‹ Histoire des papes (volume 5)Chapitre 6 sur 33 · ISIS.] HISTOIRE DE JULES IL · texte numérisé non relu

ISIS.] HISTOIRE DE JULES IL

le champ de bataille, où il combattait armé de toutes pièces» écrivait à sa Sainteté « qu'il était parvenu à s'emparer de » l'esprit des soldats , et qu'il les avait tellement effrayés par » des prédications sur l'enfer, qu ils désertaient par bandes » avec armes et bagages^ pour sauver leurs âmes et se rache- ))ter des anathèmes qu'ils avaient encourus; cpi'en outre, » on pouvait être sans inquiétude pour Rome, attendu que » la superstitieuse Anne de Bretagne avait un confesseur en- » tièrement dévoué au saint-siége ; que par l'influence de » cette princesse on saurait bien empêcher Louis XII de » renforcer son armée d'Italie, et que d'ailleurs Maxhnilien, » qui voyait les affaires de la France en mauvais état, parais- )) sait vouloir se détacher de sa cause pour entrer dans la )) sainte ligue. ))

Quoique la fortune parût en effet devoir se ranger du parti du sain^père, l'assemblée de Milan n'en continua pa$ moins ses travaux, et dans la septième session, elle prononça la suspension de Jules II des fonctions pontificales. La sentence était conçue en ces termes : « Au nom de la Trinité sainte , )) le sacré concile général représentant l'Ëglise universelle , )) après avoir pris en considération les maux de l'Ëglise, dé- » clare qu'il est nécessaire de travailler à la réforme des abus ; » et comme il importe par-dessus tout à la religion que le chef » de l'Église donne l'exemple des vertus chrétiennes, qu'il » ne soit pas un' objet de scandale par ses adultères, par ses » vols et par ses meurtres, les Pères ont décidé d'un accord » unanime qu'il fallait renverser Jules II du trône de l'Apôtre; » car Isaîe a dit : « Otez de la voie de mon peuple tout ce qui » peut causer sa chute ; » et Tapôtre saint Paul : <( Retran-

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» che2 tout germe de mal du milieu de vous, car uu peu de » levain aigrit toute la pâte.

» Puisqu'il faut retirer le peuple des mains de Goliath et » des Philistins, qui le pervertissent et l'oppriment, le sacré » concile exhorte les cardinaux, les patriarches, les archevê- » ques, les évêques, les abbés , les prévôts des cathédrales , » les chapitres des collégiales, les rois, les princes, les ducs, )) les marquis, les comtes, les barons, les universités, les » communautés , les vicaires de l'Église romaine , les vas- )) sàux, les gouverneurs, les feudalaires, les sujets réguliers » et séculiers, enfin tous les fidèles, quelles que soient leurs )) dignités et leurs professions, à ne plus reconnaître comme » pape Julien de la Rovère, qui s'est élevé sur le saint-siége » par une infâme simonie.

» Défense d'obéir à ce corsaire, à ce gladiateur souillé du » sang chrétien, à cet incestueux, à ce sodomite couvert de » plaies honteuses, qui a infecté l'Eglise de sa corruption ! »

Ce décret fut reçu en France, et la publication en fut permise par lettres patentes de Louis XII , malgré la vive opposition d'Anne de Bretagne, qui, par les conseils de son confesseur, en vint même à refuser au prince de partager sa couche. Du reste, Jules II ne parut guère s'en émouvoir ; il se contenta de réunir quelques évêques italiens à Saint-Jean de Latran , et fit décréter par ce conciliabule des anathèmes contre ses adversaires. Par les ordres de sa Sainteté, les prélats qui siégeaient à Milan furent déclarés hérétiques, délégués de TAntechrist ; et, comme tels, il fut permis aux fidèles de s'emparer de leurs biens, de leurs bénéfices, de leurs dignités , voire même de les tuer. Le concile de Latran

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confirma éû même temps les censures prononcées contra Louis XII, auquel on enleva son titre de roi très«K;hrétien. Le dernier article de la condamnation avait été dicté par Ferdinand le Catholique , qui exigea en outre que le roi de Navarre fût compris dans la sentence. Fléchier, dans une de ses oraisons funèbres , blâme lui-même la conduite du pape. (( Jules II, dit-il, abusant du pouvoir qu'il prétendait tenir » de Dieu, a fait servir la religion à ses passions criminelles ^ )) et a porté une main sacrilège sur la couronne des rois. » Jean d'Albret, l'une des victimes de l'exécrable politique de )) ce pontife, s'était vu excommunié en vertu d'«me bulle qui » avait été sollicitée par Ferdinand V ; et il arriva que la prin- )) cipauté de Navarre se trouva envahie par les troupes es- » pagnoles avant même que Jean d'Âlbret eût seulement » songé à se mettre en défense »

Pendant que les créatures de Jules II fulminaient des ^a* thèmes contre la France et contre ses alliés , les Pères du concile de Milan quittaient précipitamment cette résidence, pour éviter la vengeance implacable du pape, et se réfugiaient à'i^yon; ce qui valut à cette ville d'être mise en interdit et dégradée de son rang de métropole*. D'un autre côté , le^ bandes de la sainte ligue, renforcées des troupes espagnoles, reprirent leur revanche sur les Français , et s'emparèrent l'une après l'autre de toutes les villes qui tenaient encore contre le pape.

Pour comble de disgrâces, le roi d'Angleterre, Henri VIII, qui jusqu'alors était resté spectateur impassible de la lutte, se joignit aux confédérés et entraîna la désertion de Maximilien. Toute TEurope se trouvant ainsi liguée contre Louis XII,

la guerre recommença plus terrible quauparavant: les Allemands , les Suisses et les Esjpagnols pénétrèrent en Italie de trois côtés à la fois; les troupes de Jules II envahirail la Romagne et emportèrent Bologne et Ravenne.

Pressés de toutes parts et accaUés par le nombre, les Français furent contraints de céder le terrain et de mettre bas lès armes; presque tous furent lâchement assassinés, au mépris des lois de la guerre, et quoiqu'ils eussent obtenu des capitulations honorables.

Bandel, Forcadelle et plusieui^s autres historiens rapportent que Jules U inventa alors une fable dont le but était de rendre odieuse la mémoire de Gaston de Poix , -duc de Nemours, et de porter au plus haut point le &natisme des peuples de ritalie contre les Français. U 6t affirmer ^ par de nombreux témoignages, qu*ayant ouvert le t(>n4>eau de ce prince, on n avait trouvé dans son cercueil qu'un horrible serpant qui s'âait envolé dans les airs au miKëu diurne fumée épaisse et infecte. Forcadelle dit encore que sa Sainteté dis- Iriboa des sommes considéraUes à des poêles affamés, pmîr qu^ils fissent des satires contre Louis XJI ou contre Aone de Bretagne, el qu'il accorda la remise de la peine caphaft a un grand crmùnel qui avait lait un distique latin contre les Français.

Deux m<Ms sVuient à peine écoules depuis Texpulsion des Français de Tltalie, que Jules U songeait déjà a rompre la sainte l^gpe et à se débarrasser de ses alliés, qui avaient Faudace de revendiquer une part des dôpouiDes. Avant de mettre ce pi>i>jel à exécution, il voulut s*assurer de la possèssioa dn dncbède Fenrare; et à cet effet, il écrivit au duc Al-

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phonse de Ferrare, mari de riafâme Lucrèce Borgia, qu'il consentait à le réconcilier avec l'Eglise, et qu'il exigeait seulement qu'il vînt à Rome pour recevoir l'absolution^ selon les formalités ordinaires ; il lui adressa même un sauf-conduit signé de sa main y pour lui donner plus de confiance en ses promesses.

Malgré les protestations d'amitié du saint-père , Alphonse craignit un piège» et répondit qu'il ne se hasarderait à venir à Rome que sur la garantie solennelle des Colonna et des amsadeurs d'Espagne et de Florence. Ceux-ci lui écrivirent aussitôt qu'ils prenaient l'engagement de s'opposer à ttfute entreprise contre sa personne ; alors il n'eut plus rien a objecter, et se mit en route pour la ville sainte.

Jules II, dit un historien, l'accueillit avec de grandes démonstrations de joie, et chercha à lui persuader, comme il avait fait précédemment auprès de César Borgia, que Lucrèce était sa propre (ille et non celle d'Alexandre VL Cette princesse vivait alors en graad honneur à la cour de son mari, entourée de poètes, dartistes et de peintres j plus tard, lorsque la vieillesse eut chassé tous ses amants, elle bâtit des couvents de filles en expiation de ses adultères et de ses incçstes, et mourut en odeur de sainteté !

D'abord, Jules II promit au duc de Ferrare de le ti*aiter comnie'son gendre et le retint au Vatican; puis^ lorsqu'il supposa qu'il pouvait parler en maître , il le fit comparaître devant le consistoire et le somma de lui rendre sa ville de'Jferrare comme dépendance de l'Ëglise; en outre il lui védwpaa le payement d'un tribut de quatre mille florins d'or qifi} devait envoyer à Rome chaque année conmoie feuda*

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taire du saint-siége ; enfin il lui défendit d^expëdiel* les produits des Salines de Comachio dans la Lombardie, pour ne point établir de concurrence avec les salines du saint-siége.

Alphonse comprit que Jules n'attendait qu'un prétexte pour le faire arrêter ; aussi se garda-t-il de contester l'équité des réclamations du saint-père ; il demanda seulement qu'on lui accordât jusqu'au lendemain pour prendre une décision. Pendant la^nuit il s'enfuit de Rome et regagna ses états par des chemins détournés. Dès que Jules eut connaissance du départ de son prisonnier, il entra en grande colère; il accusa les ambassadeurs florentins d'avoir favorisé l'évasion d'Alphonse, et, pour se venger, il donna ordre au cardinal Sion de commencer immédiatement les hostilités contre Florence.

Gardonne, général espagnol, se joignit aux troupes pontificales, s'empara de Prato, et força la république à recevoir les conditions qu'il plut au pape de lui imposer. Sa Sainteté rétablit les Médicis à la tête du gouvernement.

A Milan, une restauration semblable venait de s'accomplir, et Maximilien Sforce reprenait sa couronne ducale. Ainsi tous les événements politiques concouraient à assurer le triomphe du pape; il ne lui restait plus qu'à purger l'Italie des Allemands et des Espagnols. Pour atteindre ce but, sa Sainteté offrit à l'empereur de l'autoriser à faire la conquête des états de Venise, sous la condition qu'il chasserait les Espagnols de l'Italie inférieure. Maximilien 1" accéda à cette proposition et envoya immédia temen ta Rome l'évêque de Gurck pour en arrêter les bases. Le pontife accueillit le plénipotentiaire allemand avec de grandes démonstrations d'amitié^ et

parut avoir oublié entièrement leurs luttes précédentes; il le défraya libéralement des dépenses de son ambassade, quoiqu'il eût trois cents personnes à sa suite, et lui prodigua les honneurs qui ordinairement n*élaient rendus qu'aux empereurs.

Toutes les conditions de cette sacrilège alliance furent arrêtées dans la mêïne journée ; Tévêque de Gurck, au nom de Maximilien^ s'engagea à protéger la cour de Rome contre leà entreprises de l'Espagne et de la France , et à lui prêter le secours de ses troupes pour réduire le duché de Ferrare. En retour de ces avantages, Jules sacrifia les Vénitiens ses alliés , et {^mit de les excommunier s'ils refusaient de se soumettk*e à l'Allemagne, et de transiger aux conditions que le prince voulait leur imposer.

Dès que le traité eut été ratifié , Jules II laissa éclater sa joie; il commanda pour le lendemain un service solennel pour célébrer l'heureuse réussite de ses négociations^ et à la suite de la cérémonie, il se rendit avec tout son clergé sur la rive gauche du Tibre; là, en présence des ambassadeurs de toutes les puissances et d'une foule innombrable, il jeta les clefs de saint Pierre dans le fleuve , en s'écriant : (^ Désor- )) mais les papes n'auront phis besoin que de l'épée de » saint Paul. »

Enfin sa Sainteté, de retour au Vatican, fit comparaître les ambassadeurs espagnols et leur ordonna, sous peine des censures les plus terribles , de faire retirer des terres de l'Ëglise les bandes de pillards qui combattaient avec ses troupes. Comme ceux-ci voulurent s'excuser sur la nécessité de terminer les opérations commencées, Jules II s'emporta

contre enx en paroles outrageantes et les chassa de sa présence.

Aussitôt il négocia avec les cantons suisses pour en obtenir trente mille hommes de troupes qui devaient Taider à chasser les Espagnols de l'Italie inférieure et à £aiire la conquête du royaume de Naples. Déjà le marché était signé et la guerre aUait se ranimer avec une nouvelle fureur^ lorsque Dieu prit l'Italie en pitié et délivra la terre de cet abominable pape, le 25 février 1515.

Selon quelques auteurs , Jules II mourut des suites d'un accès de colère; suivant d'autres ^ il succomba au mal bon* teux qui sévissait en Europe; tous s'accordent à dire que k cardinal chaîné de lui administrer les derniers sacrements lui ayant demandé ce qu'il décidait relativement aux prélats qui l'avaient déposé ^ le moribond répondit : n Cqurnae » homme, je leur pardonne; comme pape, je les maudis! « Cette parole suffit pour démontrer que la papauté est dans son essence une institution vicieuse et exécrable, puisqu'elle commande la haine et défend l'oubli des injures.

On attribue au savant Ërasme une sanglante satire dans laquelle Jules II se trouve en scène avec le prince des apôtres ; celui-ci refuse au pape l'entrée du royaume des cieux et lui reproche tous ses crimes ; il Taccuse d'inceste avec sa sœur et sa fiUe; de sodomie avec ses bâtards, ses neveux et plusieurs cardinaux; il le nomme parjure, simoniaque, ivrogne, voleur, meurtrier^ empoisonneur, et enfin il lui déclare que les portes du del ne sont pas ouvertes à ceux qui sont infectés du mal de Kaples ! •

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