‹ Histoire des papes (volume 5)Chapitre 9 sur 33 · ADRIEN VI · texte numérisé non relu

ADRIEN VI

CHAILBS'QUIHT, 226* PAPE. FRANÇOIS 1*%

empereur ^'Allemagne. roi de France.

Élection d'Adrien VI.— Son histoire avant son pontificat. — Entrée de sa Sainteté à Rome. — Adrien veut introduire des réformes dans le clergé. — Son opinion sur ses prédécesseurs et sur l'infaillibilité pontificale. — Diète de Nuremberg, — Charles* Quint oblige le pape à lui accorder différents privilèges. — Haine du clergé romain contre le saint-père. — Il est empoisonné par les prêtres. — Singulier éloge du pontife par un cardinal.

Après la mort de Léon X» le3 troupes pontificales quittèrent Tarmée de Charles-Quint ; ce qui affaiblit si fort les Espagnols^ que, sans aucun doute et malgré leurs revers » les Français auraient pu reprendre l'offensive et rétablir leurs affaires en Italie» si, au moment où ils rouvraient la campagne, un chancelier romain, appelé Morone, n'eût fait soulever les populations fanatiques par les prédications d'un moine augustin. A la voix du religieux^ les Italiens se levèrent en masse, vinrent se ranger sous la bannière de Morone , et forcèrent les Français à repasser les Alpes. Les cardinaux s'empressèrent de mettre à profit les circonstances où ils se trouvaient pour former le conclave sans crainte d'être inquiétés ; etf pour plus de sécurité^ ils donnèrent le commandement des troupes à Constantin Commin, duc de Macédoine ; ils confinèrent le gouvernement de Rome à Vincent Carafi'a,

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archevêque de Naples, et la garde du palais à ÂnnibalRamigo , prélat de Spolette. Néanmoins la vacance du saintsiège paraissait devoir se prolonger, soit à cause des brigues des différents compétiteurs, soit à cause de Tabsence des cardinaux de Médicis, de Cortone, de Ferrier, de Comaro et de Cibo ; enfin ces prélats arrivèrent successivement les uns après les autres, et portèrent le nombre des membres du conclave à trente-neuf. Alors le scrutin fut ouvert, et pendant huit jours, il y eut ballottage entre les cardinaux Famèse, de Médicis^ Jaconocci, et Wolsey, ministre du roi d'Angleterre, qui n'épargnait ni les promesses ni l'argent pour se faire élire. Au neuvième scrutin , surgit une nouvelle faction en faveur du cardinal Adrien Florent d'Estrusen, évoque de Tortose, auquel personne n'avait paru songer. Un membre du conclave, dévoué à l'empereur, voyant que ses collègues étaient fatigués de toutes les luttes, proposa de choisir pour pape le cardinal Adrien , qui habitait l'Espagne, et fit valoir habilement les avantages qui résulteraient pour eux de Texaltation de lancien précepteur de Charles-Quint. Le cardinal de Saint-Sixte appuya la proposition et lui donna sa voix; treize prélats, dont les votes avaient été achetés à l'avance, suivirent son exemple et en entraînèrent d'autres, en sorte que Télection devint si unanime, qu'elle passa pour miraculeuse dans l'esprit des simples , qui ignoraient avec quelle habileté cette cabale avait été menée.

Cependant l'élection d'Adrien ne reçut pas l'approbation des Romains, qui voulaient un pape italien; le peuple poursuivit même les cardinaux à la sortie du conclave, en les accablant de huées et d*insultes; tous les prêtres italiens se

déchaînèrent également contre cette élection ; le chanoine Bemi, écrivain burlesque, fît même à cette occasion une satire contre les cardinaux, qu'il appelait traîtres, ânes, voleurs; il les envoyait au diable pour avoir choisi un pape étranger, et il invoquait Mahomet, alin qu'il débarrassât l'Italie du saint-père et de son sacré collège.

Rien ne justiGait cette haine contre Adrien, si ce n'est que le nouveau pape était trop vertueux pour gouverner un clergé corrompu , simoniaque , adonné à toutes sortes de vices et d'impuretés.

Adrien était né à Utrecht en 1459 ; son père se nommait Florent Boyens, et, au rapport de Valère André, c'était un honnête ouvrier charpentier en barques; d'autres historiens prétendent qu'il était tisserand, d'autres lui donnent la profession de brasseur de bière ou de tapissier. Quel que soit le métier qu'exerçait Florent Boyens, il est certain que sa pauvreté ne lui permettant pas de faire donner de l'instruction à son fils, il sollicita et obtint pour lui une bourse au collège des Porciens, à Louvain , où on admettait un certain nombre de pauvres écoliers. Le jeune Adrien fit des progrès surprenants dans les sciences et particulièrement dans la philosophie et dans la théologie ; mais il ne montra aucun goût pour l'étude de l'éloquence et de la poésie, ne se souciant pas, disait-il, de débiter des mensonges avec élégance. Son assiduité, ses talents et sa bonne conduite lui valurent une cure assez importante, sans même qu'il eût besoin de la demander; plus tard , il obtint le bonnet de docteur , et il fut successivement chanoine de Louvain , professeur de théologie, doyen de Saint-Pierre dans la même ville,

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et vice-chancelier de FUniversité. Il conçut alors le projet de réformer les mœui's des ecclésiastiques dépendants de son doyenné, et les prêcha longtemps de paroles et d'exemples. Son zèle fut impuissant pour arrêter le mal et faillit même lui devenir fatal; une dévote, qui élait la maîtresse d'un chanoine , lui versa un breuvage empoisonné , et il ne dut la vie qu'à la promptitude des remèdes qui lui fiirent administrés. En 1507, il fut nommé précepteur de Charles-Quint. Après la mort de Ferdinand , il fut élevé au siège de Tortose et nommé régent du royaume de Castille avec le cardinal Ximénès, ce qui lui valut le chapeau de cardinal; plus tard, le renvoi de Ximénès laissa Adrien seul au timon des affaires.

Dans celte haute position , il ne resta pas au-dessous de sa renommée d'habile administrateur; il réprima des factions dangereuses qui menaçaient de bouleverser l'Espagne; il repoussa différentes invasions de François I", et recouvra plusieurs villes que les Français avaient conquises dans la Navarre; eniîn, lorsqu'il quitta les affaires pour remettre l'exercice de l'autorité souveraine entre les mains de Charles- Quint , il mérita de recevoir des peuples des témoignages éclatants de regrets et d'admiration.

Tel était le vénérable prélat que les intrigues de l'empereur avaient élevé sur le saint-siége, non pour reconnaître les grands services qu il en avait reçus , mais aGn de se servir de lui pour arrivera la domination universelle, le but constant de tous ses efforts.

Malgré les usages consacrés dans l'Ëglise, le nouveau pape ne voulut point changer de nom à son avènement au trône pontiltcal, et il se fit consacrer sous le nom d'Adrien Yl; en-

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suite il s'embarqua à Tarragone, et vint à Gênes» qu'il trouva ruinée par suite du pillage qu'elle avait soutïert lorsque Gharles-Quint s'en était rendu mailre. Le sénat fit au saintpère une réception aussi magnifique que le permettaient les circonstanGes, et dont il se montra très-satisfait. Néanmoins lorsque François Sforza, le nouveau duc de Milan, Prosper Golonna et le marquis de Pescaire , vinrent lui baiser les pieds et le prier de les absoudre d'avoir commandé le sac de Gènes» le pontife les repoussa de la main et leur répondit sévèrement : a Je ne le peux, ni ne le dois, ni ne le veux. »

De Gênes, sa Sainteté se rendit à Livourne, où, l'attendaient plusieurs prélats toscans, entre autres Médicis , llidolû, Salviati, le cardinal de Cortone , Petrucci et Piccolomini ; le vénérable pontife les reprit doucement de ce qu'ils portaient la barbe et les moustaches à la mode espagnole ; il les engagea à quitter leurs costumes mondains, à ne point se montrer dans les bals et dans les spectacles avec une épée au côté et un poignard à la ceinture; ce qui ne convenait , ajoutait-il, qu'aux bretteurs et aux soldats. Enfin, après avoir visité Livourne et Civitta-Vecchia, le saint-père remonta le Tibre avec huit galères et fit son entrée au Vatican.

Dès le jour de son arrivée , on suspendit par ses ordres les travaux de décoration destinés pour le jour de son couronnement; il défendit qu on élevât en son honneur des arcs de triomphe, et en fit même abattre un qui était fort avancé et pour lequel on avait dépensé plus de cinq cents ducats d'or. Le vertueux Adrien déclara à ses cardinaux qu'il voulait que l'argent du peuple fût ménagé, et que Dieu r«yant choisi pour gouverner l'Ëglise en qualité de Père

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des fidèles, il n en serait jamais l'oppresseur. Les cérémonies du sacre eurent lieu dans la basilique de Latran sans aucune pompe ni solennité ; et immédiatement après il convoqua les membres du sacré collège en consistoire» pour remédier aux maux de TËglise. C'était une mesure d'autant plus urgente, que de toutes parts la chaire pontificale se trouvait attaquée par des ennemis formidables; les finances du saint -siège étaient épuisées ; l'état ecclésiastique était dans une anarchie oITroyable ; la simonie, la débauche, le vol et le meurtre avaient passé dans les mœurs du clergé ; le patrimoine de saint Pierre était menacé d*une invasion par les ducs de Ferrare et d'Urbin, et par la maison Malatesta; l'Italie était à la veille d'un embrasement général par suite des guerres qui s'étaient rallumées entre l'empereur et François I"; et l'Allemagne ainsi que la Suisse s'étaient tout à fait séparées de la communion de Rome.

Au milieu de circonstances aussi désastreuses^ Adrien comprit qu*il devait couper le mal dans sa racine, et atlaquer les abus qui avaient attiré sur l'Église catholique la colère des l>euples : il s'associa dans cette grande œuvre de réforme Jean-Pierre Carafla et Marcel Gaétan de Thiène, deux prélats dont les lumières et les talents étaient houorés de tous. Us commencèrent par enlever aux frères mineurs le privilège do prêcher les indulgences; ensuite ils supprimèrent le scandaleux trafic des chaînes et des oflices de la cour romaine ; ils diminuèrent les taxes de la daterie: ils abolirent les coadjutoreries et les régies , et ils installèrent une commission chargée de disti*ibuer les bénéfices vacants aux eccl^astiques dont la conduite aurait été jugée exemplaire, avec défense d'ac-

corder plus d'un office au même titulaire. Sa Sainteté donna l'exemple de Tobservance rigoureuse de cette règle , en refusant pour son propre neveu une charge considérable qui lui était offerte, prétendant qu'on devait donner les hommes aux bénéfices et non les bénéfices aux hommes; que d'ailleurs il trouvait son neveu suffisamment riche avec un revenu de soixante-dix écus d'or.

Malgré les efforts du pontife pour opérer une réforme utile dans le clergé, les choses demeurèrent dans le même état, l'exécution de ses ordres étant sans cesse contrariée par les cardinaux et parles principaux officiers de sa cour^ qui cherchaient à lui persuader que les temps apostoliques étaient passés pour l'Église ; que le Père des fidèles devait exercer son autorité temporelle sur ses états^ dans toute sa plénitude, et renoncer à la domination spirituelle; qu'en conséquence il devait s'appuyer sur la corruption^ base de tout gouvernement monarchique; qu'enfin c'était vouloir anéantir l'Église que de persévérer dans une voie de réforme qui nécessairement mettrait au grand jour les plaies hideuses du corps ecclésiastique.

Adrien VI , accablé par la vérité de ces remontrances , suspendit pour un instant l'exécution de ses projets; puis la réflexion venant à lui montrer dans quel abime de maux l'humanité se trouvait plongée par suite des désordres des papes et des prêtres, il fut pris d'un mouvement de sublime indignation, et voulut abjurer une religion qui était si fatale aux nations. Il convoqua immédiatement les cardinaux en consistoire, et leur déclara qu'ayant reconnu son impuissance comme chef de l'Église pom* faire le bien des hommes , il

était résolu à se rendre en Allemagne pour étudier les doctrines de Luther; et que dût-il perdre la tiare, il se convertirait aux croyances nouvelles et travaillerait avec le réformateur à renverser l'édifice théocratique et à ramener dans TÉglise le culte de la véritable religion du Christ.

Dès que cette détermination se fut répandue, de toutes paris s'éleva un concert de malédictions contre Adrien ; les prêtres romains, presque tous simoniaques, athées, usuriers et sodomites, se montrèrent les plus hostiles au saint ponlife; et comme ils ne pouvaient l'empêcher de publier des bulles , ils résolurent d'en arrêter l'effet par un assassinat. Une première tentative échoua; le meurtrier, qui était un prêtre de Plaisance nommé Marins , fut arrêté dans le Vatican , au moment oii il tirait son poignard de sa robe pour en frapper le pape. Une seconde tentative, quoique mieux combinée que la première, n'eut pas un meilleur succès ; la voûte de la chapelle pontificale , qui devait s'écrouler sur le saint-père lorsqu'il viendrait célébrer sa messe, n écrasa que six Ou sept Suisses qui le précédaient. Plusieurs cardinaux de sa suite, restés en arrière, osèrent témoigner leurs regrets de ce que la Providence paraissait avoir pris Adrien VI sous sa protection.

Pour ameuter le peuple contre le vénérable pontife, on répandit des satires ignobles , où les prêtres rimailleurs cherchaient à le tourner en dérision, l'accusant d'avarice sordide, lui reprochant de restreindre ses dépenses à douze écus par jour, de boire de la bière au lieu de vin , de ne demeurw qu'une demi-heure à table, de manger de la merluche à cause du bon marché de ce poisson, de n'avoir pas plus de

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goût pour le choix de ses mets que de jugement pour Tadministration de rÉgiîse; entin d'être adonné à la magie; de s'enfermer tous les jours dans un réduit du Vatican pour travailler à la recherche de la pierre philosophale.

Chaque jour les statues de Pasquin et de Marforio étaient bigarrées de vers des poêles bouffons qui avaient perdu leur Mécène dans la personne de Léon X » et qui accablaient son successeur de leurs épigrammes. Leurs injures devinrent si violentes et si audacieuses » que le pontife voulut , pour les faire cesser, qu'on jetât les deux statues dans le Tibre. Mais le duc de Sessa, ambassadeur d'Espagne, l'en dissuada: «Croyez- vous donc, saint-père, lui dit-il, que les prêtres )) rimailleurs ne coasseront plus lorsque les deux statues se- » ront dans le Tibre ? détrompez-vous ; les pasquinaderies » que ces deux pierres ne pourront plus nous transmettre )) seront répétées par toutes les bouches vivantes. »

Les statues restèrent sur leurs stylobates; Adrien cessa de s'occuper des calomnies de son clergé et porta tous ses soins vers la réalisation de ses projets de réforme ; préalablement il releva le duc d'Urbin des censures dont l'avait frappé Léon X f et lui donna l'investiture de son duché ; il admit également à sa communion Alphonse d'Esté , et lui reconnut la légitime possession des états de Ferrare , ainsi que des bourgs de Saint-Félix et de Final, dont ce prince s'était emparé pendant la vacance du saint-siége.

Ensuite sa Sainteté envoya en qualité de légat François Cheregato, évoque de Teramo , pour assister à la diète de Nuremberg, convoquée par Ferdinand d'Autriche, pour le dernier jour de novembre de l'année 1522, et qui devait

s'occuper de la question de la réforme. Adrien remit en même temps à son ambassadeur une lettre ainsi conçue, adressée aux membres de Id diète :

(( Je déplore comme vous , mes frères , la situation difficile )) où nous ont amenés les crimes du clergé et la corruption » des mœurs des pontifes romains. J*avoue que la confusion » qui règne dans l'Église n'est due qu'à la dissolution des » ecclésiastiques; car depuis quelques années on ne trouve » plus qu'abus, excès et abominations dans l'administration » des choses spirituelles; la contagion a passé de la tête aux » membres^ des pontifes aux prélats, de ceux-ci aux simples » clercs et aux moines; de sorte qu'il serait difficile de trou- » ver un seul prêtre qui fut exempt de simonie , de vol , d'a- » dultère et de sodomie. Cependant, avec l'aide de Dieu, )) j'espère réformer cet état déplorable et régénérer la cour » romaine; j'en prends l'engagement solennel. Mais le mal )) est si grand, que je ne puis que marcher pas à pas dans la » voie de la guérison. »

Malheureusement le légat ne se conforma pas aux sages instructions qu'il avait reçues. Dès le premier jour de son arrivée à Nuremberg , il montra tant d'orgueil , qu'il se fit chasser de l'assemblée. Ferdinand d'Autriche et les autres princes qui assistaient à la diète ne s'inquiétèrent pas davantage de la cour de Rome; ils prirent plusieurs décisions importantes sur la grande question de la réforme , et décrétèrent que Tunique remède aux abus était la convocation d'un concile œcuménique en Allemagne.

Cette fois encore l'insolence d'un prélat vint détruire les espérances d'Adrien^ qui avait compté sur son esprit de tolé-

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rance pour ramener le bon accord dans FËglise d'Âliemagne. Les luthériens se déchaînèrent contre les prétentions audacieuses de révêque de Teramo; et leurs prédications véhémentes , appuyées sur des faits qui étaient à la connaissance de tous 9 entraînèrent un nombre prodigieux de fidèles dans la nouvelle doctrine. Semblable à un immense incendie, la réforme couvrit l'Allemagne^ la Suisse, le Danemark, la Suède, elle pénétra en Flandre et jusque dans le cœur de la France; partout on vit des moines quitter leurs couvents, jeter le froc aux orties , et se marier pour devenir pères de -famille : des prêtres renonçaient à leurs œuvres d'iniquités pour embrasser des professions ou des états qui ne les rendaient plus à charge à la société; des évéques mêmes abandonnaient les impuretés de leur célibat pour les joies de la famille.

Les décisions de la diète de Nuremberg, qui ne contenaient pas moins de cent griefs contre la cour de Rome, et qui reproduisaient dans tout son contenu la lettre où le saintpère rejetait les causes du schisme qui troublait l'Europe sur les désordres du clergé, exaspérèrent les cardinaux contre sa Sainteté, et les portèrent à l'accuser de vouloir l'anéantissement de la religion, et de travailler à cette œuvre d'iniquité pour soumettre Rome à l'empire et le trône de saint Pierre à celui de César.

Ces reproches, que rien ne justifiait en réalité, avaient cependant des apparences de vérité; car Adrien VI , bien différent de Jules II et de Léon X, qui faisaient servir les rois aux desseins de leur politique, était lui-même, sans le savoir, le jouet de Charles-Quint. Ce prince s'était fait octroyer une

lOa mSTOIKE DES PAPES.

bulle qui affectait à perpétuité à la couronne de Gastille l'administration de Tordre de Calatrava et des autres ordres établis dans l'Espagne t et rendait la charge de grand maître héréditaire. En outre il avait obligé le pape à se déclarer ouyertement contre la France, et à faire juger comme coupable de lèsentnajesté le cardinal Soderini^ soupçonné d'entretenir des intelligences en Sicile pour introduire les Français dans cette île. Enfin le saint-père^ toujours à l'instigation de Tempereur, avait publié différents décrets qui investissaient les rois d'Espagne d'une autorité exorbitante.

Les cardinaux prirent occasion de ces actes de faiblesse pour rendre le pontife odieux aux Romains, et pour préparer le peuple à recevoir avec joie la nouvelle de sa mort. Un matin on apprit dans la ville sainte que le pape était malade, et trois jours après, le 14 septembre 1525, qu'il venait d'expirer. Les prêtres ne prirent pas même la peine de dissimuler les causes de cette mort si prompte; et dans la nuit ils suspendirent des guirlandes et des couronnes à la porte de son médecin, et tracèrent en gros caractères ces mots explicatifs : (c Au libérateur de la patrie ! »

Voici réloge singulier que le cardinal Pallavicini a fait du pape Adrien : (c C'était un homme pieux ^ savant^ dés- » intéressé, et qui voulait sincèrement le bien de la reli- ») gion ; néanmoins , c était un fort médiocre pape ; car il ne » connaissait pas les souplesses de fart de régner, et ne sa- » vait pas s'accommoder aux mœurs de la cour romaine. Un » pontife comme celui-là, ajoute-t-il, qui avait oublié le sang » K la chair, ne pouvait que mal diriger l'Ëglise! »

ff523.] HISTOIRE DE CLÉMENT VII. lOS

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