HISTOIRE DE JULES II. SS
un congrès de plénipotentiaires à Mantoue pour traiter d'un accommodement entre toutes les puissances. Jules II se rendit à Ravenne pour surveiller les délibcralions de cette assemblée» et essaya de gagner à sa c&use les représentants des princes. 11 écrivit même à ce sujet au vénérable évèque de Gurck , délégué de l'empereur, pour qu'il vînt le trouver, afin de s'entendre avec lui sur les moyens de pacifier ritalie.
Le prélat se rendit à l'invitation de sa Sainteté; mais quand il vit que le j^ontife n'avait d'autre intention que d'acheter sa conscience avec un chapeau de cardinal, il reprit inmiédiatement le chemin de Mantoue. Comme l'avait prévu Ferdinand le Catholique , la réunion des ministres des grandes puissances n'amena aucun résultat, et la guerre recommença avec plus de fureur qu'auparavant.
Trivulce, qui avait succédé au maréchal de Chaumont dans le commandement de l'armée d'Italie, ouvrit la campagne en s'emparant successivement de Concordia et de Bologne; dans cette dernière ville se trouvait la statue de bronze de Jules II, un des chefs-d'œuvre de Michel Ange. L'orgueilleux pontife était représenté debout , dans une attitude guerrière , et élevant la main droite au ciel comme pour invoquer le Christ en faveur du peuple qu'il venait de punir. On raconte même à cette occasion une anecdote assez curieuse : « Les )) cardinaux, dit la chronique, ayant rapporté à sa Sainteté » que les habitants ne regardaient qu'en tremblant cette » terrible statue , et demandaient si elle levait le bras pour )) les bénir ou pour les maudire, Jules leur répondit : « C'est )) pour l'un ou pour l'autre, suivant que les Bolonais seront VII. 3
)) soumis ou rebelles. » Aussi, dès que les Français furent entrés dans Bologne, le peuple s'empressa-t-il de briser cette statue ; lé métal fut acheté à la ville par Alphonse d'Esté, qui en fit faire une pièce d'artillerie qu'on nomma la Julienne.
Sans aucun doute, le maréchal Trivulce aurait pu s'emparer de toute la Romagne sans coup férir, s'il avait poussé la guerre ; malheureusement il en fut empêché par Louis XII, qui s'effrayait de ses victoires sur le pape, et voulait attendre la décision d'un concile qu'il avait convoqué à Pise
Quant à Jules II, il restait toujours renferme dans Ravenne, et ne laissait pas que d'être fortement inquiet de la tournure que prenaient les affaires ; pour surcroît de malheur, la division éclata dans sa famille; le duc d'Urbin, qui était à la fois son neveu et son bâtard , accusa le cardinal de Pavie , le mignon de sa Sainteté, d'avoir vendu Bologne aux Français;celui-ci, à son tour, lui reprocha devant d'autres cardinaux d'avoir cherché à le supplanter dans les bonnes grâces du pontife, et en même temps de conserver des intelligences avec le duc de Ferrare , dont il avait épousé la nièce pour s'en faire un protecteur après la mort du pape. Le duc d'Urbin , furieux de voir ses intrigues démasquées , en conçut une haine violente contre le cardinal , et le lendemain de cette discussion, il le poignarda en pleine rue. Jules II eut une si grande douleur de la perte de son mignon, que ne pouvant le venger sur son propre fils, il résolut de quitter la ville qui avait été témoin de l'assassinat, et de retourner à Kome, malgré les dangers qu'il pouvait y courir.
Deux jours après son arrivée dans la ville sainte, il convoqua
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un concile au palais de Latran , pour l'opposer au synode de Pise, où il avait été cité pour s'entendre déposer.
Dans ses lettres de convocation^^ sa Sainteté établissait en droit que le privilège de former des assemblées générales d'ecclésiastiques appartient exclusivement au pape; il concluait ainsi : « C'est pourquoi , de la plénitude de notre rai- X) son infaillible 9 nous déclarons nulle et vaine Tindiction du )) concile de Pise » ainsi que tous les écrits publiés contre )) nous par les procureurs , au nom de l'empereur Maximi- » lien et du roi Louis de France , les réprouvant , les révo- » quant et défendant, sous peine d'excommunication et de » malédiction étemelle, à toute personne, de quelque dignité » quelle soit, ecclésiastique ou séculière, de favoriser leur » propagation. )>
Ensuite le saint-père fulmina des bulles contre Louis XII ,et le menaça de faire rompre son mariage scandaleux avec Anne de Bretagne; puis il se retourna vers l'Espagne, et fit offrir l'investiture de la Navarre à Ferdinand V, s'il voulait armer en sa faveur. Cette proposition convenait d'autant mieux au roi de Castille, que depuis longtemps il cherchait à dépouiller Jean d'Albret de sa principauté de Navarre. Ferdinand équipa une flotte nombreuse dont le but apparent était de faire une descente en Afrique , mais qui en réalité était destinée à débarquer une armée en Italie pour surprendre les Français.
Louis XII, averti de ces préparatifs de guerre, se hâta de lever des troupes; l'empereur en fit autant, et tous les peuples Je l'Europe se trouvèrent en armes et prêts à s'entr 'égorger pour soutenir la querelle d'un pape sodomite , voleur et as-
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sassin. De leur coté, les cardinaux qui s'étaient éloignés de la cour pontificale et qui se trouvaient à Pise n'en procédèrent pas moins à l'ouverture du concile qui devait déposer le pontife ; et si l'assemblée n'agit pas en cette circonstance avec 1 énergie dont elle avait fait preuve jusqu'alors, il faut en chercher les raisons dans le caractère lent et irrésolu de Maximilien : ce prince n'osa pas seulement obliger les prélats de son royaume à paraître au synode. D'autre part, le roi de France eut la faiblesse de céder aux conseils de sa fenune, et n'envoya que seize évoques avec quelques procureurs des universités. Il en résulta que cette réunion n'étint composée que d'un petit nombre de prélats, perdit par cela même de son influence ; et ce fut après bien des difficultés que les Florentins, auxquels appartenait la ville de Pise, se décidèrent à permettre l'ouverture des sessions.
Enfin la première séance eut lieu le 29 octobre 1511, soùs la présidence du cardinal Sainte-€roix ; Odet de Foix était le gardien du concile, et Philippe Dèce, excellent jurisconsulte, remplissait les fonctions de rapporteur. Dès que la nouvelle en parvint à Jules II, il excommunia pour la seconde fois les cardinaux et tous ceux qui faisaient partie de cette assemblée; mais tant de coups le frappaient à la fois, que lui-même crut qu'il n'y survivrait pas; il lui prit une fièvre violente , accompagnée de longues syncopes pendant lesquelles il ne donnait aucun signe de vie.
« Alors le saint-père parut faire un retour vers le bien, dit » rhistorien de la ligue de Cambrai ; il fit venir les cardinaux x> auprès de lui; il s'accusa devant eux d'avoir commis de » grands crimes et d'avoir publié des excommunications îni- •
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»ques; il leur fit dresdei* une bulle pour les révoquer^ en » défendant néanmoins de là publier avant sa mort, parce » que s'il recouvrait la santé, il ne voudrait pas, disait-il, » avoir accompli un acte de justice nuisible à sa dignité. » Cet excès de prudence ne fut pas inutile; car la fièvre l'ayant quitté, les médecins déclarèrent qu'il était hors de danger, et bientôt il vint présider en personne les séances du consistoire.
Pendant sa convalescence, le pape s'occupa de cimenter une alliance offensive et défensive entre le saint-siége, la Suisse, Venise et Ferdinand le Catholique^ qui se déclara ei^ûn Fennemi de la France. Par un étrange abus des mots, cette coalition sacrilège fut appelée la sainte ligue , et la conduite des opérations fut abandonnée à Tinfatigable Jules IL Il est vrai aussi que sa Sainteté resta seule chargée des frais de Tentreprise ; néanmoins, par compensation , ses alliés lui permirent d'utiliser les troupes pour mettre à la raison le peuple de Rome, qui avait eu l'audace de chasser les prêtres delà ville apostolique et de vouloir recouvrer sa liberté. En moins de huit jours, grâce à ce puissant secours, l'autorité du pape fut rétablie; et après le massacre de douze à quinze mille citoyens , tout rentra dans l'ordre.
Si les habitants de la ville sainte étaient hostiles à la cause pontificale, il n'en était pas de même à Pise, où une armée de prêtres et de moines avaient exalté le peuple dévot ; des troubles éclatèrent, et la population prit les armes non contre le pape, mais contre le concile qui s'occupait de le déposer. Les désordres devinrent si graves, que dès la troisième session, les Pères furent obligés de se retii^r à Milan
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pour continuer leurs séances. Sa Sainteté en eut une grande joie, qui fut cependant troublée par la nouvelle que les Français avaient taillé en pièces l'armée des confédérés sous les murs de Ravenne.
Cette victoire jeta la terreur dans les états ecclésiastiques; à Rome surtout^ les esprits furent dans la consternation; les cardinaux coururent au Vatican pour supplier le pontife d'avoir pitié de lui-même et du sacré collège, et de transporter sa cour en Espagne. Ils lui représentèrent que la position était d'autant plus grave que les barons romains devaient se joindre aux Français, et que même son propre bâtard, le duc d'Urbin^ avait promis d'envoyer aux ennemis deux cepts tances et quatre mille hommes de pied pour augmenter le nombre de soldats que Pompée Colonna, Robert des Ursins, Aintoine Savelli, Pierre Margano et Laurent Mancini s'étaient engagés à fournir. Malgré son excessif orgueil , ces considérations avaient fait impression sur l'esprit de Jules II, et il paraissait pencher pour le parti delà retraite, lorsque survinrent les ambassadeurs de Ferdinand le Calhohque et de Venise; ils combattirent les raisonnements des cardinaux, et firent comprendre à sa Sainteté que le danger n'était pas aussi imminent qu'on avait pu le supposer, parce que l'armée française, quoique victorieuse, était comme un corps sans &me, son général, Gaston deFoix, duc de Nemours, ayant été tué le jour même de la bataille.
Cette nouvelle détermina Jules II à retarder de quelques jours son projet de fuite; et bientôt une lettre du cardinal de Médicis le lui fit abandonner entièrement et lui rendit toute son audace. Ce prélat, qui avait été fait prisonnier sur