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QUATORZIÈME SIÈCLE

Réflexions sur l'histoire de l'Église au quatorzième siècle. — Élccti n de Benoît XI. — Les états-généraux de France supplient Philippe de faire déclarer infâme la mémoire de Boniface VIII. — Rétablissement des Colonna. — Le pape veut réformer les mœurs du clergé. — Il est empoisonné par les cardinaux.

Robert Gallus, dans son style apocalypliquc, dit en parlant de l'Église au quatorzième siècle : « J'étais en prières, les regards tournés vers le ciel, quand j'aperçus tout à coup dans les airs un monstre revêtu de la chape pontificale; il avait les pieds en forme de glaive et des mains immenses, qu'il plongeait dans l'Orient et dans fOccident, pour les relever ensuite pleines d'or et de pierreries ; on ne lui voyait point de tête. M'étant approché alors, j'entendis une voLx infernale qui me cria : C'est l'Église romaine ! »

En effet, fesprit d'humilité et de charité avait entièrement abandonné les chefs du clergé romain. Depuis saint Grégoire jusqu'à Grégoire VII ils avaient combattu contre les évèques d'Orient et d'Occident , pour usurper la suprême puissance ecclésiastique ; ensuite ils avaient commencé les mêmes luttes contre les rois, jusqu'au pontificat de Boniface VIII, pour établir leur domination temporelle. Enfin lorsqu'ils eurent élevé la chaire de saint Pierre au-dessus de tous les sièges et de tous les trônes, lorsqu'ils eurent réuni dans leurs mains le glaive spirituel et le glaive temporel, ils songèrent à exercer cette puissance pour attirer à eux les richesses du monde entier.

Déjà l'inquisition établie par Innocent III avait

fait merveille en Europe, oii ses tribunaux condamnaient au lu'icher les liJèles dont les biens excitaient la convoitise de la cour île Rome; mais comme re moyen d'extorsion, iiulépendaramcnt qu'il présentait quelque danger, n'était pas assez expéditif, les papes se jetèrent sur les reliques, et suivant la maxime de IJoniface \'III, ils firent argent de tout ce qu'ils purent vendre. Après avoir épuisé l'Italie, ils s'abattirent sur la Fr.uK'e,où, grâce aux progrès des lumières, à l'affranchissement des communes et à lémancipation des serfs, ils étaient assurés de trouver pour longtemps des ressources. Depuis lors, et pendant un siècle enlir ({u'ils tinienl leur cour à Avignon, il seinblaquela vertu eût été chassée du royaume par leur seule présence, tant il se commit d'actions honteuses.

Après la fin terrible de Boniface, les cardinaux se réunirent en conclave et proclamèrent chef de I'cjglise Nicolas de Trévise, cardinal-archevê [ue d'Ostie ; le nouveau pontife fut sacré le 27 octobre 1303, sous le nom de Benoît XI.

Nicolas était (ils d'un notaire appelé Boccasio Boccasini; il avait fait ses études à Venise, où plus tard il avait rempli les fonctions de précepteur ; ensuite le jeune Boccasini était entré dans l'ordre des frères

HISTOIRE DES i'Al'KS

prêcheurs, où par soiizMi' il avait ni('nti'dï'trp pronni aux char^os de sous-prieur, de prieur, de provincial et de général de l"ordre; enfin Boniface l'avait élevé au c-arilinalal et à l'évèclic d'Oslie. en lui faisant la singulière recommandation d'être moins vertueux, s'il voulait se faire aimer du cleri.'é de son diocèse.

Dès que l'élévation de Henoil lut connue en France, Philippe lui envoya le seigneur de Mercivur, Pierre de Belle -Perche, cluinoinc de Gliartres, et le chevalier Guillaume du Plessis, qui se joignirent à Nogaret pour féliciter le nouveau pape sur son exaltation, et pour lui souraetlre la reipiôHe suivante, que les étals-généraux avaient présentée au roi de France : « A vous, très-nohle prince Philippe, notre si' e. Les peuples de votre royaume vous suiiplient de conserver les franchises et la souveraineté de vos Etats, c'est-à-dire de ne point reconnaître sur terre dautie maître que vous de vos biens temporels. Ils vous prient également de faire déclarer à la face des nations que le pape Boniface 'N'III a mérité la damnation éternelle, en dénonçant par ses bulles que votre rovaume lui appartenait et qu'il pouvait en disposer suivant son bon plaisir. »

Benoît, guidé par un sentiment de proliité et de justice, blâma ouvertement la conduite de son pré décesseur ; il releva Philippe de toutes les censures ecclésiastiques prononcées contre lui, et publia plusieurs bulles en réparation des désordres ((u'avaient causés celles de Boniface. Il révo(pia en outre les décrets lancés contre les Golonna. excepté toutefois ceux de confiscation, que les cardinaux ne voulurent pas consentir à annuler.

Bien ditïérent de ses prédécesseurs, ce pontife étail telleuu'nt ennemi du faste et de l'ostentation, que sa mère étant venue le voir après son exaltation, sous des vêtements magnifiques , il feignit de ne pas la reconnaître. Gomme elle s'aperçut du sujet de son méoon'cnlenient, elle quitta le palais et revint avec ses habits ordinaires; alors il la reçut avec effusion de cœur devant toute la cour, et la lit asseoir à ses côtés. Les mêmes sentiments d'humilité portaient Benoît à favoriser les frères mendiants, qui ne possédaient ni meubles ni domaines, el vivaient du pain de l'aumône, attendant le soir sur le seuil des demeures ([u'on leur olïiît un abri pour la nuit.

Ge bon pape appliquait tous ses soins à la pacification de l'Italie et à la réforme des ecclésiastiques : aussi souleva-t-il contre lui une haine violente; les cardmaux, dont il voulait réprimer les désordres, se montrèrent ses jilus ardents ennemis, et résolurent de se délivrer d'un censeur incommode. Un jour de grand festin, pendant que le saint-père dînait avec plusieurs d'entre eux, un jeune clerc -parut en habit de religieuse du monastère de Sainte Pélronille, et vint offrir à Benoît, au nom de l'abbesse, qui était l'ime de ses pénitentes, un plat d'argent garni de figues nouvellement cueillies ; le pape en prit deux et offrit les autres à ses convives, qui les refusèrent pour ne pas en priver Sa Sainteté. Dans la même soirée, le pape se sentit attaqué de douleurs aiguës dans les entrailles et de vomissements ; son médecin reconnut qu'il était empoisonné. Mais il étail tro|> tard pour arrêter le mal, et le vertueux Benoît expir-i le 6 juillet 130'i.

CLÉMENT V

Désordre', débauches et intrigues des cardinaux. — Philippe Tait élire Clément V. — Conditions de son pacte avec Philippe. — Le nouveau pape est couronné à Lyon. — Origine des annales. — Le saint-père pille les églises de France. — Persécutions contre les templiers. — Pliilippe le Bel exige que le pontife condamne la mémoire de Boniface VIU. — Le roi est trompé parle pape. — Philippe est contraint de renoncer à poursuivre la mémoire de Boniface. — Absolution de Nogaret. — Concile de Vienne. — Les princes chrétiens s'engagent à entreprendre une nouvelle croisade en terre sainte. — L'empereur Henri VU envahit l'Italie et s'empare de Rome. — Il est empoisonné par un moine jacobin. — Bulle du pape contre la mémoire de ce prince. — Mort de Clément.

Les funérailles de Benoît XI terminées, les cardinaux s'enfermèrent en conclave à Pérouse pour lui donner un successeur. Dès le premier jour, deu.v factions également puissantes se partagèrent les voix; l'une avait à sa tète Mattliieu Rosso des Ursins et François Gaétan ; l'autre reconnaissait pour chefs Napoléon des Ursins et le cardinal do Prato. Les premiers portaient au trône pontifical un cardinal italien favorable aux amis de Boniface; les autres opposaient à leurs ennemis un cardinal français partisan de Philippe le Bel et des Gibelins. Au milieu de ces divisions, ils tombèrent d'accord sur un seul point, c'était de ne pas choisir un prêtre vertueux : « Nous ne voulons plus de gueux, » disaient-ils, désignant par ce nom injurieux l'infortuné Benoît.

Aucun des deux partis n'étant décidé à faire des concessions, les cardinaux rompirent le conclave, et retournèrent dans leurs palais reprendre leurs habitudes de débauches avec leurs maîtresses et leurs mignons, sans s'inquiéter des malheurs de l'Eglise, qui restait livrée à la plus déplorable anarchie. Enfin le cardinal de Prato, qui était vendu au roi de France, entreprit de réunir le conclave et de faire proclamer un pape du parti de Pliilippe.

A cet effet, il proposa aux deux factions un accommodement qui consistait à laisser aux Guelfes le

droit de désigner trois candidats ultramontains, et. aux Gibelins la liberté de choisir parmi les trois prélats le souverain pontife. Personne ne vit le piège; la faction du cardinal Alatthieu consentit sans peine à nommer les prétendants à la papauté, et présenta trois ultramontainsennemisdéclarés du roi de France.

Parmi ces trois candidats, le plus hostile à Phili])pe était Got, archevêi(ac de Bordeaux; ce fut précisément cet exalté Guelfe que le cardinal de Prato résolut d'amener à son parti et de faire pape. Il adressa au roi une copie du traité des cardinaux, lui fit part de son projet, et lui conseilla de donner un rendez- vous secret à l'ambitieux prélat pour poser luimême les conditions du pacte.

Philijipe écrivit à Bertrand de Got, et lui désigna une abbaye située dans la forêt de Saint-Jean d'Angely, pour avoir une entrevue avec lui. L'archevêque se rendit aux ordres de Pliilippe, fort intrigué des motifs (jui pouvaient d terminer ce prince à lui demander une conférence. Lorsque le roi eut présenté au prélat les lettres dans lesquelles le cardinal de Prato annonçait que le parti des Gibelins n'attendait que son ordre pour proclamer Got souverain pontife, celui-ci se jeta à ses pieds en s'écriant : « Sire, je vois maintenant que vous voulez me rendre le bien pour le mal, et je me soumets entièrement à vous.

Clomraandcz, jo suis prêt à obéir. De ce moment, j'oublie mon passé, je rouie mes amis, et je vous fais le sacrifice de toute mon existence. »

Phili]ipe le releva, et l'ayant embrassé, lui dit : c Ainsi donc il dépend de moi de vous foire pape ; mais je ne le ferai que sous la condition expresse que vous me réconcilierez avec l'Eglise ; que vous rendrez la communion à moi et à ceux qui ont suivi mon parti; que vous m'accorderez toutes les dîmes do mon royaume pendant cinq années; que vous condamnerez les actes et la mémoire du pontife Boniface, que vous rétablirez entièrement les Golouna dans leurs biens et dans leurs dignités ; enfin que vous ferez cardinaux les ecclésiasliques que je vous désignerai. Je me réserve en outre de vous déclarer une condition importante qu'il faut encore que vous acceptiez sans la connaître. »

L'arcbevêque fit serment sur l'hostie d'exécuter entièrement les volontés du roi, et lui donna on otages, pourgarantie do sa promesse, un de ses frères et deux de ses neveux. Un courrier fut expédié incontinent à Pérouse, au cardinal de Prato, et le lendemain celui-ci se présenta au conclave pour proclamer Got souverain pontife. Les Guelfes entonnèrent immédiatement le Te Deum pour célébrer la grande victoire qu'ils avaient remportée, croyant avoir élevé sur la chaire de l'Apôtre le plus cruel ennemi du roi de France.

Bertrand de Got était né à ^'illandreau, dans le diocèse de Bordeaux, et descendait d'une ancienne famille ; son père étaitr chevalier et son oncle évèque d'Agen. Destiné dès sa plus tendre enfance à la cléricature, il avait étudié le droit canon et avait acquis une connaissance approfondie des textes de l'Écriture sainte. Boniface VUI, qui préférait aux prêtres vertueux des hommes fourbes et immoraux, l'ayant jugé digne de sa protection, l'avait élevé d'abord au siège de Cominges, et ensuite à l'archevêché de Bordeaux.

Dès qu'il eut reçu le décret de son élection à la papauté, Bertrand de Got quitta son diocèse, parcourut triomphalement les villes du midi de la France, et se rendit à Montpellier pour recevoir le serment d'hommage hge de Jacques d'Aragon, qui mit sous la protection du saint-siége son royaume de Sardaigne et de Corse. Ensuite le pape se rendit à Lyon pour se faire consacrer, et envoya l'ordre aux cardinaux de passer les monts pour assister à son couronnement. Il écrivit également aux rois de France et d'Angleterre, ainsi qu'à un grand nombre deprinces, pour qu'ils vinssent augmenter léclat de celle imposante cérémonie.

Matthieu Rosso des Ursins, doyen du sacré collège, en recevant les ordres impérieux du nouveau pontife, dit au cardinal de Pralo : « Votre ruse nous a livrés entre les mains d'un Gascon, et vous serez cause que nous abandonnerons pour longtemps nos magnifiques palais. »

Néanmoins il fallut se conformer aux instructions du pape; les cardinaux se rendirent à Lyon et procédèrent au sacre : les cérémonies habituelles de la chaise percée eurent heu dans l'église de Saint-Just, le 1 4 novembre 1305, en présence d'un immense concours d'évêques, d'archevêques, de rois, de princes et de seigneurs. Maitliieu Rosso posa ensuite la couronne sur la tète de Got, qui prit le nom de Clément Y.

Ajirès la messe, le saint-père reprit le chemin de son [lalais, suivi dos cardinaux, des nobles et des moinos, ot escorté d'un pouplo iuiiuense ; le roi de France et le roi d'.Vragou conduisaient par la bride le cheval blanc sur lequel était monté le pape, revêtu des ornements sacerdotaux et la tiare au front. La procession étant arrivée au bas de la colline oix est bâtie l'église de Saint-Just, les rois cédèrent leur place aux côtés de Clément à Charles de N'uiois et à Louis d'Evreux, les doux frères de Philijipc. A peine ce changcnienl était-il fait, qu'un horrible craquement se fit entendre ; un vieux mur, sur lequel on avait établi un échafaud, s'écroula sur le cortège, ot entraîna dans sa chute tous les mallieureux qu'il portait. Le comte do Valois ot le roidoFrance furent gravement blessés; le pontife lui-môiiie fut renversé de cheval, et dans le tumulte on arracha de sa tiare un gros diamant d'une valeur considérable ; son frère, Gaillard de Got, fut tué sur la place, ainsi que le duc de Bretagne et un grand nombre de seigneurs et de prêtres.

Plusieurs cardinaux, déjà mécontents de Clément V, prirent occasion de cet accident pour manifester hautement leur dessein de retourner en Italie ; mais le pape leur déclara nettement qu'il saurait les contraindre à obéir à ses volontés, et à habiter la ville qu'il lui conviendrait de choisir'pour résidence.

Quelques jours après, Clément célébra sa première messe pontificale, et donna un grand festin à toute sa cour. Comme on doit bien le supposer, les mets et les vins les plus exquis de France y furent largement prodigués ; aussi, vers la fin du banquet, les têtes étant écliaulïées, on ne garda plus de retenue. Une parole imprudente fit éclater une querelle entre les cardinaux et le saint-père ; des injures on en vint aux coups, les poignards sortirent du fourreau, et un des frères du pape fut tué sous ses yeux. Clément, qui venait de perdre si malheureusement deux de ses frères, sentit la nécessité de renforcer son parti, et créa d'une seule fournée dix cardinaux français. Ensuite il révoqua les bulles lancées par Boniface VIII contre les Colonna, et rendit le cardinalat à Jacques et à Pierre, avec pouvoir de parvenir à toutes les dignités de l'Église, même au souverain pontificat.

Pendant son séjour à Lyon, le pontife, quoique très-afiligé de la mort de ses frères, n'oublia pas les intérêts de son siège ; il extorqua des sommes énormes aux évoques et aux abbés de France qui venaient à sa cour; et lorsqu'il s'aperçut que la crainte d'être imposé pour les besoins de l'Église empêchait le clergé de le visiter, il prit le parti de faire lui-même sa tournée dans les diocèses ; il parcourut successivement un grand nombre de villes, et partout il enleva les trésors des églises et des monastères ; on rapporte qu'il lui fallut cinq jours entiers pour faire enlever de la riche abbaye de Cluny l'or et l'argent qu'il trouva dans les caves di^s moines. Il obligea l'arclievêque de Bourges, Gilles, à lui payer une amende si forte, que depuis ce moment le malheureux prélat fut réduit à vivre du pain de l'aumône, et cela pour avoir manqué de faire sa visite au saint-père. I Non content de ce qu'il extor(|uait par lui-même. Clé- ] ment, de retour à Bordeaux de sa fructueuse tournée, envoya trois légats, Gentil de Mon tésiore, Nicolas de Fréauville et Thomas de Jorz, pour pressurer le bas

CLÉMENT V

clcrgi! de l'Église gallicane. Ceux-ci imposèrent aux prêtres des contributions si onéreuses, et en exigèrent le payement avec une telle rigueur, que dans leur désespoir ils en adressèrent des plaintes au monan|ue.

Philippe chargea Milon de Noyers, maréchal de France, de réclamer au saint-père outre ses exacteurs et d'obtenir leur revocation. Mais cette ambassade, bien loin d'arrêter le mal, l'augmenta. Le pape, craignant qu'on ne prît des mesures énergiques pour entraver son exploitation financière, voulut presser les rentrées d'argent ; il ordonna à ses légats d'augmenter de sévérité et de mettre à l'enchère toutes les dignités ecclésiastiques. Il résolut en outre de se servir des tribunaux de l'inquisition , dont Blanclie de Castille et saint Louis avaient doté la France, pour s'attril)ucr les bénéfices des décrets du cpiatrième concile de Latran, portant que les biens des hérétiques et de leurs complices appartenaient au saint-siége, sans que les enfants ni les parents des condamnés pussent en réclamer la moindre partie. Comme Philippe le Bel était le seul qui put lui faire une oppo.'-ition sérieuse, il se détermina à l'associer à ses bénéfices, et lui ofîrit le partage des immenses richesses des templiers et des hospitahers, qu'il se proposait d'attaquer comme hérétiques.

Ce projet infernal, sorti du cerveau d'un pape, était digne d'un roi. Clément V et Philippe IV tombèrent bientôt d'accord pour l'exécution. Le saintpère adressa une lettre au prince à ce sujet, et lui fixa un rendez-vous à Poitiers, où il demeura presque une année, retenu au lit par une maladie grave, causée par ses débauches avec ses mignons et avec la belle comtesse de Foix, sa maîtresse. Néanmoins ce temps d'inaction ne fut pas entièrement perdu pour le pape, car, après son entrevue avec le roi, il put méditer à son aise les moyens d'exterminer plus facilement les templiers et les hospitahers.

Voici la ruse à laquelle Clément s'arrêta ; d'abord il fit prêcher une nouvelle croisade en Europe et même en Syrie; ensuite il envoya en Palestine, aux grands maîtres des ordres du Temple, une lettre ainsi conçue : « Nous vous informons, mes frères, que nous sommes instamment sollicité par les rois d'Aragon et de Chypre, qui nous réclament des secours pour la terre sainte. Nous vous ordonnons de venir nous trouver en France aussi secrètement que possible, afin d'en délibérer avec nous. Vous aurez soin, également, d'apporter des sommes assez considérables pour équiper une nombreuse armée. »

Jacques de Molay, grand maître des templiers, obéit aux injonctions du saint-père; mais Foulques de Villaret, grand maître des hospitaliers, occupé au siège de l'île de Rhodes, ne put quitter son armée ; ce qui retarda la ruine de son ordre. Quant à l'infortuné Molay, il débarqua en France et vint se livrer à ses ennemis. Il avait été convenu entre Philippe le Bel et le pape que les chevaliers du Temple seraient arrêtés au même instant dans les difl'érents royaumes chrétiens ; qu'ils seraient abandonnés aux inquisiteurs comme suspects d'hérésie; qu'on s'emparerait de leurs biens au nom de l'Eglise, et qu'on les ferait périr sur les bûchers, après les avoir appliqués à la question ordinaire et extraordinaire pour leur faire avouer des crimes imaginaires.

L'exécution de cet affreux complot ne se fit pas attendre; le pape prévint les rois d'Aragon, de Castille et de Portugal de sa détermination d'anéantir les templiers, et au jour fixé les chevaliers furent tous arrêtés et ])longés dans les cachots de l'inquisition. L'iniquité des juges fut telle, que l'on fit grâce de la vie à un meurtrier, appelé Squin de Florian, qui était enfermé avec un chevalier, parce qu'il déposa que son compagnon lui avait révélé les crimes et les impuretés qui se commettaient lors de la réception des templiers.

Squin de Florian, le voleur et l'assassin, fut reçu en audience publique par le pape et par le roi, comblé de présents et glorifié piur son zèle religieux.

Après un semblable encouragement à la délation, des milliers de calomniateurs surgirent de tous côtés, et la besogne des inquisiteurs en devint plus facile. Du reste, ils étaient suffisamment encouragés par Philippe le Bel et par Clément, qui présidaient aux auto-da-fé : l'Italie, l'Allemagne, l'Espagne, la France surtout, virent s'élever un nombre prodigieux de bûchers qui consumèrent ces malheureuses victimes de la cupidité d'un pape et d'un roi.

Ces sanglantes exécutions terminées, les deux exécrables tyrans se partagèrent les richesses des templiers; Philippe garda les terres, Clément prit tous les ornements d'or et d'argent et les espèces monnayées, qui lui servirent à payer les infâmes complaisances de son neveu et de la comtesse de Foix.

Le roi de France, quoique très-satisfait du saintpère, n'avait point oublié le serment que lui avait fait le cardinal Got à Saint-Jean d'Angely, de lui octroyer un brevet d'infamie pour le défunt pape Boniface VIII, et il lui réclama l'exécution de sa promesse. Cette résolution du prince qui menaçait tout l'édifice pontifical, remplit d'ell'roi la cour d'Avignon ; mais le cardinal de Prato, que nous avons vu si habile en expédients, promit au pape de le sortir d'embarras s'il voulait lui compter mille onces d'or. Le marché fui accepté, et voici le conseil qu'il donna : « Écrivez au roi, très-saint père, dit-il à Clément, que la majorité du sacré collège est opposée à la condamnation de Boniface, et que pour l'obtenir vous serez obligé de convoquer un concile général. Comme le prince veut donner à cet acte une grande publicité, il approuvera la tenue du synode, et vous en fixerez le lieu à Vienne en Dauphiné, pays neutre et également convenable aux prélats français, allemands, anglais, italiens et lan guedociens; le roi acceptera, et vous vous trouverez ainsi hors de son royaume ; il vous sera facile alors de prendre les décisions que vous jugerez favorables aux intérêts du saint-siége. »

Clément suivit ce conseil, et convorpia un concile à Vienne, sous prétexte de faire jiasser plus facilement la mesure réclamée par Pliilippe. Celui-ci, dupe de la fourberie et croyant le pape dans ses intérêts, le combla de présents, et vint même lui rendre visite dans la ville d'Avignon, sa résidence, amenant avec lui son frère Charles de Valois, les principaux seigneurs de sa cour et ses plus habiles conseillers, afin de délibérer avec Clément sur la clause qu'il s'était réservé de lui faire connaître en temps opportun ; cette clause n'était autre que l'élévation de son frère au trône de Germanie, devenu vacant par

la mort d'Albert I". Le pontife, surpris d'une pareille demanJe, expédia aussitôt un courrier aux électeurs allemands pour les instruire des projets de la cour de France, les engageant à proclamer immédiatement Henri de Luxembourg empereur de Germanie ; ce qui eut lieu, au grand désappointement du roi. Néanmoins cette élection précipitée donna cpielqnes soupçons à Philippe; mais le pape jura sur l'hostie qu'il n'avait aucune connaissance de ce qui s'était passé, et en imposa encore au prince par son hypocrisie.

Depuis que les empereurs avaient été contraints d abandonner l'Italie au saint- siège, les provinces de cette magnifique contrée étaient constamment plongées dans les plus affreux désordres; la plupart des villes, écrasées par de petits tyrans, étaient le théâtre de sanglantes divisions, où les deux partis, Guelfes et Gibelins, se disputaient tour à tour la suprême puissance ; aussi ne voyait-on partout que bannis et mécontents attendant impatiemment riicure de la vengeance. Une main puissante était seule capable d'apporter un remède à tant de maux; cette mission aurait dû appartenir au pape; et Clément V était assez fort et assez riche pour lever des armées et pour rétablir l'ordre dans les provinces de l'Italie ; mais il préférait au bien des peuples sa vie efféminée au milieu de ses concubines et de ses mignons, dans son s])lendide palais d'Avignon ; aussi, ne voulant point interrompre le cours de ses festins et de ses orgies, il se contentait de lancer sur les tyrans et sur les factieux quelques bulles impuissantes.

Philippe, qui n'avait point abandonné le projet de soumettre à sa domination les contrées situées au delà des Alpes, se montra fort irrité contre la cour pontificale de l'indifférence qu'elle affectait pour le sort de l'Italie, et de la déception qu'elle venait de lui faire éprouver relativement à la couronne de Germanie. Néanmoins, comme il ne soupçonnait point le pape d'avoir participé à cette dernière trahison, sa colère se tourna contre les cardinaux qui avaient été les amis de Boniface VIII; il intima l'ordre formel au saint-père de rendre immédiatement une sentence qui déclarât infâmes Boniface et tous ses ])artisans.

Clément, pressé vivement par les ambassadeurs du roi, s'engagea à obéir, et commença même le jugement en faisant brûler publiquement dans Avignon les actes mensongers qui avaient été fabriqués par quelques-uns des amis du pape défunt pour sa défense, ^lais ces préliminaires de condamnation furent bientôt arrêtés par les cardinaux, qui firent entrer des compagnies de soldats dans la ville, et menacèrent Clément de l'enlever de force et de le conduire à Rome, s'il persistait à poursuivre la mémoire de son prédécesseur. Cette manifestation d'hostdité du clergé, qui était une nouvelle fourberie du saintpère, fut présentée aux ambassadeurs français comme un événement très-grave qui pourrait déterminer la translation du saint-siége en Italie, si le roi persistait dans sa résolution de faire condamner la mémoire de Boniface.

Cette affaire fut si habilement conduite, que Philippe se désista de ses poursuites, remettant à Clément le soin de terminer le jugement de son prédécesseur ainsi qu'il le jugerait convenable; alors le saint -père publia simplement une bulle par laquelle

il révoquait les suspensions de privilèges, les censures, les excommiuiications, les interdits, les dépositions, et généralement tout ce qui avait été fait ou ordonné par Boniface VIII contre la France, contre le roi Philippe, contre les princes ses fils et ses frères, contre les barons, les prélats et les autres seigneurs du royaume, au sujet de leurs dénonciations, appellations, demandes d'un concile général, attentats, blasphèmes, invasions, vols ou pillages des trésors de l'Eglise, et enfin pour tout ce qui concernait les querelles de Boniface avec le roi et ses adhérents. Il abolit toute tache de calomnie, toute note d'infamie contre le nom ou la réputation de ceux qui avaient soutenu le parti du roi dans cette affaire, et il fil arracher des registres de l'Eglise et brîiler publiquement les originaux des sentences prononcées par la cour de Rome contre Philippe.

Néanmoins les évêques se préparaient toujours à venir au concile général de Vienne, que le pa])e feignait de désirer très-ardemment, pour faire quelques réformes dans le clergé : ce dont l'Eglise avait grand besoin; car l'évè jue Guillaume Durandi, en parlant de la cour d'Avignon, l'appelait la retraite des dragons, le repaire des satyres et le royaume des démons.

Bientôt on reconnut que Clément n'était pas capable de former un aussi beau projet, et que le véritable et le seul but de Sa Sainteté, en assemblant un synode, était d'extorquer de l'argent aux évêques et aux autres ecclésiastiques. Effectivement, lorsqu'ils furent tous réunis, il s'occupa d'abord de leur imposer une redevance annuelle du quart de leurs revenus ; ensuite il leur proposa d'examiner la conduite de Boniface VIII ; mais quand il vit que les Pères du concile, à l'exception des cardinaux, se montraient disposés à condamner la mémoire de ce pape, il suspendit immédiatement les délibérations, et présenta un décret qui déclarait Boniface bon catholique et légitime pisteur. Cette étrange décision surprit les prélats ; cependant personne n'osa exprimer une opinion contraire à celle du pontife, et Benoît Gaétan, l'assassin du. vertueux Célestin, sortit victorieux de cette épreuve, et sa mémoire fut glorifiée par cette assemblée de prêtres lâches et pusiU.-ininu'S. La décision du concile, quoique couvrant la perfidie de Clément, ne le rassurait pas entièrement contre les effets de la colère du roi de France, et il s'empressa de lui envoyer quatre docteurs pour justifier sa conduite et pour lui représenter que l'Eglise romaine ne pouvait pas condamner un de ses chefs sans se déshonorer elle-même.

Ceux-ci démontrèrent au prince avec tant d'habileté combien il était impoliticjue de forcer un pape à proclamer l'infamie d'un autre pape, et de publier devant les nations que les prêtres i[ui les gouvernaient étaient des hommes impurs, avides, despotes et cruels, qui se jouaient de la créduHié ou de la faiblesse des peuples pour vivre à leurs dépens, dans le luxe, dans la mollesse et dans la débauche, que Philippe se laissa persuader et approuva la conduite du pontife; seulement il demanda, afin d'ariêter les réclamations des étals-généraux, qu'on trouvât quelque expédient pourjustifier l'innocence de Boniface. Ceci était chose facile : dès le lendemain, le saintpère expédia à la cour du roi deux chevaliers catalans,

Jacques de Molay, grand mailrc des templiers, et ses chevaliers brûlés vifs par ordre du roi Philippe-le-Bol

qui demandèrent à combattre en champ clos contre les deux 1,'onlilsliommes les plus vaillants de la noblesse fiant^aise qui se déclareraient les ennemis du pape défunt. Personne ne se présenta pour relever le gant des champions, et tout fut terminé.

Clément s'occupa ensuite des bégards et des béguines, admirateurs et sectateurs de Piene-Jean d'Olive, ainsi que des dulcinisles et des fratricelles, qui refusaient de reconnaître l'autorité du saint -siège; il confisqua leurs biens à son profit, et livra ces infortunés à la terrible justice do l'inquisition. Tels furent les résultais du concile de Vienne.

Quant aux réformes que le pape avait annoncées pour obvier aux désordres du clergé, elles se trouvent renfermées dans ce décret insignifiant : « Défense aux clercs d'exercer les métiers de boucher et de cabaretier ; défense de paraître en public avec des habits rayés ou mi -partis de deux couleurs, de porter des manteaux courts et des chaussures découpées en rouge ou en vert. »

Dans la dernière session, il annonça solennellement que Henri VII, roi des Romains, Philippe le Bel et son fils aîné, ainsi qu'iiidouard d'Angleterre, s'étaient engagés à faire le voyage de la terre sainte ; en conséquence, il demanda et obtint que les Pères décrétassent une nouvelle croisade. « Et sans perdre de temps, rapporte Pasi[uier, le pape Clément la fit prêcher en France par un cardinal qui possédait à fond l'art de tromper les hommes, et qui sous des apparences de charité savait extorquer jusqu'à la dernière obole des pauvres fidèles. Pour un denier, il accordait des indulgences d'une année; pour une somme double ou triple, les indulgences augmentaient dans la même proportion, et ceux qui lui donnaient l'argent nécessaire pour l'équipement d'un homme de guerre obtenaient les indulgences plénières, et pouvaient à leur choix délivrer quatre âmes du purgatoire 1 1 !.. . D'autres émissaires parcoururent les difl'érents royaumes d'Europe, et ils levèrent sur les peuples des sommes énormes, qui furent employées^ payer les complaisances des mignons et des courtisanes du pape. »

Peu de temps avant la tenue du concile, Henri MI avait promis au pontife d'envahir l'Italie pour la remettre sous le joug du saint-siége; lorsque ses préparatifs de guerre furent terminés, il renouvela sur l'Évangile et sur l'hostie consacrée le serment de défendre la foi catholique, d'exterminer les hérétiques et de combattre pour les droits de l'Église romaine. Il confirma les anciens privilèges et les donations que le saint-siége avait reçus de Constantin, de Charlemagne, de Henri, d'Othon, de Frédéric et des autres empereurs d'Allemagne. De son côté, le pape lui promit de le couronner solennellement lorsqu'il serait maître de la ville sainte.

Quoique le prince parût ainsi appuyé de la protection du pape, il n'en fut pas moins obligé de combattre les Génois, les Florentins, les Milanais et les autres peuples de l'Italie, et de livrer plusieurs batailles pour se frayer un chemin jusqu'à Rome. Cette invasion des troupes allemandes au nom du saintpère exaspéra les esprits ; et Clément V, redoutant

les effets de cette haine, n'osa point entrer en Italie; il chargea cinq cardinaux de procéder à sa place au couronnement de Henri \ll, et leur remit une bulle où se montrait à jour toute l'audace pontilictde. « Sachez, prince, écrivait Clément, que Jésus-Christ, le roi des rois, ayant donné à son Église les royaumes de la terre, les empereurs et les rois doivent nous servir à genoux, nous qui sommes les représentants et les vicaires de Dieu ! »

Henri VII, quoique maître de Rome, était obligé de combattre chaque jour contre les troupes que Robert, roi de Naples, avait envoyées au secours de la cité ; et malgré son désir de recevoir la couronne dans l'église de Saint-Pierre, il fut obligé de renoncer à l'espoir de chasser les Napolitains de cette basilique, dont ils avaient fait une forteresse. La cérémonie du sacre eut heu à Saint-Jean de Latran ; les cardinaux, selon leurs instructions, demandèrent au prince un serment d'obéissance et de fidélité ; ce qu'il refusa. Bien plus, Henri, comprenant que pour affermir son autorité il devait abandonner le parti des papes, qui était impopulaire en Italie, quitta Rome et vint en Toscane pour combattre les Guelfes.

Cette manifestation imprudente devint fatale à l'empereur; l'implacable Clément, déçu dans son espoir de reconquérir la péninsule par son aide, résolut de se venger, et deux mois après Henri mourut au monastère de Bonconvento, près de Florence, empoisonné par un moine dominicain, appelé Bernard de Montpulcien, un des familiers de l'inquisition, qui avait mêlé du poison au sang de Notre-Seigneur en lui présentant la communion. Un cri général d'indignation s'éleva contre les moines de l'ordre de Saint-Dominique, et les peuples demandèrent partout l'expulsion de ces hideux sicaires de la cour d'Avignon. Pour arrêter cette explosion de haines, le pape fit publiquement l'apologie des dominicains, il affirma sur l'hostie consacrée que le prince était mort naturellement, et livra à l'inquisition les médecins qui prétendaient avoir trouvé dans les entrailles des traces de poison. Personne n'osa plus élever la voix, et il resta bien et dùmentprouvé que Henri VII était mort par l'ordre de Dieu, qui le punissait d'avoir refusé de prêter serment de fidélité au saint-siége.

Au commencement de l'année suivante, Clément anathématisa les Modenais, les Bolonais et les habitants de Mantoue, qui avaient attaqué à main armée Raimond, marquis d'.\ncône, et son neveu, pour piller le trésor de l'Église, que ces deux seigneurs conduisaient en France. Cette perte d'argent causa un grand chagrin au saint-père, qui, pour s'en distraire, se retira à Montil avec la comtesse de Foix et tous ses mignons. Là se passèrent des scènes de débauches d'une si horrible dépravation, qu'il devient impossible de les décrire; nous dirons seulementque Clément, déjà vieux et cassé, en sortit avec une maladie singulière, que les médecins se déclarèrent impuissants à guérir, s'il ne respirait l'air natal.

Mais pendant que le pontife se faisait transporter à Bordeaux, le mal prit de la gravité ; on fut obligé d'arrêter la litière à Roqucmaure sur le Rhône, dans le diocèse de Nîmes, où Clément mourut le 20 avril 1314.

Partage des trésors de l'Église entre les maîtresses et les mignons de Clément V. — Les cardinaux se réunissent en conclave. — Pillage et incendie de la ville de Carpentras par les prêtres de la cour de Clément. — Les cardinaux se séparent sans nommer de pape. — Interrègne de deux ans. — Origine de la secte des lolhards. — Singulier expédient employé par Philippe, comte de Poitiers, pour ol)liger les cardinaux à former un nouveau conclave. — Après quarante jours d'abstinence forcée, ils proclament souverain pontife l'évêque de Porto.

Dès que CU'ment V eut fermé les yeux, on mit ses trésors au pillage ; les cardinaux s'emparèrent de sommes énormes en argent monnayé; Bernard, comte de Lomagne, neveu et mignon du pape défunt, emporta des calices et des ornements pour plus de cent millu florins ; la comtesse de Foix vola de son côté toutes les pierreries du saint-père; et il n'y eut pas jusqu'aux mignons et aux courtisanes des cardinaux qui ne trouvèrent à s'enrichir des dépouilles du souverain pontife.

Jean ^'illani rapporte qu'au milieu de ce désordre, où chacun se raontiait si ardent au pillage, on ne laissa qu'un vieux manteau de voyage pour couvrir le cadavre de Clément V, et qu'il fut même en partie consumé par un cierge qui était tombé sur le lit oi'i gisait la momie pontificale.

Lorsqu'il ne resta plus rien dans le trésor de l'Église, les cardinaux se rendirent à Carpentras, au nombre de vingt-trois, et s'enfermèrent dans le palais épiscopal pour procéder à l'élection d'un nouveau pape. A peine étaient-ils réunis, qu'un affreux tumulte éclata dans la ville; les jirêtres de la cour de Clément et les domestiques des cardinaux qui n'avaient point fait partie du cortège du pa])e, et qui par conséquent

n'avaient pu avoir part à la curée, venaient d'arriver à Carpentras. Tous ces gens étaient furieux d'avuir raaiv qué un si riche butin, et comme ils savaient leurs maîtres dans l'impossibilité de s'opposer à leurs desseins, ils parcouraient les rues avec des torches enllarnmées, et mettaient le feu aux maisons, afin de pouvoir voler plus facilement les habitants dans l'effroi général. Heureusement ceux-ci reprirent bientôt le dessus, et firent main basse sur les prêtres étrangers. A la suite de cette émeute, une panique s'empara des cardinaux; tous sortirent furtivement de Carpentras pour échapper à la vengeance populaire, et se retirèrent dans leurs magnifiques palais d'Avignon ou dans leurs maisons de campagne, sans s'occuper autrement de la chrétienté qu'en dépensant avec leurs maîtresses l'argent que les fidèles avaient donné à Clément Y, et qu'ils s'étaient partagé.

Deux années entières se passèrent ainsi, et le monde chrétien restait livré à la plus déplorable anarchie; les prêtres volaient impunément les peuples, et les inquisiteurs décimaient les populations, ou s'acharnaient contre de pauvres hérétuiues ajipelés lolhards, dont le siège princqial était la petite ville de Grems en Bohême. Les lolhards professaient en

HISTOIRE I)i:S PAPKS

Avignon, sous la domination des papes

grande partie les opinions des fratricellcs ; ils soutenaient que Lucifer et les anges rebelles avaient été cliassés du ciel parce qu'ils avaient demandé à Dieu la liberté et l'égalité dans le royaume céleste ; mais qn"il viendrait un temps où saint Michel archange et sa cohorte, qui avaient combattu contre eux po ir soutenir la tyrannie, seraient damnés éternellement, ainsi que les hommes qui imitaient leur lâcheté en obéissant à des rois. Ils tournaient en dérision les cérémonies de lÉ,'lise. Si le baptême est un sacrement, disaient-ils, chaque fois qu'on se baigne on reçoit un nouveau baptême, et les baigneurs sont transformés en prêtres. Les ordinations d'ecclésiastiques leur paraissaient inutiles, la dédicace des temples ridicule, et la bénédiction des cimetières une momerie sacrilège. Enfin de paradoxe en paradoxe ils arrivaient à conclure que l'hostie consacrée était un morceau de pâte sèche, et le sacrifice de la messe une divine comédie ; en outre, ils n'observaient ni jeûnes ni abstinences, mangeaient de la viande même le vendredi saint, et travaillaient les dimanches et même le jour de Pâques.

,\ujourd'hui, tous ces grands crimes attireraient à peine une légère punition au séminariste qui s'en rendrait coupable; mais ils excitèrent au plus haut point la sainte colère des inquisiteurs de cette époque, et plus de huit mille de ces malheureux, même des femmes et des enfants, furent impitoyablement torturés et brûlés au nom d'un Dieu de miséricorde.

Pendant que les bûchers consumaient ces infortunées victimes de l'avarice ou du fanatisme des prêtres,

le sacré collège restait toujours divisé. Philippe le Bel était mort, ainsi que son fils Louis le Hutin, pendant la vacance du saint-siégc; néanmoins ce dernier roi avait donné à Philippe, son frère, la mission de réunir le conclave, et de mettre fin à l'interrègne. Ce prince s'était rendu à cet eiîet dans la ville de Lyon, d'où il avait écrit aux cardinaux pour qu'ils vinssent le trouver secrètement, s'engageant enveJS chacun d'eux à lui faire obtenir la tiare.

Au jour marqué, tous arrivèrent mystérieusement dans la ville, et se rendirent au monastère des frères prêcheurs, où se trouvait Philippe : à mesure qu'ils se présentaient au couvent, ils étaient arrêtés et enfermés dans une grande salle Philippe vint ensuite leur signifier qu'il les retiendrait prisonniers jusqu'à ce qu'ils eussent nommé un pontife, leur déclarant qu'il ferait exécuter la constitution de Grégoire avec la plus grande rigueur. Les cardinaux se soumirent courageusement au frugal ordinaire du pain et de l'eau, es|)érant ([ue la mort du roi amènerait un changement favorable dans leur position, Phihppe étant oMig' de se rendre à Paris comme curateur au ventre de la reine, qui était enceinte. Mais ils furent déçus dans leurs espérances ; on augmenta au contraire de sévérité envers eux, jusqu'à diminuer de jour en jour leurs rations de pain et d'eau ; enfin après quarante jours de jeûne forcé, ils se déterminèrent à charger le cardinal Jacques d'Ossa de choisir comme souverain pontife le plus digne d'entre eux. L'orgueilleux prélat prit la tiare, et se proclama luimême pape sous le nom de Jean XXII.

JEAN XXU

Histoire singulière de Jacques d'Ossa, fils. d'un chaussetier de Cahors. — Ses différentes fonctions avant d'arriver au pontificat. — Mauvaise foi du saint-père. — Son entrée dans Avignon. — Il mendie de I'arf,'ent aux princes chrétiens. — Ses persécutions contre les ordres de moines qui refusaient de partager avec lui les dépouilles des peuples. — Sesdisputes avecles fratricelles. — Affaires d'Allemigne. — Le saint-père poursuit les savants et les déièie aux tribunaux de l'imiuisition. — Guerres en Italie; les Guelfes et les Gilielins. — Nouvelles persécutions contre les Iraîricelles. — Louis de Bavière lance un élit contre le pape. — Divisions à Rome. — Les citoyens somment le suint-père de quitter Avignon et de rentrer en Italie. — Louis de Bivièie fait excommunier le pape pir une assemblée d'evêques. — Jean fulmine une bulle d'anathèmes contre l'empereur. — Tentativ des Guelfes sur Komc. — Ils sont chassés de la ville sainte. — Louis de Bavière fait son entrée à Rome. — 11 met le pape en accusation et le déclare dépossédé de la couronne poniilicale.

Jacques d'Ossa était âgé de soixante-dix ans lorsqu'il monta sur le saint-siége, ou pltitôl lorsqu'il escalada la chaire de saint Pierre.

On raconte ((ue son père, qui était un pauvre chaussetier ambulant de Caliors, s'élait débarrassé de lui en le plaçant comme marmiton chez le métropolitain d'Arles, chancelier de Charles le Boiteux, roi de Naples et comte de Provence. Ses saillies et ses bons mois firent passer le petit Jacques de la cuisine à l'antichambre, et un jour l'archevêque ayant eu la curiosité de l'interroger, Son rirainence l'ut étonnée de l'intelligence de son jeune varlet, et se détermina à lui donner des maîtres habiles sous lesquels il fit de rapides progrès dans toutes les sciences, et particulièrement dans le droit canon. Son protecteur le lit entrer par la suite dans les ordres et obtint pour lui l'évèché de Fréjus ; après la mort de rarclievè(jue d'Arles, le roi Robert lui donna la charge de chancelier et l'admit à ses conseils. Jacques remplit dignement ses fonctions auprès du prince, qui, pour le récompenser de son zèle, le fit élever au cardinalat par Clément V.

Parvenu au pontifical, son caractère changea subitement, comme s'il eût suffi du contact de la liaie

pour transformer un saint cardinal en un tigre à face humaine. Jacques se montra plus orgueilleux, plus fourbe et plus avide que ses prédécesseurs; il ne se contenta pas des revenus ordinaires de l'Kglise et des sommes énormes que lui payaient les inquisiteurs pour sa part dans les confiscations; mais il entreprit encore de les grossir en exploitant la corruption humaine, et vendit publiquement l'absolution du parricide, du meurtre, du vol, de l'inceste, de l'adultère, de la sodomie et de la bestialité; il rédigea lui-même cette taxe de la chancellerie apostolique, ce Pactole qui roulait tous les vices de riuiraanilé changés en livres tournois ou en beaux deniers d'or, et qui se déversait dans le trésor pontifical, véritable océan. où venaient s'engoufl'rer les richesses des nations. Ce fut lui également qui le premier ajouta une troisième couronne à la tiare, comme symbole de la triple puissance des papes sur les cicux, sur la terre et sur les enfers, et dont ils ont fait l'emblèiiie de leur orgueil, de leur avarice, de leur lubricité.

.\ussitôt que la nomination de Jean XXII fut connue à la cour de France, le régent lui députa plusieurs seigneurs pour le prier de suspendre la céiénionie de sou sacre jusqu'à son arrivée ; mais le p;i|.i\

soi

impatient d'exercer l'autorité souveraine, refusa d'obtempérer à ce désir, et se lit couronner à Lyon, le SI septembre 1316, sans attendre que le sacré collège eût promulgué le décret de son élection. Pour décider les prélats italiens àaccélérerles préparatifs de son intronisation, il av. it même prorais au cardinal Napoléon des Ursins de rétablir la résidence de la cour apostolique à Rome, et avait juré sur l'hostie consacrée de ne monter ni cheval ni mule avec harnais ou à poil avant l'accomplissement de sa promesse.

lk)mme le saint-père n'avait point l'intention de cuiller la France, et surtout la ville d'Avignon, cette terre de délices où les papes étalaient orgueilleusement les splendeurs de leur cour souveraine, et comme il ne voulait pas manquer trop ouvertement au serment qu'il avait prêté avec tant de solennité, il imagina de faire le voyage de Lyon à Avignon sur un bateau couvert de magnifiques tentures, et à son débarquement de prendre un âne pour faire son entrée dans le palais des pontifes. Il est vrai que Jean XXII n'avait point été parjure, puisqu'il n'avait monté ni cheval ni mule ; cependant le subterfuge ne fut pas approuvé de tous les cardinaux, et les Italiens, entre autres Na])oléon des Ursins, quittèrent aussitôt la cour pontificale et refusèrent de communiquer avec le saint-père. Jean se vengea de leur mépris en faisant une promotion de huit cardinaux français, et en créant de nouveaux évèchés, dont pas un seul ne fut donné aux prélats ultramontains. Sa cour se trouvant alors établie au grand complet, il s'occupa des moyens d'en soutenir le faste , et il écrivit aux souverains d'Europe pour leur réclamer le denier lie saint Pierre. Ses premières lettres étaient humbles et lâches; elles firent peu d'effet; il en écrivit d'autres orgueilleuses et menaçantes, qui firent affluer les richesses des peuples dans ses coffres.

Pendant que Jean s'occupait ainsi de réparer les pertes qu'avait éprouvées le saint-siége par le pillage des trésors de Clément V, la reine de France était accouchée d'un prince qui fut nommé Jean, et qui mourut huit jours après sa naissance. Un enfant peut-il être jamais un obstacle à l'ambition d'un régent"? Cette mort, arrivée si heureusement pour l'oncle du jeune roi, fit passer la couronne sur la tête de Philippe, comte de Poitiers.

Le nouveau souverain ayant négligé d'envoyer des présents à la cour d'Avignon, le pape lui écrivit pour l'en gourmander; en même temps il lui adressa d'autres reproches sur différentes matières. « Nous avons appris, prince, lui disait-il, que pendant l'office divin TOUS vous entretenez avec les seigneurs qui vous entourent, et que souvent vous discourez d'affaires d'État ou de plaisirs, qui détournent les fidèles de l'attention qu'ils doivent apporter aux prières que les prêtres adressent à Dieu pour votre salut et pour celui de vos peuples; nous espérons que vous vous corrigerez de cette habitude impie. Vous devriez également éviter les gestes saccadés et brusques qui rendent votre longue personne si disgracieuse, et renoncer à porter le manteau royal de vos ancêtres, qui est beaucoup trop court pour vous. Nous vous engageons aussi à faire cesser divers abus qui se pratiquent dans votre capitale : par exemple, 1 usage de se tailler la barbe et les cheveux le dimanche, péché ca-

pital que l'Eglise défend, et pour lequel nous ne donnons l'absolution que moyennant une forte amende.

« Nous défendons éyalonieut à votre université de Paris de s'occuper de questions philosophiques, et d'éviter surtout les dissertations sur les erreurs du moine Roger Bacon, d'Albert le Grand, de Raimond Lulle et de tous les alchimistes ou physiciens ; nous ne voulons pas davantage qu'ils engagent des discussions sur les doctrines de Jean Scot, de Dante Alighieri, d'Arnaud de Villeneuve, et d'autres docteurs qui ont essayé de détruire l'édifice sacré de la théocratie romaine. >>

Jean s'occupa ensuite, sous prétexte d'hérésies, de confisquer les biens des citoyens, et même des monastères ou des prélats, dont les richesses excitaient sa convoitise; malheureusement ses lucratives opérations furent interrompues par un schisme qui éclata entre les frères mineurs ; les uns avaient pris la dénomination de spirituels, et s'étaient donné un supérieur ; les autres s'intitulaient les frères de la commune observance, et obéissaient à Michel de Césène, dix-septième général de l'ordre. Celui-ci informa le pontife de la conduite des spirituels, et le pria de les admonester pour les ramener à l'obéissance. Jean, qui comprenait combien il importait au saint-siége de maintenir l'unité parmi ces moines, où se recrutaient ses inquisiteurs, ordonna aux spirituels de rentrer sous l'autorité de leurs supérieurs ; et sur leur refus, il les fit arrêter et les envoya aux bûchers comme hérétiques.

Il poursuivit avec une égale fureur la secte des fratrlcelles, ou frères de la vie pauvre, qui se trouvaient répandus en Italie, en Sicile, dans le comté de Provence, à Narbonne, à Toulouse et dans plusieurs autres provinces. Ces moines portaient un habit particulier, tenaient des conventicules, se choisissaient des ministres ou custodes, élevaient des temples, fondaient des couvents, des communautés, et mendiaient en concurrence avec les frères mineurs et les frères prêcheurs, mais sans payer, comme ces derniers, des redevances au saint-siége pour l'exercice de leur privilège. Aussi eurent-ils bientôt amasséde grandes richesses; c'est ce qui les perdit. Le cupide pontife, convoitant leurs biens, lança contre eux une bulle d'anathèrae. En vain les fratrlcelles prostestèrent de leur orthodoxie, et offrirent de prouver qu'ils suivaient les règlements de Saint-François, d'après une charte qui leur avait été octroyée par le pape Célestin, et qui les dispensait de toute obéissance envers le général des provinciaux de cet ordre ; toutes leurs protestations furent inutiles, le saint-père passa outre ; sous prétexte que Boniface VIII avait annulé les actes de Célestin 'V, il condamna les fratricelles comme hérétiques, confisqua leurs biens, et livra leurs personnes aux inquisiteurs.

Cependant la clameur publique s'émut de ce nouveau crime, et l'on accusa ouvertement le pape de sacrifier à sa détestable avarice les malheureux qui refusaient de sa dépouiller de leurs richesses en sa faveur. Jean, pour justifier sa conduite criminelle, joignit la calomnie à la cruauté; il publia une nouvelle bulle contre les fratrlcelles, les accusant d'enseigner qu'il existait deux Églises : l'une charnelle, plongée dans la luxure et souillée do tous les cri-

JEAN XXII

mes, à laquelle présidait le pape et ses prélats ; l'autre chaste, frupale, diaritable, dans laquelle se trciuvaient réunis les véritaliles chrétiens ennemis du saint-siége. « Ainsi, ajoutait le pontil'e, n'est-il pas juste que ces abominables sectaires qui combattent la sainteté de notre puissance soient livrés aux tribunaux de l'inquisition et brûlés vifs sans aucune pitié?»

Depuis l'assassinat de l'empereur Henri VII, l'Allemagne et l'Italie continuaient à être le théâtre d'etl'royables désordres. Deux compétiteurs, Louis de Bavière et Frédéric d'Autriche, son cousin, se disputaient le trône de Germanie, et inondaient les provinces du sang des peuples qui étaient assez insensés pour soutenir la querelle des rois. Après deux années de guerres cruelles et de batailles terribles, Louis de Bavière fit prisonnier son compétiteur et l'obligea, pour prix de sa liberté, de renoncer à toutes ses prétentions à la couronne impériale. Au milieu de ces divisions, le pape, fidèle à la politique tortueuse du saint-siége, n'avait encore voulu se déclarer pour aucun des deux concurrents, afin de profiter de leurs discordes pour rétablir son autorité en Italie. Mais lorsque Louis de Bavière par sa victoire eut mis fin aux luttes sanglantes qui désolaient ce malheureux pays, Jean, forcé d'abandonner ses sacrilèges espérances, lança une bulle d'excommunication contre le prince, cassa les officiers et les vicaires qu'il avait nommés, déclara le trône vacant, et s'adjugea le gouvernement de l'empire.

Pour montrer qu'il avait le droit de disposer de la couronne impériale, il donna la charge de vicaire de l'État au roi Robert, et cita les deux compétiteurs, Louis de Bavière et le duc d'Autriche, à comparaître devant le sacré collège. Ensuite il chercha un candidat qui consentît à lui donner un prix convenable de la couronne.

De son côté, Louis ne resta pas inactif; il fit agir tous les ressorts de la politique auprès des électeurs pour qu'ils ratifiassent son usurpation; ses commissaires parcoururent l'Italie et fortifièrent son parti en détaciianl de la cause du pape les villes les plus importantes. Pour contre-balancer les succès de son ennemi, Jean essaya de le rendre odieux aux peuples en l'accusant d'avoir attenté à sa vie; et il eut soin de rendre publique celle imputation calomnieuse, en adressant une bulle à l'évèque de Fréjus, qu'il chargeait de la poursuite d'un prétendu attentat.

Voici cette pièce singulière : « Nous avons été informé, seigneur évêque, écrivait le saint-père, que Jean Damant, médecin, Jean de Limoges, Jacques dit Brabançon, et quehpies autres, s'appliquent par une condamnable perversité aux arts mat^iifues; qu'ils se sont souvent servis de miroirs constellés et de figures enchantées; qu'ils se mettent dans des cercles cabalistiques et forcent l'esprit des ténèbres à comparaître en leur présence; f(u'ils font périr des hommes par la violence de leurs enchantements; qu'ils enferment les démons dans des matras de verre et les tourmentent sur le feu pour leur faire dévoiler le passé, le présent et l'avenir; qu'ils affirment que par de simples paroles ils peuvent abréger ou allonger la durée de l'existence; enfin qu'ils ont conspiré contre nous à l'instigation de Louis de Bavière, et qu'ils s'efforcent par toutes sortes de conjurations et

de maléfices de nous arracher la tiare et la vie. En consé((uencc, nous vous ordonnons de procéder contre eux comme vous faites en matière d'hérésie, c'est-à-dire de les livrer aux inquisiteurs, pour que la violence des tortures leur arrache l'aveu de leurs crimes, et qu'ils soient ensuite brûlés vifs. »

C'est ainsi, du reste, que les prêtres et les rois ont toujours fait; ils appelaient inventions infernales les découvertes des savants, en physique, en chimie, en astronomie, en magnétisme, en spiritisme, et brillaient comme hérétiques ceux qui voulaient éclairer\es peuples et les faire sortir des ténèbres de la superstition ; aujourd'hui ils appellent découvertes suin'ersives de tout ordre social les théories politiques ou économiques des philosophes de notre temps, et plongent les réformateurs dans les cachots, afin d'étouffer les semences de la liberté et de l'émancipation des peuples.

Pendant que Jean XXII faisait brûler indistinctement moines, hérétiques ou alchimistes, pour la plus grande gloire de Dieu, il poursuivait de ses anathèmes les princes et les seigneurs qui refusaient de lui faire hommage de leurs États ou de leurs domaines. Matthieu de Visconti, qui déjà avait été censuré, fut mis au ban de l'empire, excommunié, déclaré hérétique obstiné, et, comme tel, désigné aux inquisiteurs pour être torturé par la corde, par l'eau et par le feu. ]\Iais ces anathèmes, naguère encore si redoutés des fidèles, ne produisaient plus d'effet sur les esprits éclairés, tant l'abus les avait discrédités ; aussi le saint-père, qui en connaissait l'impuissance et le ridicule, ajouta-t-il la clause que les possessions de Visconti seraient données aux princes qui en feraient la conquête, espérant exciter de cette manière la cupidité de Henri, frère de l'archiduc d'Autriche.

Matthieu Visconti, qui était un habile politirpie, envoya aussitôt un ambassadeur à larchiduc pour lui représenter qu'en opprimant les Gibelins, partisans déclarés des empereurs, il agissait contre ses propres intérêts et préparait le triomphe de Louis de Bavière ; la justesse de ces représentations frappa l'archiduc, qui empêcha son frère de prendre parti pour le pape,

Jean, déçu dans son espérance de trouver un vengeur, essaya sa dernière ressource, et prêcha une croisade contre ses ennemis. A sa voix s'organisèrent des bandes d'aventuriers, auxquels il donna pour solde des indulgences et le pouvoir de commettre viols, pillages et massacres sur leur route. Ces misérables ayant rejoint les troupes de Robert, roi de Naplos, prince ambitieux et fanatique, marchèrent conti'e les Gibelins et remportèrent d'abord quelques avantages sur eux. Matthieu prit ensuite sa revanche, repoussa l'armée de l'Église hors de ses domaines, et força les croisés à lever le siège de Milan.

Furieux de. ce nouvel échec, le pontife écrivit aux ecclésiastiques d'Italie et d'.Vllemagne, aux gouverneurs des villes, des communautés, ainsi qu'aux habitants des provinces, qu'en sa qualité de protecteur de l'empire, il leur ordonnait de poursuivre à outrance Louis de Bavière, sous peine d'excommunication, d'interdit, de confiscation; les menaçant en cas de refus de les déférer, comme hérétiques, au tribunal de l'inquisition. Il cita en outre et pour une

seconde fois l'empereur à Avignon, pour être jugô par le sacré conclave. Louis ne se mit pas en pein.' de la citation ; et au jour fixe personne ne se présenta en son nom. Le pape lança alors contre lui une sentence terrible, et le menaça de le livrer aux inquisiteurs avec tous ses adhérents; ce qui ne produisit aucun résultat.

Jean suspendit un instant ses poursuites contre le prince, et essaya de se venger sur les fratricelles des insultes que ses puissants ennemis lui avaient faites. Il renouvela ses persécutions contre ces malheureux avec plus d'acharnement qu'auparavant; non-seulement il les signala aux inquisiteurs comme perlurl'ateurs du repos public, mais encore il eut l'impudeur de les appeler des infâmes menteurs, parce qu'ils affirmaient que Jésus-Christ et les apôtres n'avrient jamais possédé de grands biens temporels.

Michel de Césène, général des frères mineurs, et Guillaume Occam, célèbre religieux anglais, furent tellement scandalisés de celte proposition, qu'ils répondirent aussitôt par une protestation énergique. appelant impies et mensongères les paroles du saintpère, et le déférant lui-même aux tribunaux de l'inquisition pour être brûlé vif.

Jean, outré de l'audace de ces moines, ordonna à leurs évêques de les faire arrêter; mais il rencontra une formidable opposition précisément où il comptait trouver une obéissance passive; les prélats refusèrent de servir d'instruments à la haine du pontife. Bien plus, les docteurs Marfde de Padoue et Jean de Gand, de la secte des fratricelles, et les plus redoutables adversaires de la papauté, se rendirent auprès de l'empereur et lui pailèrent en ces termes : « Prince, depuis un grand nombre d'années le trône de l'Eglise est occupé par des scélérats qui s'arrogent, au nom du Christ, le droit de commettre impunément tous les crimes, de dépouiller les rois et les peuples de leurs richesses, de faire périr dans des tortures inouïes les hommes courageux qui repoussent leur audacieuse prétention à l'infaillibilité. Nous venons à vous , au nom de nos frères, pour vous supplier, prince , d'employer tous vos efforts à la destruction de cet horrible despotisme théocratique, et au renversement de cette chaire pontificale, la honte de l'humanité. Rappelez-vous que les cardinaux sont les plus méprisables des hommes, et que le pape est le plus infâme, le plus abominable des cardinaux. Ne souffrez pas plus longtemps que des larrons, des sodomites, des assassins, enchaînent les nations, et dévorent dans la mollesse et dans les débauches la substance des peuples laborieux. Faites, prince, que nous voyions le terme d'un tel scandale, abattez la papauté !... »

Louis de Bavière accueillit favorablement les deux docteurs, et leur confia même la rédaction des manifestes virulents qu'il lança contre Jean XXII. Dans un de ces écrits, le saint-père était accusé d'un grand nombre de crimes, et particulièrement de celui d'hérésie. Comme il lui était très-difficile de se justifier des imputations d'avarice et de simonie, il entreprit du moins de prouver son orthodoxie, ne voulant pas imiter en cela Boniface YIII, qui se glorifiait ouvertement d'être athée. Des propositions qu'il émit relativement à certains points de controverse, on en

conclut cnie le pontifa était en oppositior formelle avec le défunt pape Nicolas III, qui se trouvai' a'nsi rangé parmi ks iiérétiques.

Marîile de Padoue composa alors son célèbre traité connu sous le titre de Défenseur de la paix, et Jean de Gand publia un ouvrape également remarquable sur la puissance ecclésiastique. Jean XXII n'osa pas déférer ces deux ouvrages aux tribunaux de rin([uisition ; il se contenta de condamner les cinq propositions suivantes :

« Jésus paya tribut à l'empereur, parce que les biens temporels appartiennent à César. — Le Christ, eu mourant, ne laissa aucun chef visible pour gouverner ses adeptes ; et cette parole i(iii lui est attribuée: Tues Pierre, et sur cette pierre j'élèverai mon Eglise, n'est qu'une fourberie sacerdotale, car il est prouvé que saint Pierre, pendant sa vie, eut moins d'autorité que saint Paul et que plusieurs autres disciples de Jésus; ainsi il no doit pas y avoir de vicaire du Christ. — Les papes ayant été créés par les princes, ceux-ci ont le droit de les nommer, de les déposer et de les punir. — Tous les prêtres ont une égale autorité et une égale juridiction. — Les ministres du culte, même réunis en concile, ne peuvent infliger aucune punition à leurs collègues.... »

Ainsi le pontife poursuivait en même temps de ses anathèmes les docteurs d'Allemagne qui voulaient renverser sa domination, et cherchait à exciter des révoltes contre l'autorité de l'empereur.

Déjà son étoile pâlissait : à Rome, Sciarra Colonna avait chassé l'aristocratie et avait établi un conseil de cinquante, citoyens qui gouvernaient la ville. Néanmoins, pour maintenir sa nouvelle constitution, Sciarra, comprenant qu'il ne pouvait se passer de l'appui du clergé, envoya des ambassadeurs à Avignon pour supplier le pape de rentrer à Rome, le prévenant que s'il persistait à prolonger son séjour en France, les citoyens seraient forcés de choisir un autre pape pour gouverner l'Kglise.

Devant une ouverture semblable, qui n'était rien moins qu'un ordre de Sciarra Colonna, le saint-père dissimula sa colère; il répondit qu'il avait le plus grand désir de rentrer en Italie ; mais qu'à son grand regret il ne pouvait entreprendre immédiatement ce voyage, les chemins n'étant pas siirs, et qu'il se mettrait en route dès que Rome serait délivrée des Gibelins ; qu'en attendant il nommait le roi Robert sénateur, et Jacques Sabelli ainsi qu'Etienne Colonna consuls. Il remit également aux députés une proclamation adressée aux citoyens, pour les exhorter à vivre en paix et à réunir leurs forces afin de combattre Louis de Bavière l'hérétique.

Cette réponse fut loin de satisfaire les Romains, qui désiraient le retour de Jean XXII Ils s'adressèrent alors à l'empereur et le prièrent de choisir Rome pour sa capitale. Ces démarches déterminèrent Louis à faire un voyage à Rome, non pour s'y installer, mais afin de s'y faire sacrer et de faire nommer un autre pape en remplacement de l'indigne Jean XXII.

D'abord l'usurpateur se rendit à Trente, où il réunit les principaux chefs des Gibelins, afin de conférer avec eux sur les moyens à prendre pour la pacification de l'Italie ; ensuite il convoqua en assemblée les prélats, les docteurs et les nobles de sa faction :

JEAN XXII

Jean des Ursins et le prince de Morée repoussés de Saint-Pierre par les Gibelins

en leur présence il déclara le pape atteint et convaincu illiérésie sur seize articles, et le fit excommunier.

Immédiatement après la tenue de cette diète, le prince franchit les montagnes et se rendit à Milan, où il reçut la couronne de fer des mains de Tévêque d'Arezzo. Cependant son intervention, loin d'apaiser les troubles, sembla les aui^menter, par l'etTervcscence i|ui se manifesta dans les deux partis : Guelfes et

Gibelins revendiquant tous la souveraineté des ^dles, et soutenant leurs prétentions les armes à la main. En outre, les Romains, qui n'aspi- 1 aient qu'à faire déclarer leur villa capitale de l'empire, se voyant déçus dans leurs espérances, se détachèrent peu à peu de la cause de Louis de Bavière, et envoyèrent secrètement au pape 1 une nouvelle ambassade pour le supplier de ve- ~ nir au milieu d'eux. Jean promit aux députés de se rendre à leurs désirs, et pour gapner du temps, il lan;a une nouvelle bulle d'excommunication et de déposition contre remjiereur; on même temps il leur remit poin- le cardinal .lean des Ursins, son légat en Toscane, des instructions portant qu'il devait s'entendre avec eux pour se rendre maître aiisolu de la ville sainte ; il lui enjoignit également de publier la sentence d'anal lième, d'interdit et de déposition contre Louis de Bavière, et de soulever les seigneurs ultramonlains contre ce prince, pendant que lui-même déciderait les électeurs allemanJs à nommer un autre roi.

Jean des Ursins oliéit ponctuellement aux ordres

HISTOIRE DES. l'APKS

du sainl-père ; il publia les censures contre l'enipervur, et se pn'senta ilevant Rome avec le prince île Morée. frère de Robert Je Naples, et une troupe de bandits calabrais, qui pénétrèrent de nuit \nr surprise dans la cité Léonine et se saisirent du quartier et de rétjlise de Saint-Pierre. Le légat en avait déjà pris possession au nom du ]>ape, lorsipio survinrent les Gibelins : la basilique fut attaquée vigoureusement ; et après un combat de trois heures, Jean des Ursins et le prince de Morée en furent chassés honteusement. Le calme étant rétabli, Louis de Bavière fit son entrée dans Rome et fut accueilliavec de grands témoignages de joie par la majorité des citoyens.

Comme les Guelfes avaient abandonné la ville dans la crainte d'être victimes de la fureur populaire, le prince ne trouva aucune opposition, et se lit couronner dans l'église de Saint Pierre, par Jacques Albertin, neveu du cardinal de Prato. Après la cérémonie, il fil lire sur l'ambon du peuple trois édits par lesquels il s'engageait à maintenir la foi catholique, à honorer le clergé, à bâtir des églises, cl à protéger les veuves et les orphelins.

Et le jour même que l'empereur faisait une déclaration aussi solennelle de ses sentiments pacifiques, le pape lançait contre lui une bulle terrible, appelant le peuple aux armes et promettant des indulgences plénières à tous ceux qui se croiseraient contre l'hérétique Louis de Bavière.

Enfin le prince se détermina à jmnir l'audace de ce vieillard implacable; il convoqua une grande assemblée du clergé, de la noblesse et du peuple, sur la place du palais de Saint-Pierre, et au jour indiqué, un moine augustin appelé Nicolas e'tant monté sur une estrade, s'adressa aux assistants en criant par trois fois : « Quel est celui d'entre vous qui veut défendre le prêtre Jacques de Cahors, qui se fait appeler le p:ipc Jean XXII? » Personne n'ayant répondu, il déploya une longue pancarte ijui contenait

la liste des crimes reprochés au pontife, et qui se terminait ainsi : " Ne pouvant plus soutïrir la domination do ce prêtre de Gahors, qui s'est lui-même proclamé souverain pontife, chef suprême des rois et des empereurs, dominateur spirituel et temporel du monde, nous l'accusons d'avoir fait périr des milliers d'innocents pour s'emparer de leurs dépouilles, et d'avoir fait un tarif pour assurer l'impunité de toutes les débauches et de tous les crimes. Enfin, à cause des faits rapportés dans notre présente déclaration, nous le déposons de l'évêché qu'il a usurpé; nous ordonnons que ses biens soient saisis, que sa personne soit livrée à nos officiers, et nous défendons à tous les chrétiens de communi(pier avec lui, sons peine tramemle, de prison, et de privation des fiefs qu'ils tiennent de l'empire. »

Aucun des partisans du pape n'osa prendre sa défense; seulement le lendemain un jeune noble, Jacques Colonna, vint sur la place Saint-Marcel, et en présence de quelques curieux il lut une protestation en faveur de Jean, et l'afficha à la porte de l'église. Mais cette bravade n'eut aucun résullat; lorsqu'il vit rallluence du peuple devenir plus considérable, il sauta à cheval et s'enfuit prudemment à Palesfrine, chez son père. Jacques en fut, du reste, récompensé par le ponlife, qui lui donna un évêché, quoiiju'il n'eût pas même atteint l'âge de recevoir les ordres ecclésiastiques.

Louis de Bavière fit ensuite publier une loi portant te que le pape serait tenu de faire sa résidence à Rome, et ne pourrait s'en éloigner sans l'autorisation du peuple et du clergé ; que même en son absence la cour et le consistoire continueraient à siègedans la ville sainte, et que dans le cas où le pon fe transgresserait ces dispositions, il serait privé de la dignité souveraine et considéré comme mort. » Après quoi on procéda à l'élection d'un pape en remplacement de Jean XXII.

NICOLAS V

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The Comparatj

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ÎII est condamné à mort. — Élection de Pierre de Corbière, — Son histoire avant son ,ouveau pape ridicule en excitant la femme dont il était séparé depuis ijuarante ans à . — Les deux papes s'excommunient. — Le parti de Jean se reltve en Italie. — Le our l'empereur. — Singulier accord entre les deux papes. — Abjuration de Pierre

The material draftetl, purchased. and called is not extraordinary nor cait I -j^j^ ^ j^ j. e more than five new men who promise , . .'

affect the resiilts to any exteiit. Ali of «es négociations hich makes the doping easier than inane élue un nouany year.s. But the deaths of Charles une conspiration jmiskey, William Wrigley, and Barney^s menées ayant revfuss, and the change of manage-.(,,,gj „^,j condament and of PoHcy in Brooklyn make^^ -^ ^..j^^^^^ ^^^ iping hard. The change of ownership equentlv afifects a team and either-°' ,''"'■ l^ panis akes or mars its chances, so that in à 1 élection d un idition to figuring the ability of man-tu des ornements rers and players, we face the problemjsida l'assemblée, ■ what will be the efïect of the passing,j.g Rainalluci de ' men who hâve controlled the destinies ' clubs and made their policies. . .. t a

lat Drevfuss' death means an epoch of ^i^^s'^i î'yant den-gh; while the passing of Wrigley, if acceptait comme nitted to control the destinies of theiations unanimes will not mean niuch. The straighten-;^ il fit la lecture )ossible, of the Ebbetts-McKeever feudj^g vénérable rc le sélection of Max Carey as manager.^^ j^ ^^^ ^^ ^.

chape, lui donna :a droite. Le nou- ' Tcau uapc 111 CU3U11C UC3 lai^c^sus à la louie et donua sa bénédiction.

Selon Ciaconius, Pierre Rainalluci était né à Corbière et appartenait à l'illustre maison des Colonna. Wading parle avec admiration de la sévérité de ses mœurs, des charmes de son éloquence et de la pureté de son âme évangélique.

Pierre de Corbière avait été marié dans sa jeunesse à une femme dont les débordements furent tels, qu'il se vit obligé de faire casser son mariage par une sentence ecclésiastique. Ensuite il était entré dans l'ordre des frères mineurs, oîi, comme le dit Maimbourg, « il vécut quarante ans en grande réputation de sainteté pour les beaux exemples qu'il donnait de toutes sortes de vertus religieuses. »

Jean XXII, furieux d'avoir un compétiteur aussi redoutable que ce saint homme, essaya de le déconsidérer en lui suscitant un procès ridicule. A son instigation, l'ancienne femme de Pierie, qui vivait encore, se présenta devant l'évêque de Rieti pour revendiquer ses droits d'épouse légitime. Ce prélat, qui était un des partisans de Jean, et qui avait reçu une somme considérable pour jouer celte comédie, déclara qu'on n'avait pu légitimement dissoudre ce mariage, et, d'après le droit canonique, condamna le nouveau pape à reprendre sa femme.

Dès que cette sentence fut rendue, le pape d'Avignon en adressa la copie à tous les princes de la chrétienté, représentant son compétiteur comme un moine débauclié, avare et rempli d'orgueil. Ces dilïérentes imputations étaient autant de calomnies, car le vénérable Nicolas n'avait rti-llement accepté la papauté que pour rétablir dans l'Église la morale et l'humilité des temps évangéliques. Partisan de la doctrine que professait le général de son ordre, il

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