contre Henri de Navarre et le prince de Condé , dont ils demandèrent l'excommunication à Rome. • Le père Matthieu, courrier de la ligue, fit plusieurs voyages en Italie pour obtenir cette bulle impatiemment attendue en France, et pour solliciter un bref qui autorisât les Guises à assassiner Henri III. Pendant que Grégoire préparait la bulle d'excommunication qu'il- devait fulminer contre les huguenots, il fut frappé d'une attaque d apoplexie qui l'enleva le 10 avril 1585. On inhuma son cadavre dans une chapelle qu'il avait fait construire à la basilique de Saint-Pierre, et tout fut dit pour ce pape, qui avait donné au monde l'exemple de tous les vices, et qui avait si bien poursuivi ToBUvre d'extermination commencée par ses prédécesseurs.

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