TWENTY QUESTIONS
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ment de Jean XXI]
1 — What is the capital of Michiga 2 — Does Sound travel faster throu air or through water?
3 — Which one of the Great Lakes 1 entirely within the United States?
4 — What is a springbok? 5 — What is finnan haddie?
6— What is attar?
7 — Which is farther north, Par France, or Duhith, Minnesota?
8 — What is the freezing point on centigrade thermometer?
9 — What is a tocsin?
10 — What part of a wooden wheel the felly or felloe?
11 — The Aleutian Islands are part what territory?
12 — What is a mahout?
13 — What is electrolysis?
14 — Who succeeded Andrew W.Mell as Secretary of the Treasury?
15 — What is seismology?
16 — What is kaolin?
17— What is an atoll?
18— What is the distaflf side of faniily?
19 — What is pomology?
20 — What was Tokyo formerly calle<
(Ans2vers icill be found on page 6$
NICOLAS V
Conspiration contre l'empereur. — Jean XXII est condamné à mort. — Élection de Pierre de Corbière. — Son histoire avant son pontificat. — Jean essaye de rendre le nouveau pape ridicule en excitant la femme dont il était séparé depuis ijuarante ans à revendiquer ses droits d'épouse légitime. — Les deux papes s'excommunient. — Le parti de Jean se relève en Italie. — Le général des frères mineurs se déclare pour l'empereur. — Singulier accord entre les deux papes. — Abjuration de Pierre de Corbière.
Pendant que Louis de Bavière procédait à la déposition de Jean, celui-ci poursuivait ses négociations avec les princes d'Allemagne pour faire élire un nouvel empereur, et organisait même une conspiration en Italie pour le faire assassiner. Ces menées ayant été découvertes, Louis rendit un décret qui condamnait le pontife à la peine de mort; et il ordonna aux Romains de se réunir immédiatement sur le parvis de Saint-Pierre, afin de procéder à l'élection d'un autre chef de l'Église. Louis, revêtu des ornements impériaux et placé sous un dais, présida l'assemblée, ayant à ses côtés le vénérable Pierre Rainalluci, de l'ordre des frères mineurs.
Jacques Albertin, évèque de Venise, ayant demandé par trois fois au peuple s'il acceptait comme pape le frère Pierre, et des acclamations unanimes ayant répondu à ces interpellations, il fit la lecture du décret qui conférait la papauté à ce vénérable reli.i^eux. Louis de Bavière lui donna le nom de Nicolas V, le revêtit lui-même de la chape, lui donna l'anneau pastoral et le fit siéger à sa droite. Le nouveau pape fit ensuite des largesses à la foule et donna sa bénédiction.
Selon Ciaconius, Pierre Rainalluci était né à Corbière et appartenait à l'illustre maison des Colonna. Wading parle avec admiration de la sévérité de ses mœurs, des charmes de son éloquence et de la pureté de son âme évangélique.
Pierre de Corbière avait été marié dans sa jeunesse à une femme dont les débordements furent tels, qu'il se vit obligé de faire casser son mariage par une sentence ecclésiastique. Ensuite il était entré dans l'ordre des frères mineurs, où, comme le dit Maimbourg, « il vécut quarante ans en grande réputation de sainteté pour les beaux exemples qu'il donnait de toutes sortes de vertus religieuses. »
Jean XXII, furieux d'avoir un compétiteur aussi redoutable que ce saint homme, essaya de le déconsidérer en lui suscitant un procès ridicule. A son instigation, l'ancienne femme de Pierre, qui vivait encore, se présenta devant l'évêque de Rieli pour revendiquer ses droits d'épouse légitime. Ce prélat, qui était un des partisans de Jean, et qui avait reçu une somme considérable pour jouer celte comédie, déclara qu'on n'avait pu légitimement dissoudre ce mariage, et, d'après le droit canonique, condamna le nouveau pape à reprendre sa femme.
Dès que tettc sentence fut rendue, le pape d'Avignon en adressa la copie à tous les princes de la chrétienté, représentant son compétiteur comme un moine débauché, avare et rempli d'orgueil. Ces différentes imputations étaient autant de calomnies, car le vénérable Nicolas n'avait révllement accepté la papauté que pour rétablir dans l'Église la morale et l'iuimilité des temps évangélii(uos. Partisan de la doctrine que professait le général de son ordre, il
soutenait que Jésus n"ayanl rien jiosi^i'Jo en pniiire, les prètie<, à l'exemple de le divin niaitre, ne devaient vivre que d'auuiones.
Ces beaux seutimeuls ne pouvaient guèie convenir ù un clergé corrompu ; aussi, dès les premiers jours de son rèj^ne, le vertueux Nicolas reconnaissant l'impossibilité de suivre ses projets de réforme, voulut abandonner celte chaire déshonorée par tant de pontifes abominables; mais, vaincu par les instances de l'empereur, il consentit à conserver la tiare jus(|u'au rétablissement de la paix ; et à la prii-re du prince, qui lui lit comprendre la nécessité de former une cour à Home pour se faire aimer des prêt tes, il consentit à nommer des cardinaux, et leur permit d'avoir des chevaux, des meutes de chiens, des d( nu'slii|uos revêtus de brillantes livrées, des gentilsiiommes et des pages pour leur service.
Louis de Bavière avait d'abord fourni de l'argent de son épargne pour toutes les dépenses de la cour apostolique ; lorsque ses ressources furent éjiuisées, les cardinaux forcèrent le vénérable pontife à vendre les bénéfices, les privilèges et les dignités ecclésiastiques. Chaque évèché vacant fut mis aux enchères à Rome comme il l'était à Avignon, et on l'adjugeait à deux compétiteurs, qui se battaient ensuite pour en prendre possession. Les deux cours pontificales s'envoyaient des bulles d'anathènie et poursuivaient à outrance les partisans de l'une ou de l'autre, suivant les chances de la guerre. Ainsi, pendant que Jean XXII faisait torturer deux religieuses coupables d'avoir prononcé le nom de Nicolas dans leurs prières, le préfet de Rome faisait brûler un Toscan et un Lombard qui avaient soutenu que Jean XXII était seul pape légitime.
Au milieu de ces violences, le vénérable Pierre de Corbière ne pouvait que pleurer sur les malheurs de l'Église et supplier l'empereur de le délivrer du fardeau qui l'écrasait. Enlin il fit si mal sou métier de pape, que ses coffres se vidèrent entièrement ; et comme le prince ne pouvait plus subvenir aux exigences des cardinaux, ceux-ci commencèrent à se détacher de sa cause. Les agents du pape d'Avignon profitèrent de cette disposition des esprits pour répandre l'or à pleines mains et ])Our soudoyer des mécontents. Bientôt des bandes d'hommes armés parcoururent les environs de Rome, et entrèrent dans la ville en faisant entendre des menaces de mort contre l'empereur et contre l'antipape. Elfrayés de cet état de choses, Louis et Nicolas quittèrent prudemment leurs palais ; mais à leur sortie de Rome, ils fuient jioursuivis par une multitude de fauatiijues qui criaient : « Mort aux hérétiques et aux excommuniés ! longue vie au souverain pontife Jean XXII ! »
Dans la même soirée, les cardinaux ouvrirent les portes de la ville aux bandes du cardinal-légat Jean des Ursins, qui lit son entrée aux acclamations du clergé. Dès le lendemain, on brûla sur la place pu- Itlique les décrets de Louis de Bavière et de Nicolas V ; ensuite on procéda au massacre des Gibelins, et on déterra les corps des Allemands, qui fuient iraînés dans les rues. Jean écrivit d'Avignon [jour approuver tout ce qui avait été fait, et rendit de solennelles actions de grâces à Dieu de ce qu'il avait exaucé ses prières en exterminant ses ennemis.
Cejicndant la joie de son triomphe fut Iroubléepar un échec que lui lit éprouver IMichcl de Gésènc, général des frères mineurs, qu'il avait cité devant le sacré collège pour qu'il eût à justifier ses opinions sur la parfaite pauvreté de Jésus-Christ : opinions pour lesquelles plusieurs frères de son ordre avaient déjà été livrés aux incpiisileurs et brûlés vifs. Le courageux Michel, sans être eflrayé par la crainte du supplice, se présenta devant le pape et défendit sa cause avec cette fierté noble (|ue donne une conviction rélléchie. Il rétonjua victorieusement les dissertations diffuses du saint-père, le convainquit même d'hérésie, conclut que le Christ n'ayant jamais rien possédé en propre, les prélats ne devaient avoir ni terres, ni domaines, ni richesses, et il termina sa harangue en déclarant qu'il appelait de tous les décrets et de toutes les entreprises de Jean à un concile général, qui seul avait le droit" de juger canoniquement les membres du clergé.
La vieille audace de Jean s'émut d'une opposition aussi énergicpie; mais n'osant pas se défaire ouvertement de son adversaire, il lui défendit de sortir d'Avignon avant la décision du sacré collège, et aussitôt il écrivit au chapitre général de Bologne pour qu'on déposât Michel de Cèsène du gènéralal. Cette fois encore il reçut un affront; les frères mineurs conlirnirreut leur chef dans ses fonctions, et se déclarèrent hors de l'obédience d'un pape hérétique. La réponse des moines mit le pontife dans une colère affreuse ; il blasphéma le nom de Dieu, se répandit en imprécations contre ses ennemis, et donna ordre à ses familiers d'assassiner Michel de Gésène. Heureusement celui-ci, averti à temps, parvint à fuir d'Avignon et gagna la ville de Pise, oîi il trouva l'antipape et l'empereur. Le saint-père n'ayant pu se venger par un meurtre, frappa Michel d'anathème, le déclara hérésiarque, et ordonna aux frères prêcheurs d'attaijuer les frères mineurs.
Jean fut si parfaitement obéi, et les querelles entre ces deux congrégralions devinrent si violentes, (|ue l'Europe entière ne fut plus occupée que de leurs. disputes ; les frères mineurs soutenaient que le Christ avait glorifié la pauvreté, puisqu'il était mort sur la croix dans une nudité absolue, et que sa tête, au lieu d'être couverte d'un diadème, était couronnée d'épines; ils prouvaient que pendant son séjour sur la terre il avait vécu du pain de l'aumône, sans posséder une pierre pour reposer sa tête. Les frères prêcheurs ou plutôt le pape affirmaient que Jésus était au contraire mort sur la croix avec un magnificjue vêtement de pourpre; qu'il avait une couronne d'or étiucelante descarboucles et de brillants, et que de riches sandaks étaient attachées à ses pieds. On distribua même dans les villes des images où Jésus était représenté crucifié avec une robe de pourpre ornée de riches broderies d'or.
Enfin le saint-père osa publier sous le nom de son pénitencier, Alvare Pelage, un traité dans lequel il formulait ainsi ses prétentions : « Comme il est reconnu que Jésus-Clinsl est pontife, roi et seigneur de i'univers, de même son vicaire sur la terre ne doit point avoir d'égal; et puisi[ue le monde entier appartient à Dieu, il doit également appartenir au pape. Donc les empereurs, les rois et les princes
NICOLAS V
ne peuvent être reconnus comme légitimes qu'ils n'aient reçu leurs Etats à titre de licls du clief de l'Êjjlise, qui possède cet immense pouvoir non par le droit de glaive, mais par le droit divin ; car Jésus a donné à saint Pierre les clés et non la clé du royaume descieux, c'est-à-dire l'une pour le spirituel et l'autre pour le temporel. Les fidèles ne doivent obéir qu'à Dieu et au pape; et lorsque les rois ou les princes refusent l'obédience au saint-siége, ils se déclarent eux-mêmes hors du sein de l'Eglise. »
En même temps que le saint-père répandait ces théories épouvantables, le vénérable Nicolas V mettait à exécution le projet d'abdication qu'il avait formé depuis si longtemps, et il écrivait à Jean XXII : a J'avais entendu formuler contre vous des accusations d'hérésie, d'exactions, de simonie, de débauches et de meurtres, qui vous rendaient à mes yeux le plus exécrable des pontifes ; alors j'ai cru de mon devoir de ne point refuser la tiare. Depuis j'ai appris que personne n'était plus digne que vous de la papauté. Aussi je renonce à cette dignité, et je l'abdiquerai solennellement en votre présence dans tel lieu qu'il vous plaira de me désigner. » Malgré cette complète
abnégation du saint vieillard, les partisans de Pierre de Corbière exigèrent du ponlife qu'il lui assurât la vie sauve avec une pension suffisante pourscs besoins. Jean promit tout ce qu'on lui demanda, jura sur l'hostie d'exécuter fidèlement ses engagements, et il envoya même une lettre de félicitations à l'antipape, en le priant de venir le rejoindre, afin de recevoir la récompense de son humilité.
Pierre de Corbière s'embarqua au port de Pise sur une galère provençale appartenant au saint-père ; mais à peine fut-il au pouvoir des agents du pontife, qu'il se vit soumis aux plus indignes traitements; on l'obligea à confesser publiquement des crimes imaginaires pour le déconsidérer aux yeux des fanati ques. Pierre de Corbière fut jeté dans un cachot, où il vécut encore trois ans et demi.
Un jour, le geôlier chargé de lui apporter chaque matin sa ration d'eau et de pain, fut étrangement surpris de trouver la porte de sa prison ouverte, et un cadavre sur le seuil; c'était celui de l'infortuné, qui avait été étranglé pendant la nuit. Pieire fut enterré secrètement dans l'église des frères mineurs.
Ainsi périt cette nouvelle victime de Jean XXII.
SIO
histoihe des pai'hs
JEAN XX
Le pape rejette les conditions de paix proposées par l'empereur. — Ruse du pontife pour embastiller la ville de Bologne. — Doc trioe du pape sur les visions béatifiques. — Jean est déclaré hérétique. — Le roi de France menace de faire brûler le saintpère pour crime d'hérésie. — Mort de Jean XXII. — Son caractère. — Tarif de la chancellerie romaine pour l'absolution de tous les crimes.
Aussitôt que Jean fut débarrassé de son compétiteur, il poursuivit activement la nomination d un nouvel empereur en Allemagne. Déjà les électeurs s'étaient réunis, les uns gagnés par de riches présents, les autres séduits par des promesses; et il était à craindre qu'ils ne se décidassent à élire un prince favorable au saint- siège, lorsque Louis de Bavière, instruit des menées du pape, se bâta de rentrer en Allemagne pour combattre ses ennemis et déjouer les projets du pontife.
Pendant son absence de Pise, Othon, duc d'Autriche, Jean de Luxembourg, roi de Bohème, et l'archevêque de Trêves, désirant mettre un terme aux divisions de l'Église et du trône, avaient envoyé des ambassadeurs à la cour d'Avignon pour faire des propositions de paix au saint-père, s'engageantmême, au nom de Louis de Bavière, aie reconnaître comme pape légitime et à souscrire à la déposition de Pierre de Corbière.
Jean reçut fort mal les ambassadeurs, et les congédia sans leur donner de réponse ; seulement, quelques jours après il adressa au roi de Bohême la lettre suivante : « Il n'est ni utile ni honorable pour l'Église d'avoir un empereur hérétique qui a donné asile à Marsile de Padoue, à Jean de Gand, à Michel de Césène, à Guillaume Occam et à frère Bonne- Grâce de Bergame, tous hérétiques, schismatiques et excommuniés comme lui. Il ollre de déposer l'an-
tipape ! mais ignore-t-il donc que Pierre de Corbière s'est déposé lui-même, et qu'il expie ses fautes dans nos cachots? Quels sont donc ses titres à l'empire? Et vous qui sollicitez notre clémence pour lui, ne redoutez-vous pas de vous attirer notre colère par cette lâche complaisance? Cessez donc de nous supplier au nom de, l'hérétique Louis de Bavière, ou craignez que les foudres de l'Église ne vous frappent sur votre trône. »
Jean de Luxembourg méprisa les menaces du pontife, et voyant que la force seule pouvait abattre son audace, il passa en Italie à la tète d'une armée, comme vicaire de l'empereur, s'empara en son nom de plusieurs villes importantes, et s'établit dans la Lombardie. Cette invasion exaspéra le pape; il lança contré le roi de Bohême un de ses plus terribles anathèmes, et fit pubher que lui-même se préparait à envaliir l'Italie. Il prêcha en effet une croisade qui lui rapporta des sommes considérables, et déclara faire choix de la ville de Bologne pour sa résidence, afin de pouvoir mieux diriger les opérations de la campagne.
Mais on reconnut bientôt que le saint-père n'avait d'autre intention que de remplir ses trésors de l'argent des simples, et de se rendre maître de la ville la plus importante de l'Italie par sa position centrale : en effet, le cardinal Bertrand de Po'iet se présenta à Bologne pour s'entendre avec les magistrats sur le.s con-
JEAN XXII
cessions des terrains nécessaires à la construction d'un palais fortifié pour le pape, et de plusieurs châteaux crénelés pour loger les cardinaux et leurs suites; et après avoir obtenu leur autorisation, il fit élever autour de la ville des forteresses qui la dominaient entièrement. Les stupides magistrats de Bologne, qui n'avaient point aperçu le piège tendu à leur vanité, envoyèrent une ambassade au pape pour le supplier de hâter son arrivée. Jean reçut les députés avec de grandes marques d'afî'ection ; il les combla de présents, et leur promit de se rendre à Bologne dès que ses palais seraient terminés.
Heureusement, dans l'intervalle, le peuple bolonais, plus clairvoyant que ses magistrats, comprit les intentions perfides du saint-père, qui ne faisait élever des fortifications qu'afin de se rendre maître absolu de la cité : une révolte éclata ; le légat Bertrand de Poïct fut assailli dans son palais, ses meubles mis au pillage, ainsi que ceux des autres prélats gascons qui étaient attachés au pape; plusieurs Guelfes furent massacrés parles séditieux, et le légat n"échap]>a aux mutins qu'à la faveur d'un déguisement. Les Bolonais évitèrent ainsi de passer sous le joug pontifical, et ils en furent quittes pour une excommunication majeure.
Cette expédition manquée, Jean, à défaut de lutte à main armée, se jeta dans des guerres religieuses, et bouleversa le monde cluétien par ses doctrines hétérodoxes sur la vision béatifique, c'est-à-dire sur la manière dont les âmes des bienheureux contemplaient la face de Dieu dans le royaume du ciel. Il prétendait que les saints, avant la venue du Messie, avaient été reçus dans le. sein d'Abraham ; que depuis la passion du Christ ils avaient été placés sous l'autel de Dieu, c'est-à-dire sous la protection de l'humanité du Fils de Dieu ; que par conséquent ils seraient dieux, ou, en d'autres termes, qu'ils comprendraient la Divinité et verraient Dieu face à face, scliin l'expression de saint Paul, et dans une égalité parfaite; ce qui était une grande hérésie.
Tous les docteurs en théologie se soulevèrent contre une proposition aussi hardie, et accusèrent le pape d'hérésie. Philippe de \'alois lui-même, effrayé du scandale et des conséquences qui pouvaient en résulter, convoqua aussitôt en son château de Vincennes une assemblée de docteurs, d'évêques et d'abbés, et leur proposa ces deux questions : « Les âmes des saints contemplent-elles dès à présent la face de Dieu? — Cette vision cessera-t-elle au jour du jugement pour être remplacée par une autre ? » Tous répondirent affirmativement à la première de ces propositions, et ils ajoutèrent, quant à la vision béatifiçjue, quelle ne cesserait point au jugement dernier, mais qu'elle subsisterait dans toute l'éternité.
D'après la décision de ces prélats, le roi écrivit k Jean XXII qu'il eût à rétracter immédiatement les erreurs qu'il avait pubhées, s'il ne voulait, malgré Bon infaillibilité, encourir la peine des hérétiques et être brûlé devant son palais d'Avignon. Cette menace obligea le pa])e à donner la déclaration suivante : « Nous confessons et nous croyons que les âmes séparées des corps et purifiées habitent le paradis avec les anges, et contemplent Dieu dans son essence divine clairement et face à face. Si nous
avons prêclié ou écrit quelque proposition contraire, nous la révoijuons expressément. »
Néanmoins, la terreur que lui avaient causée les menaces de Philippe de ^'alois porta une grave atteinte à sa santé. Depuis ce moment il ne parut plus en public ; et lorsqu'il sentit sa fin approcher, il fit appeler auprès de lui les cardinaux pour leur recommander ses neveux. Il mourut le 4 décembre 1334, à l'âge de quatre-vingt-dix ans.
Jean, pendant son règne, avait couvert l'AUemagne et l'Italie de guerres et de désastres ; il avait fait brûler plus de dix mille hérétiijues par ses inquisiteurs, et extorqué au moins cinquante millions de florins d'or aux peuples d'Europe. « Après sa mort, dit Jean '\'illani, on trouva dans son épargne dix-huit millions de florins en espèce monnayée, outre sa vaisselle, ses croix, ses mitres et ses pierres précieuses, qui étaient estimées pour une valeur de sept millions de florins. J'en puis rendre un témoignage certain, ajoute l'historien, parce que mon frère, homme digne de foi, qui était un des fournisseurs de la cour pontificale, se trouvait à Avignon lorsque les trésoriers en firent le rapport aux cardinaux. Ces immenses richesses, et de plus grandes encore que le saint-père avait dépensées, provenaient de son industrie, c'est-à-dire de la vente des indulgences, des bénéfices, des dispenses, des réserves, des expectatives et des annates ; mais ce qui contribua surtout à grossir ses trésors, fut sa taxe de la chancellerie apostolique pour l'absolution de tous les crimes. »
Nous traduisons quelques-uns des articles de ce code infâme, qui suffiraient seuls pour faire prendre en haine les papes et leurs séides, si déjà la liste de leurs crimes ne nous avait appris cfu'ils étaient les ennemis les plus implacables de l'humanité :
« Si un ecclésiastique commet le péché de la chah-, soit avec des nonnes, soit avec ses cousines, ses nièces ou ses filleules, soit enfin avec toute autre femme, le coupable sera absous pour la somme de 67 livres 12 sous.
« Si, outre les péchés de fornication, il demande l'absolution du péché contre nature ou de bestiahté, il payera 219 livres 15 sous ; cependant, s'il n'a commis ce péché qu'avec de jeunes garçons ou avec des femmes, l'amende sera réduite à 131 livres 15 soas
« Un prêtre qui aura défloré une vierge payera 2 livres 8 sous.
« Une religieuse qui se sera abandonnée à plusieurs hommes, simultanément ou succossivemant, dans son monastère et au dehors, et qui voudra obtenir la dignité d'abbesse, payera 131 livres 15 sous.
« Les prêtres qui voudront obtenir l'autorisation de vivre en concubinage avec leurs parentes payeront 76 livres 1 sou.
<• Pour tout péché de luxure commis par un laïque, l'absolution coûtera 27 livres 1 sou ; pour les incestes, on ajoutera en conscience 4 livres.
<■ La femme adultère qui demande l'absolution pour être à l'abri de toute ])oursuite et avoir large dispense pour continuer des relations coupables, payera au pape 87 livres 3 sous. Dans un ca-s semblable le mari se soumettra à la même taxe : s'ils ont commis un inceste avec leurs enfants, ils ajouteront en conscience 6 livres.
« L'al)so!i.tion et l'assurance roiitro toute poursuite pour les crimes de rapine, de vol et d'incendie, coûtera aux coupables 131 livres 7 sous.
» L'absolution du meurtre simple commis sur un laïque est taxée à 15 livres k sous 3 deniers. Si l'assassin a tué plusieurs liommes dan;? la même journée, il n'en payera pas davantage.
" Un mari qui aura frappé rudement sa femme versera dans les trésors de la cbancellerie 3 livres 4 sous; s'il la tue, il payera 17 livres 15 sous; s'il a commis ce crime pour épouser une autre femme, il payera en sus 32 livres 9 sous. Ceux qui auront assisté le mari dans le meurtre seront absous moyennant 2 livres par tète.
« Celui qui aura éloufl'é son enfant payera 17 livres 15 sou?: si le père et la mère ont tué leur enfant de consentement mutuel, ils payeront 27 livres 1 sou pour l'absolution.
" La femme qui détruira son enfant dans son sein,et le père qui aura aidé à l'accomplissement du crime payeront cbacun 17 livres 15 sous. Celui qui procurera l'avortement d'un enfant dont il n'est pas le père donnera une livre en moins.
" Pour le meurtre d'un frère, d'une sœur, d'une mère ou d'un père, on payera 17 livres 15 sous....
« Celui qui aura tué un évèque ou un prélat supérieur payera 131 livres 14 sous 6 deniers.
" Si le meurtrier a tué plusieurs piètres eu diverses rencontres. 137 livres 6 sous pour le premier assassinat, et moitié pour les meurtres suivants.
« Un évèque ou un abbé qui aura commis un meurtre par guet apens, ou par accident, ou par nécessité, payera l'absolution de ce délit 179 livres 14 sous.
<' Celui qui voudra acheter par avance l'absolution de tout meurtre accidentel qu'il pourrait commettre à l'avenir, payera 168 livres 15 sous.
w Un hérétique qui se convertit payera pour son
absolution 269 livres. Le fils d'un hérétique brûlé
♦ou mis à mort par tout autre supplice ne pourra être
réhabilité qu'en payant à la chancellerie 218 livres
16 sous 9 deniers.
u Un ecclésiastique qui ne pourra pas payer ses dettes, et qui voudra éviter les poursuites de ses créanciers, donnera au pape 1 7 livres 3 sous 6 deniers, et sa créance lui sera remise.
« La permission de dresser des boutiques de marchands et de vendre différentes denrées sous le portique d'une église sera accordée moyennant45 livres 19 sous 3 deniers.
<< Pour faire la contrebande et frauder les droits du prince, on payera 87 livres 3 deniers.
>' Si une ville demande pour ses habitants, pour ses prêtres, ses moines et ses religieuses, la permission de manger du laitage et de la viande en temps prohibé, elle payera 731 livres 10 sous.
« Si un monastère demande à changer sa règle pour vivre dans une abstinence plus grande que par le passé, il payera 146 livres 5 sous.
« Un moine vertueux qui voudra passer sa vie dans un ermitage versera dans le trésor du sainteiége 4'i livres 19 sous.
" Un apostat vagabond (pii voudra rentrer au bercail payera la même somme pour être absous.
« Les moines et les prêtres qui voudront voyager sous des habits séculiersseront imposés à la même taxe.
« Le bâtard d'un curé (|ui voudra desservir la cure de son père payera 27 livres 1 sou.
« Un bâtard (pii voudra recevoir les ordres sacrés et posséder des bénéfices payera 15 livres 18 sous 6 deniers.
« Un enfant trouvé qui voudra entrer dans les ordres versera dans la caisse du ]iape 27 livres 1 sou.
« Les la'iques estropiés ou dilVcirmes qui voudront recevoir les ordres sacrés et posséder des Ijénélices verseront à lachancellericapostoliquc 58 livres2sous.
« Un borgne de l'œil droit payera la môme somme; s'il est privé de l'œil gauche, il donnera au pape 106 livres 7 sous; ceux ([ui louchent payeront 45 livres 3 sous.
« Ceux qui seront eunuipies donneront au pape, pour entrer dans les ordres, la somme de 300 livres 15 sous.
« Si un homme veut acquérir par simonie un ou plusieurs bénéfices, il s'adressera aux trésoriers du pape, ([ni lui vendront ce droit à un prix modéré.
« Celui qui voudra manquer à son serment et être garanti de toute poursuite et de toute infamie payera au pape 131 livres 15 sous. Il donnera 3 livres par tête en sus pour ceux qui se seront rendus ses garants.
Nous ne ferons suivre d'aucun commentaire cette taxe de la chancellerie apostolique, chef-d'œuvre d'infamie sorti du cerveau du pape, et résumant en quelques pages tous les secrets d'une institution qui pesait depuis quatorze siècles sur les peuples et sur les rois. Aussi le pieux Conrad, abl)é d'Usperg, s'écrie-t-il en parlant du livre des taxes de la chancellerie romaine :
« 0 Vatican ! réjouis-toi maintenant, tous les trésors te sont ouverts, tu peux y puiser à pleines mains 1 Prends plaisir aux crimes des enfants des hommes, puisque tes richesses dépendent de leurs dérèglements et de leurs iniquités. Pousse à la débauche, excite au viol, à l'inceste, au parricide même, car plus le crime est grand, plus il te rapportera de livres d'or !
« Réjouis-toi I entonne des cantiques d'allégresse I C'est maintenant que le genre humain est asservi à tes lois ! c'est maintenant que tu règnes par la dépravation des mœurs et par le débordement des penchants ignobles I Les enfants des hommes peuvent impunément commettre tous les crimes, maintenant qu'ils savent que tu les absoudras pour un peu d'or ! Pourvu qu'on t'apporte de l'or, qu'il soit souillé de sang ou de luxure, tu ouvriras le royaume des cieux aux débauchés, aux sodomites, aux assassins, aux parricides! Que dis-je? tu leur vendrais Dieu luimême pour de l'or ! »
En efl'et, la taxe rédigée par Jean XXII devint pour les papes ses successeurs une des plus vastes et des plus fructueuses opérations de finances qu'eussent jamais inventées l'avarice et le génie infernal des pontifes 1