CÉLESTIN III
RicliarJ prisonnier en Allemagne
Jean de Saint-Paul, pi-r-trc-caidinal du titre de Saint- Prisque, en laveur duquel il ollVail d'abdiquer; mais comme tous les cardinaux convoitaient pour euxmêmes la chaire apostoli()ue, ils refusèrent d'accéder aux désirs de Célestin, sous prétexte (|u'il était irrégulier et contraire aux canons ([u'un pontife déposât latiare. Quelquesjoursaprès,le8janvierll98, lesaintpère s'éteignit à l'âge de (juatre-vingt-treize ans, après avoir gouverné l'Eglise pendantsix années et neufmois.
Pendant le douzième siècle, nous avons vu les papes, malgré une vive opposition des souverains, s'arroger le droit de disposer de la couronne impériale et de déposer les princes. Depuis cette époque, les résistances des rois furent vaincues, et le pouvoir du saint-siége put être regardé comme réellement constitué. La papauté dut en grande partie sa nouvelle influence Il l'organisation du collège des cardinaux, ((ui se trouvait chargé de l'élection des chefs de l'Église.
Réflexion; s.ir le douzième siècle. — Jean Comncnc arrache l'anneau impérial du Joigl de -ion jjî-re mourant. — L'impératrice Irè.ie veut faire proclamer sa fille impératrice. — Conspiration contre le prince. — Caraclèrp de .lean Comnène. — Manuel Comncne parvient à l'empire. — Sa perfidie envers les croisés. — Ses déb^uclies avec Théodora et Eudoxie ses nièces. — Passion d'Eudoxie pour Andronic. — Celui-ci conspire contre l'empereur. — Il est renfermé dans les tours du palais. — Manuel Comnène perd la sanglante bataille de Myriocépliale. — Il meurt après un règne de trente-sept ans. — Alexis Comnène est déclaré empereur 1 douze ans, sous la tutelle de Marie sa mère. — Ses débauches et son horrible dépravation. — Andronic organise une ré\olte con'.re la régence. — Il viole la jeune sœur de l'empereur, la po'gnarde lui même et pollue son cadavre.
— 11 fait signer à Alexis l'arrêt de mort de sa mère ; ensuite il le l'ait étrangler dans son lit. -^ Andronic prend lés rênes de l'empire. — II épouse à l'âge de S'jixante-treize ans Agnès, fille de Louis le Jeune, Agée seulement de onze ans. — Ses débauches avec Théodora. — Ses cruautés. — Révo'.te du peuple. — Isaac l'Ange est proclamé empereur. — Supplice affreux d'Andronic Comnène. — Caractère du nouvel empereur. — Sa passion pour les histrions et peur les bateleurs. — 11 écrase les peuples d'impôts. — Superstitions de l'empereur. — Son frère Alexis le renverse du liône tt lui fait crever les yeux. — Ca'ac-
. tère de la nouvelle impératrice. — Le fils d'isaac l'Ange s'échappe de prison et vient demander l'appui des croisés. — Les Français s'emparent de Constantinople et rétablissent Isaac l'Ange sur le trône. — Histoire | olitique en France. — Louis le Gros succède à Philippe I". — Règne de ce prince. — L'abbé Suger entreprend de relever l'autorité roja'e. — 11 protège les communes et institue l'hommage lige des vassiiux envers le roi. — L'orillamme de Saint-Denis. — Régne de Louis Vil. — Massacre des habitants de Vilry. — Nouvelle croisade. — Débauches de la reine Éléonore. — Ses incestes avec son oncle. — Sa passion [p-iur un jeune Turc. — F.Ue est répudiée par le roi de France. — Son mariage avec le roi d'Angleterre. — Mort de Louis VII. — Philippe-Auguste monte sur le trône à Và'^e de fpiinze ans. — Il chasse les juifs du royaume. — Sa peifidie envers Richard. — Son voyage en terre sainte. — Son mariage avec Ingerburge. — Il la répudie pour épouser Méranie, fille du duc de Bohème. — Il répudie sa seconde femme pour reprendre Ingerburge. — Ses prétentions sur les Etats d'Angleterre.
— Massacre des Albigeois. — Philippe obtient du pape Innocent l'investilure de la couronne d'Angleterre. — Sa mort.
Plus nous avançons vers les siècles de civilisation, et moins nous devrions trouver d'attentats dans l'histoire des nalions; mais il est dans l'essence de la royauté de perpétuer les ciimes; et si nous avons des changements à signaler, ce sera dans une modification de cet art infernal qu'on appelle politique des rois; dans la régularisation des assassinats sous le nom d'exécutions juridiques; dans la variété des moyens de pressurer les peuples sous le nom de tailles, de gabelle, de subsides et d'impôts. Aussi, en ouvrant les annales sanglantes des souverains de
la terre, le philosophe doute de l'humanité, et interroge les siècles passés pour comprendre comment les peuples peuvent encore courber le front devant des tyrans, et ramper à leurs pieds comme des esclaves ! En Orient, Alexis Comnène venait de mourir après avoir poussé les nalions de l'Occident dans les déserts de la Syrie. Ce prince rusé, faisant servir l'ambition des papes aux intérêts de sa politi([iie, avait fait [n'iir dans les sables de la Palestine des milliers de fanatiques qui croyaient marcher à la conquête du saint sépuicie, lorsqu'ils n'étaient que des instruments
dociles cliarpôs ilo ivcouquérir pour les empereurs | crocs la doiuination Je l'Asie Mineure.
A ce prime succéda Jean Comnène sou fils, biou diijuc de lui apparleuir. Ou raconte que dans son im])atieace de régner, Jeau avait forcé l'eut rée de la cliainbrede sou père quelques instants avant sa mort, et avait arraché l'anneau iinpériid des mains du vieillard agouisaut. Muni de ce signe de la puissance suprême , Jean ordonua aux gardes d'enfoncer les portes du palais, et se lit proclamer empereur malgré lopposition de sa famille. Ensuite il distribua tous les emplois à ses créatures, et déjoua les intrigues de l'impératrice Inès, qui voulait placer sur le trône Anne Comnène, sa lille bien-aimée. Ces deux princesses voyant qu'il leur était impossible de renverser Jean par des intrigues de cour, prirent le parti le plus sûr |)0ur s'en débarrasser, celui de le faire assassiner. Malheureusement pour elles, le césar Bryennius, mari d'.\nne, manqua de résolution au moment de frapper; la conspiration s'éventa. Jean Comnène, instruit par l'un des conjurés de tous les détails du complot, lit saisir ceux (|ui avaient trempé dans cette ad'aire ; mais comme les plus grands coupables étaient dans sa famille, l'empereur fut obligé de pardonner.
Dans ses guerres contre les Turcs, Jean se montra habile capitaine, et, plus heureux que son père, il les combattit avec succès; il fit la conquête de la petite Arménie, repoussa les Hongrois au delà du Danube ; tourna même ses armes contre les Français, et entreprit de leur enlever la principauté d'Antioche; mais la mort l'arrêta dans ses projets. Un jour, dans une partie de chasse qu'il donnait dans la vallée d'Anazarbe en Cilicie, il se blessa à la main avec une flèche empoisonnée, qui causa sur-le-champ une inflammation violente. Ses médecins ayant déclaré qu'il n'existait point d'autre remède que l'amputation du bras, Jean ne voulut pas souffrir l'opération et se résigna à mourir; il réunit autour de sou lit ses parents et ses amis les plus dévoués, leur désigna ]Manuel, son fils cadet, comme seul digne de lui succéder, et leur fit jurer de le proclamer empereur, Queljues heures après, il avait cessé d'exister.
Ainsi mourut Jeau Comnène, surnommé le Beau : si nous avons blâmé sévèrement l'action sacrilège de l'enlèvement de l'anneau impérial des mains de son père agonisant, nous devons, par une égale justice, glorifier les vertus qu'il apporta sur le trône, surtout son courage, sa sagesse et sa grandeur d'âme. Il mourut le 8 avril 1 143, dans la cin({uanlftcin(juième année de son âge, après en avoir régné vingt-cinq.
Ses obsèques étaient à peine terminées qu'Isaac, son fils aîné, auquel le trône revenait légitimement, essaya de se faire proclamer empereur; mais Axungiie, un des grands officiers de l'empire, le fit arrêter à sa sortie du palais, et par ce coup hardi détonceita tous ses partisans. En même temps il envoya des exprès à Manuel , que Jean Comnène avait désigné pour lui succéder, et qui était alors éloigné de Constantinople ; celui-ci se hâta de revenir, et fit son entrée dans la capitale aux acclamations des citoyens, qui le chérissaient à cause de ses grandes qualités ; il fut sacré dès le lendemain, du consentement de tous les grands, et même de celui d'Isaac, qui acheta sa hberté par l'abandon de ses droits à la couronne. "
Malheureusement, dès que Manuel fut sur le trône, le pouvoir suprême changea en vices ses belles quahtés: il s'abandonna à toutes ses passions, .et remplit Conslantinoide du scandale de ses adultères , de ses rapts et de ses incestes; il écrasa les provinces d'impôts pour satisfaire à la cupidité do ses maîtresses et de ses favoris; enfin, à l'exemple d'Alexis Comnène, il se montra l'ennemi des croisés, et sa perfidiicausa la ruine entière de l'armée de son beau-frèri' Conrad, empereur d'Allemagne. Mais comme Dieu a placé pour li's rois leurs plus cruels ennemis dans leur propre famille, bienlôl à son loin- il eut à redouter la trahison dans son palais, et faillit devenir la victime d'un complot tramé par son cousin germain, Andronic Comnène.
Ce jeune seigneur était parvenu par ses infâmes complaisances à prendre sur l'esprit de Manuel un ascendant extraordinaire; outre la conformité de leurs goi!Us dépravés, un autre lien également infâme unissait ces deux hommes ; l'empereur vivait publiquement avec sa nièce Théodora, et Andronic était l'amant de la jeune sœur, nommée Eudoxie. Non-seulement tout Gonstantinople était scandalisé de ce double inceste, mais encore la passion d'Eudoxie pour .Andronic était si forte, qu'elle le suivait dans les camps, dans les tavernes et jusque dans les lupanars, se faisant gloire de partager ses dangers et d'assister à ses débauches. Elle-même excita l'ambition de ce prince et l'engagea à conspirer contre l'emjiereur pour monter sur le trône à sa place : par un hasard inou'i, le complot fut découvert le jour.mêrae de l'exécution; Andronic fut arrêté et condamné à finir ses jours dans une rigoureuse captivité sous les tours du palais.
Manuel Comnène soutint plusieurs guerres contre les Serviens, el tua même leur chef en comljat singulier; enorgueilli par ses succès, il voulut entreprendre la conquête des États d'.Azzeddin, sultan d'Iconium. Cette expédition eut un résultat déplorable ; son armée s'étant engagée imprudemment, près de Myriocéphale, dans un défilé dont les Turcs occupaient toutes les issues, se trouva tout à coup exposée sans défense à une horrible boucherie : les Grecs, cernés de tous côtés, séparés les uns des autres, sans pouvoir avancer ni reculer, confondus pêle-mêle avec leurs ennemis, nageant dans le sang,, écrasés sous les cadavres, combattirent depuis l,e lever du soleil jusqu'à la nuit. Manuel s'attendait à périr le lendemain au point du jour avec le reste de ses guerriei-s ; mais Azzeddin, dont les pertes avaient été également considérables et qui ignorait la situation de son ennemi, lui envoya demander une trêve qui fut signée sur-lechamp. L'empereur retourna aussitôt dans ses États, et s'occupa de réunir de nouvelles troupes avec lesquelles il recommença la guerre contre le sultan d'Iconium. Les armées ennemies se rencontrèrent sur les bords du Méandre, et cette fois les troupes d'Azzeddin furent complètement mises en déroute. Cette victoire fut la dernière que Manuel remporta; un mois a])rès il succombait à une fièvre maligne.
Le règue de ce prince avait duré trente-sept ans, et pendant cette longue péiioJe, les provinces avaient été pressurées par ses exactions pour subvenir aux fiais de guerres insensées ou pour payer les débauches de la cour ; enfin son avarice, la dissolution de