BONIFACE VIII
Enfin dans la f(uatvième nuit les habitants d'Anagni, soulevés [lar les prêtres, vinrent attaquer les Français si brusquement qu'ils les forcèrent à abandonner le palais pontifical, et c'est à peine si Golonna et Noiraret purent s'éciiapper avec queLpies soldats, laissant au pouvoir des Italiens la bannière de France, qu'ils avaient arborée sur la tour de la ville. Le pape, déiivTé des mains de ses ennemis, se fit porter sur la place publique; et craignant un retour de fortune, il déclara en présence du peuple qu'il pardonnait à ceux qui avaient pris les armes contre lui; qu'il rétablissait la famille des Golonna dans tous leurs biens et dignités ; et qu'il pardonnait même à (juillaurae de Nogarel, l'auteur de tous ses maUieurs. Ce langage hypocrite lui ramena quelques partisans.
Mais dès qu'il se vit à Rome et hors de tout danger, il ne songea plus qu'à la vengeance, et employa ses jours et ses nuits à la préparer : renfermé au fond de son palais pour mûrir ses plans machiavéliijues, il passait des semaines entières plongé dans ses réflexions, sans vouloir parler même aux officiers de sa cour. Souvent ou l'entendait s'écrier tout haut : Malédiction ! anathème ! Cette irritation continuelle amena enfin une fièvre chaude, elle saint-père tomba gravement malade. Dans ses accès de délire il s'accusait d'un nombre prodigieux de crimes, et poussait des hurlements affreux, comme si Satan se fût emparé de son âme. On se rappela alors cette prophétie du papeCélestin : «Malheur à toi, Benoît Gaétan ! tu es monté sur le trône comme un renard, tu régneras comme un lion, et lu rnourras comme un chien! » En efllet, Boniface, dans un paroxysme de démence, se dévora les bras, et mourut le 11 octobre 1303. Il fut inhumé à Saint-Piene, dans une chapelle qu'il avait fait élever à l'entrée de celte ))asilique.
Dante a placé l'âme de ce pontife au fond de l'enfer, dans le trou qu'avait occupé le pape Nicolas III avant lui ; et il courut alors à Rome des dessins qui représentaient Pierre de Mouron avec une colombe sur la tète et figurant le Suint-Esprit ; derrière lui était Boniface VIII, un porte-voix à la main, tenant dans ses bras un renard dont les pattes de devant étaient appuyées sur le dos de Célestin V, et qui de son museau lui enlevait la tiare. Dans le fond du tableau, l'artiste avait représenté une seconde fois Boniface avec les ornements pontificaux, et trahie par des gens armés qui le frappaient à coups de gantelets sur la face.
Frère François Pépin rapporte dans sa clironiijue qu'une figure de la Vierge sculptée sur le tombeau de Boniface, de blanche qu'elle était fut trouvée noire le lendemain, sans qu'on pût jamais lui faire reprendre sa première couleur.
De |lous ces témoignages, il résulte que ce pape, en exécration à sesconlemporains, était réputédamné même par le clergé.
Jean Villani appelle Boniface prêtre cruel, ambitieux corrompu, orgueilleux et avare ; il lui reconnaît une grande habileté dans le maniement des affaires temporelles, une connaissance approfondie des saintes Écritures, du droit canon et du droit civil, et rapporte fort au long différentes propositions ou axiomes de Boniface ^'III, qu'il avait transcrites sur des documents autheutiques.
Voici de quelle manière le pape formulait sespensées : « Que Dieu me Hi.sse seulement du bien en ce monde ; je ne me soucie p;is plus de l'autre vie que d'une fève! -- Les hommes ont des âmes semblables à celles des bêtes; elles ne sont pas plus immortelles les unes que les autres. — L'Ëvangile enseigne plus de mensonges qiie de vérités; l'enfantement de la Vierge est absurde; l'incarnation du fils de Dieu est ridicule, et le dogme de la transsubstantiation est une sottise ! — Les sommes d'argent que la fable du Christ a rapportées aux prêtres sont incalculables. — Les religions sont créées par des ambitieux pour tromper les hommes. — Il faut que les ecclésiastiques parlent comme le peuple, mais qu'ils n'aient pas les mêmes croyances que lui. — Ce n'est pas un plus grand péché de s'abandonner à la volupté avec une jeune fille ou avec un jeune garçon, que de se frotter les mains l'une contre l'autre. — Il faut vendre dans l'Église tout ce que les simples veulent acheter. »
Enfin, pour terminer le portrait de Boniface et pour montrer f[u'il mettait en pratique ses maximes, nous raconterons les aventures burlesques de la chapelle de Notre-Dame de Lorette, telles que nous les trouvons démùtes dans l'historien Desniarets. « Le cardinal Benoît Gaétan, dit il, s'était fort heureusement servi d'un porte-voix pour déterminer Pierre de Alouron à abdiquer; lorsqu'il fut élu pape, il essaya d'une autre fourberie pour extorquer de l'argent aux fidèles : il annonça publiquement que les anges étant à ses commandements , il ferait enlever de Nazareth en GaHlée, des mains des musulmans, la maison oij la vierge Marie était née, où elle avait été mariée avec saint Joseph, et où elle avait conçu par l'opération du Saint-Esprit. Etïectivement , huit jours n'étaient pas écoulés depuis cette promesse, que le saint-père ordonnait aux peuples de se rendre en Dalmatie pour voir la maison que les anges avaient transportée sur leurs bras, et qu'ils avaient placée sur une colline déserte appelée Tersulto ; elle y demeura pendant trois ans et sept mois.
« Gomme la longueur du chemin empêchait beaucoup de chrétiens d'y apporter leurs ofl'randes, les anges, toujours d'après le commandement de Boniface, la transportèrent au milieu d'une immense fo- ' rêt, dans le territoire de Racanati, dépendance de la marche d'.\ncône. Après ce deuxième prodige, les prêtres publièrent les miracles de la santa casa ; ils racontaient que la nature entière tressaillait d'allégresse autour de la demeure de la \'ierge , que les vents murmuraient de célestes mélodies, que les chênes inclinaient leurs cimes séculaires pour rendre hommage à la mère de Dieu, et qu'une lumière éclatante éclairait la forêt pendant la nuit. Aussi accourut-on .bientôt de toutes les parties de l'Italie pour voir ces merveilles et pour faire des présents à la sainte madone.
« Malheureusement les voleurs, toujours si nombreux dans la basse Italie, voulurent partager avec la Vierge les dons des pèlerins ; et comme le pape n'y trouvait pas son compte, il ordonna à ses anges de la transporter iiors de la forêt ; ceux-ci déposèrent la maison dans un champ appartenant à deux frères qui la veille avaient perdu leur père ; elle devint entre eux une cause de disputes, chacun des frères
mSTOlHK DKS l'Al'KS
Notre-Dame de Lorette — La casa sanla
icvendiquanl la possession du lot où elle se trouvait. Pour les mettre d"accord, les anges enlevèrent une quatnème fois la maison miraculeuse, et la transportèrent au milieu d'un champ qui appartenait à une sainte femme appelée Lorette. Sans doute la •vierge Marie se plut beaucoup dans cette terre de prédilection , car il est constant que depuis le trei-
zième siècle jusqu'à nos jours elle n'a point changé de place; ou bien, ce qui est plus probable, le pape ne lui fit pas faire un cinquième voyage, parce qu'il la trouva suffisamment rapprochée de Rome pour ne point avoir à redouter les brigands' qui avaient la sacrilège audace de partager avec la madone les offrandes des fidèles. »
Rtgne d'Isaac l'Ange et de son flis. — Les croisés à Consiantinople. — Débauches du jeune Alexis l'Ango. — Une parue de Conslanlinople est détruite par un incendie. — Nicolas Cauabc est proclamé empereur. — Mort J';siac l'Ange. — Murzuphie fait décapiter Nicolas Canabé et étrangle de ses mains le jeune Alexis. — 11 est proclamé cmp reur par les soMats. — Les croisés assiègent Consiantinople et s'en emparent. — Baudoin, comte de Flandre, fonde l'empire des Latins en Orient. — Murziiplile est trahi par son beau-père. — Théo lore Lascaris empereur. — Ses conquêtes sur les Français. — Ses vertus; sa mort. — Rf'grie de Jean Vatace. — Théodore Lascaris H. — Il fait renfermer la soeur de Michel Pjléologue dans un sac et la fait dévorer par d' s clia^. — Mort de Théoilore Lascari<. — Jean Lasciris lui succède à l'âge de s'X ans. — Michel l'aléologue usurpe l'empire. — Prise de Consiantinople sur les Latins. — Michel fait crever les yeux au jeune Lascaris. — Mort de Michel. — Réflexions sur l'émancipation des serfs en France. — R'-gnc de Louis VIII. — Il est empoisonné par Thibaut, comte de Champagne, amant de la reine. — Régence de Blanche de Castille. — Ses amours avec le cardinal Romain et avec Thibaut. — Ses intrigues galantes avec les grands seigneurs du temps. — Education de saint Louis. — Son fanati.sme. — Massacre des Albigeois dans le Langue loc-
— Mariage de saint Louis avec Mar,'uerite de Provence. — Le roi achète aux Vénitiens la couronne d'épines de Jésus Christ. — Commerce scandaleux des rcli jues en Italie et en France. — Le roi part pour la croisade. — Gouvernement de la reine Blanche pendant l'absence de son fils. — Revers d* saint Louis en Orient. — Il est fait prisonnier par les Sarr.isins. — Mort de la reine mère. — Retour du roi. — Seconde croisade de saint Louis. — Il débarque sur les côtes de Tunis et meurt de la pesle. — Règne de Philippe le Hardi. — 11 épouse Marie de Brabant après la mort de sa première femme. — Débauches de la nouvelle reine. — Elle fait empoisonner le fils aîné du roi par son amant. — Mort de Philippe le Hardi. — Son fils Phdippe le Bel lui succède à l'âge de dix-sept ans. — Il falsifie les monnaies. — Sa politique astucieuse. — Les Flamands taillent son armée en pièces dans les plaines de Courtrai. — Il augmente les impôts pour réparer ses d. sastres, — Ses poursuites contrôles templiers.
— Procédures iniques intentées contre les chevaliers. — Le grand maître Jacques de Molay et le commandeur de Normandie sont brûlés vifs avec les chevaliers de leur ordre. — Mort de Philippe le Bel.
Pendant la preraière moitié du treizième siècle, les empereurs grecs, chassés de Constantinople par les croisés, furent forcés de se réfugier dans la Bitliynie et de tenir leur cour à Nicée, traînant après eux dans leur nouvelle tapilalc des courtisanes, des mignons, des hommes de guerre, des gens d'église, enfin tout ce qui forme le cortège habituel des tyrans.
Sur les ruines de l'empire grec se fonda alors l'empire latin, dont Baudoin de Flandre fut le premier chef; mais les nouveaux souverains soulevèrent bientôt contre eux une haine égale à celle qu'avaient
excitée les empereurs grecs; et malgré tous les efforts des papes et des rois de l'Occident, ils tombèrent honteusement après un règne de cinquante-six ans, et rendirent à leurs anciens maîtres un sceptre avili et deslionoié.
^"oici (|uels furent les événements qui amenèrent ces deux révolutions : Isaac l'Ange, délivré par son fils et par les croisés de la dure captivité à laquelle l'avait condamné son frère .\lexis, remonta sur le trùne. Par reconnaissance pour ses liljérateurs, il associa son fils au gouvernement et ratifia en même
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temps les promesses que le jeune prince avait faites aux croises. Néanmoins, l'opuisement de l'empire ne lui laissant pas la possibilité de réaliser immédialenienl les sommes convenues, les Français prolontrèreut leur séjour dans la capitale et dans les terres voisines, où ils exercèrent sur les Grecs des vexations intclérables.
Au milieu de ces désastres publics, le jeune empereur Alexis, sans s'inquiéter des souiïranccs de ses sujets, passait les jours et les nuits dans les fètt s et dans les festins avec les chefs des croisés ; enfin l'indolence du (ils et l'imbécillité du père, leur lâche condescendance pour les Latins et leurs persécutions envers les citoyens, exaspérèrent les Grecs, qui résolurent de les chasser de Constanlinople.
Alexis Ducas, surnommé ^lurzuplile à cause de réi):iisseur de ses sourcils, l'un des courlisans de l'empereur, profita du mécontentement général pour se frayer un chemin au trône ; il conseilla perfidement au jeune Alexis des mesures rigoureuses pour augmenter les impôts; il l'engagea à trahir les croisés et à leur dresser des embûches, qu'il lit échouer luimême en les découvrant aux Français; et par cette lactique il rendit Alexis également odieux aux Grecs et aux Latins.
Pour exaspérer davantage les esprits contre le prince, il fit embraser le plus riche quartier de Constanlinople, et répandit le bruit que le l'eu avait été mis par de jeunes Français à la suite d'une partie de débauche avec l'empereur. L'incendie dura huit jours et dévora plus de mille maisons; le neuvième jour une insurrection éclata ; les citoyens coururent aux aVmes, massacrèrent les Latins qui habitaient la ville, et forcèrent le sénat à déposer les deux empereurs pour proclamer à leur place le jeune Nicolas Canabé. Cette nouvelle révolution frappa comme d'un coup de foudre le malheureux Isaac, et lui occasionna un saisissement dont il mourut instantanément.
Alexis, eff'-ayé par les menaces du peuple, s'enferma dans le palais, et à l'-justigation de Murzu]ilile il envoya demander des secours aux croisés. Le traître eut soin de faire arrêter le message par les insurgés pour répandre l'alarme générale dans Byzance ; et lor.sque la nuit fut venue, il se rendit secrètement auprès d'Alexis, lui fit un talileau effrayant du supplice qui l'attendait s'il tombait au pouvoir de ses ennemis, et le détermina à s'enfuir par une issue secrète où il avait placé des soldats qui lui étaient vendus. En sortant du palais, le prince lut arrêté, chargé de chaînes et plongé dans un cachot: ensuite ;\Iurzuphle se porta avec les mêmes assassins au palais du jeune Canabé , qu'il lit décapiter. Dès le lendemain , il se fit proclamer empereur par l'armée.
Cependant, comme Alexis, même prisonnier, était un sujet de crainte pour Murzuphle, il résolut d'en finir avec sa victime, et lui fit donner un breuvage empoisonné; deux fois le poison manqua son effet, soit qu'il eût été mal administré, soit que le jeune prince eût pris un antidote ; dans son impatience , l'usurpateur se rendit de nuit à la prison , étrangla l'empereur de ses mains, lui brisa les os à coups de massue, et jeta le cadavre au pied des murs de la forteresse, pour faire supposer qu'Alexis l'Ange était
mort d'une chute, en essayant de s'évader. Il était temps pour Murzuphlo de se défaire du jeune prince, car déjà les croisés marchaient sur Constantiuople )iour rétablir l'empereur légitime.
Eu Viiin il offrit aux Latins des sommes énormes pour obtenir la paix; tout fut inutile, promesses ou menaces, et il dut songer sérieusement à préparer ses moyens do défense; à cet effet il fit élever des fortifications intérieures, approvisionna la ])lace, et disposa son armée poivv soutenir un long siège. Malgré ses elïovts, au troisième assaut les croisés s'emparèrent de Constanlinople, et Baudoin , comte de Flandre, fut proclamé empereur le 9 avril 1204.
Murzuphlo put néanmoins échapper à ses ennemis et enqiortor ce (|uc le palais de liucoléon renfermait de ]dus précieux ; il se retira dans la Thrace avec sa femme, la jeune Eudoxie, et sa belle-mère l'impératrice Euphrosyne, épouse du vieil Alexis III, qui était encore maître de Mosynople.
Des pourparlers eurent lien entre le gendre et le beau-])ère; Alexis consentit à recevoir Murzuphie dans sa nouvelle capitale, et accueillit sa fille et sa femme avec toutes les marques d'un profond attendrissement ; mais peu de jours après, le vieil empereur investit le palais de son gendre, à la tête de ses soldats, commanda au bourreau de lui arracher les yeux, et le (It jeter nu- et sanglant hors des portes de Mosynnple.
Mutilé et abandonné de tous, Murzuphie erra qnelqne temps sans asile, et fat enfin vendu aux croisés par des moines auxquels il s'était fait connaître. Baudoin le fit juger par ses barons, qui le condamnèrent à être précipité du haut de la colonne que Théodose le Grand avait élevée sur la place Taurus, à Constanlinople; la sentence reçut son exécution.
Alexis Murzuphie étant mort, Théodore Lascaris, autre gendre d'Alexis III, rallia les Grecs et voulut chasser les croisés de Constanlinople et de l'empire. Ce prince courageux, aidé de six de ses frères, tous distingués par leurs talents et par leurs exploits militaires, ne put jamais décider les (irecs à se révolter contre les Français; en vain il leur représenta qu'il était facile d'exterminer vingt mille ennemis renfermés dans une capitale; ils refusèrent de combattre, et consentirent seulement à le proclamer empereur. Alors il traversa le Bosphore , confia sa famille aux habitants de Nicée, rassembla autour de lui tout ce qu'il put trouver d'hommes déterminés, et à leur tète s'empara de quelques villes dont il se forma un petit erapii-e qu'il agrandit bientôt avec le secours de Gajatlieildin kaï Khosrou, sultan d'Icône, qui l'aida î con([uérir sur les Latins toute la Bithynie. Baudoii ayant même été obligé de rappeler ses troupes d( l'Asie pour arrêter une irruption des Bulgares, Théodore Lascaris profita de cette circonstance po'.rs'em parer de la Lydie, d'une partie de la l'hrygie et dei côtes de l'Archipel jusqu'à Êphèse. Ayant appris en suite que son beau-père avait été l'ait prisonnier pa le marquis de Montferrat, il se détermina à se fair sacrer solennellement comme empereur et succès seur d'Alexis, dans la cathédrale de Nicée, par 1 j patriarche Michel Autoriamus.
Deux années s'écoulèrent pour le nouvel empereu 1 au milieu de guerres continuelles, soit aveclesFran
ROIS, IIKINKS. K MI' Kl', Km S
rais, soit avec des aventuriers qui cliercliaienl à s'établir sur les côtes de la Bithynie; culin.au moment où les peuples commençaient à jouir de quelque repos, son beau-père s'échappa de sa prison et se réfugia à la cour du sultan d'Icône, d'où il écrivit à Théodore pour lui réclamer le royaume de Nicée. Celui-ci, qui venait de fonder sou empire par sa vaillance, refusa d'obéir au terrible vieillard, et, sûr de l'amour des soldats et de la fidélité de ses officiers, il marcha contre Alexis, qui s'avançait à la tète de vini,'t mille hommes, commandés par le sultan Gajatheddin kai Kliosrou en personne, qu'il avait détaché de l'alliance de son gendre. La rencontre des deux armées eut lieu près d'Antioche, et le choc fut soutenu de part et d'autre avec vigueur; cependant les troupes de Théodore Lascaris, inférieures en nombre, commençaient déjà à plier, lorsque heureusement l'empereur parvint à jointlre le sultan dans la mêlée. Un combat singulier s'engagea entre eux ; Gajatheddin fut tué, et sa mort entraîna la défaite de son armée et la perte de la bataille. Alexis fut pris et enfermé dans un couvent de moine~, où il ne tarda pas de s'éteindre de vieillesse et de chagrin.
Peu de temps après ces événements, Pierre de Courtenay succéda à Baudoin sur le trône de Gonstantinople. Cet empereur si; montra favorable à Théodore; et comme celui-ci venait de perdre sa femme, il lui donna en mariage sa fille Marie. La paix étant ainsi rétablie entre les Latins et les Grecs, Théodore put s'occuper de l'administration de ses États; il fonda dans toutes les villes des écoles publiques pour l'instruction des enfants, et il institua des tribunaux pour rendre la justice aux peuples. La mort vint le surprendre au milieu de ces travaux en 1222, à l'âge de cinquante ans. Quoiqu'il eût un fils âgé de huit ans, il nomma pour son successeur Jean Ducas ou 'Vatace, son gendre, préférant en cela les intérêts de l'empire à ceux de sa dynastie.
Le nouvel empereur était né à Didomititha en Thrace, et descendait de l'illustre famille des Ducas, qui avait occupé le trône dans la dernière moitié du onzième siècle. Vatace, dès sa jeunesse^ avait fait preuve d'une grande intrépidité dans les combats, et d'un ardent amour pour le bien public ; aussi son activité, sa prudence, sa justice et sa bonté lui avaient acquis l'estime des peuples et la faveur de Théodore Lascaris.
Pendant un règne fort long il réalisa les espérances que la nation avait placées en lui ; jusqu'à la fin de sa carrière il se montra équitable, généreux, et il fut réellement le père de ses sujets. Plusieurs fois il attaqua rem])ire des Latins et conduisit ses armées jusque sous les murs de Constantinople. Enfin, après avoir augmenté considérablement l'étendue des Etats que lui avait laissés son beau-père, il moufrut le 30 octobre 1255, à l'âge de soixante -deux ans.
Ce prince avait favorisé les développements de l'agriculture et du commerce, et ne s'était jamais écarté des règles d'une sévère économie, ce qui est la vertu la plus rare et la plus difficile chez les rois. On raconte à ce sujet que son fils s'élant présenté devant lui avec des habits magnilii(ues,\'atace le réprimanda en ces termes : « Quels services allez-vous rendre ^ i»njourd'liui aux Grecs, mon fils, pour leur tenir
compte des richesses que vous dissipez par un vain étalage de luxe? Ignorez-vous (jueces vêtements d'or et de soie vous sont donnés par le peuple , et qu'il ne vous est permis d'en faire usage qu'en présence des ambassadeurs étrangers, afin de leur montrer l'éclat de notre industrie et la majesté de l'empire que vous gouvernerez ? »
A l'époque de la mort de Jean 'Vatace, son fils, Théodore Lascaris II, était à guerroyeravec Azeddin kaï Kaus II, sultan d'Icône ; dès que le jeune prince eut appris la nouvelle de l'événement fatal, il s'empressa de faire un traité avec son ennemi, et se renditdans sa capitale, où il fut couronné solennellement le jour de Noél 1255. Les commencements de son règne furent signalés par une invasion des Bulgares, ((ui voulurent reprendre les provinces que ^'atace leur avait enlevées ; Théodore réunit aussitôt une armée formidable, vint à leur rencontre et les défit dans plusieurs batailles rangées; il repoussa également les Tartares , qui étaient descendus dans la Cappadoce. Ces premiers exploits faisaient présager un règne semblable à celui de son père, lorsque malheureusement le .prince fut attaqué par une maladie épileplique, dont on attribuait la cause au poison.
Tourmenté de l'idée d'une mort prochaine, son esprit s'affaiblit; Théodore tomba dans une noire mélancolie et se laissa égarer par les plus étranges superstitions ; il consultait , pour les ([uestions les plus indifférentes, les personnes qu'il supposait instruites de l'avenir, et les faisait tuer s'il n'était pas satisfait de leurs réponses. Ainsi, ayant un jour interrogé le grand logothète Acropolite sur une question politique , et n'en ayant pas reçu une réponse conforme à son opinion, il eut la cruauté de le faire dépouiller de ses vêtements et de commander à ses gardes de le frapper avec le bois de leurs lances jusqu'à ce que la mort s'ensuivit. Il essaya également de faire arrêter Michel Paléologue, gouverneur deDurazzo, qu'il soupçonnait d'ambitionner l'empire; celui-ci, averti à temps, s'enfuit à la cour du sultan d'Icône, et évita le supplice. Il s'en prit alors à la sœur de Paléologue, et lui commanda de donner sa fille en mariage à l'un de ses favoris : sur le refus de la princesse, il la fit enfermer dans un sac avec des chats sauvages, dont lui-même animait la fureur en les piquant à travers la toile avec de longues aiguilles. Après trois heures d'un supplice horrible, cette malheureuse femme fut retirée du sac tout en lambeaux et affreusement mutilée. Puis le jour même, soit par un retour à la raison, soit par un sentiment de crainte, il écrivit à Michel Paléologue pour l'engager à venir à la cour, promettant de lui restituer tous ses biens.
Confiant dan§ les protestations de l'empereur, Michel revint immédiatement i\ Nicée : le jour de son arrivée, Théodore le fit arrêter, ordonna qu'on le lui amenât chargé de fers ; et lorsqu'il fut en sa présence, il versa des larmes abondantes, l'embrassa, et lui témoigna le plus vif repentir de ses cruautés, dont il rejetait la cause sur la maladie affreuse qui le dévorait.
Théodore devint de jour en jour plus faible, et ne songea bientôt plus qu'à mourir; il confessa publiquement ses fautes, se revêtit d'un habit de moine,
HISTOIUE DES PAPES
distribua d'abondantes aniuônes, et après avoir ilemaudo pardon à Dira et aux hommes do ses ciimos, il expira au oomniiMiceraent du mois d'août 1259, laissant le trône à son fils Jean Lascaris, à peine âgé de six ans.
Michel Paléoloiiiie s'était rendu tout -puissant à Nicéc pendant la n:aladie de Théodore; après la mort de ce prince, il s'empara du gouvernement, lit massacrer Mnzalon, (|ui avait été désitjné ])0ur r('m]il r les fonctions de tuteur; dislrilma les cliari;es do 1 Ktat à ses créatures, partastea entre eux les immenses trésors de la couronne et se lit donner le lilre de despote, qui appartenait ordinairement aux lils ou aux gendres du souverain. Enfin, avec l'approbation du patriarciie de Nicée et des principaux cliei's do l'armée, il prit le titre d'empereur, en promet laul toutefois de ne rien entreprendre contre la personne ou contre le pouvoir du jeune La-caris.
Au mépris de cet engagement solennel, le jour du couronnement, les soldats et les partisans de Michel empêchèrent le patriarche de présenter deux couronnes impériales, et le jeune prince ne reçut ([u'un simple diadème.
Deux années suffirent à Michel Paléologue pour affermir son trône ; il entreprit alors de chasser les Français de la Grèce et de rétablir le siège de 1 empire à Gonstantinople. Ses premières tentatives échouèrent, et il fut même obligé de conclure une trêve avec les Latins et d'ajoiu'ner l'exécution de ses projets sur Byzance. Cependant Alexis Stratégopule, qu'il avait envoyé en Illyrie pour combattre le despote Michel, ayant appris en passant devant Gonstantinople que la garnison de cette ville était alors peu nombreuse, il se ménagea des intelligences dans la place, y pénétra à la faveur des ténèbres, et fit massacrer tous les Français. L'empereur Baudoin IV parvint heureusement à se sauver dans un esquif avec quelques soldats. Cet événement inattendu termina le règne des Latins en Orient.
Lorsque cette grande nouvelle fut connue à Nicée, l'empereur, accompagné du jeune Lascaris, partit aussitôt avec sa cour pour Gonstantinople. Ce n'était pas tout pour Michel que d'être maître de Byzance, il fallait s'y maintenir en mettant dans ses intérêts les Vénitiens et les Pisans, dont il redoutait la puissance, et enlever aux Latins jusqu'à l'espérance de pouvoir jamais ressaisir l'empire. Il mit alors en usage toutes les ressources d'une politique perfide, et après avoir combattu avec les Grecs contre les Latms, il se tourna du côté des Latins contre les Grecs, et négocia avec les papes en leur offrant de soumettre l'Église d'Orient à celle de Rome.
Mais cette politique souleva contre lui la haine du clergé grec; et le patriarche Arsène abdiqua même sa dignité pour ne pas être oblige d'obéir. Gomme une semblable démarche portait un coup funeste à l'autorité de Michel, celui-ci s'empressa de le rappeler à la cour, et lui donna l'assurance formelle que son intention n'était pas de subordonner le siège de Byzance à celui de Rome, mais seulement de gagner du temps en trompant leurs ennemis communs. D'après celte promesse, Arsène consentit à reprendre la conduite de son diocèse; néanmoins plusieurs prélats avaient déjà suivi son exemple , et avaient
formé contre Michel Paléologue un parti puissant qui avait proclamé Jean Lascaris seul (-lief de l'État. Michel arrêta la révolte en faisant saisir le malheureux prince, auipiel il fit brûler les yeux avec un bassin ardent, suj)plice (jui consistait à faire passer sur les orbites un bassin de cuivre rougi au ftu.
Arsène essaya encore de lutter contre Michel; il assembla même les évèques ses suffragants et l'excoinraunia ; mais il en fut puni aussitôt par la déposition, et rien ne s'opposa plus aux desseins de l'empereur. Il iT|irit ses n('gociations auprès du saintsiége, et conclut une alliance avec Grégoire X ; il lui soumit l'Eglise grecque, et persécuta ses sujets pour les obliger à reconnaître la suprême autorité des papes. Gependanl, après la mort de Grégoire, le pontife Martin I\', un de ses successeurs, l'ayant excommunié, la paix fut rompue, et il se vengea de la cour de Rome ))ar les \'êpres siciliennes. Enfin ce prince mourut en Tluace, des suites d'une maladie d'entrailles.
Michel Paléologue s'était tellement rendu odieux au peuple, que son fils Andronio n'osa pas lui faire rendre les honneurs fimèbres dans Gonstantinople, craignant que le corps de son père ne fût traîné dans les rues et jeté à la voirie ; il le fit enterrer secrètement et de nuit par qualques domeslitjues fidèles. Ainsi finit ce règne de vingt-ipiatre ans , l'un des plus fertiles de ce siècle en grands événements.
Andronic Paléologue succéda à son père en 1282 : l'histoire de ce prince, (jui passa quarante-six années à discuter avec des prêtres sur de vaines questions théologiques, appartient au siècle suivant.
Nous avons vu en Occident, sous les pontificats de la fin du douzième siècle, les lumières de la philosophie se répandre dans les masses , et des hommes de génie jeter des semences de liberté qui ne pouvaient manquer de produire des fruits, étant fécondées par le sang d'Arnaud de Brescia et de ses disciples, ces courageux ennemis du despotisme pontifical, ces précurseurs des modernes philosophes.
En France, Suger, le premier ministre politique que le royaume eût possédé jusqu'alors, s'appuyant sur ce principe, qu'une nation est d'autant plus forte qu'elle est plus hbre, venait d'émanciper les serfs ou plutôt les travailleurs, et de renverser l'aristocratie des barons et des seigneurs; Philippe-Auguste avait suivi instinctivement la voie ouverte par Suger ; et après eux, Louis VIII, en publiant des ordonnances pour l'afl'raiichissement des serfs, n'avait été que le continuateur de cette politi((ue qui. caractérisa l'administration du célèbre abbé de Saint-Denis.
Cependant au milieu de cette marche progressive, la race des Gapets n'en poursuivait pas moins sa carrière de crimes et d'attentats. Louis, surnommé par ses flatteurs Gœur-de- Lion , parvint au trône à l'âge de trente-six ans, le 14 juillet 1-223, et se fit sacrer à Pieiras vingt jours api'ès son avènement à la couronne. Il était le premier roi de la troisième race qui n'eût pas été sacré du vivant de son père. Comme son prédécesseur, Louis se montra perfide et lâche avec ses ennemis, cruel et inexorable avec ses sujets, qu'il extermina plusieurs fois pour obéir au pape. Heureusement il fut arrêté au milieu de ses guerres contre les malheureux Albigeois, par le comte de
Cliaropagne, r.iraant lio l;i roino, (|iii lui donna un brcuvagi' empoisonné.
Avant (l'ex|iiror, Louis YIII déclara rinfàinc Blanche de ('astillc. sa fcinine, régente du royaume et tutrice de son lilsaiiié Louis IX. âgé d'environ douze ans Le jeune |ivince fut conduit à Reims et sacré j'ar Jadiues de Bazoclie, évèque de Soissous, et sans pompe, la plupart des grands vassaux du royaume ayant refiifsé d'assister à cetto cérémonie avecla reine mère, qu'ils accusaient o>iverlemen| d'avoir participé au orime de Tliilia\it, comte de Ghampan;ne. Néanmoins, dos que la clameur pul>liqiu> fut ai>aisée, ce seigneur revint audacicuscment à la cour; mais pendant son iibscnce, Ulanche ayant conçu une nouvelle passion pour le cardinal Romain , légat du saintsiéjre. refusa de recevoir son ancien amant, et lui ordonna de se retirer dans ses terres. Thibaut , furieux de cet alïronl, forma une ligue puissante avec Pierre de Dreux, dit Mauclerc, et Hugues de Lusignan, comtes de Bretagne et de la Marche, deux trèspuissants seigneurs, et déclara la guerre au roi de France pour se venger de la régente.
Blanche, redoutant les armes de ces trois seigneurs confédérés, se réconcilia secrètement avec son amant, et le détermina à se retirer de la ligue. Croyant alors n*avoir plus rien à craindre, elle se brouilla de nouveau avec le comte de Champagne, dont la passion jalouse était un obstacle à ses débordements. Mais celui-ci vint aussitôt renforcer les mécontents, et pour leur donner une garantie de ses serments, il demanda en mariage la fille du comte de Bretagne. La régente, instruite de cette résolution, dont elle redoutait les conséquences, prit un pai ti extrême ; elle se rendit seule auprès de Thibaut, passa une nuit dans son château, et le détacha une seconde fois du parti des rebelles en faisant rompre son mariage.
Les comtes de Bretagne et de la Marche, furieux d'avoir été les jouets de l'inconstance de leur allié, se tournèrent contre lui, et réclamant au nom de sa cousine Alix, reine de Chypre, le comté de Champagne, ils envahirent ses domaines. Blanche profitant de leur division, et sous prétexte de secourir son amant, rassembla une armée, hattit les mécontents, et conclut un accommodement avec le comte de Champagne et Alix, moyennant une somme considérable payée par le trésor public, et pour laquelle Thibaut céda à la couronne les comtés de Sancerre, deBlois, de Chartres, et la vicomte de Chàteaudun. Ce fut ainsi que la régente., après avoir fait de son amant un assassin, après l'avoir rendu traître et félon, parvint encore à lui arracher ses domaines.
Le comte de Bietagne, quoique vaincu, n'en persista pas moins dans sa révolte; il rallia autour de lui tous les grands vassaux qui voulaient rester in dépendants, ou ceux qui espéraient recouvrer leurs anciens privilèges, souslegouvernementd'iine femme, et forma une nouvelle ligue qui se renforça encore de l'adjonction de Henri III, roi d'Angleterre, qui de son côté voulait reconquérir la Normandie.
Devant une coalition aussi formidable, la régcntedéploya les ressources de l'astuce féminine ; trop faible pour attaquer ouvertement S's ennemis, elle sema la division, entre eux en menant de front cinq ou
six intrigues galantes. Elle acheta par ses caresses la trahison do Robert du Bourg, ministre de Henri III, (jui retint son maître dans l'inaction; elle s'abandonna au comte de Flandre, qui était prisonnier à sa cour, el l'opposa h son ennemi le comte de Bretagne; enlin elle détacha de la ligue IMiilippe, comte de Boulogne, en excitant sa jalousie contre Enguerrand de Couci, qui aspirait à la régence ou plutôt à la couronne , car c'était l'appât de la royauté et non la beauté de Blanche (|ui captivait ses amants, quoi f[ue dise BcUcrorèt de sa mignardise, de sa gentillesse, de son tant doux regard el de sa gracieuse contenance.
En effet, l'éducation que recevait le jeune roi pouvait donner créance à l'opinion que Blanche songeait à l'enfermer dans un monastère pour régner à sa place. Le prince apprenait à chanter aux offices, passait des journées entières dans les églises à dire les offices en latin, à réciter des patenôtres, et à apprendre les légendes des saints.
A cette même époque la régente rendit un décret pénal contre les Albigeois, et commanda de les poursuivre avec la dernière rigueur. Le jeune Louis, fanatisé par les prêtres, applaudit aux ordonnances de sa mère, et bientôt on vit des hordes de soldats farouches s'abattre sur les provinces du Languedoc, ravageant les campagnes, détruisant les villages, incendiant les villes, et commettant partout, au nom de Dieu, les attentats les plus horribles. Cependant il s'est trouvé un historien, Vély, qui a osé dire en rapportant ces atrocités : « Ainsi fut glorieusement terminée l'affaire des Albigeois. Ce qui avait dépassé la puissance de Philippe-Auguste, le plus hahile de son siècle, ce que n'avaient pu accomplir les armes victorieuses de Louis VIII, fut l'ouvrage d'une femme et le coup d'essai d'un enfant. » Honte éternelle sur le lâche séide des despotes; honte sur le prêtre qui a tracé ces lignes exécrables.
Saint Louis, parvenu à l'âge d'homme, ne démentit pas son origine; après avoir dévasté la Bretagne, il força Pierre Mauclerc, prince du sing royal, suivant le langage des courtisans, pour le punir d'avoir tenté de maintenir l'indépendance de son comté, à venir la corde au cou implorer miséricorde ; et quand ce seigneur fut en sa présence, il lui parla en ces termes; ■• Quoique tu aies mérité une mort infâme, je te pardonne parce que tu es de mon sang, mais sous la condition que ton comté de Bretagne appartiendra désormais à ma couronne. »
Ce même saint Louis, qui dépouillait ainsi ses vassaux, lisait par humilité tous les jours à ses domestiques les litanies, l'office et les cantiques ; il bêchait le jardin des moines de Citeaux, et portait comme un manœuvre les pierres des bâtiments qu'il Surfaisait élever aux dépens du peuple.
Pendant la régence de Blanche de Castille, tous les intérêts de la nation fjrent sacrifiés à l'ambition des moines. Les dominicains, ces fougueux, ces terribles inquisiteurs, obtinrent le droit de prendre les grades universitaires et de se livrer à l'enseignement public, ce qu'avant elle aucun prince ni la docte assemblée n'avaient voulu autoriser.
Saint Louis avait vingt ans lorsque sa mère lui fit épouser Marguerite, fille aînée de Raymond Béren-
nuis, KEINKS. EMI'HHEUIIS
ger IV, comte de Provence. Comme elle redoutait qu'une femme aimable ne prît sur son fils un ascendant qu'elle voulait conserver, Blanche gouverna les jeunes époux avec un despotisme inconcevable, ne leur permettant de se voir ou de se parler qu'à des heures déterminées, le plus souvent eu sa présence, et se cachant même dans leur appartement pour épier leurs rapports intimes. Pendant toute la vie de Blanche de Gastille, la jeune reine n'eut pas la plus légère part aux affaires publiques ni à celles de la maison royale ; exilée en quelque sorte dans son palais, elle n'avait d'autres distractions que la société de sales moines et les exercices de piété auxquels la reine mère l'avait assujettie.
Enlin le roi, parvenu à l'âge de vingt et un ans, fut déclaré majeur; mais la régence de sa mère expira sans pour cela que son autorité fût diminuée; cette mégère continua à diriger l'imbécile saint Louis, trop soumis et trop bigot pourrésister auxvolontésde Blanche. Cependant il est juste de dire que parfois il s'occupait de l'administration des finances, et puisait dans les trésors de la nation pour élever des fondations pieuses ou pour acheter des reliques. Ainsi ce fut lui et non la reine mère qui proposa aux Vénitiens une somme de huit mille onces d'or en échange d'une relique drolatique, la couronne d'épines de Jésus-Christ, qu'ils étaient censés posséder, car déjà les moines de Saint-Denis affirmaient en avoir une autre dont les épines étaient toujours vertes, et qu'ils exposaient chaque année dans leur église. Le roi ayant eu soupçon que les bons Pères employaient une sainte ruse pour grossir leurs revenus, avait fait examinerleur couronne; et de ce qu'elle s était trouvée en bois peint, il en avait conclu que les Vénitiens possédaient la véritable. Il la leur acheta et la fit rapporter en France, scellée des sceaux des empereurs d'Orient et de ceux de la république : saint Louis, Blanche et Marguerite vinrent la recevoir à Sens, et le monarque bigot la rapporta nupieds depuis Vincennes jusqu'à Notre-Dame, et de là au palais, où elle fut déposée dans la Sainte-Chapelle, oii elle est encore l'objet de l'adoration des simples.
Lorsque les princes latins eurent connaissance du marché ridicule que le roi des Français avait fait avec les Vénitiens, ils envoyèrent aussitôt proposera saint Louis de lui vendre un bras entier de la vraie croix, la robe de Notre-Seigneur, le fer, la lance, l'éponge, le marteau, les clous et les autres bibelots, instruments de la Passion : le tout fut acheté à des prix énormes. Ce commerce, qui s'était d'abord établi entre les monarques, se continua entre les sujets. Des moines grecs et des prêtres italiens vinrent en France et tinrent boiiti((ue ouverte de reliques ; des cheveux, des ossements, des lambeaux de chair étaient baptisésdunom des plus gran'ls saints et vendus au poids de l'or aux fanatiques. Telles étaient l'elTronlerie des uns et la sottise des autres, qu'un évèque grec céda pour mille écus d'or à la ville de Gênes la queue de l'âne sur lequel Notre-Seigneur avait fait son entrée dans Jérusalem, et qu'un autre vendit le foin de la crèche sur lequel Jésus-Christ avait été placé au moment de sa naissance. Les moines italiens présentaient leurs marchandises à la foule comme dans une vente à l'encan, et criaient: « En cette fiole, voilà le sang du Sauveur, recueilli sous la crois par la vierge Marie ; en
celle-ci, voilà des larmes de Jésus-Christ; en celle-là, du lait ou des raens-trues de la sainte Mère de Dieu, et en cette autre des cheveux de saint Joseph. » Et tous les fidèles s'empressaient de donner leur argent à ces moines fripons. Les prêtres français, furieux de voir des étrangers exploiter leurs diocèses à leur détriment, se mirent à leur tour à débiter la même espèce de marchandise, et suipassèrent les Italiens et les Grecs en etïronterie; ils vendirent jusqu'à des boîtes qui contenaient les unes du souflle de Jésus-Christ, et d'autres les cornes invisibles de Moïse ! ! !
En 1 244, saint Louis étant tombé gravement malade àPonloise, rêva dans un accès de fièvre que Jésus lui reprochait son indifférence pour les chrétiens d'Orient, et lui promettait sa guéri son à la condition qu'il se rendrait en terre sainte. Par malheur pour les peuples, le roi recouvra la santé ; aussitôt il s'occupa des préparatifs d'une croisade, et rançonna ses sujets pour fournir aux frais de cette expédition extravagante. Trois mois après, tout étant disposé pour le voyage, il s'embarqua à Marseille avec sa jeune femme Marguerite et une cour nombreuse, laissant la régence du royaume à Blanche de Castille. Cependant le monarque qui montrait un si grand zèle pour le service de Jésus-Christ ne fut guère favorisé dans le cours de sa traversée; car, sans doute pour l'éprouver. Dieu permit que la flotte fût assaillie par de violentes tempêtes, qui l'obligèrent à relâcher dans l'île de Chypre, où la peste se mit dans l'armée et emporta un tiers des soldats. Malgré ces désastres, suivant le rapport du sire de Joinville, au départ de cette île, la flotte était encore composée de dix-huit cents vaisseaux. Cette assertion seuie'peut nous faire apprécier le nombre des Français morts dans la croisade ; et nous ne serons point taxés d'exagération lorsque nous dirons que la guérison du fanatique Louis IX coûta à la France, dans cette première expédition, plus de cent mille hommes.
Arrivé sur le sol de la Palestine, saint Louis s'empara de Damiette, et remporta quelques succès insignifiants qui ne furent pas de longue durée. Bientôt les soldats, décimés par les maladies contagieuses ou accablés par des fièvres dévorantes, n'eurent plus la force de soutenir leurs armes, et tombèrent sous le fer des farouches musulmans; le roi, les prinies du sang et quelques riches seigneurs furent seuls épargnés et mis à rançon.
En apprenant les désastres des croisés et la captivité de son fils, Blanche entra dans un tel accès de rage, qu'elle fit pendre comme perturbateurs du repos public deux soldats qui, les premiers, avaient rapporté cette funeste nouvelle. Néanmoins leurs rapports se confirmèrent , et la régente n'eut plus à douter de l'épouvantable malheur qui venait l'accabler; ce fut pour elle un coup terrible, et elle en prit une fièvre lente qui la conduisit au tombeau. Sentant sa fin approcher. Blanche se fit apporter à Paris, et prononça des vœux monastiques entre les mains de l'abbesse de Maubuisson, pensant expier ainsi les désordres de sa vie; ensuite elle se fit revêtir d'un habit de rehgieuse et mettre sur un lit de paille recouvert d'une serge, où elle expira le l" décembre 1252, à l'âge de soixante-cinq ans.
Vingt mois après, saint Louis recouvrait sa liberté
HISTOIRE DES PAPKS
moyeunaiit une ran(,'ou de ceni luillu marcs d'argent; t>t il ne fallut jas moins de vin-jt-quatro années à la France [unir répan-r répuisenu'iit où l'avail mise le pavement de cette somme. Après ce laps de temps, l'obstiné fanatiipie voulut faire une nouvelle tentative contre les iniidèles d'Afrique, et s'embarqua à Aigues- Morles avec soixante mille hommes. Une tempête affreuse assaillit d'abord sa Hotte sur les cotes de SarJaigne; ensuite, à peine le débarquement était-il elVectué devant Tunis, que la peste se répandit dans le camp des croisés et atteignit le roi lui-même. Il vn mourut le 25 août 1270, à l'âge de cin([uante- <;inq ans et quatre mois. Ce prince est un de ceux qui ont fait le plus de mal à la France, par les projets insensés qu'enfanta son cerveau ioala<le et par l'inslitution des tribunaux de l'inquisition, .\ussi at-il mérité d être canonisé par IJoniface ^'1IIJ b^ plus infâme et le plus impie dos papes !
Philippe III, qui se trouvait en .\friipie avec son père, lui succéda et prit aussitôt le commandement de l'armée. Comme il redoutait pour lui-même les atteintes du tléau son premier acte d'autorité fut de rendre un édit (pii li.xait la majorité des rois à quatorze ans, alia d'éviter les inconvénients d'une régence trop longue, i nsuite il essaya de presser le siège de Tunis; mais les Fiançais, accablés de souffrances, refusèrent de combattre. Déjà l'on pouvait prévoir le jour où il ne resterait même pas assez de soldats pour défendre le camp, lorsque heureusement Charles d'Anjou, roi de Sicile, vint au secours des croisés avec une flotte et des troupes. Les croisés reprirent alors le dessus, et forcèrent les musulmans à conclure une trêve de di.\ années.
Philippe se hâta de revenir en France , suivi d'un lugubre cortège de cercueils, parmi lesquels on distinguait celui de sa femme Isabelle d'Aragon, celui du roi Louis IX, et ceux de Thibaut, comte de Champagne et roi de Navarre, et d'Alphonse, comte de Poitou. A son arrivée, le nouveau mouar([ue se rendit à Reims et se fit sacrer par Miles de Bazoche, évèque de Soissons.
Roi faible, pusillanime et superstitieux, Philippe n'a laissé aucun souvenir de gloire. Quelques années après la mort d'Isabelle, quoiqu'il en eût trois enfants, il épousa Marie, fille de Henri, duc de linibant. Cette nouvelle reine montra par ses vices et par ses crimes (ju'elle était digne du trône; elle s'abandonna sans pudeur au barbier de saint Louis, Pierre de la Brosse, dont Philippe avait fait son favori, son premier valet de chambre et son ministre; de leurs amours naquit oin bà;ard appelé Louis, comte d'Evreux, dont la race
régna sur la Navarre.
Marie, à l'exemple de l'infâme Bertrade, forma le projet de faire disparaître les héritiers légitimes du trône pour y placer le fruit de l'adultère, et elle commença jjar faire empoi-sonner Louis, lils aîné de Philippe. L'amant de la reine, qui avait versé le poison, fut arrêté par ordre du prince et appli([ué à la ({uestitin ; il avoua son crime et la complicité de Marie de Brabant. Mais celle-ci se disculpa par serment, corrompit les juges , fascina le roi par ses caresses, et obtint que Pieiie de la Brosse lut déclaré Cilomniateur et pendu comme tel.
Celte exécution a'apaisa pas néanmoins la clameur
publique, et l'on continua à désigner la reine par le nom d'empoi-onncuse. Philippe lui-même ne paraissait pas convaincu de 1 innocence de sa femme; et pour éviter un nouvel attentat, il éloigna de sa cour Philippe le Bel, son second iils; ensuite il assembla quel([ues clercs et plusieurs docteurs, et demanda leursavis pourfaiie cesser les doutesqui assiégeaient son e8|)rit. Ces conseillers, gagnés par Marie de Brabant, engagèrent le ])rince, comme moyen infaillible de connaître la véiité, à consulter une vieille béguine de la ville de Nivelle, en Flandre , ce qui fut exécuté. La dévote, interrogée par le roi, déclara l'accusation calomnieuse et la princesse innocente de tous les crimes (ju'on lui reprochait. Malgré cette singulière Justification, il n'exista jamais de paix doniesticpie entre Philippe et sa femme; ce prince mourut à Perpignan, le 5 octobre 1285, à son retour d'une e.xpédition malheureuse qu'il avait entreprise contre le roi d'Aragon.
Plidippe IV, dit le Bel, lui succéda à l'âge de dixsept ans : il fui sacré à Reims par Pierre Barbet. Ce roi, l'un des jilus perfides tt des plus cruels qui désolèrent la France, est le premier des Capets qui ait altéré la monnaie et qui ait mérité d'être appelé le faux-monnayeur. Pour satisfaire à ses besoins de luxe et à son amour efl'réné de l'or, il profita du privilège de battre monnaie que saint Louis avait assuré à la couronne; et par les conseils de deux Florentins, Musichati et Bichi, il fil plusieurs refontes, dans lesquelles le marc d'argent, qui avait une valeur de cinquante sous six deniers tournois, s'éleva successivement à huit livres dix sous. Quant à la politique intérieure, Philippe suivit la ligne tracée par ses prédécesseurs ; il agrandit ses domaines et son autorité; comme eux, il favorisa l'émancipation des serfs pour diminuer le pouvoir des barons, fonda des duchés-pairies pour rendre les grands vassaux moins redoutables en les rendant tous égaux, anoblit des roturiers pour abaisser la noblesse héréditaire, défendit aux barons d'entreprendre des guerres particulières, et obligea eu outre les seigneurs suzerains à lui vendre leur droit de battre monnaie.
Indépendamment de ces mesures législatives, Philippe employa la perfidie, la trahison et la violence pour dépouiller ceux dont il redoutait la puissance; ainsi il profita des divisions qui venaient d'éclater entre Edouard I", roi d'Angleterre, et Jean Bailleul, roi d'Ecosse, pour déclarer la guerre à Edouard; et sous prétexte de venger une insulte faite au pavillon français par quelques matelots anglais, il envahit le duché de Guyenne et le confisqua à son profit. Dans l'enivrement de sa victoire, il osa défendre à Edouard de marier sou lils unique, le prince de Galles, avec la fille de Gui de Dampierre, comte de Flandre, et rendit uUe ordonnance pour contraindre les grands vassaux à ne former aucune alliance sans l'assentiment de leur suzerain.
Gui se hâta de venir à la cour avec sa fille pour demander à Philippe, dont elle était la filleule, l'autorisation nécessaire pour conclure son mariage avec le jeune prince anglais qu'elle aimait. Le traître monarque, sans être touché d'une semblable marque de confiance, les fit jeter tous deux dans une alïreu^e prison, où la jeune princesse de Flandre expira de
ROIS, REINES, EMPEREURS
Déroule ae Cgurlrai.
cliagrin et Je douleur. Dans la suite. Gui ayant rccouvj'é sa liberté, voulut vcii;,'cr la luoil Je sa liUe, et Jéclara la guerre au roi. ^ allieurt'usi'iueul la fortune trahit son courage; le couite de Valois, le digne frère de Philippe, envaliit la Flandre à la tète d'une nombreuse armée, et for(,'a cet infortuné à conclure un traité Je pai.x désastreux pour sa famille. Rien plus, pour surcroit de perfidie, le prince engagea Gui à se rendre à la cour de France avec ses lils, lui affirmant que son frère se relâcherait de sa rigueur en voyant sa soumission. Plein de confiance dans la parole Ju comte Je Valois, riraprudeut se mit en route avec Robert, (juiilauine et Gui, ses trois lils, et accompagné d'un grand nombre do seigiU'urs : à peine furent-ils arrivés dans Paris, ipie Philippe les lit traîtreusement arrêter et conduire prisonniers dans ditïérentes citadelles.
Ensuite il commanda à son frère d'achever la conquête Je la Flandre, ce qu'il croyait facile, le pays se trouvant privé de ses chefs; et ne supposant pas que le peuple osât opposer la moindre résistance à ses armes : c'est ce qui arriva cepenJant ; et pour la première '^ois une armée Je vingt mille ouvriers, sous la coiiJuite J'un boucher et J'uu tisserand, combattirent des nobles et des chevaliers, et mirent en déroute (|uaranle mille Frani.ais, dans la plaine de Gourtrai! Rendu furieux par cette défaite, le roi voulut en tirer une vengeance éclatante; il leva Je nouvelles troupes, imposa tous ses sujets Ju cin- ([uièuie Je leurs revenus, altéra encore les monnaies, et orJonna :iu ban et à l'ariiére-ban de prendre Us armes afin Je marcher contre la FlanJre.
Quant aux peuples, ils n'eu étaient pas plus heureux ; vainqueurs et vaincus étaient également près-
suros par cet exécvalile monarque; et connue ses exactions no lui rapportaient pas assez d'ars^ent, il résolut, d'apri^s les conseils de son confesseur Guillaume Paris, frère prêcheur et {;;rand incjuisiteur, de poursuivre les templiers, et de partai,'i'r leurs riciiesses avec le pape (élément V. En consér[uence, il tlonna des ordres secrets aux ^'ouverneurs des provinces , aliu qu'ils se tinssent prêts avec leurs soldats pour arrêter, le vendredi 13 octobre 1307, tous les templiers de son royaume. Cet ordre fut exécuté avec la plus grande rigueur, et un nombre prodigieux de ces malheureux furent plongés dans les cachots de l'inquisition. On leur fit subir des tortures inouïes pour leur faire avouer des crimes imaginaires; on produisit contre eux de faux témoins qui affirmaient qu'aux cérémonies des réceptions ils reniaient Dieu, crachaient sur le Christ, adoraient une tête d'airain supportée par quatre pieds de forme liumaine, et commettaient entre eux des impuretés abominables.
Parmi les jeunes chevaliers , plusieurs ne purent supporter les tourments de la question, et avouèrent tout ce qu'on leur demanda, afin d'adoucir leurs bourreaux, et d'obtenir la "faveur d'une prompte exécution. Les vieux chevaliers qui refusèrent obstinément de se reconnaître coupables eurent à soufl'rir pendant une année entière des supplices efl'royables qu'on renouvelait chaque jour. Et cette déplorable persécution était faite au nom de très-haut , très-puissant, très redouté seigneur Philippe le Bel, roi de France !
Enfin des juges prononcèrent une sentence de mort contre les templiers, comme étant convaincus du crime d'hérésie ; et l'exécution fut fixée au 1 1 mars, jour si ardemment désiré par Philippe. Le commandeur de Normandie et le grand niuilre Jac(pics de INIolay, suivis de leurs chevalici-s, chargés de chaînes, conduits deux à deux , montèrent lentement sur le bûcher ; alors ils se tournèrent vers le peuple, protestèrent hautement de leur innocence en présence .du légat du pajie, de l'archevêque de Sens et du clergé, accusant le roi et Clément de vouloir anéantir leur ordre pour se partager leurs dépouilles. Déjà les assistants , émus jusqu'aux larmes par l'accent de vérité de Jacques de Molay, avaient forcé les bourreaux de suspendre l'exécution ; déjà les cardinaux et les évêques, hésitant devant l'énormité du crime et la colère populaire, avaient ordonné au prévôt de Palis de ramener les condamnés dans leur prison ; lorsque Philippe, l'infâme Philippe, qui craignait de voir ses victimes lui échapper , envoya des renforts de troupes, fit conduire les martyrs dans l'île Saint- Louis, et ordonna qu'on exécutai la sentence à l'heure même. Le commandeur de Normandie et le grand maître subirent leur supplice avec un grand courage, et l'on raconte que du milieu des flammes on entendit la voix prophétique de Jacques de Molay qui appelait Clément V et Philippe le Bel devant le tribunal de Dieu ! Le pape et le roi moururent en efl'et ijuelques mois après, cette même année 13141...
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