VII. a
10 mSTOIRE D£S PAPES. [1505.]
Devant une opposition aussi formidable^ le saint-père comprit que les armes spirituelles seraient insuffisantes^ et il résolut d'appeler à son aide les souverains de l'Europe , et d'employer leurs armées à soumettre les Vénitiens. Comme plusieurs d'entre ces princes avaient des traités avec la répubb'que, et qu'il était à craindre qu'il leur répugnât de Êiusser leurs serments, Jules II excommunia les Vénitiens, et déclara frappés de nullité tous les engagements contractés avec eux; il interdît le feu et l'eau à Lorédan, leur doge, au sénat, au conseil des dix et au peuple; il les accabla de malédictions, les dénonça à la colère des autres peuples comme coupables de lèse-papauté^ comme païens, comme membres gangrenés de l'Ëglise; il autorisa tous les fidèles à s'emparer de leurs biens sur terre et sur mer , et à vendre leurs femmes et leurs filles. Dans sa bulle d'excommunication il enjoignait aux Vénitiens d'avoir à lui rendre, à jour fixé, les villes de Faenza, de Rimini, de Ravenne, de Cervio et leurs dépendances, sous peine d'interdit. Au lieu d'obéir, le sénat de Venise prit des mesures énergiques pour empêcher les porteurs de bulles de pénétrer sur le territoire de la république, et en même temps il appela des violences du pape à Dieu et au futur concile général. Jules II lança aussitôt Tinterdit contre Venise, pressa les armements de ses alliés, et se prépara à la guerre, chose qu'il aimait fort, ajoute Guillaume Budé , qui dans ses ouvrages appelle constamment le pontife un chef sanguinaire de gladiateurs.
Sa Sainteté ouvrit la campagne en personne et marcha sur Pérouse, résidence de Baglioni, le plus faible de ses ennemis; quoique cette ville fût défendue par une nombreuse garnison
et par de fortes murailles, elle fut obligée de capituler devaut des forces supérieures; Baglioni remit les clefs de ses villes, promit de se conformer à toutes les exigences de la cour de Rome , et donna ses deux enfants comme otages et en garantie de l'exécution de ses engagements. Jules II se dirigea ensuite sur Bologne^ le casque en tète, la lance au poing: Bentivoglio n'osa pas résister, et lui ouvrit les portes de sa ville à la première sommation ; le pape lui ordonna de se retirer immédiatement dans le duché de Milan, et le lendemain de son départ il fit son entrée dans Bologne en véritable triomphateur ; puis il s'occupa de changer la forme du gouvernement établi, et de remplacer les magistrats par ses créatures. « Après ces faciles conquêtes , le saint-père, dit )) l'historiographe de Louis XII , tout rébarbatif dans son )) harnais, se croyait aussi redoutable que Tamerlan, et vou- )) lait guerroyer contre toutes les puissances ; et ce mata- » more de soixante et dix ans y auxquels les travaux de la )) guerre convenaient aussi bien que la danse à un moine, se » déclara contre les Français, qui étaient encore des ennemis » redoutables y malgré les revers qu'ils avaient éprouvés en » Italie. »
Jules 11^ dans sa présomption, se croyait supérieur à l'empereur et au roi de France par la force de son génie de même que par la grandeur de sa dignité ; aussi ne sefaisait*il point faute de déclarer qu'il voulait les mener à la baguette, et après les avoir détruits l'un par l'autre , les chasser à jamais de l'Italie. U est vrai de dire que ces princes avaient mérité ces indignes traitements par leur condescendance pour le pape, et qu'ils avaient contribué à exalter son orgueil
par leurs lâchetés mêmes. Quoique portant une égale haine à l'Allemagne et à la France , sa Sainteté s'acharna contre ce dernier pays , sans doute pour reconnaître l'hospitalité généreuse qui lui avait été accordée pendant six années.
Non-seulement Jules II paraissait avoir entièrement oublié les faveurs dont lavait comblé l'imbécile Louis XII, mais encore il poussait l'ingratitude jusqu'à parler ouvertement de son bienfaiteur en termes outrageants, et jusqu'à dire qu'il lui avait voué une haine implacable et qu'il ne serait content que lorsqu'il l'aurait renversé de son trône.
Bientôt se présenta pour le pape une occasion importante d'exécuter ses menaces, et il ne la laissa pas échapper. Gênes venait de se soulever contre le despotisme de ses nobles, et le peuple se trouvait aux prises avec l'aristocratie : Jules envoya aussitôt des agents qui firent dégénérer la sédition en révolte; et Gênes, qui était devenue possession française depuis 1499, lors de la conquête du Milanais par Louis XII, se déclara ville libre , chassa les officiers français des postes qu'ils occupaient au nom du roi , nomma huit tribuns , et chargea du pouvoir exécutif un teinturier appelé Paul de Nove , hoDMne courageux et déterminé qui exécrait les rois.
Louis XII accourut à la tête d'une armée pour réprimer la révolte de ses nouveaux sujets, ce qui ne fut pas difficile, les malheureux Génois se trouvant isolés et sans défense par suite de l'abandon du pape. Cependant cette invasion ne laissa pas que de porter ombrage à Jules II; et comme il craignait qu'il ne prit fantaisie au roi de châtier le véritable fauteur des troubles de Gênes, il envoya à l'empereur Maximilien des ag^ts habiles qui surent adroitement exciter sa défiance
[iim.] HISTOIRE DE JULES lï. là
et lui faîi-e comprendre que Louis XII étoît un ambitieux, qui voulait asservir lltalie afin d'élever sur le trône de saint Pierre le cardinal d'Âmboise, qui en échange lui avait promis la couronne impériale.
Maximilien tomba dans le piège, et assembla une diète à Constance pour faire décréter des armements formidables contre Louis XII; celui-ci, qui pouvait avec ses troupes exécuter facilement les intentions que lui prêtait Jules II, appréhendait tellement d'irriter le pape et l'empereur, qu'il licencia immédiatement son armée. Malgré cette mesure, ou précisément à cause de cette concession, l'empereur n'en pressa pas moins ses préparatifs de guerre; et quand il eut" rassemblé un corps d'armée de trente mille hommes , il annonça son intention d'entrer en Italie et de venir à Rome pour être sacré par les mains du pape. En conséquence, il fit demander passage sur les terres de Venise pour lui et pour ses troupes, offrant en outre à la sérénissime république de former une ligue offensive contre la France.
Les Vénitiens, qui craignaient que ce grand déploiement de forces ne fûtdirigé contre eux-mêmes, repoussèrent les propositions de Maximilien, et répondirent à ses délégués qu'ils consentiraient à former des alliances défensives, mais non offensives; et que si l'empereur ne songeait réellement qu'à se faire couronner par Jules II, il était fort inutile pour lui de se faire accompagner par une armée de trente mille hommes.
Cette réponse des Vénitiens était dictée en partie par le soin de leur propre conservation, et par ta crainte de la France t qui leur avait fait signifier que ses armées franchi-
raient immédiatement les Alpes, si Maximilien entrait sur le territoire de la république. Venise se trouvait ainsi placée de manière à ne pouvoir éviter la guerre; et le saint-père attendait avec confiance les conséquences de la position difficile qu'il avait faite à ses ennemis. Or, il arriva simplement que Maximilien voulant forcer le passage, s'enfonça^ enseignes déployées, dans la vaUée de Trente, où il rencontra Barthéiemi l'Âlviano, général de la république, qui tailla en pièces son avant-garde de six mille hommes, et le força à signer une trêve d'une année.
Jules II voyant s'évanouir l'espérance de réduire ces fiers républicains et de recouvrer les villes qu'il avait revendiquées, se détermina à frapper un grand coup. Pour un instant il mit de côté ses haines contre les rois, et forma une ligue entre les princes et les états qu'il jugea les plus faciles à tromper pour écraser la république de Venise. Tout naturellement l'orgueilleux Maximilien, Tinepte Louis XII, les rois d'Aragon et de Hongrie, le duc de Ferrare, le marquis de Mantoue et la république de Florence firent partie de cette confédération, connue dans l'histoire sous le nom de Ligue de Cambrai, ville oii elle ftit formée. En exécution de ce traité, les Français envahirent les états de la république du côté de la Lombardie; les Allemands et les Espagnols entrèrent par la vallée de Trente; les troupes du saint-père, commandées par Jules II en personne, suivirent les côtes de l'Adriatique et emportèrent d'assaut la citadelle de Ravenne, dont la garnison fut passée au fil de l'épée.
Louis XII, qui avait sous ses ordres les maréchaux de Ghaum(Hit et de Trivulce, le duc de Bourbon, la TrimouiUe
et le comte Dunois, remporta sur les Vénitiens la célèbre victoire d'Âgnadello, qui mit la république en danger de perdre toutes ses possessions de terre ferme. Alors le doge se détermina au seul parti qui lui restait à prendre devant une coalition aussi puissante, celui de désintéresser le pape et de lui rendre les villes qu'il réclamait pour son siège.
En effet, dès que Jules II eut obtenu de la sérénissime république la reddition des cinq villes en litige, il cessa de faire partie de la confédération , il releva les Vénitiens des censures qu'il avait prononcées contre eux; bien plus, il épousa leur cause contre ses propres alliés; il déclara la liguç de Cambrai impie et sacrilège, et fulmina des anathèmes contre Alphonse , duc de Ferrare , qui refusait de rompr^ avec les Français. U lé déclara fds rebelle , enfant d'iniquité et de perdition, et conmie tel déchu de ses dignités; il releva les sujets du duc du serment de fidélité qu'ils lui avaient prêté» et ordonna que la sentence filt afBchée dans toutes les parties du monde. Ensuite il envoya un corps d'armée pour s'emparer de ses états, et menaça les Français de ses plus terribles anathèmes, s'ils osaient lui prêter secours.
Louis XII, toujours faible et pusillanime, obéit au pape, reprit le chemin de la France, et eut même l'insigne lâcheté de conclure un traité avec la cour de Rome , par lequel sa majesté se reconnaissait tenue de défendre le saint -siège contre tous ses ennemis. Le roi concédait, en outre, à Jules II le droit de nonuner à tous les évêchés. vacants dans son royaume.
Tous ces actes de condescendance ne firent qu'augmenter laudace du souverain pontife et son acharnement contre Je
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roi ; sa Sainteté nomma pour gouverner les diocèses des préfets qui lui étaient vendus et qui étaient prêts à trahir le prince à son premier commandement. « Ensuite , dit Méze- Drai, le pape souleva les Suisses contre Louis XII, par » l'entremise de Matthieu Schiner, orateur fougueux, dont y) les harangues agitaient ce peuple rustique comme le vent » agite les flots ; il excita paiement l'ambition du jeune » Henri VIII d'Angleterre en lui offrant l'investiture du » royaume de Louis XII ; enfin il intrigua à la cour de Castille ^) et à celle d'Allemagne pour les entrahier dans une ligue » contre la France. )) Ses tentatives auprès de ces deux princes échouèrent; Ferdinand n'osa prendre ouvertement le parti du pontife, et l'empereur, qui venait de reconquérir ses anciens domaines avec le secours des Français^ refusa de rompre avec Louis XII; d'ailleurs, il était assez occupé de ses propres aflaires, par suite d'une défaite qu'il avait éprouvée sous les murs de Padoue, et de la nécessité où il se trouvait de rallier son armée, que les Vénitiens avaient taillée en pièces. Malgré ces deux échecs, sa Sainteté n'abandonna pas. entièrement ses projets de former une ligue contre Louis XII, comme elle avait fait contre les Vénitiens; elle to regarda seulement l'exécution comme retardée.
On s'étonne réellement de cette inimitié de Jules II contre la France, et on cherche à l'expliquer par la haine qu'il portait au cardinal d'Amboise^ son compétiteur, qui l'avait menacé de le faire déposer comme simoniaque , empoisonneur, voleur, adultère, incestueux et sodomite; mais après la mort de ce prélat, son ressentiment parut plus violent encore , et le pape n'ayant plus rien à craindre de ce redoutable concur-
rent, ne mît plus de bornes à sa fiireur guerrière. Quoiqu'on fût au milieu de l'hiver, il vint prendre le commandement de son armée , qui avait commencé ses opérations contre le duc de Ferrare; lui-même mit le siège devant la Mirandole^ pressa les travaux , excita le zèle des soldats par la promesse du sac de la ville , endossa la cuirasse et visita les batteries , armé de pied en cap , la dague au poing , sans s'inquiéter du scandale qui résultait de cette conduite. « Il délaissa la chaire » apostolique y dit Guicciardini ^ pour montrer dans la tran- » chée sa triple couronne persique, pour dormir en échau- » guette et pour chevaucher à travers champs comme le plus » acharné des bretteurs. » Après avoir battu la ville en brèche avec son artillerie, il donna le signal d'un assaut général, et lui-même monta sur les remparts, afin de jouir du spectacle de femmes violées, d'enfants et de vieillards égorgés^ enfin de toutes les horreurs qui ont lieu d'ordinaire dans les cités où pénètrent des soldats.
Pendant que sa Sainteté dirigeait en personne les opérations de ses troupes contre les alliés de la France , elle continuait à intriguer en Allemagne et en Espagne, pour soulever ces puissances contre Louis XII ; et sachant combien Ferdinand le Catholique désirait l'investiture du royaume de, Naples, elle lui proposa de la lui accorder aux conditions qui avaient été consenties par les Aragonais^ en ajoutant seulement au traité que les rois de Castille tiendraient trois cents hommes d'armes à la disposition du saînt-siége, pour servir l'Eglise à la première réquisition qui leur serait faite par les souverains pontifes. L'intention de Jules était d'employer immédiatement ces troupes contre les Fran-
çais dans la guerre de Ferrare , et d'amener une rupture entre Louis XII et Ferdinand Y. Le rusé Castillan eut l'air de tomber dans le piège ; il signa le traité et accepta l'investiture ; aussitôt le saint-père réclama le secours convenu de trois cents hommes d'armes, et fit dire au prince qu'il lui donnerait l'investiture du royaume de Naples à son retour de l'armée, ce qu'il n'avait nulle intention de faire. Ferdinand envoya immédiatement Fabrice Colonna , avec les troupes que le pape demandait, jusqu'aux frontières des états de l'Ëglise ; mais là , elles firent une halte , et le général fit signifier à sa Sainteté qu'il avait ordre de ne pas aller plus loinavant qu'elle eût proclamé Ferdinand le Catholique roi de Naples. Or, le pape, placé entre deux ennemis également redoutables, ayant d'un côté les Français qui poursuivaient leurs conquêtes dans le nord de l'Italie ^ de l'autre les Espagnols qui menaçaient d*envahir le midi , se trouva pris dans ses propres filets, et fut obligé de souscrire aux volontés du Castillan.
Louis XII comprit enfin qu'il était le jouet de la cour de Rome, et il menaça de se venger par la voie des armes, si le décret d'investiture du royaume de Naples en faveur de Ferdinand n'était immédiatement révoqué. Ses menaces et sa colère n'excitèrent que la risée , et au lieu de répondre à ses réclamations, Jules II le somma de lui rendre les villes dont il s'était emparé; il fulmina contre lui un anathème terrible, mit la France en interdit et la donna à celui qui pourrait s*en emparer ; il excommunia également tous les princes qui soutenaient le parti du roi , et donna leurs terres et seigneuries au premier occupnt. Un envoyé
du duc de Savoie qui voulut faire à ce sujet quelques représentations au saint-père, fut arrêté comme espion, appliqué à la torture et plongé dans les cachots infects du château Saint-Ânge , malgré les réclamations énergiques du duc de Savoie.
L'inepte Louis XII ne pouvant plus se faire illusion sur les sentiments hostiles du pape , et a osant pas encore prendre les armes contre le saint-siége , convoqua un synode national dans la ville de Tours, pour se faire autoriser à repousser les attaques de Jules IL Non-seulement les évêques français décidèrent que le roi ne ferait qu'user de son droit en réprimant l'insolence du pape, mais encore ils conjurèrent sa majesté de prendre la défense des petits princes opprimés par la cour de Rome; et ils citèrent Jules II à comparaître à Pise, devant un concile général, pour se voir déposer du pontiûcat. Il en résulta que neuf cardinaux^ parmi lesquels se trouvait le cardinal espagnol de Sainte-Croix, abandonnèrent immédiatement la cour du souverain pontife pour se joindre aux évèques français et coopérer à la réforme de l'Église. Le cardinal de Sainte-Croix , avec l'approbation de Ferdinand, fit même afficher les lettres de convocation dans les villes de Parme, de Plaisance, de Modène, de Bologne et de Rimini. Mais^ pendant que le roi d'Espagne écrivait au roi de France qu'il était prêt à soutenir l'entreprise des prélats opposés à l'infâme Jules II, il protestai secrètement à Rome de ses bonnes intentions pour sa Sainteté, et demandait même la déposition des cardinaux qui s'étaient séparés du siège apostolique.
Quelque habile que fftt cette politique de l'Espagnol, elle
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ne réussit qu a demi ; Louis XII ayant eu connaissance de ce qui se tramait contre lui, se détacha de Ferdinand et proposa à l'empereur de former entre eux une alliance offensive et défensive. Maximiiien accueillit d'autant plus volontiers les ouvertures de la France relativement à la déposition de Jules n, qu'il avait résolu de briguer la papauté pour luimême , ainsi que le témoigne une lettre adressée à sa fille Marguerite d'Autriche, qui lui avait conseillé de se remarier. a Nous ne jugeons pas qu'à notre âge on doive contracter une «> nouvelle union , à moins de raisons politiques^ écrivait-il à » cette princesse; et dans la position des affaires, ce serait dén traire nos projets d'ambition, qui tendent à réunir sur notre «> tète la double couronne des empereurs et des papes. Déjà » notre secrétaire, l'évêque de Gurck , est parti pour Rome, » afin de proposer à Jules II de choisir entre notre inimitié n et notre admission au partage de la papauté; de cette ma- » nière, après sa mort nous serions assuré de posséder seul » le trône de saint Pierre. Tenez-voul donc pour avartie, » ma dière Marguerite, que vous serez forcée de nous adorer » à deux genoux, ce qui sera certainement fort bizarre; cette n idée seule provoque déjà notre hilarité. U en sera ainsi cen pendant, car le peuple et les nobles de Rome, qui portent n ime haine é^ale aux Espagnds, aux Français et aux Véni- » liens, se sont ligués au nombre de plus de vingt mille, » et iMNis ont fait dire qulls noomieraiait un pape d'origine « aUemaiide, aussitôt que Jules II aurait laissé le saint-si^e » vxmt; oe qui ne peut lardar, sa Sainteté étant oooverte » de pifêlales et d*alcères, suites de ses débaudies. En cou- • s6fMMe,faidéjà£ùtdes oaverlores aux cardinaux ita-
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)) liens, et leurs suffrages me coûteront environ deux à trois )) cent mille ducats. Ferdinand Y nous affirme également )) que ses ambassadeurs ont ordre d'appuyer notre élection. » — Écrite de la main de votre bon père Maximilien , futur » pontife. ))
Pendant que l'empereur intriguait pour arriver à la papauté ^ Jules II quittait encore son métier de pape pour celui de capitaine aventurier; il abandonna son palais du Vatican, laissa à Michel Ange le soin de diriger les travaux de la nouvelle basilique de Saint-Pierre^ dont les fondations s'élevaient déjà au-dessus du sol de l'ancien parvis; et reprenant le casque et Tépée, il se dirigea avec une simple escorte vers la ville de Modène^ où se trouvaient campées les troupes pontificales. Déjà sa Sainteté avait atteint Bologne, lorsque le maréchal de Chaumont, que la France avait envoyé au secours d'Alphonse, duc de Ferrare, et qui était lui-même dans les environs de la place , eut avis de ce qui se passait par Bentivoglio, et vint, pendant la nuit, cerner Bologne avec sa cavalerie. Le matin , la consternation fut grande parmi les gens de la maison pontificale , et leur frayeur était d'au* tant plus fondée, que d'une part il était impossible de sortir; de la ville sans tomber entre les mains des Français, et que d'autre part les Bolonais^ qui n'avaient jamais été dévoués au saint-siége, semblaient vouloir se révolter, et parlaient déjà de livrer le pape au maréchal de Chaumont.
Dans cette extrémité , les cardinaux se réunirent aux ambassadeurs espagnols et vénitiens , et vinrent supplier Jules II de traiter avec les Français. A cette ouverture, le pontife entra dans un accès de colère inouï; il déchira ses vête-
ments, blasphéma le nom de Dieu, arracha de sa tète la tiare, et la foulant à ses pieds, il s'écria : a Périsse donc avec » cet impuissant emblème une religion de mensonges et de )) fourberies, et qu'avec elle soient écrasés les abominables )) suppôts qui conseillent à leur pape une lâcheté !
)) Pour vous^ di^il, en se tournant vers l'ambassadeur » de Venise, où sont les renforts que vous m'aviez promis D au nom de votre république? Je les attendrai jusqu'à de- » main, et s'ils ne sont pas arrivés , oui, je traiterai avec » ces exécrables Français; mais ce ne sera que pour leur )) faire brûler Venise et avec votre ville tous les marchands » qui la gouvernent.
)) Quant à vous, ajouta-t-il, en se tournant du côté de l'am- )) bassadeur d'Espagne, qui m'avez joué si indignement» en )) me faisant donner l'investiture du royaume de Naples en )) échange de troupes que votre infâme souverain ne m'eny) verra jamais, je vous ferai pendre demain à la pointe du » jour. » Puis 9 saisissant sa crosse à deux mains, il se jeta sur eux et les chassa de sa chambre en les frappant à coups redoublés.
Néanmoins, lorsque cette grande colère fut apaisée, Jules II comprenant que ses violences n'éloigneraient pas les dangers qui le menaçaient, fit appeler les magistrats de Bologne et les chefs des corps de métiers; il leur représenta qu'il s'était confié à leur religion et à leur fidélité en venant dans leur ville, et les supplia de faire prendre les armes au peuple pour sa défense^ en leur promettant la remise de tous les impôts.
Ses instances ne changèrent rien aux dispositions des ha«
bitants, et les choses restèrent dans le même état pendant la journée entière. Vers le soir, on reçut la nouvelle de l'approche des Espagnols; la menace de la potence avait produit son effet. L'ambassadeur de Ferdinand avait £aiit parvenir un exprès à Fabrice Colonna^ qui s'était décidé à faire un mouvement en avant. Le maréchal de Ghaumont se replia devant les Espagnols et céda le champ de bataille.
Jules II, ainsi délivré des Français, se répandit en invectives contre Louis XII; il ne parla plus que de sièges et de batailles rangées; et quoiqu'il souffrit beaucoup des ulcères honteux qui lui avaient déjà rongé presque entièrement les organes d€L la virilité, il voulut se faire porter devant Ferrare pour bombarder cette place. Il assista en effet aux premiers travaux du siège; mais on fut bientôt obligé de le ramener à Bologne, les médecins ayant déclaré que le mal vénérien était arrivé à son dernier période, et que sa Sainteté n'avait que quelques jours à vivre.
Aussitôt les cardinaux commencèrent leurs brigues pour la papauté , et cabalèrent effrontément dans la chambre même du moribond. Toutefois ils ne furent pas longtemps à s'en repentir, car Jules II, qui était doué d'une constitution trèsvigoureuse, revint à la vie. Son premier soin fut dassembler les cardinaux en consistoire public ; il les accabla de menaces et d'outrages; il les appela larrons, sodomites, simoniaques; il les accusa de vendre leur honneur, leur conscience et même leur corps; enfin, il termina la séance en rendant un décret relatif à l'élection des papes, dans lequel sa Sainteté déclarait nulle de plein droit toute nomination entachée de simonie » soit du côté de l'élu, soit du côté des électeurs , procla-
Sfc HISTOIRE DES PAPES. [tSlO.]
mant hérétiques, et punissables par le supplice du feu, les pcmtifes qui seraient promus par de tels moyens, ainsi que tous ceux qui auraient concouru à leur élection.
Dès que le pape eut recouvré assez de forces pour soutenir le mouvement d'une litière, il songea à reprendre les hostilités contre le duc de Ferrare, et se mit en route pour rejoindre ses troupes. Le chevalier Bayard, qui faiisait alors les guerres d*Italie, instruit de la marche du pape, résolut de Tenlever, et vint s*embusquer avec cent honmies darmes dans les environs de la petite ville de Saint-Félix, oii il savait que sa Sainteté devait passer avant d'arriver au camp. Malheureusement ce jour-là, une heure environ après le départ de l'escorte, il tomba une pluie abondante qui obligea le pontife à rebrousser chemin pour se mettre à l'abri. Bayard» qui s'aperçut de ce mouvement , se découvrit alors et vint fondre sur les cardinaux; comme il se trouvait à une grande distance» Jules II eut le temps de sortir de sa litière et de monter sur un vigoureux cheval avec lequel il échappa à ses ^memis. Les cardinaux imitèrent son exemple, et Bayard ne pat saisir que les vieux évèques qui étaient en litière, quelques domestiques qui étaient à pied, et les mulets qui portaient les bagages.
En même temps que les Français faisaient une rode guarre à sa Sainteté, ils négociaient avec le roi d^Espagne poor le déterminer à se réunir à Louis XJl et à Alaximiliai, qui avaient ct>nvoqué un concile à Pise pour £adre déposer le pape. Mais Ferdinand, qui trouvait ses intérêts dans les discordes interminables, se contenta de jouer le rôle de médiatrar^ et après de nombreux débats, il iwt)posa d^assembler